« Je recherche le visage qui fut le mien avant qu’il n’y ait le monde.1
Belle expression poétique 2 d’une recherche en fait commune à tous les êtres humains – ou, du moins de tous ceux — si rares, malheureusement — qui aspirent à le devenir véritablement – qu’ils en soient conscients ou non. Le désir universel, la seule aventure digne d’être vécue, l’unique source de joie spacieuse & sans objet.3 Mais bon, comme d’habitude, vérifiez soigneusement ce qu’il en est pour vous !
Expression qui s’inscrit bien entendu dans le droit fil de :
- la Vision du Soi selon Douglas Harding & la méditation dans l’esprit du Zen (dans ma perception subjective & ma propre expérience de l’utilité pratique immédiate …) 4
- la méditation dans l’esprit du Zen & la Vision du Soi selon Douglas Harding (dans l’ordre chronologique objectif) 5
Cette lumineuse citation figure en exergue d’un livre feuilleté par hasard (!) samedi dernier dans l’indispensable librairie Des Livres et Vous Maurienne : nous, les humains de Charles Foster, sous-titré : un voyage de 40 000 ans aux origines de la conscience.6
Elle a fulguré comme une étonnante synchronicité en écho à une autre « citation » du même auteur, entendue peu avant dans l’émission Répliques sur France Culture 7 :
“La vie est une longue préparation à quelque chose qui n’arrive jamais.”

- « Before the world was made (1933)
If I make the lashes dark
And the eyes more bright
And the lips more scarlet,
Or ask if all be right
From mirror after mirror,
No vanity’s displayed:
I’m looking for the face I had
Before the world was made.
What if I look upon a man
As though on my beloved,
And my blood be cold the while
And my heart unmoved?
Why should he think me cruel
Or that he is betrayed?
I’d have him love the thing that was
Before the world was made.
Avant que le monde ne fut
Si j’assombris mes cils
Et illumine mes yeux
Et fais mes lèvres plus écarlates,
Ou demande si tout cela est juste
De miroir en miroir,
Sans montrer de vanité :
Je cherche le visage que j’avais
Avant que le monde ne fût.
Et si je regarde un homme
Comme on regarde son aimé,
Comme si mon sang un instant se glace
Dans mon cœur immobile ?
Pourquoi penserait-il que je suis cruel
Ou qu’il soit trahi ?
J’aurais aimé le voir aimer ce qui était
Avant que le monde ne fût.
↩︎ - Pour ceux qui connaissent l’expression, le lien est évident avec le « visage originel » du zen, celui que nous avions « avant que nos parents ne se rencontrent ». Et également avec cet extraordinaire « … avant qu’Abrahâm fût, moi je suis. » [… πριν αβρααμ γενεσθαι εγω ειμι] Jean 8,58. Vous pouvez le proclamer aussi, mais gare aux jets de pierres ! La poésie a-t-elle suffisamment de place sur volte-espace ? N’est-elle pas le seul mode d’expression véritablement apte à dire « quelque chose » de la non-dualité & de l’entièreté du Réel ? « Car je est un autre » et « La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde » n’établissent-elles pas une profonde correspondance avec notre « autoportrait » commun ? « Je » n’est pas cette réduction de nous-même dans la seule zone périphérique « je suis humain » du dessin ci-dessous. « Nous ne sommes pas au monde », tant que nous ne demeurons pas dans le « Je Suis » central, tant que nous ne sommes pas le monde. Vérifiez !
Ceci dit une bonne part de la « littérature » mystique parfois évoquée ici est d’essence poétique, et volte-espace fait une large part à Christian Bobin, à Leonard Cohen, etc. Cf. aussi « Voir – Poésie et mystique – Christian Le Dimna », « La « méta-poésie » : verbe de la première personne – Richard Boyer », « Zen et poésie, conversation avec Gary Snyder et Jim Harrison », … ↩︎ - Voilà les liens vers « la joie spacieuse » et « la joie sans objet » (NB : de larges extraits, pour ne pas dire plus, accessibles en ligne). Unique source ? Vous êtes seul juge de ce qu’il en est pour vous-même, vérifiez ! ↩︎
- Il est bien entendu possible de se moquer de cet « utilitarisme », mais quand on réalise que la vraie vie – la « grande vie », « la véritable grandeur », la Vie majuscule quoi – ne commence qu’après l’éveil, qu’avant nous ne sommes que des « sépulcres blanchis », une certaine urgence se fait jour et, normalement …, nous devenons un peu moins regardant sur les moyens habiles (upaya) permettant de sortir du pétrin. Les liens entre Vision du Soi et Zen sont très forts depuis « Vivre Sans Tête – Une contribution occidentale [majeure !] au zen » et ne devront faire que se renforcer. Cf. aussi : « The zen of seeing – John Toler ». ↩︎
- Ordre chronologique objectif qu’il convient de relativiser considérablement, si ce n’est totalement. Puisque ce qui nous intéresse ici sur volte-espace est en-deçà de l’espace & temps, que Cela les contient. Vérifiez ! ↩︎
- Cette indispensable librairie Des Livres et Vous Maurienne n’a qu’un seul défaut, de taille : elle ne dispose pas (encore) d’un site internet et en est donc réduite au cul de basse fosse d’une page Fesse bouc : quelle misère ! ↩︎
- Je n’en ai écouté que quelques bribes, mais je dois dire que Fabrice Luchini a un véritable don pour me détourner de tout ce dont il se saisit, que ce soit La Fontaine ou Cioran … Que ce bateleur puisse avoir un tel succès m’étonne toujours autant. Que Finky se sente obligé de lui servir la soupe me sidère … Bref. Cette citation extraite de son contexte n’est guère signifiante et ne circonscrit nullement son auteur. Le contexte est le suivant :
« W. B. Yeats’ collected memoirs were published in 1935 as The Autobiography of William Butler Yeats … The following quotations are taken from the edition published by Macmillan in 1986.
Part I: Reveries over Childhood and Youth (1914)
When I think of all the books I have read, and of the wise words I have heard spoken, and of the anxiety I have given to parents and grandparents, and of the hopes that I have had, all life weighed in the scales of my own life seems to me a preparation for something that never happens. » Ch. 33 (p. 71)
En résumé, plutôt que d’écouter Lucchini éructer des parisianeries portées au pinacle par un tout petit monde autocentré, cherchez sans tarder « le visage qui fut le vôtre avant qu’il n’y ait le monde. » Trouvez le grâce à la Vision du Soi … ou par n’importe quel moyen. Quelque chose d’autre, de Tout Autre, d’inouï peut survenir : « … vivre éternellement », « Ressusciter », « trouver notre vrai visage ». Vérifiez ! ↩︎
Cordialement



9 réponses sur « Je recherche le visage … – W. B. Yeats »
Bonjour à vous, il y a longtemps que je n’étais pas venu sur votre site et je vois que rien n’a vraiment changé!
Je réagis à votre dernière note sur cette page au sujet de Lucchini et de Finkielkraut:
Il n’est pas étonnant, mon pauvre Jean-Marc, que, du haut de la suffisance de votre visionneuse sans tête, vous ne puissiez rien comprendre à ce qu’un « bateleur » comme Lucchini puisse dire, puisqu’il se situe, comme A. Finkielkraut ou Cioran, aux antipodes de vos fantasmes de fusion érotico-cosmique et de vos rêves de non-dualité.
D’ailleurs, ceux-ci visiblement n’adviennent toujours pas et n’adviendront sans doute jamais, ce en quoi le pessimisme de Cioran est fondé, puisque vous êtes encore en train d’écrire sans fin sur ce sujet qui aurait dû, au contraire, éteindre en vous toute velléité de prosélytisme et éradiquer toute posture de prédicateur.
