
Ma veille concernant « Marie Balmary » m’a récemment ramené de Lausanne ce qui suit :
Une synthèse : Marie Balmary et l’application de la psychanalyse au texte biblique
« La manière dont deux disciplines différentes, comme la psychanalyse et la théologie peuvent collaborer ne va pas de soi. La théologie se réfère à Dieu et vise une rédemption due à l’action de l’Esprit saint ; la psychanalyse travaille à partir de l’inconscient sur des forces psychiques dont le déséquilibre aliène les humains et dont elle cherche à les guérir. La différence dans les finalités et les méthodes entraînent des problèmes et des ambiguïtés, même si l’objet humain est commun à leur attention. J’ai été intéressé par un article du théologien Guilhen Antier, dans la revue ETR 2024/4 (note 1), qui distingue trois lieux et modalités d’articulation entre psychanalyse et théologie : 1) la discipline, ici la religion, la théologie. 2) le corpus, ici la Bible. 3) la méthode, le chemin à suivre. C’est selon ces trois niveaux que je reviens sur la manière dont Marie Balmary applique la psychanalyse au texte biblique.1
1) La religion
On sait que Freud considérait la religion comme une illusion névrotique, responsable majeure d’une répression de la sexualité. Il s’empare pourtant des grands mythes et personnages bibliques pour les assujettir au mécanisme de l’inconscient et du Surmoi, du désir de vie et de mort. Ce n’est que vers 1970 (si l’on fait abstraction de l’échange épistolaire entre le pasteur Oskar Pfister et Freud) que les théologiens passent la frontière de l’athéisme freudien et entrent en dialogue avec ses idées. Toute autre est évidemment l’attitude de Marie Balmary : dans une interview du Temps (2), elle déclarait que « Freud pensait que la religion était ennemie du désir, qu’elle obligeait à y renoncer. Pour ma part, je vois dans le désir aussi ce qui pousse l’être humain vers l’infini, ce qui lui permet de ne pas se voir plus petit qu’il n’est. » Et plus loin : « Je dirais que la Bible est une gigantesque station d’épuration de la parole. Les textes bibliques attrapent nos maladies, mais en y regardant de près, ils nous donnent aussi les moyens d’en sortir …» Dans sa lecture, Dieu « devient un Dieu non total, qui refuse de prendre la place de l’autre.» Au contraire de nombre de psys qui considèrent la religion chrétienne comme fondamentalement aliénante, Balmary y décèle un programme d’éveil à l’humain.2
2) Le corpus, la BibleMais c’est surtout sur le corpus, à savoir le texte biblique, que Balmary a appliqué ses analyses. De même qu’il s’agit, en freudisme, de déceler le texte caché dans l’inconscient et qui agit à notre insu (le texte est l’Autre inscrit en nous, selon Lacan), Balmary s’attache à des détails du texte biblique pour révéler les ressorts cachés du comportement de ses personnages humains ; et aussi, en conséquence, de l’action divine. Ces détails sont pour elle comme des failles qui lui donnent entrée dans les souterrains du texte. Ce qui lui permet de proposer des interprétations originales des récits. L’attention aux particularités du texte, de sa parole, caractérise l’approche des psy de la ligne freudienne et lacanienne (Françoise Dolto, Antoine Vergote, Louis Beirnaert, Marie Balmary, etc.), alors que les jungiens ont du texte biblique une approche plus globale, allégorique, symbolique (Eugen Drewermann, Paul Tillich, etc).
