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Nos corps et nous : rapports, relations et alliances – Marie Balmary

Un colloque « Que vaut le corps humain? » a été organisé les 5 et 6 décembre 2019 par le Collège des Bernardins.

Argumentaire

Le corps humain est le lieu privilégié de l’action du médecin. Qu’il soit sain ou plus encore malade, le corps est pris dans le dilemme impossible entre valeur marchande et valeur inestimable. Le coût de notre médecine accentue le risque de faire passer le souci de soi avant le souci de l’autre.

A parler de « valeurs », ne risque-t-on pas de suggérer que la vie de l’homme actif, jeune et performant « vaudrait » plus que celle de celui qui est malade, âgé ou handicapé ? La question des « valeurs » est une question dangereuse, car la marchandisation n’est jamais loin, d’autant plus qu’aujourd’hui le corps humain tend à être compris comme un capital. Ne serait-il pas mieux que le corps reste « hors valeur » ? Car si la médecine a un coût, le corps, lui, n’a pas de prix puisque son sort est indissolublement lié à celui de la personne. La question de la non-disponibilité du corps humain est ici centrale.

Or le corps vécu auquel le médecin a affaire est bien celui d’une personne qui parle, qui souffre et qui se plaint. Avec ses reconstructions parfois spectaculaires, voire ses tentatives d’amélioration ou d’« augmentation », la technique apporte un certain nombre de solutions. Ce faisant, elle vise à effacer la plainte en rendant au corps « le silence des organes »1. Pourtant, le corps reparaît. Il reparaît à travers la souffrance au travail, quand le soignant lui-même n’est plus qu’un rouage d’un dispositif qui le dépasse. Il reparaît vieillissant, souffrant, agonisant, mourant, et vient questionner la pratique médicale et plus généralement la société. Face à la plainte existentielle du patient, la réponse technique se révèle insuffisante, quand elle n’est pas portée par une présence et une parole. Comment garder le corps dans une vision intégrale de la personne ?2

Volte-espace ne propose ci-dessous que l’intervention de Marie Balmary … et de beaucoup trop longs commentaires !3


« Nos corps et nous : rapports, relations et alliances ».

Que valent nos corps pour nous-mêmes ?

Que vaut le corps ? J’ai choisi de me placer autrement devant cette question et de nous la poser : que valent nos corps pour nous mêmes ? Je vais pour cela vous emmener naviguer entre un mythe, un passage des Écritures et ce que nous apprend l’expérience clinique.
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Mais d’abord je pars d’une phrase prononcée par un futur président de la république française, dans le débat télévisé qui l’opposait à son adversaire en 2012. C’était à la fin du débat, au moment où on joue l’apaisement. François Hollande a dit :

« Je veux que nous puissions nous retrouver sur la seule valeur qui vaille : la jeunesse ».

La phrase arrivait entre le projet de redressement moral de la France et l’importance de l’éducation. Si une telle phrase a pu être entendue par tout le monde sans provoquer de commentaires à ma connaissance, est-ce à dire que nous sommes d’accord avec elle ? Si la jeunesse est la seule valeur qui vaille nous sommes en danger. En effet chaque jour nous éloigne de notre jeunesse : nos corps perdent leur première force, leur première beauté et donc nous vaudrons de moins en moins. C‘est donc une valeur disons narcissique, et dans cette culture narcissiqueon le dit souvent ce mot, et certains s’élèvent contre cet emploi péjoratif du mot disant que nous ne
sommes pas assez narcissiques, parce que nous nous aimons pas nous mêmes. C’est là justement une nouvelle question qui m’arrête et qui lance pour moi une nouvelle recherche : le narcissisme est-il la même chose que l’amour de soi ?
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Le mot nous sert souvent. Nous croyons savoir Narcisse – enfin je croyais savoir – le jeune homme amoureux de son image dans l’eau. Mais que savons-nous vraiment de ce mythe ? Les peintres Le Caravage, Poussin, nous ont laissé l’image de ce beau jeune homme penché sur lui même, sur son image dans l’eau de la source et qui va tomber amoureux de lui même à en mourir. Ici la jeunesse ça se termine plutôt mal !6

Mais comment cette histoire venue de la mythologie grecque a-t-elle commencé ? En fait je n’en savais rien jusqu’à la préparation de cette intervention ; donc merci de votre invitation. Je reprends le récit d’Ovide dans « Les Métamorphoses ». Et j’apprends d’abord que Narcisse est issu d’un viol. Sa mère est une nymphe à laquelle un dieu, le dieu Fleuve, fit violence et, je cite Ovide maintenant : « et qu’il rendit mère d’un enfant si beau que les nymphes l’aimaient déjà dès sa plus tendre enfance. Narcisse était son nom ». Un célèbre devin, Tirésias – vous savez, c’est le même devin que pour Œdipe – est interrogé par les parents de Narcisse pour savoir, je reprends la citation « si cet enfant atteindrait une longue vieillesse ? