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Le choix de l’image : comme l’Autre ou avec l’Autre – Marie Balmary

Le choix de l’image : comme l’Autre ou avec l’Autre

Dans Pardès 2005/2 (N° 39), pages 35 à 46.


[NB : le texte d’origine propose ses notes de bas de page de (1) à (5) et pas de séparateur entre le « droit de réponse » et la suite. Dans mon projet de regroupement sur volte-espace des interventions de Marie Balmary dispersées sur le wouèbe, je suis comme d’habitude seul responsable des sur- et soulignages, liens, illustrations, commentaires.]


« Ce n’est pas la première fois que je suis invitée à entrer dans ce dialogue biblique. Mais c’est la première fois que je commence par refuser. Je vais vous raconter la chose brièvement. Il est rare que deux personnes ayant un différend public puissent s’expliquer publiquement. Voilà une bonne occasion.

Vous pourriez vous étonner de cette introduction, alors que vous êtes venus entendre parler de l’image de Dieu et de l’identité humaine dans un débat intellectuel habituellement lisse et feutré. Et en effet, ça n’aurait aucun sens de vous raconter cette histoire si cela ne rejoignait l’enjeu autrement important du thème d’aujourd’hui.

DROIT DE RÉPONSE 1

Bien avant l’invitation pour aujourd’hui, j’avais reçu le livre de Shmuel Trigano, L’E(xc)lu, sous-titre : « Entre Juifs et chrétiens », avec en dédicace : « En amical débat, avec mon amitié. » Or, dans ce livre, j’ai trouvé une mise en cause de deux auteurs désignés comme « chercheurs chrétiens ». Il s’agit de René Girard et de moi-même, deux invités à de précédents dialogues bibliques d’ailleurs. Je vais reparler dans un instant de cette mise en cause.

Lorsque j’ai reçu, après ce livre, l’invitation de Shmuel pour aujourd’hui, ma première réaction a été l’étonnement. Comme je le lui ai écrit, je ne savais comment répondre parce que je ne savais pas à qui. Je disais « oui » au directeur du Collège des Études Juives qui m’avait invitée à d’autres dialogues bibliques, « oui » à l’ami qui m’a généreusement introduite à l’hébreu biblique, il y a près de vingt-cinq ans. Mais si c’était l’auteur de L’E(xc)lu qui m’invitait, je pensais qu’il le faisait par erreur puisque, selon cet auteur, Marie Balmary faisait partie de ces « chercheurs chrétiens » qui absorbent le judaïsme pour revitaliser leur propre tradition et effacent Israël. (Je ne parlerai pas pour René Girard. J’ai de l’estime pour son œuvre, mais je ne crois pas que nos travaux soient orientés de la même façon ; lui non plus d’ailleurs.)

Voici quelques lignes de l’E(xc)lu qui permettent d’entendre les craintes et les reproches de Shmuel à l’égard de ces deux chercheurs :

… certains courants […] voient aujourd’hui – dans la tradition juive spécifiquement rabbinique (1) – une source de renouvellement et de redéfinition du christianisme dont l’édifice théologique se retrouve sérieusement ébranlé au sortir de la modernité.

Ainsi en reprenant la lecture rabbinique du texte biblique, c’est-à-dire en fait d’une autorité intellectuelle qui a refusé le christianisme, quelques penseurs ont-ils entrepris de redéfinir des concepts clefs de ce dernier […].

Le paradoxe le plus intense veut que cette démarche, en apparence positive et fraternisante, cache en fait une dénégation essentielle et profonde de la présence d’Israël, mis à contribution dans sa sagesse – de surcroît ultra rabbinique – au profit d’une démonstration d’une vérité ultime qui serait absolument chrétienne (et donc minorant le judaïsme). Du judaïsme comme bibliothèque et laboratoire d’idées d’un renouvellement du christianisme (2) ?

Puis, il est question plus précisément de mon propre travail :

Toute son entreprise de relecture de la Bible, essentiellement de la Genèse, en compagnie de la psychanalyse, s’arc-boute sur le commentaire rabbinique, relu par l’École de pensée juive française, pour conduire paradoxalement à la vérification et à la justification de la primauté chrétienne comme accomplissement du judaïsme (3).

Le débat sur le fond n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Je vais juste relever deux inexactitudes : Shmuel me fait beaucoup d’honneur en pensant que je « m’arc-boute sur les commentaires rabbiniques ». En fait, il me croit meilleure élève que je ne suis. Il ne sait pas à quel point je fais l’école biblio-buissonnière avec mes amis. Nous sommes indisciplinés, mais nous avons des principes d’indiscipline que nous observons très strictement. Principe n° 1 : lire le texte dans le texte, ne jamais lire de commentaire auparavant. Après, si l’on veut, éventuellement.2 Principe de recherche que, pour ma part, j’applique aussi ailleurs (Freud avant ses commentateurs …) Il est arrivé que notre lecture coïncide a posteriori avec celle de Rachi (pour Abraham principalement, ce qui a conforté nos hypothèses). Quant à l’École de pensée juive française, je n’ose même pas lui dire combien peu je l’ai lue.

