« Sur nos chemins de révélation » : tel est le titre de l’intervention de Marie Balmary lors des Rencontres de Fès 2010 sur le thème du voyage initiatique. Ce texte a été repris dans un ouvrage des éditions Albin Michel.
Quelques morceaux choisis & commentaires en lien avec la Vision du Soi selon Douglas Harding, mais … même si ce texte n’est condensé que sur huit courtes pages recto-verso, je ne saurais que trop vous recommander de le lire entièrement. Comme je l’ai déjà écrit ici à de nombreuses reprises, les écrits de Marie Balmary ne se résument guère.1
« Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. » 1 Jean 3,2 2
« … Dans la vie de l’homme démocrate, qui tient son droit d’être là des droits de l’homme, l’initiation n’a pas été prévue. …
… Pourquoi un voyage initiatique ? Est-ce que nous ne sommes pas suffisamment nés ? Y aurait-il un second commencement, une seconde genèse ? Pour naître à quoi cette fois ? …3
Naître d’en haut … Il y a cette expression dans l’évangile de Jean par exemple, mais je ne vais pas partir dans les hauteurs de la théologie. Mon propos est plus modeste : comprendre en quoi un être humain peut être concerné par une initiation, seconde par rapport à sa naissance, qui aurait pour effet de le faire accéder à une autre vie, ou à une autre dimension de la vie. Est-ce l’entrée dans un autre temps, ou l’au-delà du temps ? …4
Naître d’en haut, est-ce que ça peut vouloir dire quelque chose de corporel ? En haut du corps, comme en réponse aux sexes, il y a la bouche et la langue. On peut remarquer que les deux organes nécessaires à la parole sont comme la réunion des deux organes séparés des sexes. A supposer que le corps lui-même ait un sens à déchiffrer, cela rejoindrait du moins notre sujet en ceci : un voyage intérieur pourrait avoir lieu entre deux naissances, celle d’en bas et celle d’en haut, un voyage qui irait de l’être sexué à l’être parlant. …5
Je continue à ma façon sa pensée : l’émancipation ne ferait que supprimer la loi humanisante (interdit du meurtre et de l’inceste), loi dont le respect aurait permis la métamorphose de l’esprit. Hypothèse : l’initiation, elle, au contraire, donnerait accès à quelque chose qui ne peut pas être simplement acquis par un savoir ajouté aux autres savoirs. Il s’agit de ce qui ne peut être que révélé. Et une révélation impliquerait que l’être qui la reçoit soit changé pour être capable d’accueillir une connaissance d’un autre ordre. Cette hypothèse va-t-elle nous convenir ?6
Je la reprends autrement : à quoi n’a-t-on pas accès sans initiation ? Ma réponse, provisoire comme toujours : sans initiation, on n’a pas accès à l’esprit. L’homme de nos contrées a été réduit à deux termes, le corps et l’âme, depuis deux ou trois siècles. Il a souvent perdu l’étage de l’esprit.7
Or, si vraiment il y a de l’esprit dans la vie des êtres humains, si un voyage est nécessaire pour accéder à la parole propre, cette nécessité ne peut avoir disparu de nos vies, si éloignés que nous nous pensions de tout cela. Cela doit bien avoir lieu aujourd’hui comme il y a trois mille ans, quelles que soient nos conceptions de l’homme. …8
Le voyageur est souffrant, ce n’est pas physiquement ou pas seulement. Et si ce malaise peut se traduire dans le corps, ce n’est qu’une traduction en maladie. Le texte original – la douleur première – est d’une autre nature. Il semble que le corps et l’âme ne suffisent pas pour comprendre ce qu’il cherche. Est-il en quête d’esprit ? …9
Veut-on vraiment guérir d’une maladie qui est en même temps le début d’un salut ? J’emploie ici un drôle de mot dans une discipline qui se veut scientifique. Je pense à cette phrase que j’ai trouvée chez Christian Bobin : « Ce qui nous sauve ne nous protège de rien et pourtant cela nous sauve. »
L’entourage du voyageur s’interroge : « Que lui manque-t-il donc ? » Parfois rien apparemment, il arrive même qu’il ait tout pour être heureux comme on dit.