Quant à Balmary, c’est la relation entre les personnes, la relation à soi, et leurs accidents, qui sont au cœur de son intérêt. Ayant acquis la connaissance de l’hébreu et du grec, Balmary n’hésite pas à faire œuvre d’exégète en proposant de nouvelles traductions, parfois pertinentes, parfois forcées. Bien qu’ayant l’intelligence de l’ensemble des textes, elle en fait une lecture sélective, orientée, correspondant à ses objectifs de psy. A cet égard, le théologien se sent parfois frustré, quand il a l’impression que la raison théologique, pour lui première, est minimisée face à l’explication psychologique. Il importe surtout à Balmary de bloquer toute interprétation exclusivement morale, pour mettre en évidence le retour à soi du sujet, à son autonomie, ainsi que la lui révèle l’expérience des personnages bibliques. Elle insiste sur leur dignité retrouvée ou à recouvrer, sur la destination de la filialité divine promise à tous les humains. Alors que le texte biblique peut apparaître étranger à beaucoup de gens, la vertu de l’approche de type Balmary, est de le rendre actuel et universel en faisant ressortir sa fondamentale humanité.3
3) La méthode, le chemin à suivreFinalement, Balmary joue sur la convergence entre la méthode psychanalytique qui tente de sortir le patient de sa névrose, et l’action de la grâce qui libère du péché celui qui se confie à elle. Pour elle, de fait, le processus psychologique est inclus, bien qu’invisible la plupart du temps, dans l’action libératrice de la parole divine. Il est une de ses dimensions. Certains y décèleront un danger de confusion entre l’analyse psy et la spiritualité chrétienne.4
Il résulte de la perspective de notre auteure la découverte d’un chemin personnel pour chaque lecteur ou auditeur de la Parole : non pas obéir, ni être soumis (au Surmoi, à une autorité extérieure), mais être attentif au mouvement de son désir qui tend à la liberté, à être soi ; accepter le don venu de Dieu ou d’autrui, faire confiance et manifester sa reconnaissance ; ne pas vouloir être parfait, mais faire place à l’autre ; aimer, comme Dieu aime. Balmary adhère à la pédagogie de l’engendrement que contient l’Évangile (elle cite Christoph Théobald) (3) ; il ne s’agit pas d’une incitation à la morale, mais de travailler à une naissance à l’humain, dans la lumière de Dieu.5
René Blanchet, 16 juin 2025
(1) Guilhen Antier, Bible, littérature, psychanalyse, une articulation improbable ? In Études théologiques et religieuses, p.571-588, 2024/4.
(2) Entretien. Marie Balmary. Bible et psychanalyse, deux histoires de parole. Le Temps, 19 mars 2000. Silvia Ricci Lempen, Entretien à Paris.
(3) Philippe Bacq, Christoph Théobald, dir. Une nouvelle chance pour l’Évangile. Vers une pastorale d’engendrement, Bruxelles/Montréal/Paris, Lumen Vitae, 2004
- Commençons par souligner que s’intéresser à un « objet humain » ne me semble pas constituer une bonne approche. C’est le sujet humain qui importe, dans sa globalité, sa plus totale entièreté telle que dessinée par Douglas Harding dans la carte ci-dessous. Les « disciplines » qui se cantonnent à la seule zone périphérique « je suis humain » ont un certain intérêt, souvent assez limité.
Cette carte – qui condense « La Hiérarchie du Ciel et de la Terre – Un nouveau diagramme de l’Homme dans l’Univers » – mériterait d’être considérée plus sérieusement tant par les psychanalystes que par les théologiens. (Surtout lorsque ces derniers estiment avoir trouvé le chat !). Je me cantonne à ces deux spécialités dans le cadre de cet article, mais en réalité la liste n’est pas limitative : la carte de notre Identité nous concerne tous …
Rappelons aussi ce dialogue de Ruth et de Simon dans « Le moine et la psychanalyste » :
– « Nous avons chacun abandonné la médecine lorsque nous avons rencontré un mal plus grave que la maladie et la mort, ou un désir plus essentiel que celui de guérir. [Ruth]
– Voulez-vous dire que nous serions passés l’un et l’autre du verbe « guérir » au verbe « sauver » ? » [Simon]
Est-ce que Marie Balmary « applique la psychanalyse au texte biblique » (un peu comme on appliquerait un emplâtre sur une jambe de bois !) ? Est-ce que sa recherche ne serait pas d’ordre plus lié & délié, circulaire, organique, presque taoïste (influence de Paul Beauchamp …) ? Ni la théologie, ni plus globalement les religions n’ont le monopole du « salut », de « l’accès au verbe « être »« … heureusement. « L’Esprit souffle où il veut », et passe donc bien aussi un peu dans le cabinet des psychanalystes, même freudiens ! ↩︎ - Freud est effectivement le célèbre auteur de « L’avenir d’une illusion ». Mais est-ce qu’« il s’empare des grands mythes et personnages bibliques pour les assujettir au mécanisme de l’inconscient et du Surmoi, du désir de vie et de mort » … inconsciemment alors !? Il semblerait que la réalité soit un peu plus nuancée : cf. « Freud veut éveiller les hommes ».
