
Jean Hatzfeld « En détruisant Gaza, Israël détruit le judaïsme »
Enfin ! J’attendais, j’attendais ce texte depuis des mois et des mois, et je remercie du fond du cœur Jean Hatzfeld de l’avoir écrit. Seul un juif disposant de son expérience pouvait écrire ce qui suit. Juifs & non-juifs, nous devrions tous lire, relire, méditer et diffuser le plus largement possible ce texte important.1
Le Monde International lundi 2 juin 2025 – Propos recueillis par Louis Imbert
« Question : Que signifie aujourd’hui, pour vous, la destruction de Gaza ?
Je crains le pire, pour la première fois en Israël et en Palestine. Une menace pèse sur le peuple palestinien, qui est massacré, mais c’est aussi un renoncement d’Israël à ce qu’il a été. C’est une inflexion du destin de ces deux peuples, dans laquelle Israël peut s’autodétruire.2
Question : A quoi Israël renonce-t-il ?
Il renonce aux valeurs juives. En détruisant Gaza, Israël détruit le judaïsme. C’est une banalité de le dire, chaque juif peut s’emparer du judaïsme à sa façon, après interprétation des textes religieux, en croyant ou en athée. Pour moi, c’est une philosophie humaniste, c’est-à-dire, selon les mots d’un rabbin, l’aspiration de la collectivité humaine à vivre dans une dignité la plus parfaite possible.
Le judaïsme est l’héritage culturel des tribulations de ce peuple, bringuebalé et malmené pendant des siècles, qui met, par la force des choses, « l’autre » au cœur de sa pensée. Cet autre peut être juif, non juif, non juif ami, juif ennemi, ou non juif ni ami ni ennemi … En Occident, cette culture est peut-être la plus apte à concevoir une façon de vivre avec l’autre. Les juifs subissent quelquefois ce que les autres leur font, ils les combattent, mais ils vivent avec. Or, je crains que les Palestiniens n’existent plus, de manière générale, dans l’esprit des Israéliens.3
Question : Cela concerne-t-il tous les Israéliens ?
Ceux qui manifestent aujourd’hui contre [le premier ministre Benyamin] Nétanyahou exigent la libération des otages, ils s’opposent aux attaques du pouvoir contre les institutions israéliennes ou luttent contre la corruption … Mais « l’autre », le Palestinien qui est en train de se faire laminer, n’est quasiment jamais mentionné. Le 7 octobre 2023 nous a tous plongés dans un état de sidération. Il y a eu l’offensive militaire contre Gaza afin de détruire ce qu’il est possible de détruire, par les armes, des troupes du Hamas. Puis est venue la période de la vengeance compréhensible – une impulsion courante dans la guerre. On en arrive au printemps 2024 et, depuis lors, plus rien ne justifie l’écrasement, d’un point de vue militaire ou sécuritaire. Il devient vital de discuter et pourtant la destruction ne ralentit pas, au contraire.4
Question : Que pensez-vous des accusations de génocide portées contre Israël ?
On peut appeler ce qu’il se passe à Gaza un prégénocide. On n’assiste pas à l’extermination physique d’un peuple. Mais, quand on détruit les maternités, les écoles, les centres culturels, les lieux d’histoire, les clubs sportifs, les lieux de prière, de rencontre et de loisirs, d’un peuple, alors on détruit le cadre de son avenir.
Lorsqu’on affame, assoiffe et épuise une population, que l’on la malmène du nord au sud dans un climat de panique durant dix-neuf mois, on l’astreint à un état de survie et d’humiliation. On lui interdit un état de vie. Quand on morcelle son territoire déjà clos, que l’on nie l’existence d’un peuple dans les discours, sauf pour le désigner comme l’incarnation du mal et lui promettre l’enfer, alors on crée toutes les conditions pour qu’un génocide soit possible.5
Question : Comme beaucoup de journalistes au Rwanda en 1994, vous n’imaginiez pas qu’un génocide puisse avoir lieu. Quelles leçons en tirer pour Gaza ?
Les situations ne sont guère comparables. Toutefois, avant le génocide des Tutsi au Rwanda, comme avant la Shoah, s’est installée pendant quinze à vingt ans l’idée qu’une communauté est de trop dans la situation. Cela est répété dans des discours politiques, dans les émissions, les blagues de café, dans des pièces de théâtre, tout le temps. Dans les deux cas, il a fallu la guerre pour que le génocide ait lieu.