Mais ce qui lui manque, c’est lui-même. Pas ce moi qui prend encore tant de place, mais lui, en première personne, ce que nul ne peut dire à sa place. … 10
Il y a bien des itinéraires pour ce voyage. Comment faire des généralités sur des métamorphoses qui nous font devenir chacun unique ? …
Cependant, à présent, là où il en est arrivé, l’appui n’est plus pour lui la puissance mais la présence. La présence d’un autre qui a, lui aussi, traversé la fracture de l’ego, un autre voyageur arrivé chez soi. Révélation de la rencontre à laquelle il n’a pu avoir accès qu’après être « entré dans son âme », comme le dit Thérèse d’Avila.11
A présent, un étonnement qui n’a pas cessé : les mots pour dire la révélation de la présence sont tout proche des mots de la révélation biblique. Naître d’en haut, c’est pouvoir dire : « Je serai qui je serai », dire : « Je serai avec toi », dire : « Tu étais là et je ne le savais pas ». 12
Comment parler de la joie d’être soi, hors du moi ? Comment dire l’émerveillement d’être avec l’autre dans cette dimension ? Je ne sais pas et je ne veux pas disserter savamment sur la joie spirituelle.Heureusement, l’esprit de Fès a prévu mon embarras : si la parole s’arrête le matin devant la joie, la musique la continuera dans la nuit.13
Je voudrais ajouter brièvement deux choses.
D’abord il n’y a pas de « guérison totale » à la fin du voyage, car cela supposerait une toute-puissance dont le voyage, précisément, est l’abandon. … Un combat initiatique qui ne laisse aucune cicatrice est un simulacre de combat, donnant accès à un simulacre de présence.14
Je dirais enfin que le voyageur arrivé chez lui ne fait plus le mal – au sens où Simone Weil dit que le mal, c’est ce que nous ne pourrions faire si nous savions que les autres existent. L’initié à l’esprit est celui qui sait qu’il existe et que les autres existent. »15
NB : j’insère cette carte maîtresse de la Vision du Soi – notre « autoportrait » – entre les extraits de l’intervention de Marie Balmary et mes commentaires plutôt que tout en fin de billet. Elle peut en effet servir de support aux deux parties, en exposant une claire représentation du voyage possible entre la zone périphérique « je suis humain » et le « Je Suis » central. Il s’agit pour moi de la meilleure représentation qui soit d’un possible & indispensable parcours initiatique. Un bon dessin qui vient utilement condenser de (parfois) longs discours !
- Pourquoi ? Parce que justement, Marie Balmary dans chacun de ses ouvrages convie le lecteur à l’accompagner, à participer au « voyage intérieur » que constitue l’enquête qu’elle mène, que ce soit à propos de la vie & les écrits de Freud, de « L’un et l’autre Testament », de divers faits de société riches de sens. Lire ses livres demande un effort d’attention … récompensé au centuple ! Vérifiez !
D’apparence modeste, « Le voyage initiatique » propose d’autres remarquables contributions : Dany-Robert Dufour (site officiel), Abdelwahab Meddeb, Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy, Barbara Cassin, Daniel Mesguich, Jean-Michel Hirt, Karima Berger, Robert Lanquar et Max-Jean Zins. ↩︎ - Pourquoi relever cette citation mise en exergue de l’intervention ?
D’une part pour donner accès à la totalité de ce verset 2 :
« Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (Louis Segond. NB : ce site donne accès aux strongs grecs).
« Aimés, maintenant nous sommes enfants d’Elohîms, mais ce que nous serons n’est pas encore apparu. Nous le savons : lorsqu’il apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (André Chouraqui)
[Ἀγαπητοί, νῦν τέκνα θεοῦ ἐσμέν, καὶ οὔπω ἐφανερώθη τί ἐσόμεθα: οἴδαμεν δὲ ὅτι ἐὰν φανερωθῇ, ὅμοιοι αὐτῷ ἐσόμεθα, ὅτι ὀψόμεθα αὐτὸν καθώς ἐστιν.]
D’autre part pour essayer de proposer une compréhension globale du paradoxe : « nous sommes … mais ce que nous serons n’est pas encore apparu » ! C’est, à mon humble avis, d’un déficit de « Vision » qu’il s’agit ; nous ne voyons pas encore « Cela » que nous sommes déjà, tous & intégralement. Nous demeurons ignorants de « the big picture » ci-dessus. Et, en quelque sorte, c’est l’évidence même qui nous crève les yeux. Quelle misère ! ↩︎ - Marie Balmary a creusé ces questions dans « Abel ou la traversée de l’Eden ». Dans le premier chapitre, « Du droit des peuples à désirer davantage », elle se demande : « Avons-nous renoncé à une autre vie ? » Un court extrait : « La présente recherche se développe … comme un combat … contre tout ce qui ferme le ciel, symbole de l’infini du désir humain auquel ce monde fini, cette vie mortelle, peuvent ne pas suffire Ce n’est pas la croyance ou l’incroyance au ciel que je cherche là, c’est seulement sa possibilité. De cet espace ouvert ou fermé au-dessus de nous dépend, je crois, l’intensité et la liberté de notre vie psychique – ou spirituelle – comme le feu allumé dans une maison dépend du bon tirage d’une cheminée ouverte au-dessus de lui. » (Page 31). Il y aurait beaucoup à dire à propos de ce « vie psychique – ou spirituelle -« … mais la force de l’image de la cheminée m’enchante. ↩︎
- Naître « d’en haut » ou naître « à nouveau » … Évangile de Jean 3,3 : « Iéshoua‘ répond et lui dit: « Amén, amén, je te dis, nul, s’il ne naît d’en haut, ne peut voir le royaume d’Elohîms. » (Chouraqui). [απεκριθη ο ιησους και ειπεν αυτω αμην αμην λεγω σοι εαν μη τις γεννηθη ανωθεν ου δυναται ιδειν την βασιλειαν του θεου]« . Renaître en somme ! Au plus loin du « bien être » limité (très !) du développement personnel.
La modestie du propos de Marie Balmary est très relative, puisqu’il s’agit véritablement d’une question de vie ou de mort : la vie pré-initiatique – la vie corps & mental uniquement, la vie confinée dans l’étroite zone périphérique « je suis humain » du dessin ci-dessus – étant assez couramment assimilée à une sorte de mort … vivante ! La grande vie, la vie « surabondante » (Jean 10,10) ne peut commencer qu’à partir d’un retour à l’origine, au commencement (« anothen/ανωθεν« ). La Vision du Soi peut aider à passer dans cet en-deçà du temps, à réaliser que c’est le temps qui est contenu dans & par l’entièreté de Ce que vous êtes vraiment … Vérifiez ! ↩︎ - Renaître, « d’en haut » ou « à nouveau », peu importe, signifie effectivement « quelque chose de corporel ». Et sans doute bien au-delà de la « réunion des deux organes séparés des sexes », en dépit du caractère si juste et si fructueux de ce constat. Ainsi dans « Vision » : « J’avais perdu une tête et gagné un monde & I had lost a head and gained a world ». Ce que l’on expérimente également dans les véritables méditation, Qi Gong et Yoga : le passage d’un corps étriqué à un corps d’univers. La joie sans objet & le profond repos qui en résultent s’éprouvent aussi très concrètement dans ce corps & mental. Vérifiez ! ↩︎
- La pensée de Jean-Joseph Goux, auteur de « Œdipe philosophe » – Éditions Aubier 1990. « Le mythe du roi Œdipe est un mythe d’esquive de l’initiation. » (page 47). Et si l’on considère que « La Sphinge est une coupeuse de têtes » (page 63), il n’est pas possible d’être plus près de nos centres d’intérêts ! ↩︎
- Ce paragraphe devrait enchanter Michel Fromaget, l’incontournable auteur de « Corps, Âme, Esprit », ouvrage dans lequel j’ai découvert l’existence de Marie Balmary. Cf. Marie Balmary dans « Corps, Âme, Esprit ».
Si « l’homme de nos contrées … a souvent perdu l’étage de l’esprit », est-il encore possible de lui attribuer le nom d’homme ? N’est-il pas réduit à un stade néoténique indigne d’un être véritablement humain ? ↩︎ - Le problème, c’est peut-être justement que cette représentation, moderne & exclusive, d’un homme rapetissé à ses seules dimensions corporelle & mentale est une impasse anthropologique. Une (in)compréhension aussi incomplète et donc fausse, étroite, « petite », … ne permet pas d’espérer la moindre amélioration de sa situation & de la situation globale. Il n’a jamais été aussi urgent de changer de paradigme : les travaux de Marie Balmary, de Michel Fromaget, de quelques autres (mais … pas tant !), et bien sûr la Vision du Soi selon Douglas Harding & la véritable méditation peuvent vous y aider. Lisez, pratiquez & vérifiez ! ↩︎
- Marie Balmary dénomme « voyageur » une personne accompagnée en psychanalyse. Ce terme convient tout autant pour celle qui entreprend une recherche spirituelle. « La douleur première », c’est cet accès empêché à la dimension de l’Esprit, un accès rendu encore plus difficile au sein (!) d’une « civilisation » anti-spirituelle … Bernanos avait vu juste : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! ».