Le lien vers l’interview du journal Le Temps est inséré dans la note n° 2 interne au texte ci-dessus.
La Vision du Soi est une bonne méthode pour retrouver notre juste dimension, infinie. Cf. Carte ci-dessous, notre Identité commune.
« Au contraire de nombre de psys … » : les suisses ont une réputation de rigueur qui est ici légèrement prise en défaut : Marie Balmary est une psychanalyste – et même « psyahanalyste » ! – parmi d’assez nombreux autres collègues « chrétiens », laïcs ou clercs. Et il existe certainement quelques autres psy-chologues & -chiatres non totalement allergiques à la structure corps & âme – esprit. ↩︎ - Je ne sais pas à quels « détails du texte biblique » il est fait référence … Est-ce que l’absence, ou plus exactement la non-existence de la moindre « joue gauche » (Cf. Matthieu 5, 39 – sa traduction abusive en Français Courant et l’interprétation habituelle des autres) serait un de ces « détails » ? Personnellement, ayant décidé d’accompagner Marie Balmary dans sa recherche & ses heureuses trouvailles à compter de la lecture de ce « détail »-là – qui corroborait ce que la Vision du Soi m’avait déjà révélé sur la réalité de ce que « Je Suis » – il s’agit plutôt là d’une pierre de touche.
Avec ces « nouvelles traductions, parfois pertinentes, parfois forcées », il me semble que la traditionnelle rigueur suisse est une fois de plus prise en défaut … Lesquelles sont « pertinentes », lesquelles « forcées » ? Des références SVP !
Marie Balmary, « psyahanalyste » comme précisé dans la note ci-dessus, se contente rarement de ne fournir qu’une « explication psychologique », une explication limitée à la seule dimension corps & mental de l’être humain. Il me semble plutôt, au regard de sa longue fréquentation des textes « anthropogènes » en leurs langues originelles & multiples traductions, qu’elle intègre toujours la dimension première de « l’Esprit » (appelez « Cela » comme il vous plaira : Claire Lumière du Vide, Nature de Bouddha, Visage Originel, espace d’accueil illimité & inconditionnel, ? …).
Quant à moi, je ne voudrais pas minimiser cette « raison théologique », dont je suis de fait assez peu familier, mais j’ai un peu l’impression qu’elle s’épuise à vouloir « trouver le chat » !
Enfin, est-ce que la clé d’un comportement réellement & naturellement « moral » ne résiderait pas dans « le retour à soi du sujet », le recouvrement de sa « dignité » … ? Est-ce que « rendre actuel et universel la fondamentale humanité du texte » ne serait pas la qualité principale de la tradition & transmission, son essence même … ?
Un autre Chat ne nous aiderait-il pas à remettre les choses dans l’ordre : Qui a créé qui ? ↩︎ - Encore un paragraphe qui ne me semble pas vraiment rentrer dans les clous de la proverbiale rigueur helvétique …
Parce que Marie Balmary ne « joue » pas : depuis très longtemps, elle s’évertue à relever de manifestes abus de traduction et à poser de bonnes questions : « A cette question Marie ne répond pas. Marie répond rarement finalement. Elle lance des pistes. Elle déroule des chemins sur lesquels nous avançons ensemble. » (« Ouvrir Le Livre – Une lecture étonnée de la Bible »). Et ce dans une relative indifférence des institutions, heureusement compensée par l’intérêt de ses lecteurs.
Parce qu’elle rappelle inlassablement la racine étymologique du mot « péché » (« hamartia ») : manquer le but. Et peut-être même pire que manquer la cible, se tromper de cible, « se contenter de trop peu ». Repousser toujours à demain l’invitation à changer d’étage.
Parce que chipoter sa démarche n’aide pas à prendre conscience que « l’action libératrice de la parole divine » n’existe pas de manière isolée : tout passe toujours par des relations entre êtres humains, parfois à propos d’un « Dieu » qui, n’en déplaise à pas mal de monde, ne saurait être « tout puissant ».
Parce que défendre un pré carré au prétexte de « danger de confusion » ne grandit pas vraiment une Église censée être universelle, et pas seulement géographiquement …
Un autre suisse, Carl Gustav Jung avait cruellement relevé en son temps que « L’Église est la gardienne de trésors qu’elle ne comprend plus. »
Marie Balmary ? « La voix d’un crieur dans le désert ! – φωνη βοωντος εν τη ερημω » Jean 1,23 ! ↩︎ - Pour la Vision du Soi, il est moins question de vouloir « faire place à l’autre » que de réaliser que nous sommes structurés, tous, comme espace d’accueil illimité & inconditionnel de l’autre & de tout, comme « contenant » ou « capacité ». Que là réside notre véritable Identité, et que consentir à cette « silencieuse coïncidence » permet de donner une chance à l’amour …
Il s’agit sans doute aussi d’une mystérieuse convergence de désirs, celui du « petit » humain périphérique pour le « Grand Je Suis » central et … réciproquement : « La Source a soif d’être bue. »
Un tel désir qui conduit à être le « Rien & Tout », à être ce que nous sommes, tous, est aussi troublant … que profondément & réellement libérateur. Vérifiez !
Quant à « Dieu » … laissons Jung clore ce billet : « Vocatus atque non vocatus, deus aderit » – « Appelé ou non appelé, dieu sera présent » ↩︎
Cordialement


4 réponses sur « Marie Balmary et l’application de la psychanalyse au texte biblique – René Blanchet »
En cette fin d’année, je me permets, cher Jean-Marc, de faire un tour sur votre site.
Je constate que votre isolement est toujours plus grand.
Vous prêchez dans un désert, mais celui-ci ne ressemble pas à celui des Prophètes bibliques qui y ont rencontré la présence divine. Solitude aussi rude que fructueuse en ce qu’elle leur a permis de peaufiner leur pensée et leur parole et de trouver un public qui ne leur fera plus défaut pendant des siècles.
Vous ne lâchez rien quant à vos passions, en espérant que celles-ci soient émancipatrices et vous aident à grandir dans votre humanité, à défaut d’aider celle des autres.
Est-ce une qualité ou un défaut?
Un « manque » peut-être, au sens de l’harmatia que vous aimez rappeler pour mieux vous disculper de toute faute « inexistante », et réveiller en vous cette innocence perdue dont vous avez la nostalgie, comme celle de ce paradis dit « originel ». A moins que ce manque soit celui que la psychanalyse a perçu chez toute personne et qui est constitutif de notre humanité…
René Blanchet fait un bel éloge de la méthode de Balmary, et je suis plutôt en accord avec sa vision.
Mais, en ce qui vous concerne, on voit bien que vous restez un inconditionnel de cette femme. Un véritable fan, pour ne pas dire un fanatique de sa pensée et qui ne laisse jamais rien passer. Et dès que la moindre critique risque d’effleurer ou d’égratigner sa statue, vous accourrez aussitôt pour la protéger et la sauver, espérant secrètement sans doute, ou inconsciemment, vous sauver aussi vous-même, par ce complexe du « Sauveur-sauvé » dont les religions de salut regorgent et que la psychanalyse a parfaitement repéré. Reste à connaître la pensée de Balmary au sujet des voies non-duelles, et si la sienne s’accorderait à celles-ci, et surtout aussi bien que vous le prétendez, ce dont personnellement je doute…
La phrase de Jung ne peut prêter qu’à sourire quand on sait que les « trésors » dont il parle, et qui se déclinent chez lui en savoir ésotérique, occultisme, alchimie, tantrisme indo-tibétain, yoga de la kundalini, taoïsme, cultes à mystère, mythologies païennes, Gnose, sorcellerie, magies…, n’ont jamais fait partie des traditions des grandes Eglises, Catholique, Orthodoxes et Protestantes, mais plutôt de ce qu’elles ont combattu, souvent avec acharnement. Et cela au nom de la Révélation biblique et d’un monothéisme qu’insupportaient tous ces cultes idolâtres. La thèse de P. Beauchamp, auquel vous consacrez votre dernier billet, l’explicite clairement : la spécificité de la Révélation biblique, dans la Création comme dans le don de la Loi, consiste en une opération souveraine et indispensable de différenciation et de séparation originelles et qui perdure encore. Et non pas d’union, de fusion, encore moins d’extase non-duelle. Le monothéisme biblique s’oppose à la fois aux élations mystiques individuelles comme à la prolifération polythéiste religieuse. La sainteté biblique n’est pas le sacré païen, et la Parole de Dieu, intransigeante, décapante et différenciatrice, ne rejoint pas les récits mythologiques que Jung et d’autres idolâtraient. Et l’Alliance que Dieu propose à son peuple n’a rien à voir avec un « espace d’accueil inconditionnel » puisque la Loi qu’il impose en est une condition sine qua non…
D’ailleurs, jamais personne n’est venu à la foi chrétienne, celle des Eglises j’entends, par ou grâce à ces voies trompeuses.