Je vois aussi que vous ne reculez devant aucun sacrifice à l’intelligence en reproduisant la vidéo de l’entretien de cet autre prêcheur de fadaises qu’est F. Midal, l’imposteur du tantrisme tibétain, avec votre égérie.
Drame de la décadence de l’esprit et parfait exemple de la « défaite de la pensée » !…
Bonne continuation à vous!
Bruno
Bonjour Bruno,
Je lis & vois que de votre coté non plus « rien n’a vraiment changé ! ». Vous êtes la vivante confirmation de la citation dont je vous ai déjà fait part il y a bien longtemps : « Qui médit se raconte, Qui accuse se dénonce, Qui juge se condamne. » Et le temps qui passe semble ne rien pouvoir y faire, vous continuez de vous complaire dans l’amer … Quel dommage, quel gâchis !
Comme je ne vois pas trop ce que vous voulez dire par « fantasmes de fusion érotico-cosmique et rêves de non-dualité », je ne commente pas. Libre à vous de préciser éventuellement.
J’ai longtemps lu, écouté et apprécié « Finky » – diminutif amical – mais je trouve qu’il ne vieillit pas si bien que cela sur France Culture. J’apprécie toujours autant Cioran, pas « pessimiste » du tout, au contraire une lucidité des plus toniques.
« prosélytisme et posture de prédicateur » ? Vous voyez cela où ? Dites-moi, que je corrige le tir si nécessaire !
Quant à la vidéo de l’échange entre Marie Balmary et Fabrice Midal, je ne l’ai pas encore regardée. Nous en reparlerons quand j’aurais écrit quelques menus commentaires. Les performances publiques de M. Balmary sont néanmoins trop rares pour ne pas être aussitôt relayées.
Joker provisoire sur F. Midal que je ne connais pratiquement pas. Peut-être pas si « creux » que cela, un peu trop « commercial » à mon goût assurément …
La pensée fut une aide, la pensée est l’entrave …
Je suis sûr qu’Aurobindo & Moustaki sont votre tasse de thé !
Bonne … évolution à vous.
Jean Marc
Ni gâchis, ni dommage! Rassurez-vous cher Jean-Marc, mon « évolution » me mène là où la quête de vérité m’oriente. Il n’y a rien de supérieur à celle-ci, même pas la quête du bonheur qui est la vôtre.
J’ai vraiment avancé dans mes recherches, et j’ai publié plusieurs réflexions qui sont particulièrement probantes. Je m’en félicite chaque jour.
Médisance, jugement et accusation sont le lot de tous ceux qui osent penser et qui se heurtent au charlatanisme spirituel. Et cette triade moralisatrice dont vous sous servez comme d’un boomerang peut aussi bien s’appliquer à la bande de gurus dont vous vous faites le propagateur servile et obéissant.
Mais, en vérité, je ne médis, ne juge ni n’accuse qu’à partir d’une pensée solide et toujours argumentée et référencée. Ce qui est loin d’être votre cas où votre expérience personnelle a totalisé l’ensemble de votre champ de réflexion, sans que vous puissiez pouvoir en sortir, ne serait-ce que pour faire preuve d’un peu d’objectivité.
Dois-je vous rappeler que Cioran, après s’être essayé à la méditation zen, en avait conclu que la paix nirvânée n’était qu’un autre nom de la pulsion de mort ? Et il a fui toute sa vie les spiritualités orientales. Il est remarquable que le nihilisme du Bouddhisme lui soit apparu aussi vite.
Aurobindo : encore un parfait exemple avec la Mère de deux illuminés qui se sont pris pour des avatars et se sont faits adorer comme des divinités vivantes. Plus mégalomanes dans leurs visions et leurs prophéties, c’est difficile ! De récents reportages et vidéos le montrent : Auroville est devenu une catastrophe! Mais si la croyance utopique perdure, c’est qu’elle partage cette caractéristique remarquable avec la foi : de ne pouvoir être ni réfutée, ni démentie. Ne se heurtant jamais au réel, les contradictions ne les effleurent pas, et elles ne sont jamais pris en flagrant délit d’erreur ou de défaut grave. Et tant pis pour ceux qui ont placé leur espoir ou leur vie en elles.