Cette lecture directe sans maître par un groupe mixte 3 est certainement une transgression pour la tradition juive. Mais, je le rappelle, l’enjeu de nos travaux n’est pas confessionnel. C’est un retour culturel et non religieux aux deux ensembles de textes qui fondent la parole ici, la Bible et les Évangiles.4 Ceci nous met forcément en présence des deux seuls instituants qui aient traversé les millénaires dans nos cultures : Israël et l’Église. Sur lesquels nous avons une position de recherche très pragmatique : ce qui dure ainsi à travers le temps doit bien être alimenté par des sources profondes du désir, puisque les idolâtries religieuses mais aussi scientifiques, politiques, ne dépassent pas «trois ou quatre générations», comme il est annoncé dans les dix paroles (Exode 20).

C’est pourquoi je dis « retour culturel et non religieux » avec une réserve : pour des psychanalystes, l’écoute du désir peut-elle être uniquement culturelle et n’avoir rien de religieux ? Grande question, que les débats actuels sur la laïcité et aussi – étrange concomitance – sur l’exercice de la psychanalyse rendent sensible.

Deuxième inexactitude : Shmuel me voit comme « chrétienne » cherchant à revitaliser sa religion. C’est son droit, mais il me croit meilleure paroissienne que je ne suis. Sans doute dormait-il avec indulgence le jour où j’ai dit, à côté de lui, dans un dialogue semblable :

« L’idole Jésus que le peuple juif refuse depuis tant de siècles, qui entraîne partout où elle sévit les effets meurtriers de l’idolâtrie, je vous remercie [vous les Juifs] de ne pas y croire. Je la refuse moi aussi. Durant des années, comme quelqu’un qui a fui son pays, j’ai été, en pensée, résidente étrangère chez vous, à la recherche des récits fondateurs de la Parole (4). »

Comme récupération d’Israël pour conforter le christianisme, on peut faire mieux. Ces paroles, Shmuel dormait certainement encore lorsqu’il les a publiées dans le numéro 32-33 de la revue Pardès intitulé La Bible et l’Autre.

Enfin, une dernière remarque : je ne me reconnais pas comme « chercheuse chrétienne ». Être chercheur n’est pas à mon sens quelque chose qu’on puisse faire en tant que juif, chrétien, bouddhiste … C’est exercer un désir propre à l’âme humaine. Un homme qui cherche n’a dans sa recherche qu’une religion : la quête de la vérité. Là où les religions lui paraissent faire obstacle à la vérité, il les met en question. Freud, Jung et Lacan ne s’en sont pas privés.5

Je termine brièvement le récit de notre différend. En recevant ma lettre, Shmuel m’a appelée, nous nous sommes rencontrés. Pour expliquer mon refus de venir ici, j’ai dit : « Accepterais-tu toi-même une invitation à parler si tu étais soupçonné d’un tel méfait ? » Il a eu la franchise de me répondre : « Peut-être pas. » J’étais donc en train de m’en aller, lorsqu’il m’a arrêtée par cette parole : « Mais ce que tu me dis aujourd’hui, tu pourrais le dire à la Sorbonne. » C’est parce que j’apprécie au plus haut point l’honnêteté de sa proposition que je suis là ce matin et que je peux maintenant rouvrir la Bible.


L’HOMME CRÉÉ À L’IMAGE DE DIEU ?
UNE APPROXIMATION

Nous le disons ainsi, mais c’est une approximation, une formule simplifiée.

J’ai une question : les formules mathématiques sont rigoureuses, l’approximation n’a aucun sens les concernant. Pour la parole qui établit l’origine, qu’en est-il ? est-elle rigoureuse ou non ? Qu’est-ce qu’une approximation dans son cas ? Pourquoi des formules de métaphysique seraient-elles moins précises que des formules de physique ? J’aimerais avoir votre avis.

Dans l’approximation « Dieu a créé l’homme à son image », il me semble que des éléments essentiels ont disparu. Peut-être sont-ils entendus implicitement, mais, pour ma part, je préfère m’en assurer.

LA DIFFÉRENCE RADICALE ENTRE L’ANIMAL ET L’HUMAIN

Pour entendre le premier élément manquant, il suffit de relire ce qui précède l’arrivée de l’humain, de manière à situer l’identité humaine par différence avec les animaux (Gn 1, 21) :

« Élohim crée les grands crocodiles, tous les êtres vivants, rampants dont ont foisonné les eaux pour leurs espèces, et tout volatile ailé pour son espèce.»

Une chose me frappe cette fois, c’est le « pour leur espèce … pour son espèce ». Si l’on traduit « selon son espèce », on entend moins l’enjeu de la phrase.
Les animaux sont créés le minhou – pour leur espèce (et, avant eux, les plantes aussi ; nous verrons tout à l’heure que ce n’est pas le cas de l’homme ; l’homme n’est pas créé pour l’espèce, il est créé en image. Il n’y a pas d’espèce humaine pour la Genèse).