Bonne fin d’année à vous.
Bonjour Bruno,
J’espère que vous êtes bien.
Même s’il me faut bien constater que votre clavier est toujours aussi acerbe, j’ai eu plaisir à vous lire.
J’ai profité de votre commentaire pour procéder à une relecture de ce billet, à quelques ajouts et modifications mineures.
Dans l’espace d’accueil illimité & inconditionnel que « Je Suis », il y a bien évidemment toute la place nécessaire pour ce relatif « isolement ». Cette « béate solitude & seule béatitude » m’autorise à tracer mon sillon comme je l’entends, sans devoir quoi que ce soit à la dictature du nombre. Pas plus que Marie Balmary je n’apprécie les « followers » !
Comment pourrais-je mieux « aider les autres » qu’en maintenant contre vents et marées la présence de la Vision du Soi selon Harding dans l’océan du wouèbe ? Permettez-moi de vous rappeler que cette « entrée principale » est, vraisemblablement, le « seul espoir ». Qu’elle ne vient pas « abolir » quoi que ce soit mais au contraire permettre « d’accomplir » (Cf. Matthieu 5,17). Cette ouverture concrète dérange, c’est logique. Elle oblige à se confronter à ce que l’on veut véritablement.
Le manque « constitutif de notre humanité » dont la plupart d’entre nous manquons, ou plus exactement croyons manquer, c’est ce vide central que « Je Suis », que nous sommes tous. Je ne développe pas, nous avons déjà beaucoup échangé et vous avez tout volte-espace à disposition.
Il m’a plutôt semblé que René Blanchet faisait un « éloge » très (trop ?) mesuré du travail de Marie Balmary. Et c’est pourquoi il m’a paru nécessaire d’apporter quelques commentaires. J’ai déjà écrit ici à quel point ce travail est pour moi nécessaire, intelligent, précis, réconfortant, précieux, salvateur, … mais que je n’étais nullement balmary-dolâtre pour autant ! Elle n’a vraiment pas besoin de moi ni de quiconque pour « la protéger et la sauver », elle se défend très bien toute seule.
Je me contente juste d’anticiper un peu : je lui souhaite une longue et fructueuse vieillesse, mais quand elle ne sera plus là pour déranger, pour « exagérer », un concert d’éloges plus ou moins sincères rappellera à quel point sa recherche aura été & restera indispensable … Nombre d’institutions seront soulagées du départ de cette « brebis » remuante … le bal des faux-culs (en bon français) aura commencé !
Je participe (irrégulièrement) aux ateliers vidéo Bible & Psy et j’ai eu par deux fois le bonheur de partager en présentiel la rencontre de St-Jacut. Je peux donc mesurer aussi les limites inhérentes à la forme de ce travail sur les textes & soi-même. La Vision du Soi est un outil beaucoup plus efficace, mais tout outil nécessite des mains pour s’en saisir & servir … Même remarque quant à la plupart des techniques de méditation & contemplation.
Je suis malheureusement incapable de référencer la phrase de Jung … Mais je suis intimement convaincu qu’elle concerne le seul « trésor » qui vaille. Qu’en contexte chrétien il serait possible d’exprimer ainsi : « Le Père et moi sommes Un … le Père est plus grand que moi. » De la bonne, vraie, solide, incontestable « non-dualité » … que vous abhorrez tant ! Ceci dit, il est clair que la démarche de ce bon vieux Jung compte beaucoup de détours, un peu trop à mon goût. Tout cela l’a bien occupé et lui draine un public considérable … Lui aussi aurait beaucoup gagné à connaître & pratiquer la Vision du Soi !
