
Rappel : « Pratique du zen vivant » relate les alternances d’exposés (« teishô »), suivis de questions & réponses, de treize sessions intensives de zazen dirigées par Jacques Brosse entre le 26 décembre 2000 et Pâques 2004.
Je présente lors de la séance hebdomadaire de Méditation dans l’esprit du zen & sur ce site quelques points saillants de ces exposés, bien entendu en lien direct avec la pratique de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Libre à vous de déposer ensuite vos questions et/ou commentaires, de lire (et relire …) ce livre de Vie. Je me permets cependant de vous recommander de le lire pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ».
NB : Pratique du zen vivant, pause.
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Cette session propose trois exposés.
- Exposé 35. « … Dans la plupart des écoles du bouddhisme … on distingue d’ordinaire deux formes de bhâvanâ [méditation] : shamatha, littéralement la « quiétude durable de l’esprit », et vipashyanâ, la « vision pénétrante » par laquelle on tente d’atteindre intuitivement la nature ultime des phénomènes, la Vacuité (shûnyatâ), et ainsi de développer l’intelligence éclairée, la connaissance profonde et suprême, prajnâ. … »
- « Pratique du zen vivant » propose un copieux (sept pages recto & verso) glossaire des termes sanskrits, chinois et japonais utilisés. Pour les trois premiers du paragraphe ci-dessus, son utilité ne saute pas vraiment aux yeux. Il va plutôt falloir faire confiance à sa propre expérience … comme le bouddhisme le recommande soigneusement : ne prendre refuge qu’en soi-même.
- Le cursus bouddhiste traditionnel propose donc d’abord un (long) entrainement « mental » pour parvenir à la « quiétude durable de l’esprit ». Celle-ci permettant ensuite de peut-être atteindre la « vision pénétrante » … Et si la bonne solution était rigoureusement inverse : d’abord la Vision – subite – de « la Vacuité » et ensuite « la quiétude durable et la connaissance profonde » qui en découlent naturellement ? Vérifiez !
- Cf. le résumé & leitmotiv de Douglas Harding : « Dans notre méthode, méditer en vue de l’Illumination consiste à en jouir. » dans « Objections et réponses » – 3. Concernant zazen c’est exactement la même chose.
- « … Or, de ces préalables, il n’est pas question dans le zen. On ne se prépare pas au zazen, on y entre directement, on s’y jette. Et advienne que pourra ! … Ce que vise le zen, qui « pointe directement au cœur de l’homme », c’est l’Éveil subit, non l’Éveil graduel des autres écoles, le renversement du support, de tout support. … »
- Entre le Zen du temps de Dogen et la « zénitude » d’aujourd’hui, où l’on vend de tout sous cette étiquette (pensée positive, médicament, DIU, divertissements divers, lessive, … un véritable inventaire à la Prévert !), le fossé s’est plutôt considérablement creusé … Si le désir humain fondamental persiste au cours des siècles, les individus qui le portent vivent dans des conditions radicalement différentes et sont eux-mêmes très différents. Il me semble dès lors que cet « advienne que pourra » risque d’en rebuter certains, alors que tous sont appelés : « Sur dix hommes qui pratiquent le zen, dix doivent parvenir à l’éveil ».
- Ma « recette » personnelle, associant les exceptionnels outils de la Vision du Soi & du Zhi Neng Qi Gong à la méditation dans l’esprit du zen, me semble de nature à faciliter cet accès à l’évidence de l’éveil ordinaire. Vérifiez … ce grand « renversement » !
- « … Les maîtres disent à leurs disciples : « Lancez-vous dans l’abîme avec décision et courage ! »
- Je préfère plus modestement proposer l’expérience ci-dessous ! Développée dans ce billet.
- [Rappel …] « … Ceux qui étudient la Voie doivent être éveillés subitement. Ce n’est qu’après qu’il leur faut pratiquer graduellement afin d’obtenir la délivrance. Une mère ne met-elle pas son enfant au monde subitement ? Ensuite, elle lui donne le sein, le nourrit et peu à peu la sagesse de l’enfant s’accroît spontanément. Il en va de même pour l’Éveil. … qui est en effet reconnaissance de l’évidence, précédemment cachée. La grande sagesse (prajnâ) s’accroit ensuite d’elle-même. … » (Chen-huei – Shenhui, 668-760)
- Voir Ce que « Je Suis » vraiment : sans tête pour moi-même et espace d’accueil illimité & inconditionnel de tout ce qui se présente – est donc la seule chose qui importe véritablement … Vérifiez !
- Seul léger bémol : est-ce qu’il y a encore … un peu, beaucoup, suffisamment … de personnes « qui étudient la Voie » … passionnément ?
- « … Ce n’est donc qu’après l’Éveil subit, l’éclair qui illumine le monde nocturne, la brusque rencontre face-à-face avec son visage originel que commence le véritable et lent travail, la métamorphose de tout l’être en sa propre nature de Bouddha, travail qui est en effet, lui, graduel. … l’Éveil subit … brutal et miraculeux désaveuglement … »
- Décidément ce « face-à-face » est coriace ! Il me semble pourtant que « la brusque rencontre avec son visage originel » n’est rien d’autre que la désintégration instantanée de ce « face-à-face » illusoire. En vérité aucun d’entre nous n’a jamais été « face-à-face » avec qui ou quoi que ce soit au cours de son existence subjective. Vérifiez !
- Et l’utilisation des adjectifs possessifs l’est tout autant ! Qu’on se le dise : il n’existe pas plus de mon, ton, son, … visage originel que de ma, ta, sa, … nature de Bouddha. Royaume, nature de bouddha, visage originel, … ne sauraient relever de la moindre appropriation personnelle.
- Un atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding sert justement à faire en sorte que le « désaveuglement » ne relève pas uniquement du « miracle » … et qu’il ne soit pas trop « brutal » non plus. Vérifiez !
- « … Dôgen Zenji, dans son Bendo-wa, « Sur le discernement et la pratique de la voie », … : « Puisqu’il en est ainsi, le zazen d’une seule personne, en un seul instant, s’harmonise avec toutes les choses et se répercute à travers tous les temps. … Chaque instant de zazen est par lui-même totalité de la pratique et de la réalisation. Cela ne se limite pas à la seule pratique de la méditation assise, c’est le coup de marteau qui fait entrer le vide en résonance : avant et après, ce carillon enchanté pénètre tout et partout. Comment cette vibration universelle pourrait-elle être limitée à ce seul instant ? Que tout être, toute chose jouisse de la pratique fondamentale du visage originel, cela est incommensurable, insondable. »
- J’espère que vous aussi – « happy few » lecteur de volte-espace – vous vous sentez embarqués par l’enthousiasme de Dôgen … C’est une aide précieuse pour passer sur « l’autre rive » !
- Exposé 36. « … Koun-Ejô (1198 -1280) [successeur de Dôgen] … C’est le seul texte de lui qui soit parvenu jusqu’à nous. … « Mais ceux qui commettent l’erreur de s’attacher à l’ego refusent de voir cette lumière, ainsi, en ce lieu même, ils s’agitent et sombrent dans la naissance-et-mort. … Puisque, ne vous libérant pas, vous n’ouvrez pas votre être tout entier, vous demeurez incapables d’embrasser la totalité. … En conséquence, vous n’abandonnez pas vos anciennes vues, ni l’image que vous avez de vous-mêmes. Bien que demeurant jour et nuit dans le grand trésor de lumière, vous vous transformez en serviteurs errant dans la misère, en éternels indigents. En vous mésestimant, vous en arrivez à oublier votre noble origine. … Le jugement que vous portez sur votre propre image, modifiez-le immédiatement. Même si vous discourez sur les enseignements subtils, aussi longtemps que vous vous en tiendrez à l’image d’un soi, vous ramperez dans les naissances-et-morts. »
- Ce que Koun-Ejô appelle « l’image d’un soi », c’est bien entendu le complexe corps & mental de la seule zone périphérique « je suis humain » de notre « autoportrait » commun.
- Pour ne plus « ramper dans les naissances-et-morts », vous connaissez « l’entrée principale » … c’est « le seul espoir ». Mais … vérifiez !
- Exposé 37. : Il détaille la vie et la succession de Koun-Ejô.
Cordialement