Élohim a créé les animaux pour leur espèce. Cela correspond à notre expérience : les animaux vivent bien pour leur espèce. À ce destin, ils n’ont jamais failli, sachant subsister et perpétuer l’espèce à travers le temps et l’espace, s’adaptant à toutes sortes de changement, étant capables de parcourir la terre entière avec apparemment un seul but : entretenir la vie de l’espèce ; des espèces, dit-on, après Darwin. Mais la découverte de l’évolution ne change pas la lecture de la Genèse sur ce point essentiel : quelles que soient les modifications de l’espèce, l’animal lui demeure toujours assujetti.

Les humains, eux, ne sont pas créés « pour leur espèce », aucun de ces trois mots n’apparaît pour eux. Les hommes ne sont pas des « êtres-pour » : pas des êtres-pour-l’espèce, mais pas davantage des êtres-pour-la-vie, des êtres-pour-la-mort. Pas même des êtres-pour Dieu. La formule des catéchismes : « l’homme a été créé pour louer et servir Dieu » n’a donc rien à voir avec Genèse 1. Adam est un être vivant sans but, sans destination.

L’être humain, pas créé-pour, créé pour … rien ? Cela paraît angoissant. Ce texte dit peut-être notre origine selon Dieu, mais nous, est-ce que nous nous voyons ainsi ? Assurément pas. Nous essayons tout, avant d’en arriver là. Nous ressentons d’abord : j’ai été créé pour … mes parents … puis non, j’ai été créé pour moi … pour réussir … (ou pour échouer) … pour profiter … pour être un homme … une femme … un démocrate … un juif …

Rien de tout cela, dit le texte : vous, les humains, vous n’avez pas été créés pour. L’angoisse, en effet, nous étreint le jour où nous découvrons cela. Car comment être assurés d’exister quand on appartient à une espèce qui n’existe pas, un ensemble d’êtres à part, qui n’a ni cette contrainte ni cette sûreté de l’espèce ? D’où notre plainte, le jour où l’illusion du « créé-pour » disparaît, une plainte qui peut nous emmener au fond du désespoir : pourquoi est-ce que j’existe ? qu’est-ce que j’ai à faire sur cette planète ? je ne sers à rien, je ne suis rien. À ce désespoir, la Bible – et peut-être aussi le psychanalyste – répond silencieusement : heureusement que vous ne servez pas, que vous êtes « pour rien ». C’est cela, être un homme.

D’accord, me direz-vous. Ça nous libère de beaucoup d’obligations imaginaires. Mais aussi, quel vertige ! Quoi de plus fragile que l’identité humaine ? Le moindre chat est plus assuré que nous.6

En plus, dans le texte, Élohim, qui a déjà tendance à trouver tout ce qu’il crée « bien – tov » – aura l’audace, après avoir créé ces humains si fragiles, de terminer par un : « tov meod, très bien ». Faut-il qu’il soit sûr d’exister, lui, pour dire des choses pareilles.

NOUS FERONS L’HUMAIN EN IMAGE DE NOUS

Mais j’exagère, j’ai sauté plusieurs versets. Le texte biblique ne nous laisse heureusement pas dans l’état de vivant privé d’espèce. Il prend un tournant, un extraordinaire tournant par rapport à toute la création. En reprenant des éléments bien connus, je vais essayer d’ajuster un autre morceau du puzzle (Gn. 1, 26-27) :

Élohim dit : Nous ferons Adam – l’humain – en image de nous, comme ressemblance de nous, ils assujettiront les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

L’humain n’est même pas d’abord créé. Il est annoncé dans la parole divine : « Naasé adam be zalménou – Nous ferons l’humain en image de nous comme ressemblance de nous. » Les prépositions ont changé et elles changent tout. Ici, pas de « créé pour », mais « nous ferons en … et comme … » Quand on traduit en français « à notre image », on n’entend pas le « be » hébreu, le « dans notre image », le lieu.

Pas de destin originaire pour l’homme mais un lieu d’origine ; ce lieu est un « nous » divin. Mystérieux « nous » puisque le dieu parle apparemment seul. Ce « nous » divin va faire un humain singulier, adam, qui devient tout de suite pluriel (Ils règneront sur les animaux). Cela paraît compliqué. Du moins une chose est clairement posée : la hiérarchie extrêmement nette entre les humains et les animaux. Ainsi donc, ceux qui sont créés en image de nous règneront sur ceux qui sont créés pour leur espèce. Cela donne à penser.7

Nous apprenons au passage qu’il n’est pas question ici que les humains mâle et femelle règnent l’un sur l’autre. Ce règne sur les animaux, les humains l’ont en commun. Et cela est posé avant leur création. On peut supposer que le jour où les humains perdront cette égalité dans le règne sur tous les autres vivants, ils perdront aussi l’image de Dieu.