Quand je vous vois vous échiner comme un beau diable à tenter de démontrer que votre vision serait la pure et parfaite « réalité », je me demande lequel entre nous est le plus à plaindre…
Bonjour Bruno,
Vous me manquiez sur volte-espace, vraiment ! Que ça ne vous fasse pas la grosse tête (!), mais vous lire me fait un peu le même effet que lire Cioran : il faut réagir, on est tonifié, poussé dans ses retranchements … Tout cela est éminemment positif.
Ceci dit, comme notre Premier sinistre devant la commission Bétharram, vous ne répondez pas à mes questions …
« Vérité » ? Celle rapportée en Jean 8,32, « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » [και γνωσεσθε την αληθειαν και η αληθεια ελευθερωσει υμας] Celle-là même que la CIA a choisie pour devise … ? Celle que les « Lumières » ont réduite à peau de chagrin en effaçant des millénaires de réflexion antérieure et qui nous a conduit dans l’épaisseur du mur actuel ?
Bref vous comprendrez sans peine que je préfère et de loin à cette « vérité », non pas le simple « bonheur » … encore que, mais cette non-dualité essentielle, qu’elle soit spirituelle, philosophique, scientifique … et surtout concrète parce qu’expérimentée. Vous m’excuserez de revenir de manière obsessionnelle à la seule pierre de touche qui vaille.
Je suis heureux que vos recherches progressent, et j’espère y être un peu pour quelque chose !
Je réaffirme avec force que je ne suis pas « le propagateur servile et obéissant d’une bande de gurus » quelconque. J’essaye juste de témoigner de l’existence, fortement oubliée par notre modernité déboussolée, d’une « intelligence du cœur ».
Je suis preneur de tout ce que vous avez de précis concernant « Cioran et la méditation zen ». De quelle « mort » parle-t-il, parlons-nous ? Si c’est de la relativisation du « moi », qui effectivement doit la considérer comme une « mort », je suis assez d’accord. « L’intelligence du cœur » évoquée ci-dessus, permet de réaliser à quel point le moi est périphérique, secondaire, par rapport à … ? Le Soi, la Source, le Royaume, la Nature de Bouddha, le Visage Originel, l’Espace d’Accueil, etc.
« Le nihilisme du Bouddhisme » me semble pour le moins daté. C’est une lecture très limitée de Schopenhauer … ou une relecture non moins limitée de votre égérie, Marion Dapsance ! Encore un jugement à l’emporte-pièce à propos d’un champ de la recherche humaine que vous n’appréciez pas. Et qui perdure pourtant, tant bien que mal, depuis deux millénaires et demi …
Aurobindo : c’était juste histoire de vous agacer un peu. Je n’apprécie pas trop non plus. Mais bon, c’est toute l’Inde de Modi qui est devenue une « catastrophe ». M le maudit … « Le début de la fin pour l’Inde … ? »
Question supplémentaire : Où est-ce que vous voyez que « je m’échine comme un beau diable à tenter de démontrer que votre vision serait la pure et parfaite « réalité » ? La Vision 1 – ne m’appartient pas et 2 – n’est qu’un outil d’Éveil & Salut parmi d’autres. Elle vous intéresse sérieusement ? Alors servez vous-en. Sinon … « foutez lui la paix » comme dirait F. Midal !
Cordialement
Jean Marc
Merci pour votre réponse et vos appréciations.
Si mes réflexions peuvent servir de réactif, j’en serais satisfait.