Au Rwanda, dès décembre 1993, on évoquait un risque de génocide, mais on ajoutait toujours que cela n’arriverait pas. A Gaza, c’est la même chose. Nous ne pouvons présumer que quarante siècles de culture juive rendent un génocide impossible, ou nous rassurer en estimant que l’Occident veille. Or, j’ai appris cela au Rwanda : à un moment donné, l’escalade de la guerre peut tout accélérer et laisser chacun tétanisé devant l’événement.6
Un affrontement entre Israël et l’Iran, ou la Syrie, pourrait suffire aujourd’hui pour basculer dans l’horreur absolue. Cela dit, que les autorités israéliennes franchissent ou non le seuil de l’extermination, elles ont d’ores et déjà endommagé l’âme du peuple palestinien et, par conséquent, celle du peuple israélien qui s’est montré complice par son refus ou son incapacité à voir et à réagir.
Question : Vous vous rendiez en reportage à Gaza dans les années 1980. Quelle était alors la situation ?
Les gens oublient vite … Beaucoup s’étonnent : « Tu te rends compte de ce qu’ils ont fait le 7 octobre ? » Ils oublient que la haine a mûri pendant des décennies, dans la prison à ciel ouvert qu’était Gaza. Ce n’est pas comme si des miliciens égyptiens ou jordaniens avaient soudain foncé en Israël pour tuer et violer. Dans les années 1980-1990, j’ai connu Gaza enfermé, mais vivant. Il y avait quelque chose de possible. En tout cas de l’espoir.7
Question : Dix-neuf mois de guerre ont causé des dommages humains immenses. Les Gazaouis peuvent-ils encore se relever ?
Ailleurs, en Bosnie ou au Liban, au Vietnam, les gens sont parvenus à se requinquer après la guerre malgré les pertes, certains à une vitesse inattendue. On se remet toujours d’une guerre, même si les traumatismes persistent. Mais jamais d’un génocide. Si Gaza est aujourd’hui au seuil d’un génocide, c’est bien parce que l’enclave est à la limite de l’irréversible.
Elle a été écrasée trop implacablement ces derniers mois. Il y a une phrase d’une cultivatrice tutsi, qui m’a toujours interpellé. Au Rwanda, elle m’a dit : « Une personne, si son esprit a acquiescé à sa fin, si elle s’est vue ne plus survivre à une étape, elle s’est vue vide en son for intérieur, elle ne l’oublie jamais. Au fond, si son âme l’a abandonnée un petit moment, c’est délicat pour elle de retrouver l’existence. » Eh bien, je pense que cela risque de se produire à Gaza, pour ces gens qui sont dans une survie animale, chassés d’un coin à l’autre de l’enclave par l’armée, et niés par Israël.8
Question : L’armée israélienne planifie à présent de raser ce qu’il reste du bâti à Gaza. Est-ce une manière de « supprimer le problème » de la carte ?
[Le président américain Donald] Trump partage cette idée, quand il dit : « On va faire une station balnéaire à Gaza. » Il veut couvrir la zone de peinture blanche et construire un golf, un endroit joyeux … C’est une manière absurde d’effacer l’histoire, il n’y croit probablement pas lui-même. Mais l’idée demeure d’effacer tout ça. Et le visage souriant de Benyamin Nétanyahou à côté de lui est l’une des images les plus marquantes de toute cette histoire. Il rit de cette bêtise que son voisin a proférée, mais il dit tout à la fois que c’est une idée formidable. Effacer les traces du crime, pourtant, on connaît.9
Question : Comment la possibilité d’un génocide à Gaza vous interpelle-t-elle, en tant que juif, en France ?
La Shoah, comme le génocide tutsi, génère des doutes sur l’idée que chacun se fait de l’homme, de Dieu, des relations entre les hommes et, pour beaucoup, des relations entre l’homme et Dieu. Pour moi, le judaïsme doit être une philosophie qui permet de vivre avec ces doutes, d’inventer un pragmatisme perpétuel. Si la société israélienne n’est pas capable de stopper net la bunkérisation que lui propose Nétanyahou, si elle renonce à chercher un mode de cohabitation avec les autres, comme elle le fait aujourd’hui, si elle renie le fatalisme créatif avec lequel elle s’est constituée, elle risque fort de détruire ce qu’elle a voulu sauver.10
Question : En France, des personnalités juives ont récemment dénoncé la politique d’Israël à Gaza …
Oui, mais ces critiques ne vont pas très loin. Certes, la plupart exècrent cette politique israélienne d’extrême droite. La femme rabbin libérale Delphine Horvilleur, par exemple, la critique en se contentant de prôner l’amour du prochain, sans préciser ce que signifie cet amour. Au fond, la plupart des intellectuels juifs qui s’expriment publiquement affirment, comme Bernard-Henri Lévy, que tout passe d’abord par l’élimination physique du Hamas.