OÙ ÉLOHIM NE FAIT PAS CE QU’IL A DIT

Encore une péripétie dans la formule métaphysique dont nos formules approximatives ne rendent pas compte : ce que le dieu annonce en parlant, il ne va pas le faire tout à fait. Le projet de faire « en l’image de nous et comme ressemblance de nous » va n’être accompli que partiellement par celui qui l’a annoncé puisqu’au verset suivant, le récit reprend :

Élohim crée l’humain en image de lui, en image d’Élohim il le crée,

Élohim ne crée que « en image » et pas « comme ressemblance ». Une insécurité de plus pour l’identité humaine. L’homme était déjà sans finalité et voilà qu’il n’est créé qu’à moitié, le processus de création semble arrêté en route. Élohim laisse l’humain à moitié dit, à moitié fait, créé mais aussi incréé.

Quant on y pense, est-ce que ça nous étonne ? N’avons-nous pas le sentiment qui peut prendre bien des couleurs au fil du temps, d’être inachevés ? Les animaux naissent à terme, nous, nous naissons trop tôt, incapables de nous tenir sur nos pattes, totalement dépendants pour des mois, des années. Notre achèvement même corporel dépend du bon vouloir des autres à notre égard. Situation particulièrement difficile.8

Je reprends le texte : cette « image de nous » annoncée par Élohim au verset précédent (« Nous ferons l’adam en image de nous »), voilà qu’elle s’appelle maintenant dans le récit « image d’Élohim », Élohim crée l’humain en image de lui, en l’image d’Élohim il le crée. Que signifie tout cela pour l’humain ? Il n’a pas accès à ce « nous » divin, il ne connaît pas non plus ce que veut dire « image d’Élohim ». Va-t-il rester ainsi dans le noir ?
C’est ici qu’arrive la troisième partie de la formule métaphysique – celle qui échappe le plus à notre prise et que nous omettons de citer. Pourtant, c’est le seul élément de la formule qui ne soit pas pour nous une inconnue.

Élohim crée l’adam en son image,
en image d’Élohim il le crée,
mâle et femelle il les crée.

« MÂLE ET FEMELLE IL LES CRÉE »

Du point de vue de la stricte logique formelle, ça se tient très bien : l’image de nous, l’image du Dieu qui dit « nous » doit être un autre « nous » : ce mâle et cette femelle pourront dire « nous » eux aussi s’ils accèdent à la parole personnelle.

Il me semble – est-ce que je me trompe ? – que la lecture du texte s’arrête souvent avant la fin du verset 27. On dit que l’homme est créé à l’image de Dieu. Et puis on referme le livre avant d’entendre où se situe cette image : dans la relation différenciée d’adam, mâle et femelle.

Il faut reconnaître que c’est très embêtant, cela. Que l’image d’Élohim soit relationnelle, ça ne nous arrange pas. On aimerait mieux qu’elle soit atteignable par le « comme l’Autre » plutôt que par le « et », le « avec l’Autre ».

Le « comme l’Autre », cette ressemblance qu’Élohim, justement, n’a pas faite, voilà que le serpent au chapitre suivant la propose.

Du jour où vous mangerez de l’arbre … vous serez comme Élohim connaissants (pluriel) le bien et le mal.

L’arbre interdit du jardin d’Éden, c’est, à mon avis, tout ce qui me permet de ne pas entendre la fin du verset 27. Ce peut être le fusil, l’argent, la séduction, le savoir … Un objet de toute-puissance me fait être comme un dieu que j’imagine tout-puissant. Me voilà libre d’autrui. L’Autre, qu’il soit grand Autre ou petit autre, n’a plus d’importance pour moi. Mon identité ne dépendra plus de ma relation à lui. J’en ai enfin la maîtrise. Je suis tranquille.9

Seulement, la logique métabiblique me rattrape. Cette façon d’être à moi seul « comme Élohim » fait que je ne suis pas « en image d’Élohim ». Puisque cette image d’Élohim, c’est un « nous. » Ce dieu-là – et c’est bien le seul dieu dont on dise cela – on ne peut pas être comme lui sans être avec l’autre.

Difficile. Que l’identité de l’homme soit à chercher dans l’image d’un dieu, cela peut se concevoir. Il nous est moins aisé d’admettre qu’elle puisse résider, cette image de Dieu, d’abord dans ces trois mots : mâle et femelle. Et tous ceux qui découlent d’eux : homme et femme, puis tous les « l’un et l’autre » de nos vies, de nos peuples.

Dire que l’homme est créé en image du « nous » divin, que son identité est dans son aptitude à construire un « nous » humain, l’un et l’autre, c’est dire que tout autre mode d’identité humaine sera vouée à l’échec. Que la vie humaine n’ira pas bien lorsqu’elle prendra la route du «comme dieu sans l’autre ».

En Éden, c’est flagrant, le « être comme » ne marche pas, l’identité s’effondre, l’homme et la femme se cachent, s’invalident l’un l’autre puis l’homme supprime la féminité de sa femme, la femme la paternité de son homme, les enfants ne peuvent devenir frères …10

Comme défaite de l’image de Dieu, l’histoire de Caïn est exemplaire. En voilà un qui est né-pour. Et pas en. Pour sa mère et pas dans le couple. Elle dit à sa naissance : J’ai acquis (qaniti) un homme avec Dieu … Caïn. Tandis que son frère n’est qu’Abel, Evel, buée, vapeur, rien. Or, Abel, ce presque rien, est tout de même relié à un humain, il est dit « frère de », et il s’avère parler avec Dieu. Quand il fait une offrande, Dieu la reçoit.

