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La parabole des deux enfants – Marie Balmary

La parabole des deux enfants – Mt 21, 28-32

Commentaire de l’Évangile  par Marie Balmary

1er Octobre 2023

« Je remercie les Jésuites de Saint Ignace, particulièrement Nicolas Rousselot de cette nouvelle invitation. Lectrice de la Bible avec d’autres, je n’oublie pas mon expérience de la psychanalyse dans cette lecture (0). Me voilà encore une fois avec mon crayon pour rectifier la traduction. J’ai choisi le texte de ce dimanche pour venir au secours d’une parabole morte déjà au 4e siècle dans la traduction latine, puis transmise dans cet état par la plupart des traductions.¹

Nous venons d’entendre : « un homme avait deux fils », n’est-ce pas ? Et plus loin : « le père alla trouver le second ». Eh bien, en quelques mots, la parabole est morte.

Le texte grec ne comporte pas une fois le mot « fils. » Littéralement : Un homme avait deux enfants. Teknon le mot grec est, dans le nouveau testament, traduit 89 fois « enfant ». Une seule fois par « fils », ici. Pourquoi ? Je ne sais pas. Et encore, dans le texte grec, l’homme n’est pas appelé « père » au début. le mot n’apparaîtra qu’à la fin …²

Bref, on peut bien continuer de raconter l’histoire. Elle ne parle plus. Je viens vous proposer une autre interprétation.

D’abord, le contexte : A Jérusalem un matin, Jésus enseigne dans le Temple. Il a fait la veille une entrée acclamée à Jérusalem, puis il a chassé les vendeurs du Temple. Ce matin, des grands prêtres et des anciens de Jérusalem lui demandent : Par quelle autorité fais-tu ces choses et qui t’a donné cette autorité ?

Jésus, sans répondre, les interroge à son tour sur le baptême de Jean : « … d’où était-il, du ciel ou des hommes ? » Comme ils comprennent que toute réponse serait dangereuse pour eux, ils disent : « Nous ne savons pas » . Jésus alors leur déclare : « Moi non plus,  je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela ».³

Alors, il se met à raconter notre parabole.

Je relis maintenant les 4 versets de Matthieu 21 dans notre traduction (provisoire comme toujours) :

Jésus s’adresse donc aux grands prêtres et aux anciens du peuple :

28 – « Que vous en semble ? Un homme avait deux enfants. S’approchant du premier il dit : « Enfant, va aujourd’hui, œuvre dans la vigne ».

29 – Il répond et dit « Je ne veux pas ». Après il change d’avis et va.

30 – S’approchant de l’autre, il lui dit de même. Il répond et dit : « Moi, Maître » et il ne va pas.

31 – « Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui disent : « Le premier ».

Que dit cet homme ? « Enfant, va aujourd’hui œuvre dans la vigne » . « Va aujourd’hui » : c’est le minimum d’ordre : demain, il sera caduc. « La vigne » : le lieu par excellence du travail heureux de l’humain. Noé plante une vigne après le déluge. La vigne peut représenter Israël ; ici le royaume des cieux ? C’est de la vigne que vient le fruit avec lequel on fait le vin … (4) Tout cela, les enfants peuvent l’entendre lorsque l’homme leur a parlé. Il s’est adressé à chacun dans les mêmes termes. Or, ils n’ont pas ressenti la même chose. Chacun répond par deux mots :

Le premier : Ou thelo, « Je ne veux pas ».

Le second : Ego kurie, « Moi, Maître ».

Le premier enfant n’obéit pas. Son « je ne veux pas » fait limite. Il refuse. Il ne veut pas aller à la vigne. Il ne se situe pas comme serviteur d’un maître. (5)

Seulement, « après il change d’avis » … dit le texte. Souvent, on traduit par « il regrette », ce qui donne à la phrase une couleur moralisante. Je dirais plutôt, l’enfant change d’avis, d’idée. Son premier mouvement : se différencier de l’homme dont il est l’enfant. Une fois assuré de ne pas être agi, il peut agir. La vigne alors devient ce qu’il peut désirer, lui. Il n’allait pas y aller par soumission, sans lui-même. Ce ne serait d’ailleurs pas vraiment la vigne s’il n’y allait pas librement. (6)

Le second enfant, lui, ne s’oppose pas. Au contraire, il s’offre pour accomplir ce qu’il entend comme un ordre, il dit : Ego Kurie : « Moi, Maître ». Ni verbe ni négation dans sa réponse. Moi (Ego), le pronom, seul, n’est pas sujet d’un verbe, le serviteur n’a pas à dire le verbe. Le verbe appartient au maître. Moi se présente pour faire ce que Tu veux. Tu es mon maître. (7)

Ce qui est étonnant, à première audition de l’histoire, c’est que cet enfant-serviteur semble le plus prêt à accomplir ce qui lui est dit, le plus réceptif à la parole de l’homme. Or, s’étant présenté comme serviteur, voilà qu’il n’obéit pas. Qu’est-ce qui l’en empêche ? Je vous propose cette lecture :

La parole que ce second enfant a entendue, il ne peut pas la faire parce qu’il ne peut pas la défaire, il ne peut pas se l’approprier. Elle reste celle de l’homme qu’il appelle « maître ». Il reste collé à lui. Aller dans la vigne n’est pas son désir. Et cela ne peut pas devenir son désir s’il reste à cette place. Or sans désir, pas d’énergie. C’est paradoxalement parce qu’il entend cette parole comme un ordre de maître qu’il ne peut l’accomplir. (8)

Jésus demandant à la fin : « lequel des deux a fait le désir du père ? », ses interlocuteurs sont bien forcés de répondre : le premier.

Cet enfant a « fait le désir du père ». L’homme cette fois est qualifié de « père » pour le premier enfant. Ce premier enfant a donc maintenant un père. La parole paternelle n’écrase pas l’enfant qui a dit « non ». C’est au contraire l’enfant qui écrase la parole, une parole de maître refusée, que le père laisse écraser. (Car l’homme n’est pas revenu pour contrôler l’enfant désobéissant et lui redonner l’ordre.)

Et là, on voit que la parabole est forte en symbole avec cette image de la vigne.

En effet, comment fait-on du vin ? On écrase du raisin, on le laisse fermenter et il devient du vin. Ainsi fait le premier enfant de la parole qu’il a reçue : il l’écrase en la refusant et la laisse fermenter. Puis, la parole écrasée ayant attendu comme le jus de raisin, se transforme à l’intérieur de lui. Il prend alors cette parole, écrasée et fermentée, à son compte. Cette parole n’est-elle plus un ordre mais une invitation ? En tout cas, il la prend pour lui. Et l’énergie apparaît pour aller œuvrer à la vigne, à la vie où il aura sa place. Pour cela, il a fallu que, contrairement à son frère, il puisse refuser l’emprise d’un maître dont il ne laisse pas même apparaître la figure. Est-ce le fameux « meurtre du père » ? Non, ici c’est plus fin que la théorie freudienne.

L’enfant ne tue pas le père, il tue le maître dans le père, et le père le laisse faire. C’est en cela qu’il est père. Son désir n’est pas d’être obéi aveuglément mais que l’enfant advienne ; qu’arrive alors en lui l’énergie d’accomplir ce qui est désormais son propre désir. Refusant le maître, l’enfant a trouvé le père.

La volonté d’un maître, c’est que le serviteur obéisse. Le désir d’un père, c’est que l’enfant advienne, non pas serviteur, mais fils. Libre de lui. (9)

Pour ma part, c’est là que je vois la réponse de Jésus à la question : de quelle autorité fais-tu cela ? (l’entrée à Jérusalem … les vendeurs du temple …) De l’autorité souveraine du Fils. Et nous, auprès de lui, que faisons-nous aujourd’hui ? Nous chassons les traducteurs du Temple qui ont tué la petite parabole.

