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4 - Méditation

Pratique du zen vivant, 12° session – Jacques Brosse

Rappel : « Pratique du zen vivant »  relate les alternances d’exposés (« teishô »), suivis de questions & réponses, de treize sessions intensives de zazen dirigées par Jacques Brosse entre le 26 décembre 2000 et Pâques 2004.

Je présente lors de la séance hebdomadaire de Méditation dans l’esprit du zen & sur ce site quelques points saillants de ces exposés, bien entendu en lien direct avec la pratique de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Libre à vous de déposer ensuite vos questions et/ou commentaires, de lire (et relire …) ce livre de Vie. Je me permets cependant de vous recommander de le lire pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ».

NB : Pratique du zen vivant, pause.

&

Cette session, centrée sur Hui-nêng le Sixième Patriarche du zen, propose trois exposés. Des origines à nos jours, le ch’an & zen propose bien des personnages de maîtres et de disciples fascinants ; Hui-nêng en est en quelque sorte l’archétype. Vérifiez !

  • Exposé 45. « … Lorsqu’il en vint à la sentence : « Quand on ne s’appuie sur rien, quand on ne demeure sur rien, le véritable Esprit apparaît », l’esprit du garçon s’éveilla, il s’ouvrit tout grand d’un coup. … Ce garçon se nommait Hui-nêng, il avait vingt ans. … »
    • Donc « l’âge ne fait rien à l’affaire » comme le chantait Brassens, pas plus que la « culture » puisque Hui-nêng était censé être illettré ! « S’éveiller » c’est devenir instantanément « grand », l’immensité même de l’Ouvert, de l’espace d’accueil illimité & inconditionnel … Pourquoi pas grâce à l’efficacité de la Vision du Soi selon Douglas Harding ?
  • « … Quel était donc ce sûtra qui « permet de voir directement sa propre nature ? » C’était le Vajracchedikâ Sûtra, le « Diamant coupeur ». … Le Bouddha le dit lui-même : on appelle ce sûtra le « Diamant coupeur » parce qu’il a le pouvoir de pourfendre toutes les illusions, toutes les afflictions et de nous conduire sur l’autre rive, celle de notre libération. »
    • Depuis le temps que ce fameux sûtra est lu, relu, traduit & retraduit, commenté & cité … il devrait y avoir un peu plus de monde passé « sur l’autre rive », non ? Personnellement je n’y ai pas compris grand chose avant de faire l’expérience de « perdre une tête et gagner un monde » (« Vision »). Et si c’était justement le principal propos de ce Vajracchedikâ Sûtra : « Couper la Tête » au sens – simple, concret, joyeux – de la Vision du Soi, mais aussi de la plupart des spiritualités solides & efficaces ?
    • Cf. aussi Diamond Sutra.
  • « En effet, tout le texte du sûtra est négatif, il est même tout entier négation. Il pulvérise toutes les illusions que l’on peut se faire en commençant à pratiquer zazen, mais aussi en continuant. Cela prend du temps, beaucoup de temps pour se débarrasser des idées toutes faites et même de toute idée, de tout concept, y compris et d’abord celui d’éveil. Ils nous emplissent, ils nous obstruent, il faut donc nous en vider totalement, définitivement. »
    • Étonnant que Jacques Brosse n’établisse pas ici de lien avec l’apophatisme, « négation » active & féconde.
    • « … beaucoup de temps » ? Une journée d’ atelier de Vision du Soi – une seule expérience même – peut suffire pour passer des concepts aux percepts … même si, effectivement, un peu de temps s’avère ensuite nécessaire pour intégrer la nouvelle façon de Voir.
    • Nous vivons une époque de plus en plus idolâtre « de toute idée, de tout concept », nous sommes même parvenus à un point où il est impossible de les considérer pour ce qu’ils sont : de simples outils, des conventions utiles (ou pas !), des « aides devenus des entraves ». « Ils nous emplissent & nous obstruent » et, vraisemblablement, la si mal nommée Intelligence Artificielle va considérablement aggraver la situation.
  • « … Comprends bien cela, Subhuti, un bodhisattva donne spontanément naissance à la vertu et au bonheur. Mais il n’est pas prisonnier des idées de vertu et de bonheur et il n’a nul besoin d’accumuler vertu et bonheur. Elles jaillissent de lui comme d’une source dont les eaux irriguent toute la terre, abreuvent et rafraîchissent tous les êtres vivants. Seuls les êtres ordinaires sont prisonniers des conventions du langage. Le bouddha n’est qu’un nom, le bodhisattva n’est qu’un nom. … Ne me cherchez pas au dehors quand je suis au-dedans. Bien à plaindre est celui qui croit me voir dans mes images. Il doit dépasser ce point de vue, aller au-delà des images, des noms, des concepts. … »