La liste de ce que vous soulignez est assez longue, et je ne vais pas encombrer votre site de mes commentaires. Je reprends simplement quelques points :
Ne pas se laisser endormir dans ses préjugés ou ses croyances est un principe que j’applique en me l’appliquant à moi-même. Il ne me semble pas que les Evangiles et leur divinité humano-divine, toujours prompte à asséner sa vérité en ignorant celle des autres ou en l’écrasant, soit un modèle de quête objective de la vérité. L’extrait de l’évangile johannique que vous citez n’a rien d’une maxime de sagesse, et la vérité selon saint Jean n’est pas un concept philosophique dont on pourrait débattre librement. C’est une croyance religieuse sectaire que l’Evangile nous impose en nous obligeant à nous déclarer pour ou contre, sur un mode dualiste, et ceux qui ne l’adoptent pas sont immédiatement rejetés dans les « Ténèbres ». Plus ouvert et plus tolérant, on meurt !
La vision du Soi comme l’éveil bouddhique ne sont pas de simples moyens ou des propositions commerciales dont on pourrait se débarrasser sur un mode consumériste ou pragmatique. A l’exemple du salut chrétien, ce sont des idéaux totalisants pour ne pas dire totalitaires, et qui totalisent les personnes et les existences. Ce n’est pas moi qui, en les critiquant ou en les interrogeant, représente pour ces idéaux et leurs fidèles un danger ou une menace. Mais ce sont ces idéaux, leurs clergés et leurs fidèles qui, en se faisant les prosélytes de leurs idoles, ne me laissent pas en paix. N’inversez donc pas les rôles!
Le bouddhisme premier est nihiliste et toute sa vision mythique du monde et de l’homme qui ne repose sur rien de solide participe à cette vision (André Bareau, grand spécialiste l’a bien démontré, le nirvâna = mort, selon l’étymologie même).
Les expressions mystiques que vous employez – Source, Royaume, Soi… – sont des Objets idéaux d’autant plus indétrônables qu’ils sont investis par des affects et par des rites, comme la méditation. Ce ne sont pas ces Objets qui nous disent ou nous révèlent la vérité du monde et de notre « nature », mais ils font partie des obstacles qu’il faut démystifier pour parvenir à ce que nous sommes. C’est donc le travail inverse de ce que vous proposez avec votre vision aveuglante, et qu’on retrouve dans le Yoga, le Bouddhisme, le Tantrisme, le Dzogchen, le Zen, le Ch’an, le Vedanta… Et c’est ce que je m’emploie à faire, sans aide ni soutien.
Votre site est la preuve de cet acharnement thérapeutique dont je parle et qui me semble un peu pathétique. En parcourant les pages de votre site des 8 derniers mois, j’ai pu constater combien peu nombreux sont les visiteurs désireux d’engager une conversation sérieuse avec vous. Ce qui est assez triste…
Je vous enverrai deux réflexions que j’ai rédigées sur la notion d’Eveil et sur celle de « Trikâya » du Bouddhisme Mahâyâna. J’y joindrai un courrier que j’ai envoyé à un lama français en lui posant quelques questions jamais posées dans son bouddhisme tibétain.
Ce qui nous donnera encore quelques occasions d’échanger ensemble…
Bonjour Bruno,
J’ai une fois de plus envie d’écrire : « Brisons-là, ce discours deviendrait ennuyeux ».
Si ce que je soutiens et écris ne vous convient pas, allez donc voir ailleurs. Il doit bien y avoir des milliers de sites & blogues susceptibles de recevoir aussi vos critiques acerbes et, souvent assez mal fondées. Est-ce que je vais sur votre site critiquer vos écrits, moi ?
Nous ne devons pas lire les mêmes Évangiles ou alors nous les lisons de manière totalement différente. Il ne s’agit certes pas de « philosophie », et cette dernière n’en rejoindra jamais le cœur. Il est important de ne pas se tromper de registre. Douglas n’était pas un « philosophe », au sens réducteur qu’on donne aujourd’hui à ce mot.
Les Évangiles, comme la plupart des textes spirituels « n’imposent, n’écrasent ni n’assènent » rien, ils se contentent de proposer. Libre à chacun ensuite de venir et de voir … si affinités. Si le but est la liberté, justement, comment pourrait-il en être autrement ?