Une question pour vérifier notre interprétation : et toi, Jésus, où as-tu trouvé cette énergie, as-tu jamais refusé d’aller à la vigne ?

Je vois deux refus dans la vie de Jésus – tous deux en rapport avec la paternité. Lorsqu’il reste au Temple, à 12 ans, et que ses parents le cherchent trois jours durant, Jésus les accueille sans s’excuser. Et même il renverse la situation :

« … Ne saviez-vous pas qu’il me faut être à ce qui est de mon Père ? »

Ensuite, il demeure bien à sa place dans sa généalogie, mais il a accès désormais à son origine divine Ses parents acceptent de ne pas comprendre. (10)

Un jour viendra où Jésus devra lui aussi distinguer entre maître et père. En effet, à son baptême, ayant entendu la parole « Celui-ci est mon fils bien aimé, en qui je me suis complu. » ce fils bien-aimé ne va pas du tout œuvrer à la vigne. Il part au désert. Et comment dire plus fortement : « je ne veux pas » que de jeûner 40 jours, n’est-ce pas un « non » à la vie, jusqu’à la limite de la mort ? Il affronte des doutes sur sa filiation. De quel père est-il le fils ? La voix qui lui parle lui enjoint, non pas d’aller œuvrer de ses mains, mais de profiter magiquement de sa filiation divine pour s’élever au-dessus de la condition humaine et accéder à la toute-puissance sur le monde … en tombant aux pieds du maître le moins père qui soit. (11)

Finalement, Jésus le démasque, chasse Satan et va ouvrir sa vie publique … avec du vin, le vin de Cana ! (12)

Un dernier mot : Les mauvais sujets qui se sont présentés au baptême de Jean, précèdent dans le royaume des cieux ceux qui se posent en bons serviteurs. Il n’est pas dit que les serviteurs collés au maître ne rentreront jamais dans le royaume. Seulement qu’ils y sont précédés par les autres. Un jour, espérons-le, ils refuseront d’obéir à ce qui les commande, quel que soit le maître, quel que soit le Temple.« 

 

Cordialement

 

0 – Un texte beaucoup trop long de plus sur volte-espace, désolé … Mais Marie Balmary ne « twitte » guère, heureusement ! Et si vous faites l’effort de le lire, et de le relire encore et encore, vous verrez qu’il n’y a rien de superflu dans ce nouveau récit d’expédition en terres souvent mal connues.

NB : comme d’habitude les sur- et sous-lignages, les liens hypertextes et les commentaires sont de ma seule responsabilité. Les (12) notes de bas de page ne prétendent nullement épuiser les « mille choses qui nous passent et nous dépassent » lorsque l’on commence à relire les Écritures avec l’aide de Marie Balmary.

« Lectrice de la Bible avec d’autres » : une rigoureuse, simple et émouvante définition de la démarche de Marie Balmary. Il est bien sur possible (et recommandé !) d’en lire les résultats dans son œuvre et autres contributions, de se rapprocher des Ateliers Bible et Psychanalyse et, pourquoi pas, de se lancer dans l’aventure d’en créer un.

NB : peut-être une légère erreur de transcription : Marie Balmary n’est-elle pas plutôt … « psyahanalyste » !

¹ – « Rectifier la traduction … » : certains ne manqueront pas de s’indigner d’une telle prétention. Comme il s’agit de textes écrits & traduits & transmis par des humains et reçus par d’autres humains, avec toutes les possibilités d’erreurs que cela comporte, cet effort de relecture & retraduction est pourtant tellement nécessaire et, dans le cas de Marie Balmary, tellement fécond. Il est effectivement plus facile de croire que les Écritures sont la parole impeccable et définitive d’un … « Dieu », de les brandir comme des étendards au lieu de les lire … soigneusement, de les laisser nous lire.