Caïn lui n’est fondé dans aucune relation humaine, il est fondé dans l’acquisition par sa mère d’un « homme avec Dieu ». On pourrait dire : le voilà votre « Avec l’Autre », c’est même formidable cet enfant avec YHWH. Quoi de plus saint à première vue ! (et bien des lectures de la conception de Jésus sont de cet ordre – je crois, pour ma part, qu’on peut en faire une autre lecture). Mais voilà, ce n’est pas le bon « avec ». Qui est en effet ce dieu-là ? Un dieu qui vient à la place d’Adam, le mari, le père. Ève ne dit pas : j’ai fait un enfant avec Adam en image d’Élohim. L’homme est effacé ou bien il est confondu avec YHWH. Chaque fois que Dieu est mis à la place d’un autre, ce n’est pas de Dieu qu’il s’agit. La vie qui parle n’apparaît pas. C’est le meurtre qui vient.

Si Abel existe, je n’existe pas : discours de l’être-comme. Il faut toujours à l’être-comme un autre qui ne le soit pas pour que sa façon d’être soit confirmée. Je suis parce que tu n’es pas. Modèle de toutes les exclusions.11

Je ne sais pas s’il y a des lois du désir, des lois de l’esprit, mais en tout cas, il y a des enchaînements de situation lorsqu’on fait erreur sur l’identité humaine. Des enchaînements qui ne sont pas inéluctables si un « nous » peut advenir mais qui se produiront inexorablement jusqu’à ce qu’il arrive.

AVANT LE DÉLUGE : LA PERTE DU « NOUS » DIVIN

Pour terminer, j’ai une question à vous soumettre. C’est à propos du déluge. On dit : « Après moi, le déluge. » À mon avis, on ne sait pas ce qu’on dit mais on a entièrement raison. S’il n’y a que moi, le déluge arrive.
Nous – au groupe « Déluge » justement (5) – nous nous demandons ce qu’il y a avant le déluge, ce qui le déclenche. Et ce n’est pas si clair que cela dans le texte. Le déluge arrive quand il est dit (Gn. 6,12) :

… toute chair avait détruit sa route sur la terre.

Quelle route ? Qu’est-ce que c’est, la route de la chair ? Hypothèse : pour qu’on en arrive à noyer tout le monde, il faut que la perte de la route soit radicale, qu’elle touche à la fondation même de la vie humaine, Il faut que l’image d’Élohim, mâle et femelle, soit détruite ou alors, c’est que la Genèse n’est pas cohérente.
Ceci nous conduit à relire autrement le chapitre qui précède le déluge. Justement, le récit de la création humaine recommence (Gn. 5) :

Voici l’acte des enfantements d’Adam : au jour où Élohim crée Adam, en la ressemblance d’Élohim il les fait. Mâle et femelle il les crée et les bénit.

Suit une longue généalogie d’Adam à Noé où il est dit neuf fois : [Un tel] fait enfanter fils et filles.

Neuf fois. Noé, dixième génération, n’a que trois fils. Alors je cite à nouveau (traduction de Chouraqui légèrement modifiée)

Et c’est quand l’humain commence à multiplier [sans croître] sur les faces de la terre, des filles leur sont enfantées. Les fils de l’Élohim (ou des Élohim) voient les filles de l’adam : oui, elles sont bien. Ils se prennent des femmes parmi tout ce qu’ils ont choisi. YHWH dit : mon souffle ne durera pas dans l’adam en pérennité. Dans leur égarement il est chair.

Je ne sais pas comment vous entendez ce passage. Mais nous proposons ceci. Il y a un moment où les hommes croient que les garçons sont les fils des dieux tandis que les filles sont les filles des hommes. C’est-à-dire que la double origine – humaine et divine – de chaque homme et de chaque femme s’est brisée. Les hommes se croient fils des dieux : le mot « fils » ne veut pas dire ici « engendrés », cela paraît plutôt une autre façon d’être-comme des dieux, des non-mortels.

Les femmes, elles, sont considérées comme filles des hommes, des mortelles. Le texte lui-même avait dénoncé d’avance cette erreur mégalomaniaque puisque neuf fois, il avait répété que l’homme fait enfanter fils et filles. Seulement lorsque

… l’adam commence à multiplier sur les faces de la terre, des filles leur sont enfantées.

On dirait qu’un jour, ils découvrent les filles. Et cette découverte est in-symbolisable. Comme toujours alors, on commence pas choisir la lecture du « comme l’Autre » avec un grand A dont un autre (petit a) est exclu. Lecture phallique. Divins, les porteurs du phallus, mortelles, celles qui ne l’ont pas. (Cette méprise est transposable à l’infini – bien d’autres différences se trouvent rejouées sur ce mode … Mais il faut croire que la méprise n’est jamais totale puisque nous parlons toujours.)

Ne peut-on voir dans la génération du déluge la perversion la plus radicale de l’image relationnelle de Dieu ? La disparition du différent et donc, à terme, de la parole. Quel « nous » sera possible désormais pour fonder la vie des êtres parlants ? Entre ces hommes tout-puissants et ces femmes qu’ils prennent comme ça leur plaît, aucune alliance n’est possible, les femmes ne parlent pas à égalité avec les hommes, elles sont des choses qu’on prend.12

« Le Viol – René Magritte »

L’arche de Noé pourrait aussi être lue avec cette clé : l’arche, un lieu où l’on commence à refaire l’image. Avant le déluge, Élohim demande à Noé de rentrer dans l’arche selon cet ordre : lui, ses fils, sa femme et les femmes de ses fils ; les hommes d’abord, les femmes ensuite. Après le déluge, il lui demande de sortir en rétablissant l’ordre de l’origine (mâle et femelle), l’ordre du couple, c’est-à-dire lui et sa femme, puis ses fils et les femmes de ses fils. Noé apparemment n’en est pas encore capable et ils sortiront de l’arche comme ils y sont entrés. Et la sexualité va s’égarer dans l’ivresse entre Noé et ses fils.

Les hommes chercheront encore le « comme Dieu » avec la tour de Babel, essayant d’atteindre le ciel et de se faire un nom en supprimant toutes les différences de parole. Échec encore.

UNE ALLIANCE ENTRE TROIS

Enfin, arrive le couple Abraham et Sara et là, après quelques errances des relations homme-femme, vient le moment de l’alliance, tranchée à la fois entre l’homme et la femme et Dieu. La circoncision est bien au cœur des trois relations, établissant en un même acte un nouvel « avec », l’homme avec la femme et avec Élohim. Mais là encore, un autre choix de l’image est possible. La circoncision peut être lue comme une alliance entre l’homme et dieu uniquement. Reste à savoir si, retirée de l’alliance entre Abraham et Sarah, elle a la même signification. Guérit-elle l’origine, refonde-t-elle en l’image d’Élohim si elle n’est pas alliance à trois termes mais à deux ?

Le texte biblique contrecarre les approches naturalistes de l’homme. Ici, je ne vois pas de « nature humaine ». L’humanité est posée en son principe dans la parole, la culture. Le dieu lui-même respecte la loi d’arrêt devant autrui en créant et en ne créant pas les humains.

Cela chiffonne nos matérialismes en tout genre que cette relation qui fonde l’humanité. Nous aimerions mieux que l’identité soit enfermée dans chacun. Il n’en est pas ainsi et c’est heureux. Ainsi l’autre est toujours une surprise ou bien il n’est pas l’autre, et il est une surprise qui nous concerne.

Ce ne sont pas les psychanalystes qui diront le contraire. Eux qui vérifient tous les jours l’étymologie du mot inconscient : ce qu’on sait sans l’autre. Et l’efficacité de la cure : ce qu’il sera possible de savoir avec l’autre, rétablissant la possibilité d’un « nous » là où elle a été inexistante ou détruite.13

Dans le livre de Shmuel Trigano, j’ai trouvé toutes les craintes de la disparition de l’image : être exclu, être méconnu, être mangé, être volé …
C’est difficile entre Juifs et non Juifs, n’est-ce pas ?

Shmuel m’a provoquée à le rejoindre sur cette route. Pas très carrossable mais quand même une route … Nous sommes là dans un immense contentieux qui évidemment nous dépasse mais que nous voulons bien remettre en jeu dans des relations assez honnêtes pour que nous puissions aujourd’hui dire déjà selon la formule anglaise :
We agree to disagree. Nous sommes d’accord de ne pas être d’accord …
C’est petit mais c’est déjà la route vivante, la route opposée au déluge.

NOTES

  1. C’est moi qui souligne les emplois du mot « rabbinique ».
  2. L’E(xc)lu, « Entre Juifs et chrétiens », Paris, Denoël, 2003, p. 99-100.
  3. Idem., p. 104.
  4. Revue Pardès, « La Bible et l’Autre », n° 32-33 / 2002, Paris, In Press Éditions, p. 272.
  5. Appelé ainsi d’après le premier texte étudié ensemble.