Tout comme Douglas, je suis « short in faith » … c’est ainsi, mais devrais-je pour autant être privé du salut et promis aux flammes de l’enfer ? Non, grâce à son apport je « Vois », clairement, et même parfaitement. Il me semble avoir suivi un assez bon conseil : « Venez et voyez », et désormais je me borne à répéter : « Viens et vois ». Effectivement, jusqu’à présent ça ne suscite pas l’enthousiasme !
La carte maîtresse de la Vision du Soi expose on ne peut plus distinctement la « différenciation et séparation » entre la périphérie et le Centre. Ni « fusion » ni confusion entre les deux zones & modes, une différence de nature absolue et … une non-dualité parfaite. Un cercle vertueux parfait : le Centre accueille toute la périphérie & toute la périphérie renvoie au Centre. Difficile, si ce n’est impossible de faire plus simple et plus cohérent.
Il me semble qu’il y a beaucoup de vous-même dans cette description de « la Parole de Dieu, intransigeante, décapante et différenciatrice » … Ça m’incite à paraphraser Niels Bohr : « Qui êtes-vous Bruno Delorme pour dire à Dieu ce qu’il doit dire & faire ? » Mais ne vous prenez pas pour Einstein pour autant !
Je me permets aussi de vous suggérer de vous interroger sur votre rapport à « la Loi qu’il impose … une condition sine qua non ». En commençant par relire Matthieu 22, 37-39 … où il est surtout question d’aimer (agapé). Être espace d’accueil illimité & inconditionnel, c’est donner sa chance à l’amour & agapé.
Est-ce vraiment ce que font « les Églises » depuis 2000 ans ?
Une citation du « valaisan planétaire » Maurice Chappaz, pour terminer :
«L’Église est vraiment d’origine divine, sinon il y a longtemps que les curés l’auraient foutue par terre.»
Nous n’en sommes plus très loin, non ?
Cordialement
Jean Marc
Je vois aussi que vous allez bien cher Jean-Marc, ainsi que votre petit-fils qui grandit. Et cela est heureux.
Oui, il y a des traces de mystique non-duelle dans l’évangile de Jean ainsi que dans les épîtres pauliniennes. Mais rien ne prouve que ces auteurs ont « accompli » la Révélation biblique. Ce fut leur prétention d’affirmer que leur évangile se trouvait au sommet de celle-ci. Mais rien ne nous oblige à les croire.
Le « bal des faux-cul »? J’ignore de qui vous parlez.
Mais à ce sujet, vous avez pu sans doute voir que votre ami José Le Roy et son épigone David Dubois (qui se prend pour un disciple de L. Silburn) ont sorti un livre à deux voix au sujet de la mystique et de leurs expériences ineffables, publié aux Ed. Almora. Une pure redite de tous les poncifs éculés en ce domaine, et une resucée pseudo-spirituelle signée de deux profs de philo bientôt à la retraite et qui ont chacun trahi l’esprit de la Philosophie en la vendant aux charlatans de la sagesse. D’ailleurs, depuis que votre ami est devenu directeur de Collection dans cette maison d’édition, le catalogue s’est considérablement appauvri et les parutions vont bientôt rejoindre le niveau des Eckart Tollé et autres Ruiz pour des raisons de diffusion et de rentabilité. Après les A. Chevillat, les Marc de Smedt et autres imposteurs intéressés de la spiritualité, une autre génération prend la relève.
Est-ce à cela que mènent la Vision sans tête et le Shivaïsme du Cachemire? On finirait par le croire….
Merci à vous
Bonsoir Bruno,
Jean … c’est comme ça. Je suis plus « johannite » que simplement chrétien. Ce n’est pas de moi, mais une citation de Jean Grosjean que j’adopte volontiers.
Le « bal des faux-culs » aura lieu lorsque ma chère Marie Balmary ne sera plus parmi nous. Elle sera célébrée … puis oubliée. D’où l’intérêt de cultiver sans faillir son indispensable présence sur volte-espace-pedia !
Je suis un mammifère de montagne plutôt solitaire … qui ne s’intéresse guère à ce qui se passe dans la « grande nécropole » (C. Bobin) ! Et en plus je n’ai aucun sens du business : un véritable fossile vivant !
José vit sa vie … et commet quelques erreurs comme j’ai pu en commettre aussi.
Mais il ne représente pas la totalité de la Vision Sans Tête en langue française … comme l’intitulé de son site semble l’indiquer.
Cordialement
Jean Marc