De toutes façons l’alternative est simple : une « parabole morte » ne peut rien méta-morphoser en nous, ne peut pas nous amener à changer de « lieu ». Elle devient peu à peu incompréhensible, on l’oublie …

² – J’ai inséré le lien vers le strong grec n° 5043, « teknon », pour permettre de vérifier par soi-même, verset par verset ! Pour faire connaître aussi le bien bel outil qu’est EMCI-Bible. Néanmoins la traduction de Matthieu qu’il propose reprend les erreurs relevées par Marie Balmary, aussi bien pour ce « fils » que pour la première occurrence de « père ». Le recours à une lecture attentive du grec & de ses traductions s’avère donc nécessaire, d’où le premier lien hypertexte de ce billet. Merci à Marie Balmary et à quelques autres de faire ce travail de bénédictin pour nous … et de nous inciter aussi à le reprendre à notre compte.

« Trouver n’est rien. Le difficile est de s’ajouter ce qu’on trouve. »

La Soirée avec Monsieur Teste

Paul Valéry

³ – Les « happy few » lecteurs de volte-espace savent déjà à quel point la question « où » est vraiment la question essentielle à se poser. Si ce « où suis-je ? » vous démange sérieusement, si rejoindre puis demeurer en « ce lieu en nous que nous ne connaissons pas » est votre désir profond, alors la Vision du Soi selon Douglas Harding peut constituer une belle « entrée principale ». Vérifiez !

Indépendamment de son contexte spécifique, ce « Nous ne savons pas & [ουκ οιδαμεν] » fait grand plaisir à entendre. Il me semble qu’il fait encore plus défaut à notre époque qu’il y a deux mille ans.

« Chasser les vendeurs du Temple » : est-il en cette période de Black Friday 2023 nécessité plus impérieuse, sans même se demander « par quelle autorité » ? Le (non)lieu évoqué plus haut est également Non-chose (No-thing), juste espace d’accueil vide, illimité et inconditionnel de toutes choses. Espace de « joie spacieuse » dont l’ignorance et/ou le refus ne sauraient jamais être compensés par aucune chose. Vérifiez !

4 – « La vigne » … ? Un courte méditation d’Erri De Luca, « Le droit de la vigne », inséré dans le recueil « Première heure » vous en dira bien plus que de nombreux traités et colloques divers :

« Le vigneron, c’est Dieu, et la vigne, Israël, plante apportée d’Égypte et installée en terre de Canaan. Dieu la cultive au rythme du renouvellement des patriarches et des saisons. Il a construit au centre une tour qui est certainement la loi du Sinaï. Et tout cela n’a pas suffi, écrit Isaïe. Mais quelles grappes voulait-il de cette plante, le vigneron ? Il voulait beaucoup, il voulait et veut une vendange de saints. Dans leur prière quotidienne, appelée shemà-écoute, les Juifs répètent, pour ne jamais l’oublier, l’absolue prétention de Dieu sur eux :

« Afin que vous vous souveniez de tous mes commandements et que vous soyez saints. »

NB : il y a du plaisir à lire & beaucoup à apprendre chez ce maçon & exégète & philosophe & alpiniste & … Vérifiez !

Disons aussi que vu l’actualité du moment, le « Dieu » d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ne doit guère être satisfait de la cuvée 2023, ni même de toutes les vendanges depuis 1948 …

5 – Autre complément d’interprétation : ce travail-là, « Être un saint … », presque tout un chacun commence logiquement par le refuser. Nous préférons continuer à « profiter » de la zone « je suis humain » du dessin ci-dessous, celle dans laquelle nous avons été élevés, éduqués, formés, la zone du « connu » … Nous préférons dans un premier temps nous « contenter de trop peu » … Consentir à « coïncider silencieusement » avec notre « autoportrait » – la totalité du dessin – semble a priori impossible :

Pourtant c’est l’évidence même ! Il n’y a rien à rajouter puisque c’est Ce Que nous sommes, tous. Mais ce qui est certain, c’est que seul « je » peut librement consentir à « Je Suis »

6 – Le strong n°3338, « Metamellomai », donne d’utiles indications. Tant avec le passage, le retour(nement), … signifié par « meta » qu’avec « melo » :  » s’inquiéter de, se mettre en peine, prendre soin ». Nous sommes là au plus loin de la « couleur moralisante » du « il regrette » de Chouraqui et de Sœur Jeanne d’Arc ou, pire, des autres « il se repentit », « pris de remords », … Faire retour vers le Soi & « Je Suis » pour prendre soin de soi, des autres et de tout l’univers : sacré programme ! Celui de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Le vôtre … ?