  1. Ce droit de réponse concerne un différent vieux de vingt ans certes, mais il me semble assez significatif de l’exigence de vérité & d’honnêteté tant de la personne que de la démarche de Marie Balmary. Il constitue une paradoxale mais excellente introduction à la communication principale. ↩︎
  2. Ces « principes d’indiscipline » continuent de guider le fonctionnement des Ateliers Bible et Psychanalyse. ↩︎
  3. Idem note ci-dessus. Cf. également « Et pourquoi pas un atelier Bible et Psy … » ↩︎
  4. Il existe bien entendu d’autres « ensembles de textes qui fondent la parole » que « la Bible et les Évangiles » ; cf. les traditions chinoises, indoues, japonaises, arabes, des peuples premiers, etc. Mais … quel que soit notre positionnement d’occidentaux envers cette tradition biblique, elle n’en continue pas moins de structurer l’espace-temps dans lequel nous vivons & d’en irriguer la culture, et souvent bien au-delà de la conscience que nous en avons. Une remarquable vue d’ensemble en livre de poche : « La Bible, Aux sources de la culture occidentale » par Philippe Sellier. Points Sagesses n° 285. ↩︎
  5. Essentielle précision ! De tels « chercheurs » on en cherche … sans en trouver beaucoup. La liste n’est pas si longue mais, assurément, Marie Balmary en fait partie. Les résultats de cette « quête de la vérité » peuvent ensuite bénéficier à tous les contextes, toutes les confessions, tous les humains. Donc … lisez (toute) l’œuvre de Marie Balmary ! ↩︎
  6. Belle démonstration. Oui, « nous essayons tout avant d’en arriver là » : nous faisons en tous cas d’innombrables tentatives dans la seule zone périphérique « je suis humain » de notre « autoportrait » avant de parvenir & consentir au « rien » central, au « Je Suis », à l’espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes déjà pourtant, tous. Oui, « quoi de plus fragile que » les identifications illusoires & périphériques, mais quoi de plus solide que cette « identité humaine » pleine et entière, que ce « contenant & contenus », cette « capacité », … ?
    NB : Ce « moindre chat est plus assuré que nous » m’a bien amusé et incité à choisir quelques illustrations en lien direct avec le sujet … ↩︎
  7. Douglas Harding répétait souvent que « où suis-je ? » était une meilleure question que « qui suis-je ? ». Rappelons-nous que c’est aussi celle que « IHVH-Adonaï Elohîms » (Chouraqui) pose à Adam en Éden : « où es-tu ? » (Genèse 3,9). L’espace d’accueil central, illimité & inconditionnel (dont un des noms peut être « Je Suis ») pourrait-il être ce « lieu d’origine » ? O combien « mystérieux » certes, puisqu’à la fois unique et commun à tous les « humains singuliers ». Mais accessible – simplement, concrètement, joyeusement – à tous ceux qui le désirent vraiment à l’aide de quelques expériences de Vision du Soi (ou d’autres approches), même si de prime abord « cela paraît compliqué ». Vérifiez !
    Question subsidiaire quelque peu délicate : l’homme existe-t-il vraiment lorsqu’il n’a même pas conscience de ce « lieu d’origine », qu’il n’y demeure pas ? « Cela donne à penser ». ↩︎
  8. « Situation particulièrement difficile » certes, mais riche de possibilités de soins, de construction patiente de relations de tendresse, de complicité, de confiance, d’amour … Et aussi condition d’une plasticité cérébrale bien utile. De plus cet « inachèvement » ne cesse pas au sortir de l’enfance. Combien de temps encore pour passer d’une incomplétude « corps & âme » seulement – cet état néoténique bien étudié par Michel Fromaget – à une plénitude « corps & âme – Esprit » ? Combien de hasards, de rencontres, de lectures, d’échecs, … de souffrance ? Et combien de réussite ? ↩︎
  9. Cette « maîtrise » (in-dépendance) ne serait-elle pas aussi la cessation de la moindre possibilité de bonheur ? Ce dernier ne devient-il pas impossible du fait de cette exclusion de « l’Autre, qu’il soit grand Autre ou petit autre » ? Dans la Vision du Soi, même si, essentiellement, l’Identité Véritable ne dépend pas de la relation à l’autre, puisque le Visage Originel EST « avant qu’Abraham fût », l’accès à cet « autoportrait » (cf. lien en note 6) est nécessairement passé par de nombreuses interactions avec d’autres et passe au présent par la relation à l’autre & au Tout Autre. Qu’on se le dise, un atelier de Vision du Soi est avant tout une fête de la relation … qui se termine souvent par une « ronde ». Une fête qui permet de mourir à la fausse relation du face-à-face pour renaître dans un face à espace où chacun trouve sa place, les autres, l’Autre … et moi ! Vérifiez !
    NB : Jean 8, 58 : « Jésus leur répondit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je Suis». » [ειπεν αυτοις ο ιησους αμην αμην λεγω υμιν πριν αβρααμ γενεσθαι εγω ειμι] Ce verset qui résonne comme un koan zen amène au plus près de la notion de Visage Originel … ↩︎
  10. Des millénaires d’histoire nous enseignent « que tout autre mode d’identité humaine sera vouée à l’échec ». Malheureusement ça continue. Et il est infiniment regrettable, puisque ce billet concerne un texte enté sur la Genèse, le premier livre de la Thora, que certains « juifs » (Benyamin Netanyahou et quelques cinglés ultra-nationalistes & ultras-orthodoxes … le sont-ils vraiment ?) conduisent toute leur « nation », tout le Moyen-Orient et peut-être le monde entier vers le désastre et le chaos. Dans cette triste histoire, qui s’affole depuis le 7 octobre 2024 certes, mais qui est mal engagée depuis le 14 mai 1948, « l’identité juive » ne risque-t-elle pas de s’effondrer ?
