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6 - Lectures essentielles

Paysan d’un Dieu paysan – François Cassingena-Trévedy

« Paysan de Dieu – Mais, en définitive, de quel Dieu suis-je le paysan ? D’un Dieu qui est Paysan lui-même. Et comment se pourrait-il qu’il fût autre ? D’ailleurs, son grand Fils l’a dit clair et net : Mon Père est le Paysan1. On traduit généralement par « vigneron » parce que le début du verset est : « Moi, je suis la vraie vigne. » Mais cette traduction par « paysan » est tout à fait légitime, car le terme grec est geôrgos, littéralement le « travailleur de la terre »2.

Paysan, donc, je le suis : de Père en fils. J’ai de la naissance. Mon Dieu n’est pas très officiel, pas très rationnel, pas très conventionnel3. C’est un Dieu qui pousse, et qui fait pousser, et que l’on fait pousser (car il faut bien être un peu paysan pour s’y connaître en lui). Le Dieu qui pousse autour de nous, en nous, entre nous, et naturellement le Dieu de tout ce que nous faisons pousser autour de nous, en nous et entre nous dans le sens de de la lumière, et de l’amitié, et de la vie, et du Royaume4. Dieu paysan, bon Dieu ! avec tout ce que cela comporte de bonhomme. »5

« Paysan de Dieu », Albin Michel 2024, pages 215-216

François Cassingena-Trévedy


NB : J’ai découvert ce moine écrivain (pour faire très court, cet homme remarquable ayant moult cordes à son arc !) à l’occasion de ses chroniques du temps de la Covid. Volte-espace propose quelques billets issus de ses textes : « Épopée désinvolte », « Confinement », « La Présence à huis-clos », « Béatitude de la vacuité », … et quelques brouillons ! Depuis je garde un œil (unique !) sur son essentielle (in)actualité et j’ai lu avec bonheur quelques-uns de ses livres, notamment ce « Paysan de Dieu ».