Ces personnalités participent à la construction d’une idée, d’un mythe, selon lequel, évidemment, les juifs vivront avec les Palestiniens, deux États verront le jour et tout le monde finira par bien s’entendre, mais à condition d’amputer d’abord la population palestinienne de son mal, qui est le Hamas. Mais ça ne marche pas ainsi, la vie ! Le Hamas dispose d’une branche armée, de miliciens, mais il ne se résume pas à une somme d’individus qui se seraient glissés dans une société.
Ce prétendu « mal » s’est développé n’importe où, il est diffus, divers, nourri de haine ou de souffrance. Alors faut-il faire le tri dans chaque famille ? On ne peut pas envisager d’arriver avec des scalpels, de cureter un peuple de son mal, et après « vous allez voir, tout va bien se passer entre nous » ! On ne peut pas non plus envisager qu’un peuple incarne ce qu’il a de pire en lui. C’est une pensée plus qu’absurde, malsaine.11
Question : Comment affronter l’idée qu’Israël, né après la Shoah, devienne à son tour génocidaire ?
C’est une idée vertigineuse, intolérable à beaucoup de juifs qui ne veulent pas entendre prononcer ce mot. Les juifs sont porteurs d’une culture et d’une histoire. Les descendants de la Shoah ont un devoir d’éthique : un devoir de compréhension, d’attention à l’autre.« 12
&
Ancien journaliste à Libération, pour lequel il a notamment couvert la guerre de Bosnie (1992-1995), Jean Hatzfeld est écrivain, auteur de six ouvrages majeurs sur le Rwanda (Dans le nu de la vie, Une saison de machettes, La Stratégie des antilopes, aux éditions du Seuil ; Englebert des collines, Un papa de sang, Là où tout se tait, chez Gallimard) qui s’attachent, par les témoignages des différents acteurs, à décortiquer les mécanismes à l’œuvre dans le génocide des Tutsi en 1994.
- D’autres textes de la même intensité m’ont sans doute échappé mais, j’insiste, celui-là mérite réellement toute notre attention. Peut-être parce que la somme de Raul Hilberg, « La destruction des juifs d’Europe », se termine justement en évoquant le génocide rwandais par cette phrase : « L’histoire s’était répétée. » (Cf. les cinq dernières pages du chapitre XII, Les implications). (Cf. aussi S’il vous plait, lisez Maus.)
Dans un format plus long, j’ai également beaucoup apprécié « Éloge de la trahison – Lettres enflammées sur le devenir d’Israël » de Gérard Haddad : « Je suis juif et j’aime ma foi, ma culture juive, mon histoire juive parmi les nations du monde. J’aime nos prophètes de Moïse à Jérémie et ce vieil homme de Jérusalem, Yeshayahou Leibowitz, à qui j’adresse ces lettres et qui qualifiait la politique israélienne de judéofasciste, voire de judéonazie. Cet homme de Dieu ne recula pas devant ces mots. Aussi, ce que la soldatesque israélienne fait depuis 15 mois à Gaza met mon âme à l’agonie. »
NB : je reprends ce texte après deux semaines de vacances. « Bibi » a encore propulsé Israël et le judaïsme un cran plus loin vers l’abîme en attaquant l’Iran avec l’appui de M. Trompe. ↩︎ - Et pourquoi ce risque insensé qu’« Israël s’autodétruise » a-t-il été pris ? Principalement pour que son Premier ministre échappe aux nombreuses poursuites judiciaires dont il est l’objet, et qui l’ont conduit à s’allier aux pires des ultras-nationalistes et ultra-orthodoxes – des idolâtres, c’est-à-dire le contraire exact de ce que devraient être de véritables « juifs ». ↩︎
- Là est le cœur de la réflexion de Jean Hatzfeld qui a l’expérience de l’horreur du génocide rwandais : « En détruisant Gaza, Israël détruit le judaïsme. » Ces deux paragraphes disent clairement qu’il y a de nombreuses manières de penser & vivre le judaïsme … La seule totalement mauvaise c’est celle que « l’État du peuple juif » voulu par l’infâme « Bibi » inflige à ses voisins. Voilà ce qu’écrivait de lui Mme Nourit Peled-Elhanan … en octobre 1997 :
« Ce sont nos actes qui engendrent le terrorisme. D’ailleurs, “Bibi” a la mentalité d’un terroriste. Toute sa pensée se concentre dans la confrontation. Pour lui, la paix est un mirage, voire un piège. Il n’a que le mot terrorisme à la bouche. À chaque conversation, dans chaque discours, lors de chaque conférence de presse, il l’utilise. Pour lui, le terrorisme est partout. Mais il ne comprend rien à la nature du phénomène. Aujourd’hui, il a la certitude d’être plus fort que son adversaire palestinien, en qui il voit un ennemi qu’il s’agit d’écraser. D’où cette politique “catastrophique”, comme l’a fort bien qualifiée le ministre français des affaires étrangères, M. Hubert Védrine, car elle risque, hélas ! de conduire dans l’avenir à la destruction de notre pays … » ↩︎ - Israël est un pays ultra militarisé depuis sa création, en guerre permanente … Permettez-moi de redire ici que, à mon humble avis, la « caste » militaire ne fait pas vraiment partie de l’humanité, quelles que soient les exemples mis en avant pour tenter de justifier le contraire. Les militaires « ne sont qu’obéissance » comme l’avait si bien diagnostiqué Nietzsche. Ils sont « toujours fidèles » (« Semper fidelis », devise des Marines américains), leur « honneur s’appelle fidélité » (« Meine Ehre heißt Treue« , devise des SS), etc. Fidèles à quoi et à qui … ? Souvent au pire qui leur est commandé, toute forme de conscience, voire seulement de « décence ordinaire » annihilées. Ce qui s’est passé & continue de se passer à Gaza a complètement détruit l’image d’une « Tsahal » soit disant vertueuse, et qui ne se comporte en fait guère différemment des « hommes ordinaires du 101-ième bataillon de réserve de la police allemande ». Si l’usage de la force peut parfois s’avérer nécessaire, il ne devrait répondre qu’à cette si juste proposition d’Ernst Jünger : « La force ne devrait servir qu’à protéger les faibles. » Les rescapés de la Shoah en ont eu besoin … Ceux de la Nakba n’ont pas encore pu réellement en bénéficier.
NB : des exemples israélien, américain, allemand, mais les français et toutes les autres armées du monde ne sont pas en reste. ↩︎ - Faire ce que décrit là Jean Hatzfeld – après avoir joué la carte du Hamas contre celle du Fatah, après l’avoir financé et, d’après moi, après l’avoir piégé le 7 octobre, en interdisant toute couverture médiatique internationale, en reportant sans cesse aux calendes l’ouverture d’une véritable commission d’enquête – c’est détruire volontairement toute possibilité de paix pour les membres de la communauté juive, dans la région bien sûr mais aussi dans le monde entier. De très nombreux juifs quittent déjà Israël, et ce n’est vraisemblablement qu’un début mais, malheureusement, ils ne seront en sécurité nulle part. ↩︎
- « Quarante siècles de culture juive » n’auront pas suffit à éviter ce désastre … Est-ce qu’un « reste » permettra de contribuer à sa réparation … ? Il serait imprudent de croire que ce désastre n’affecte pas le monde chrétien, tant « L’Un et l’Autre Testament » sont étroitement imbriqués. Surtout quand M. Trompe considère que « Dieu » est « embedded », embarqué dans son absurde croisade : « Et je veux simplement remercier tout le monde, et en particulier Dieu. Je veux juste dire à Dieu qu’on l’aime, et qu’on aime nos grands soldats. Protège-les. Dieu bénisse le Moyen-Orient, Dieu bénisse Israël, et Dieu bénisse l’Amérique ». (Déclaration du 21/06/2025). Une folie de Père Ubu transposée dans le réel.
Et l’Occident ne « veille » pas, globalement il s’en contrefout. Son racisme larvé lui dicte de préférer les « juifs » aux « arabes » … Mots entre guillemets, parce que des idolâtres juifs ne sont précisément plus juifs du tout et, vu le peu de soutien que le monde arabe leur témoigne, il est permis de se demander si les gazaouis en font encore partie … ? ↩︎ - « Les gens oublient vite … ». En particulier les israéliens oublient, ou feignent d’oublier que la Nakba est postérieure à la Shoah … que cette catastrophe est continue en réalité depuis 1948. Ils oublient, ou feignent d’oublier les textes qu’ils récitent à l’occasion de Kippour (cf. le sermon de Delphine Horvilleur). Ils oublient, ou feignent d’oublier que « Le monde tient sur trois piliers : la justice, la vérité et la paix. » (Pirkei Avot Chapitre 1 – Michna 18). Moralement, Israël s’est donc en réalité déjà effondré … et ses nombreux soutiens de par le monde également. ↩︎
- Rien n’est plus dangereux qu’une personne « écrasée trop implacablement », « vide en son for intérieur« , « niée », … Elle n’a plus rien à perdre. L’histoire l’a prouvé à de nombreuses reprises. ↩︎
- C’est effectivement totalement absurde, mais M. Trompe n’est-il pas un maître en ce domaine ? « Négocier avec le président des États-Unis, Donald Trump, c’est comme jouer aux échecs avec un pigeon. Le volatile bat furieusement des ailes, bouscule toutes les pièces en roucoulant de contentement, puis fiente sur le plateau et dit : « J’ai gagné ! » ». (Le Monde – 08/07/25). Ce Père Ubu de pacotille est un fou dangereux, à la fois ignare, incompétent et malfaisant, que le réel va impitoyablement recadrer : « Facts are friendly » & « Les faits sont amicaux » (Carl Rogers). Mais beaucoup de gens pâtissent déjà de sa folie et ce n’est qu’un début : le monde entier glisse peu à peu dans le toboggan du désordre et de la violence. ↩︎
- Une blague – certainement juive, un witz – raconte que les « juifs » sont moins un « peuple élu » qu’en éternel « ballottage » ! Ce qui rejoint le « pragmatisme perpétuel » évoqué par Jean Hatzfeld. Quand on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit qu’il y a un très gros bémol à cette notion d’élection : « … si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples. » (Exode 19, 5). Je ne pense pas que « Dieu » demande la destruction de Gaza, la colonisation de la Cisjordanie, la guerre au Liban, en Syrie et au Liban … Ce qui est certain c’est qu’Il risque le burn-out lorsqu’il demandera à Nétanyahou, sa clique et tous ses soutiens « compte de toutes leurs fautes & iniquités » (Amos 3,2). Le projet sioniste tel qu’il est actuellement transféré dans le réel a définitivement failli. Il est plus que temps de passer à tout autre chose … de juste. ↩︎
- Si la critique vise l’article de Delphine Horvilleur intitulé « Gaza/Israël : Aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire », alors elle s’avère un peu malhonnête. Puisque justement elle « précise ce que signifie cet amour » : « Si tu sais adresser des reproches à ton prochain », ce qu’André Chouraqui traduit d’un magnifique « admoneste » ! Marie Balmary a beaucoup fait pour dégager ces versets 17 et 18 de Lévitique 19 de leur état habituel de « promesse niaise et inconditionnelle » et les transformer en une direction de travail sur soi-même & la relation (Cf. « « Le Sacrifice Interdit« , chapitre 2 : « L’inconscient et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » »). C’est ce que fait ici Jean Hatzfeld et tous les véritables amis d’un judaïsme de paix, c’est ce qu’il aurait fallu faire depuis le 7 octobre, depuis 1948, depuis l’affaire Dreyfus … Notons au passage que la responsabilité de la France dans toute cette histoire est énorme … tout particulièrement celle de ses militaires …
Quand à BHL … disons qu’il a déjà été suffisamment entarté comme cela.
« On ne peut pas non plus envisager qu’un peuple incarne ce qu’il a de pire en lui. C’est une pensée plus qu’absurde, malsaine. » C’est aussi une pensée éminemment révélatrice : « Qui médit se raconte, qui accuse se dénonce, qui juge se condamne. » ↩︎ - Alors il faut bien croire que « les juifs », ça n’existe pas, et réaliser que la majorité qui soutient la politique actuelle d’Israël continue d’errer dans le « désert » de l’idolâtrie, de l’injustice et de la violence – en « l’Égypte » de l’exil. Que quarante siècles de culture & spiritualité juive n’ont pas permis d’établir plus qu’« Un si fragile vernis d’humanité … ». Quel désastre ! ↩︎
NB : il ne m’est pas possible de placer cette photo au bon endroit, entre les commentaires n° 9 et n° 10, donc la voici en fin de billet. Et je n’ai pas trouvé d’image plus explicite …
Cordialement


6 réponses sur « En détruisant Gaza, Israël détruit le judaïsme – Jean Hatzfeld »
Hatzfeld fait partie de ces intellectuel juifs qui ne se sont que rarement engagés, qui ne connaissent pas les réalités du terrain et surtout qui restent dans une posture morale qui leur permet d’être toujours en surplomb ou en méta position face aux évènements et à la réalité.
La rabbine Horvilleur appartient à ce cercle de beaux esprits et de belles âmes mais qui ne se sont jamais confrontés à la véritable violence et qui estiment que le judaïsme doit toujours être pur et parfait et montrer l’exemple à tous en étant irréprochable. Et Israël devrait être un modèle d’humanité, de société et de politique impeccable quand les autres se contentent d’être pragmatiques de faire de la realpolitik.
Je me méfie de ces intellectuels de gauche qui ont bien trop répandu leur bonne parole et qui ont mis en danger Israël et les juifs avec leur vision de tolérance universelle et leurs spéculations délirantes sur l’altérité.