Des « idéaux totalisants pour ne pas dire totalitaires » … ? Vous n’auriez pas l’impression là de projeter lourdement vos propres … craintes, désirs, fantasmes ? La Vision du Soi se préoccupe effectivement d’entièreté, mais dans la plus entière liberté laissée à qui s’y intéresse. Pas « d’idéaux » : juste l’expérience du Voir. Pas de « clergé … de fidèle … de prosélyte ni d’idole », vous pouvez continuer à vivre tranquille … et me permettre de faire de même !
La méditation n’est pas un « rite ». Son contraire absolu. Du moins pour qui médite réellement.
Cordialement
Jean Marc
« La seule pierre de touche qui vaille » : ce n’est certainement pas une expérience personnelle d’ordre mystique, totalement évanescente et qui repose sur le vide, qui peut s’imposer en tant que socle commun de notre humanité.
Les Lumières ne sont nullement responsables de tous nos maux et ceux-ci existaient bien avant leur apparition. Et si elles sont apparues et se sont répandues avec l’usage de la rationalité, c’est précisément parce que votre vision mystique déjà connue depuis l’Antiquité n’offrait rien de solide et n’apportait rien aux hommes ni au monde. Cette stérilité de la mystique, que ce soit en Orient ou en Occident, n’est plus à démontrer.
En-dehors d’une certaine littérature, qui est close sur elle-même, et de promesses surnaturelles invérifiables – qui a vraiment connu un salut digne de ce nom de son vivant? -, les courants spirituels ont été des impasses existentielles, quand ils ne sont pas devenus des obstacles au progrès et à la connaissance, notamment par l’obscurantisme de leurs pratiques et l’inanité de leurs messages.
Pour moi, contrairement à vous, après avoir perdu des années dans ces mystiques et leurs pratiques, j’ai décidé de revenir à une humanité plus saine et moins éthérée, qui ne se paye ni de mots vides de sens, ni d’états de conscience modifiés qui paralysent l’esprit et immobilise la conscience.
Quand vous regardez toutes les énergies qui se sont déployées dans le monde depuis un siècle autour des phénomènes spirituels et des maîtres censés être éveillés, et que vous observez ce que ces mobilisations de masse ont opéré et produite, Auroville en est un exemple parmi des milliers d’autres, ni pire ni meilleur, force est de constater la stérilité et le gâchis total engendrés par ces monceaux de fadaises.
Et ce que vous faites vous-mêmes dans votre existence, à l’exception de votre site qui tourne en rond, et des initiations à la vision sans tête que vous avez abandonnées faute de participants, mais qui n’ont rien créé ni rien produit, tout votre travail comme votre famille ne doivent absolument rien à une quelconque vision du Soi. Et vous auriez tout aussi bien pu réaliser ce que vous avez fait depuis 40 ans sans avoir jamais ouvert un livre de spiritualité, ni participé à une séance de zazen.
Bouddhismes zen et tibétain, yogas (au pluriel), reiki, vedanta, tantrisme, taoïsme, dzogchen…, j’en oublie certainement, ne peuvent se prévaloir d’aucune réussite exceptionnelle dans aucun domaine essentiel pour l’humanité, et ont même représenté des freins rédhibitoires.
Que ce soit en médecine, en philosophie, en agriculture, en sciences humaines, en astronomie, en biologie, ou dans les domaines politique et social, ces religions et ses spiritualités n’ont été que des contre-cultures, toujours régressives, jamais à la pointe du progrès, même spirituel. Et cela du fait que ces mystiques affirment péremptoirement qu’il n’existe aucun progrès de l’esprit possible, d’après leur idéologie qui estime tout connaître de l’être humain et de la Vie. Ce qui est incroyablement prétentieux.
L’exemple remarquable est le Bouddhisme qui a essaimé dans de nombreux pays. Et en Asie notamment, où il est même devenu religion d’Etat dans certains pays, il a paralysé le fonctionnement social et politique en imposant le modèle du renonçant qui serait supérieur à tous les autres. Ce qui est parfaitement absurde et stérile.
Je n’ai donc plus aucune estime pour ces religions et si je me permets de les critiquer (sans médire!), c’est qu’elles le méritent amplement. Et cette critique implacable qui est la mienne, devrait aussi apparaître sur votre site au lieu de cet encens d’éloge qui voile la vérité des pratiques que vous prônez.
Mais je suppose qu’une telle « volte-face » intellectuelle et pratique doit être impossible et vous obligerait à renier une partie de votre vie et de vos croyances…
Cette impuissance révèle bien que la vision du Soi n’est pas libératrice ni émancipatrice, ne confère aucun pouvoir particulier, mais est une technique d’autohypnose, une camisole spirituelle où le narcissisme du pratiquant se voit flatté par un Soi impersonnel qui n’est que la projection de son moi très personnel, et qui assure au croyant une pérennité, voire une éternité inimaginables autrement…
Merci à vous.
Re-,
« La seule pierre de touche qui vaille » : ce n’est certainement pas une expérience personnelle d’ordre mystique, totalement évanescente et qui repose sur le vide, qui peut s’imposer en tant que socle commun de notre humanité.
Alors je ne vais pas re-discutailler à propos de « mystique » et d’« évanescente », mais je persiste sur l’esprit général de cette proposition : si, justement, une expérience personnelle qui repose sur le vide s’impose comme socle commun de notre humanité. Depuis plusieurs millénaires et dans la plupart des contextes socio-culturels. Et « Lumières » ou pas, il semblerait bien qu’il soit assez difficile, sinon impossible de trouver une alternative viable. Ça vous contrarie sérieusement, mais c’est comme ça et pas autrement !
La différence entre vous et moi (ainsi que quelques autres quand même !) c’est la Vision du Soi. Encore une fois, qu’est-ce qui vous retient de vraiment l’essayer ? Au lieu de continuer à en parler à tort et à travers … en en ignorant tout.
Effectivement, dans le domaine dit « spirituel » pas de progrès possible … heureusement ! Et pas de préoccupation particulière quand au nombre de « followers » … je ne me considère pas comme un influenceur ou une star !
Mais il ne me semble pas « encenser » les religions, bien au contraire. Je reproche quasiment à toutes de relativiser l’absolu qui seul les légitimerait, nuance importante.
Je relis en ce moment quelques vieux & bons livres de Maurice Bellet … qui fait exactement de même, avec philosophie, psychanalyse, bon sens, écoute, humour … au secours d’une théologie qui en a bien besoin.
Plus besoin de faire « volte-face » … volte-espace est infiniment plus utile !
Cordialement
Jean Marc
Oui, merci encore à vous pour votre accueil et votre ouverture d’esprit.
Pour information, j’ai déposé maints commentaires acerbes et critiques sur bien d’autres sites et sur de nombreuses vidéos. Je me suis fait pas mal d’ennemis, mais quelques rares amis aussi, qui ont compris le sens de ma démarche.
Celle-ci consiste à rappeler que toute « bonne nouvelle » spirituelle – chrétienne, indienne, vedantique, bouddhiste… – est de nature subversive et transgressive. Pouvoir enfin s’émanciper, se libérer, franchir ses frontières et transgresser nos limites, tel est le cœur de tous ces messages et de toutes les expériences mystiques. Et tel est aussi leur puissant ressort qui exerce autant de fascination! Mais il n’y a rien d’autre. Ce ne sont que des illusions et la réalité réapparaît toujours pour démentir ces visions ou pour les relativiser. C’est à partir de là, de ce constat certes amer, mais réaliste, que ma propre réflexion est née…
Mais, je n’épilogue pas plus longtemps pour ne pas accaparer votre temps et je vous laisse à votre paisible existence.
P.S. J’ai tenté de vous envoyer un texte par votre adresse-mail, mais il semblerait que votre boîte soit saturée… Ce sera pour une autre fois… Cordialement. Bruno