    • Difficile de ne pas faire le lien avec l’épisode de Jésus et la Samaritaine. « … Mais qui boit cette eau que moi je lui donne n’a plus soif en pérennité, car l’eau que je lui donne devient en lui source d’eau jaillissante pour la vie en pérennité. » [ος δ αν πιη εκ του υδατος ου εγω δωσω αυτω ου μη διψηση εις τον αιωνα αλλα το υδωρ ο δωσω αυτω γενησεται εν αυτω πηγη υδατος αλλομενου εις ζωην αιωνιον] Jean 4, 14.
    • « Ne me cherchez pas » dans une périphérie des concepts & images totalement dépendante d’un contexte culturel humain, alors que « Je Suis » au Centre, que « Je Suis » le « Rien & Tout ». Quoi de plus évident … que ce mystère ? La Vision du Soi permet de passer – simplement, concrètement, joyeusement – en-deçà « des images, des noms, des concepts. » Vérifiez !
  • L’échange de questions & réponses propose deux autres points : « … Je vous rappelle ce que disait maître Yun-mên : « Si je pouvais vous dire d’un mot comment atteindre l’éveil séance tenante, ce serait comme si je vous déversais un seau de merde sur le crâne … pour saisir le tch’an, vous avez à en faire l’expérience. »
    • Voilà, tout est dit … hors de l’expérience personnelle point de salut ! Il faut en passer par ce « fond du seau qui craque d’un coup », par « perdre la tête & gagner un monde », etc.
  • Et : « … En zazen, vous n’apprenez rien, vous désapprenez peu à peu, jour après jour. Et vous vous apercevez que les concepts, les principes sur lesquels vous croyez pouvoir vous appuyer et que vous n’avez jamais sérieusement examinés sont en fait sans fondement, que ce ne sont que des conventions. … »
    • « En zazen », d’une part on remédie de manière exceptionnellement efficace à l’infobésité qui menace la santé, mentale & physique, et d’autre part on se concentre sur la question essentielle : « où suis-je ? ». On cesse de se « contenter de trop peu » pour assumer pleinement sa dignité & son destin d’être véritablement humain. Vérifiez !
  • L’Exposé 46 relate comment Hui-nêng est devenu le sixième patriarche du zen, et notamment le fameux épisode des « stances » :
  • « Ce corps est l’arbre de l’Éveil, L’Esprit est comme un miroir brillant. Efforcez-vous de le polir sans cesse, Afin que la poussière ne puisse s’y déposer ». Chen-siou
  • « A l’origine, il n’y a pas d’arbre de l’Éveil Ni non plus de miroir brillant La nature de Bouddha est par elle-même vacuité, Où donc pourrait se déposer la poussière ? » Hui-nêng
    • Dans leur prolongement : impossible de « polir une brique pour en faire un miroir », impossible d’améliorer progressivement un « je suis humain » pour le transformer en « Je Suis » !
  • L’Exposé 47 donne quelques extraits du sûtra de l’Estrade qui relate l’enseignement de Hui-nêng sur la Prajnâpâramitâ (la Parfaite Sagesse qui conduit sur l’autre rive).
  • « … la sagesse de l’Éveil est inhérente à notre nature. C’est à cause des illusions secrétées par notre mental que nous ne parvenons pas à la voir. … Si vous ne prenez pas refuge dans votre propre nature, vous ne trouverez de refuge nulle part. »
    • C’est une très bonne nouvelle : rien à améliorer ou à construire, rien à chercher (désespérément) à l’extérieur. Juste laisser tomber ces « illusions mentales » et Voir. La Vision du Soi constitue un bon point de départ … Vérifiez !
  • « … Mahâ signifie « grand », la capacité de l’esprit est aussi étendue que l’espace vide. Vacuité ne veut pas dire néant, le vide de l’esprit ne signifie pas son anéantissement. Ne commettez pas d’erreur à ce sujet. Le vide illimité de l’espace contient le Soleil et la Lune, les étoiles, la Terre, tous les êtres vivants, les six mondes (le samsara), le ciel et l’enfer. Tous sont compris dans la vacuité. Telle est la vacuité de la nature humaine. … »
    • Volte-espace propose de nombreux liens vers cette notion de « contenance », de « capacité », … A lire bien sûr, mais surtout à vivre. Ça relève de l’évidence. Vérifiez !
  • « … On ne sait ensuite presque plus rien de la vie de Hui-nêng, sinon la célèbre entrevue avec Yong-kia … « l’Éveillé d’une nuit » … Il composa ensuite le Cheng Tao Ko (en japonais le Shôdôka), le « Chant de la certification de la Voie » … »
    • NB : texte majeur qui a l’avantage d’être court. Nombreuses traductions disponibles.

Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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