Je vous recommande dans la revue « causeur » un certain nombre d’articles de juifs français qui ont justement très bien réagi à ce type de prises de position moralisatrices…
Qui peut savoir si la destruction de la bande de Gaza ne préparera pas un avenir meilleur dans la région et pour le monde ?
Israël en ce sens fait le sale boulot pour tous les autres et lui cracher au visage revient à l’affaiblir comme à affaiblir tous les juifs.
Bonjour Bruno,
Je ne sais pas dans quelle case est « rangé » Jean Hatzfeld, ni par qui, et ça ne m’intéresse pas.
Mais ce qui m’intéresse c’est sa courageuse prise de position concernant Gaza avec l’expérience du Rwanda.
« La rabbine Horvilleur appartient à ce cercle de beaux esprits et de belles âmes mais qui ne se sont jamais confrontés à la véritable violence … » Je me demande vraiment s’il existe quelqu’un quelque part qui échappe à votre critique acerbe et … violente ?
Et vous, avez-vous déjà rencontré « la véritable violence » ? Je ne sais d’ailleurs pas trop ce que vous entendez avec cette expression … ?
Je ne suis ni juif ni rabbin (!), mais effectivement, j’eusse préféré que le judaïsme reste « toujours pur et parfait » et en capacité de « montrer l’exemple à tous en étant irréprochable ». Au lieu de se déconsidérer totalement dans cette aventure « Bibi » qui n’a que trop duré.
Cet homme ne fait ni de la « realpolitik » ni le « sale boulot pour tous les autres », il ne pense qu’à lui-même, ses intérêts et privilèges, et à ceux de son clan rapproché. Il incarne parfaitement à lui tout seul tous les ennemis d’Israël tels qu’ont peut les découvrir en lisant les Psaumes !
Causeur ne fait pas partie de mes lectures, désolé. Mais dans le début de l’article qui critique Delphine Horvilleur je relève une erreur, de taille : « est juif qui naît de mère juive ». Je crois bien avoir lu quelque part une excellente blague juive (un Witz) qui raconte que « n’est juif que celui dont les enfants sont également juifs » ! … Israël, « l’État juif » voulu par Bibi et ses soutiens tant internes qu’externes, est ainsi en passe de réussir ce prodige de détruire l’essence de la judéité et du judaïsme ! Ce que des gens beaucoup plus impliqués et compétents que moi ont exposé dès la naissance du projet sioniste.
Bruno, je crois aussi que vous êtes assez âgé et instruit pour savoir clairement qu’aucun « avenir meilleur » ne se construit jamais sur des massacres et des destructions.
Delphine Horvilleur ne « crache au visage » de personne. Elle fait son boulot de rabbin en rappelant à ceux qui veulent bien faire l’effort de l’écouter les versets 17 et 18 de Lévitique 19. Versets auxquels Marie Balmary a consacré tout un chapitre du « Sacrifice Interdit » comme indiqué dans mon billet.
C’est justement ne faire aucun « reproche » à Bibi et à sa clique qui contribue à « affaiblir Israël comme à affaiblir tous les juifs ».
Cordialement
Jean Marc
Merci à vous.
Avez-vous lu les deux articles que je vous ai envoyés?
Le monde arabe est notre ennemi car c’est lui qui nous a désigné comme tel. Et l’islam est une religion qui ne laisse rien repousser après elle et qui ne supporte aucune « altérité ». Les palestiniens auraient dû accepter la proposition à deux Etats qui datent des années 50-60 au lieu de vouloir faire disparaître Israël. Les Juifs et les Israéliens doivent être défendus car ils ne représentent qu’une portion infime de l’humanité, la nôtre et la mienne, dans cet océan de monde arabe qui nous déteste et entretient un antisémitisme insupportable. Le génie juif n’est plus à prouver et c’est grâce à lui que nous connaissons de réels progrès. On peut parler de civilisation occidentale, avec Rome et la Grèce.
Du côté arabe?… Rien depuis le XIe siècle, où l’islam s’est sclérosé en refusant tout apport de la pensée ou de l’extérieur.
Pourquoi défendre des palestiniens qui ne prendront jamais notre défense et nous vouent aux enfers depuis toujours? Vous n’appréciez pas le gouvernement israélien actuel? Mais qui vous le demande? Et après les massacres atroces du 7 octobre 2023, qu’auriez-vous proposé si vous aviez été là-bas? Des ateliers de la vision sans tête pour tenter une réconciliation?
Je ne comprends pas votre acharnement à défendre l’indéfendable. Ce n’est pas de postures d’indignation dont nous avons besoin, ni d’interprétations bibliques alambiquées, mais de lucidité sur la situation actuelle, et de courage, le vrai…
Telle est ma position.