    C’est sans doute Martin Luther King qui a formulé cette évidence relationnelle de la manière la plus concise et la plus forte : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » La Vision du Soi pourrait nous aider – simplement, concrètement, joyeusement – à avancer rapidement dans la direction de la fraternité. A mon humble avis, plus rapidement que la plupart des autres tentatives actuelles … Le voulons-nous vraiment ? « Les hommes, depuis des années maintenant, ont parlé de la guerre et de la paix. Mais maintenant, ils ne peuvent plus juste en parler. Ce n’est plus un choix entre la violence et la non-violence dans ce monde ; c’est un choix entre la non-violence et la non-existence. » Ne nous rapprochons-nous pas dangereusement de ce dernier seuil ? ↩︎
  11. Ces paragraphes mériteraient un commentaire beaucoup plus soigné … Mais comment ne pas écrire ici que seul l’être « rien » au Centre (« … Abel, Evel, buée, vapeur, rien« ) ouvre la « capacité » d’être espace d’accueil illimité & inconditionnel pour tous et tout en périphérie, « contenant ultime » ? Caïn, en sus des caractéristiques détaillées par Marie Balmary, ne se voit lui-même que comme une petite troisième personne en périphérie ; aussi réduit, limité, mutilé, comment pourrait-il ne pas succomber à la tentation de la violence envers un Abel qui lui est « rien & tout » ? Hors du « face-à-espace » existe-t-il une alternative durable à la violence ? Ce mode de relation ne serait-il pas le modèle inclusif d’une véritable fraternité ? Mode de relation non pas autre, pas à « acquérir », mais premier, « en l’image » … seulement voilé et aisément découvrable. Vérifiez ! ↩︎
  12. Que dire du désastre de Mazan … où « toute chair a détruit sa route sur la terre » ? « … l’identité s’effondre … l’homme supprime la féminité de sa femme … », la réduit au statut de « chose qu’on prend », semblable au tableau de Magritte, toute possibilité de parole & d’alliance volontairement & chimiquement détruite … ? Il semble plus qu’urgent pour beaucoup d’hommes (tous … ?) de retourner camper quelque temps en Éden avec Marie Balmary pour y voir clair & parvenir à éradiquer ce « déluge » de violences sexuelles.
    Sur un autre registre – mais qui me semble étroitement lié au précédent – Monsieur le Pape François vient de se faire rappeler par quelques courageux belges que dans l’église « les femmes ne parlent pas à égalité avec les hommes ». Le recteur de l’université néerlandophone de Leuven, Luc Sels lui a demandé : « Pourquoi tolérons-nous cette grande différence entre hommes et femmes, dans une Église qui est de facto si souvent soutenue par des femmes ? », sans obtenir de réponse directe. Puis les étudiants de l’université francophone de Louvain-la-Neuve lui ont rappelé que «… les femmes sont les grandes absentes de Laudato si » et que sa « théologie de la femme exalte leur rôle maternel tout en interdisant leur accès aux ministères ordonnés ». Les controverses suscitées par ses déclarations demeurent brûlantes …
    Lui aussi serait bien inspiré de solliciter l’aide de Marie … Balmary ! Pour comprendre que l’église n’est ni « femme » ni homme, mais relation équilibrée entre eux deux à égalité d’image. Rétablir « l’ordre du couple » post-déluge impose de sortir du déséquilibre actuel que, malheureusement, le Pape François et ses acolytes semblent résolus à maintenir coûte que coûte. Pourquoi l’église s’acharne-t-elle à enfermer « la femme » (… !!!!! … ?) dans un petit « accueil fécond, soin, dévouement vital » alors même que sa mission principale – sinon unique – serait d’amener tous les humains à s’ouvrir à cette immense dimension de soi-même comme espace d’accueil illimité & inconditionnel ? La pratique de la Vision du Soi n’a pas été conviée au Synode actuel … et c’est regrettable ! ↩︎
  13. Les « matérialismes » considèrent que le « Je Suis » central et son mystérieux arrière-plan n’existe tout simplement pas, que nous n’avons affaires qu’à des choses « contenues » dans l’intervalle d’une quarantaine de puissances de dix, sans la moindre nécessité de « contenant ». Alors même que ce « Je Suis » central est notre Identité commune & ouverte, l’inverse exact de toutes les identifications auxquelles nous nous réduisons si souvent. Je ne suis pas un spécialiste de la « cure » psychanalytique, ayant seulement l’expérience du lying, mais je connais très clairement cette possibilité de « savoir avec l’autre » dans la zone périphérique « je suis humain » du dessin ci-dessous en passant par le « Je Suis » central. Une relation heureuse – aussi évidente que souvent inconsciente – qui n’est plus seulement « radiale » mais « sagittale » : nos identifications périphériques peuvent – enfin – communiquer en passant par un Centre commun à tous, communier … La possibilité d’un « nous » passe & ne peut passer que par ce manège à trois : deux (au moins) contenus et Un Contenant !
    Douglas Harding détaille très bien tout cela dans « Vivre Sans Stress », mais vérifiez ! ↩︎

Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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