« Une fois assuré de ne pas être agi, il peut agir. » : serons-nous un jour (prochain …) assez conscients de l’importance absolument décisive de cette courte phrase en matière d’éducation, d’instruction, de formation … ? En matière d’édification de l’humain, tout simplement. Je l’espère, mais comment ne pas constater & déplorer l’immense décalage avec la triste réalité d’aujourd’hui …

Faire quoi que ce soit « sans soi-même », c’est la porte ouverte à tous les désastres, personnels & sociaux. Et c’est pourtant une technique de manipulation (gouvernance & management) tellement répandue. Une référence (encore peu lue) en passant … : « Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui ».

Seul un « je » entièrement libre peut répondre à l’appel d’aller « œuvrer » à la vigne, à la vie, à la Grande Vie …

7 – Il y a tellement à entendre dans cet « Ego Kurie » [εγω/κυριε]

Le cri d’un ego blessé parce que l’homme s’est adressé à lui en second ; d’un ego qui se considère comme maître en sa « maison » ; d’un ego qui aspire à être lui aussi Kurios à la place du Kurios ; … D’un ego que la vie aura jusque-là blessé, privé de relation juste et qui se considère comme « rien », simple chose actionnée par un « maître ». D’un ego manquant tellement de confiance en lui qu’il a renoncé à assumer toute responsabilité d’action … D’un ego familialement et/ou socialement manipulé, conditionné à ce « statut d’esclave »

L’instantanéité – réflexe & totale – de ce « consentement » prouve sa fausseté. Le défaut de refus et de « metamellomai » engage … dans une impasse.

Combien d’« enfants » au cours des siècles, et notamment du 20°, ont été précipités dans l’abîme du fait de cet « Ego Kurie » ? Combien au cours de ce premier quart du 21° ? Combien sont toujours prêts à le faire, joyeusement, dans l’avenir ? Les millions de morts directement imputables à cette obéissance-réflexe, irréfléchie, ont-ils seulement commencé à nous engager à remettre en cause ce poison … ?

Quand allons-nous enfin remplacer définitivement la « cendre » de l’objet qui veut « suivre » par la « braise » du sujet qui « accompagne » ?

Dans « Un Messie à ne pas suivre », chapitre neuf (ô combien !) de « La divine origine. Dieu n’a pas créé l’homme », Marie Balmary propose cette traduction littérale de Matthieu 16, 24 :

« Si quelqu’un veut accompagner derrière je, qu’il dise non à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il accompagne je. »

[ει τις θελει οπισω μου ελθειν απαρνησασθω εαυτον και αρατω τον σταυρον αυτου και ακολουθειτω μοι]

8 – Une superbe démonstration de ce blocage paradoxal :

    • « Aller dans la vigne n’est pas son désir
        • Et cela ne peut pas devenir son désir s’il reste à cette place
            • Or sans désir, pas d’énergie »

Le désir d’aller « œuvrer dans la Vigne » ne se décrète pas. Le changement de « place » analysé par Marie Balmary et celui proposé par la Vision du Soi – de la périphérie au Centre – ne sont (peut-être) pas exactement superposables. Mais je suis habité par l’intuition qu’ils se renforcent mutuellement. En tous cas je ne peux que témoigner du regain de désir & énergie impulsé par la Vision du Soi et vous inviter à vérifier ce qu’il en est pour vous-même.