Cordialement. Bruno
Bonjour Bruno,
Et vous, avez-vous lu le lien inséré dans mon billet, « Bibi, qu’as-tu fait ? » ?
Peut-être même pas si vous considérez que « Le Diplo » fait partie de la mouvance « islamo-gauchiste » ! La réflexion de Mme Nourit Peled-Elhanan me paraît pourtant d’une très grande pertinence … et toujours d’actualité depuis octobre 1997.
Alors oui, j’ai bien lu (et relu) ces deux prises de positions. Je ne les valide pas en tant que commentaires parce qu’elle n’ont pas vraiment leur place sur volte-espace, mais j’en indique le lien ci-dessous pour ceux qui seraient éventuellement intéressés.
« De quel côté du miroir voulons-nous être ? » Patrick Klugman, président du comité français pour Yad Vashem, demande que le détournement de l’accusation de génocide entre dans la contestation de crime contre l’humanité.
Que dire … ? Il me semble que cette instrumentalisation de la Shoah, récurrente et de plus en plus insistante, est tout simplement indécente. La Shoah est une abomination incompréhensible, bien évidemment. Mais elle ne constitue nullement une justification pour tout se qui s’est passé ensuite et notamment la Nakba, « opération spéciale » qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Au contraire, la Shoah oblige. La Shoah aurait du empêcher ce qui se passe depuis 1948 en Palestine, aurait du empêcher l’éclosion d’un immonde « Bibi » porteur d’un « État juif » …
Comme l’exprime si bien Etty Hillesum, il n’y a « Pas d’autre issue » pour que « des temps nouveaux » adviennent.
Mais bon, vous considérez sans doute qu’Etty Hillesum est une de ces « belles âmes irresponsables » … Personnellement je préfère et de loin ses écrits à ceux de Patrick Klugman.
Je trouve étonnante – pour ne pas dire malhonnête – la proposition de cet avocat qui sait bien mieux que moi à quel point Israël ne respecte aucune des résolutions de l’ONU et ne tient aucun compte du droit international. Mais bon, avocat c’est, très souvent, « cinq ans de droit et tout le reste de travers » ! Puisque « Dieu » a élu Israël et justifie tout ce qu’il commet, qu’attendent donc tous les pays pour laisser Israël se débrouiller tout seul avec Son aide ? Un trimestre suffirait pour que les Israéliens ultra-nationalistes et ultra-orthodoxes reviennent à la raison.
NB : j’aime beaucoup Alice et « De l’autre côté du miroir ». Patrick Klugman devrait le lire plus soigneusement … au lieu d’en instrumentaliser le titre. Pour mettre le grain de sel de la Vision du Soi : ce qui importe c’est de vivre des deux cotés du miroir … en même temps comme dirait l’autre abruti.
Charles Rojzman répond à la tribune de Delphine Horvilleur sur Gaza
De quel monde qui « n’a jamais accordé au judaïsme le droit d’exister » parle-t-il ? Ce monsieur n’a sans doute jamais lu George Steiner qui a brillamment démontré à quel point les principales caractéristiques du monde moderne sont désormais majoritairement juives, même un peu trop parfois d’ailleurs … Je ne nie pas la longue histoire de l’antisémitisme, mais comment ne pas voir à quel point les « juifs » ont su s’intégrer dans la plupart des sociétés et ont largement contribué à leurs évolutions ?
Et de quel « judaïsme » parle-t-il ? Certainement pas de celui dont Delphine Horvilleur s’efforce de porter et transmettre les valeurs. Ce « psychosociologue, philosophe praticien et écrivain français, créateur du concept de thérapie sociale » ne sait-il pas que lorsque les valeurs des grands récits anthropologiques s’effondrent, alors il n’y a plus aucune limite à la barbarie ?
A lire son commentaire je me demande si nous avons lu le même texte de Delphine Horvilleur ? Je comprends qu’il vous plaise : il « médit, juge et condamne », et ce faisant « se raconte, se dénonce, se condamne ». Il évoque « le droit non négociable d’Israël à se défendre » : « l’État juif » applique actuellement une loi du talion (un réel progrès à l’époque) à la puissance 100, il ouvre des fronts au Liban, en Syrie, en Iran, assassine qui bon lui semble … ! Où est aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie la « force encadrée et la défense structurée » dont parle cet … osons le mot, imbécile ? Ne voit-il pas que c’est justement sa « réponse » irresponsable qui nuit à Israël, au judaïsme et aux juifs du monde entier ? Je persiste à penser que les « juifs » sont des gens intelligents, mais là j’avoue que je commence à avoir un peu de mal …
Delphine Horvilleur n’est pas « poétesse » mais rabbin ; elle ne parle donc pas seulement à partir d’une « morale » mais ancrée & entée dans une spiritualité. Elle n’accuse et ne dénonce pas, elle « reproche », elle « admoneste » (Chouraqui) parce que c’est indispensable. Le monde entier aurait du caler sa position sur ces deux versets de Deutéronome 19 bien avant le 7 octobre, depuis 1948 voire avant.