Le « voyageur » est en quête de son identité véritable, en-deçà de toutes les couches d’identification imposées, choisies, chéries … Il cherche à (re)devenir Cela qu’il Est, à retrouver son Visage Originel. ↩︎ - Au sein du discours dominant de la « civilisation » évoqué ci-dessus il est devenu quasi impossible de prononcer le mot « salut » … Pourtant c’est bien précisément de cela qu’il s’agit : accomplir ce voyage bien réel de la périphérie au Centre (dans le cadre de la Vision du Soi et tel que représenté dans le dessin ci-dessus), c’est réaliser le « salut » qu’est le retour à la conception « corps & âme, Esprit », le paradigme anthropologique – traditionnel parce que structurel – qui permet(trait) bien des « guérisons » ultérieures, tant individuelles que sociales. Hors du « salut » … point de salut !
Le mésusage, pour ne pas dire l’idolâtrie des sciences & technologies a conduit le monde dans une telle impasse, au plus près de l’effondrement, qu’un changement radical s’impose … pour survivre. Mais, globalement, le monde politique comme la majorité de la population campent dans le déni.
Bernanos avait encore vu juste : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »
Dans le cadre de la Vision du Soi, « ce qui lui manque, … lui-même. … lui, en première personne », c’est ce « Je Suis » central qu’il Est, cet espace d’accueil illimité & inconditionnel de tous et tout, ce « contenant », cette « capacité », … accessible seulement par l’expérience. ↩︎ - Extraordinaire paradoxe : « chacun unique », et tous porté par & porteurs de cet unique espace d’accueil illimité & inconditionnel, tous entés en ce « Je Suis » central ! Effectivement, la « révélation de la rencontre » advient par un « autre voyageur arrivé chez soi », autre & identique en son essence. Ça ne passe pas nécessairement par ces fameuses chaînes ininterrompues de maître à disciple qui remontent à la nuit des temps. « L’Esprit souffle où il veut … ». ↩︎
- « Je serai qui je serai » : Exode 3,14 – André Chouraqui. D’autres traductions … J’apprécie le « Je suis Celui qui Est » de Lemaistre de Sacy.
NB : « Je serai qui je serai » est le titre du recueil qui relate l’entretien de Marie Balmary avec Edmond Blattchen dans l’émission Noms de Dieux.
« Je serai avec toi » : Exode 3,12. Grande promesse … souvent amoindrie par la citation suivante ! « Tu étais là et je ne le savais pas » : Genèse 28,16.
Être … pour qu’une véritable relation Je & tu devienne enfin possible. « Il faut se contenter d’être » – Etty Hillesum. ↩︎ - « Comment parler de la joie d’être soi, hors du moi ? Comment dire l’émerveillement d’être avec l’autre dans cette dimension ? » Effectivement, poser si précisément ces deux questions suffit amplement. « A cette question Marie ne répond pas. Marie répond rarement finalement. Elle lance des pistes. Elle déroule des chemins sur lesquels nous avançons ensemble. » (Dans « Ouvrir Le Livre – Une lecture étonnée de la Bible »). Tout petit bémol : c’est peut-être moins « hors du moi » qu’avec un « moi » intégré dans un espace infiniment plus large, enfin remis à sa juste place, périphérique. (Cf. carte ci-dessus).
Si la lecture à propos de « la joie spirituelle » vous intéresse – et cela peut utilement contribuer à nourrir celle que vous éprouvez déjà – alors celle de « La joie spacieuse » de feu Jean-Louis Chrétien devrait vous enchanter, vous « rendre plus large & plus vivant ».
« L’esprit de Fès » propose effectivement une programmation musicale d’une grande richesse, faisant la part belle au soufisme certes, mais bien au-delà. (Il faut bien regretter aussi que « Dieu » ne semble pas « assister » Mohamed VI autant qu’Il le devrait …) ↩︎ - C’est d’un voyage éminemment paradoxal qu’il s’agit : être toujours en route, en pleine conscience & confiance, vers le (non) lieu où nous sommes déjà arrivés de toute éternité, vers l’espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes, tous. Un voyage … « … de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin ». (8° homélie sur le Cantique des Cantiques – Grégoire de Nysse) ↩︎
- « Le mal, c’est ce que nous ne pourrions faire si nous savions que les autres existent. » Difficile de retrouver la référence exacte de cette citation de Simone Weil, sans doute dans « La pesanteur et la grâce » … N’ayant pas le loisir de tout relire en ce moment, merci de me l’indiquer si vous la connaissez. Mon commentaire reste donc en suspens dans l’ignorance du contexte … Juste envie d’écrire ceci : l’initié à l’esprit est celui qui sait qu’il est et que les autres sont. Qui sait où il en est & où tous les autres sont. ↩︎
Cordialement