9 – C’est notamment pour cet « ici c’est plus fin que la théorie freudienne » que j’apprécie autant Marie Balmary : « L’enfant ne tue pas le père, il tue le maître dans le père, et le père le laisse faire. C’est en cela qu’il est père. »

Elle complète en effet le raccourci de la fameuse formule : « L’enfant est le père de l’homme » (vers de William Wordsworth, discuté par Gerard Manley Hopkins, repris par Freud, beaucoup cité …). Il conviendrait en quelque sorte de dessiner un schéma circulaire, un cercle vertueux :

… l’enfant (qui refuse d’être objet & ré-fléchit) est le père de …

  l’homme (qui consent à ce refus & à la mort du maître en lui) devient le père de … ↵

Si Marie Balmary nous aide ainsi à mieux comprendre le verset de Luc 1,17 : « Il ramènera les cœurs des pères vers leurs fils », il est permis de se demander si nos sociétés ont globalement progressé dans le sens de cette co-construction de « liberté » depuis que ces quelques versets de Matthieu 21 ont été écrits … ?

Tonton Georges semble avoir plutôt bien compris cette paternité de qualité, dans « Les quatre bacheliers » notamment :

« Et si les chrétiens du pays,
Sans vergogne,
Jugent que cet homme a failli,
Homme a failli.

Ça laisse à penser que, pour eux,
Sans vergogne,
L’Évangile, c’est de l’hébreu,
C’est de l’hébreu. »

10 – L’épisode se trouve en Luc 2, 49 :

« Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne le saviez-vous pas ? Il faut que je sois en ce qui est de mon père. » (Chouraqui)

[και ειπεν προς αυτους τι οτι εζητειτε με ουκ ηδειτε οτι εν τοις του πατρος μου δει ειναι με]

Albrecht Dürer, Jésus parmi les docteurs, panneau du Polyptyque des Sept Douleurs (1494-1497), Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.

NB : ne manquez pas de cliquer sur le lien ci-dessus pour voir l’autre tableau de Dürer sur le même thème, ainsi que ceux de quelques autres peintres accessibles tout en bas de cette page wikipedia.

11 – L’épisode se trouve en Matthieu 4, 1-11 : « Iéshoua‘ est entraîné au désert par le souffle ».

« Tout cela, je te le donne, si tu t’inclines et te prosternes devant moi. »

[ταυτα παντα σοι δωσω εαν πεσων προσκυνησης μοι]

Le « souffle » de la Grande Vie ne peut se résigner à nous laisser nous « contenter de trop peu ». Il nous appelle à vérifier par nous-même que vivre dans la seule zone périphérique « je suis humain » du dessin (Cf. note n° 5) équivaut à vivre dans un « désert ». (Mais rien à voir bien entendu avec le désert-business de l’ésotourisme !)

Ce « “non” à la vie, jusqu’à la limite de la mort » fait écho à la période d’austérité initiale et vaine du Bouddha historique.

Et ce « maître le moins père qui soit » n’est-ce pas ce qui préside, en nous tous peut-être, mais surtout en certains au projet fantasmatique de « toute-puissance sur le monde » ?

Les « doutes (de Jésus) sur sa filiation » n’ont-ils pas vocation à amener tout un chacun à se poser cette même question, dans toute sa radicalité :

De quel « père » suis-je le « fils » ?

La carte de la note n° 5, extraordinaire résumé de l’ensemble de la Vision du Soi, peut contribuer à voir clairement la réponse … Vérifiez !

12 – « Le vin de Cana … C’est le vin de la confiance ! » Autre superbe commentaire des Écritures par Marie Balmary. L' »eau de Vie » appropriée à la sobre ivresse de l’Esprit … en quelque sorte.

Précision importante : il s’est agi d’un sacré grand « signe » puisque « six vases de pierre, … contenant chacun deux ou trois mesures » correspondent pour les spécialistes à une fourchette de 480 à 720 litres … ! Amplement de quoi poursuivre les Noces ! (Cf. Volte … Espace : à la bonne votre !)

 

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 65 ans, marié, deux fils, un petit-fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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