« Le monde arabe » est peut-être votre ennemi, mais pas le mien. Une petite minorité d’islamistes ne nous veut pas du bien, effectivement, mais l’Occident n’a-t-il aucune responsabilité dans cette affaire ? Notre barbarie occidentale ne s’inscrit-elle pas comme en miroir de la leur ?
Le cœur de l’Islam qu’est le Soufisme est un trésor de l’humanité, j’ai déjà du vous l’écrire.
« Pourquoi défendre des palestiniens qui ne prendront jamais notre défense et nous vouent aux enfers depuis toujours ? » Vous déraisonnez …
Les palestiniens sont aussi des êtres humains, ils saignent, ils ont faim, ils souffrent, ils meurent … Ils sont abandonnés par tous, et surtout par les dirigeants du monde arabe … Eux aussi ont droit à la vérité, à la justice, à la paix. A l’amour. Pas à la « solution finale » voulue par Bibi et ses ministres fascistes.
Si « telle est votre position », sachez qu’elle est intenable.
Cordialement
Jean Marc
Parfait!
Rien de tel qu’une bonne mise au point concernant des enjeux politiques cruciaux pour savoir ce que nous sommes vraiment et quelles sont les « valeurs » auxquelles nous accordons nos préférences.
Freud avait raison, on ne connaît vraiment l’autre que dans le conflit et dans la haine, jamais dans l’amour…
L’islamo-gauchisme?
Mais nous y sommes, mon cher Jean-Marc!
Il suffit de vous lire et de voir comment vous aimez donner des leçons à un Etat comme celui d’Israël auquel vous n’avez jamais contribué et qui ne vous doit rien!!
Médire, juger, condamner, reprocher, admonester, ridiculiser, caricaturer…, cela aussi, vous savez très bien le faire!
Vous êtes parfaitement emblématique de ces chrétiens jamais à court de leçons à donner aux autres, comme si vous déteniez la seule vérité géopolitique.
Et votre spiritualité vous y incite toujours plus, sans rien changer en vous.
Quelle étrange conversion intérieure qui, en vérité, ne change… absolument rien! Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul en ce cas!
Pour l’heure, qui est grave, il ne s’agit plus de jouer à la vision sans tête ni même de s’ériger en « prophète », mais bien de savoir à quelle vision de l’avenir et de l’humanité nous nous référons.
Le soufisme : coeur de l’Islam?
Vous l’avez effectivement très souvent affirmé, mais sans jamais le démontrer de façon convaincante…
Et puis, en êtes-vous vraiment sûr?
Si oui, allez donc le proclamer du Maroc à l’Indonésie et au milliard et demi de « croyants » sunnites, vous verrez ce qu’ils en pensent. Et par pitié ne me dites pas que vous connaissez mieux leur religion que ces musulmans! Vous risqueriez de passer pour un affreux élitiste à tendance ésotérique!…
Cordialement
S’indigner de l’anéantissement de Gaza ne suffit plus
« ce que nous sommes vraiment » : « Cela », « Je Suis », le Royaume, l’espace d’accueil illimité & inconditionnel, … Seul cette quête-là mérite d’être menée vigoureusement ; c’est parce qu’elle ne l’est pratiquement pas que nous en sommes là, dans le conflit, la violence, le choix délibéré de la mort au lieu de la Vie.
Comme le dit si bien Marie Balmary, « Freud a laissé les clés sur les portes qu’il a laissées fermées ». En amour il n’a guère été servi …
« reprocher, admonester » : relisez donc Deutéronome 19, le chapitre 2 du « Sacrifice Interdit », l’article de Delphine Horvilleur, etc.
« ridiculiser, caricaturer » : vous voyez ça où ?
Le soufisme : cœur de l’Islam, je persiste et signe. Mais ne l’ébruitez pas, sinon tous les extrémistes musulmans vont se mettre à étriper les soufis. Ces gens-là (les extrémistes, pas les soufis) sont comme vous, ils ne se sentent bien que dans le conflit, la guerre. Tant pis pour eux et pour vous.
Je suis « un affreux élitiste à tendance ésotérique » … la Vérité n’est pas démocratique mais initiatique, et c’est un devoir, pas un droit.
Comme dirait Fabrice Midal, « foutez-moi la paix » !
Cordialement
Jean Marc