  1. Jean 15,1 : « εγω ειμι η αμπελος η αληθινη και ο πατηρ μου ο γεωργος εστιν – Moi, je suis la vigne, la vraie, et le père, le mien, est le vigneron ». Huit des dix versions proposées sur ce précieux comparateur des 4 Évangiles traduisent « γεωργος » par « vigneron ». Darby préfère « cultivateur » et Tresmontant retient « le paysan qui cultive [sa vigne] ».
    Le grec dispose pourtant d’un mot spécifique pour « vigneron » : « ἀμπελουργός, ampelourgos » – le strong n° 289 – mot assez rarement utilisé (Luc 13,7). Je m’arrête là avec l’étymologie, parce que si l’on creuse du côté d’ampelos, la vigne … on trouve bien du grain à moudre ! ↩︎
  2. La non moins précieuse « Petite initiation au grec des Évangiles » de Sœur Jeanne d’Arc ne propose ni « γεωργος » ni « paysan » dans ses index, mais le développement du 3° mot, « γῆ – la terre », indique que le « γεωργος (c’est le prénom Georges) travaille la terre ». Puis passe rapidement à d’autres exemples sans doute estimés plus nobles : « le géo-mètre la mesure, le géo-graphe la décrit », pour finir avec la « Géode » parisienne … ! C’est-à-dire un savant mélange de béton, d’acier, de verre et d’odieux-visuel, au plus loin de la bouse béatifique des plateaux du Cézallier et d’ailleurs !
    Quand, à force d’abimer notre Terre-mère et son climat, la nourriture va commencer à faire défaut, on se souviendra peut-être qu’il n’est pas de tâche plus essentielle que celle du paysan : en produire.
    NB : il reste bien sûr possible d’épiloguer indéfiniment à propos de l’Hypothèse Gaïa ou de l’Hypothèse Médée, mais 34° C constitue la limite supérieure de l’optimum thermique de la photosynthèse pour la plupart des végétaux … « Facts are friendly – Les faits sont amicaux » : mais leur intensité et leur fréquence prouvent que la « modernité » tourne le dos à la bonne direction. ↩︎
  3. Ce « Dieu pas très officiel, pas très rationnel, pas très conventionnel » me semble proche du « neti neti – Ni ceci, ni cela » de la Brihad Aranyaka Upanishad, du « nada nada » de St-Jean de la Croix, des diverses non-affirmations de la théologie apophatique, de celui d’Etty Hillesum ou de Christian Bobin … Et tout à fait compatible avec le « Je Suis » central de la Vision du Soi selon Douglas Harding.
    Simple remarque : ce « Dieu »-là (« absconditus ») ne serait-il pas infiniment plus efficace & faiseur de paix que les « dieux » positifs – si peu ! – que la plupart des religions continuent de promouvoir en affirmant résolument qu’ils sont comme ceci et font comme cela, (« revelatus ») … ? Il est permis d’espérer que Marie Balmary dise vrai : « Ce « vieux Dieu », comme vous dites, va vraisemblablement disparaître. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les systèmes religieux basés sur la culpabilité et la peur, à commencer par tous les intégrismes. Ces systèmes font tout pour que nous n’expulsions pas l’image du Dieu tout-puissant, qui leur permet d’asseoir leur pouvoir et de « régimenter » les consciences. » (« Un grand coup de balai dans le Ciel ») ↩︎
  4. Une abondance – bienvenue – de « nous », six et de « pousser », cinq !
    Dans une (dis)société de plus en plus fracturée, « atomisée » à force d’usage de réseaux (a)sociaux, « tout-à-l’ego-isée », nous avons effectivement bien besoin de guérisseurs du « Nous » !
    Ainsi que de véritables connaisseurs – c’est-à-dire des pratiquants – de ce que signifie le verbe « pousser ». Lorsque dans ce contexte-ci on regarde du côté du grec, on parvient à « phusis », qui éclaire le sens de ce qu’est une loi … naturelle. (Celles que la « modernité » qui s’effondre croit pouvoir négliger …). Et « phuo » n’est pas en reste avec ses équivalences : « être né, jaillir, croître, grandir » … d’ailleurs proposées seulement après « produire, rapporter » (inconscient du traducteur, rédacteur, correcteur …?) ! L’origine indiquée pour « phuo », « probablement gonfler ou souffler » – qu’il est possible d’entendre en le prononçant – rapproche de cet « Esprit qui souffle où il veut », du Qi, du Prana …
    L’être humain est « poussé » à grandir, croître, « naître d’en haut » (Jean 3,3) par un puissant dynamisme interne, plus ou moins bien relayé par les religions institutionnelles. (Moins que plus à mon humble avis …, ce qui explique leur déclin, leurs errements, leur transformation en caricatures).
    La Vision du Soi selon Douglas Harding peut – simplement, concrètement, joyeusement – vous aider à devenir ce que vous êtes, « grand », à « perdre une tête et gagner un monde », à « pousser ». Vérifiez ! ↩︎
  5. L’étendue des significations des formes « bonhomme » et « bonhomie » étudiées par le Cntrl sont passionnantes, ainsi que leurs affaiblissements et déviations. Il est plus simplement possible de se souvenir que François Cassingena-Trévedy est un grand bonhomme au service d’un sacré Bonhomme de Dieu paysan !
    Heureux habitants du Cézallier et de Ste-Anastasie, merci de prendre bien soin du trésor vivant – ô combien ! – qui vous a fait l’honneur de venir s’installer chez vous. Heureux habitants des autres départements français et de partout ailleurs, même si vous n’avez aucun intérêt particulier pour la race Ferrandaise, lisez & relisez les textes de François Cassingena-Trévedy : vous l’accompagnerez de pâtures en salles de traite, de hameaux en monts & volcans, et vous vous sentirez rapidement beaucoup mieux, lavés de la complexité chaotique de la modernité, ré-ancrés dans l’essentiel. L’esprit et les ressources du christianisme – la « béaltitude » – sont assurément plus présents & mieux représentés là-haut qu’au Vatican, à Paris ou dans toute autre « nécropole » – comme aurait dit Christian Bobin ! ↩︎

Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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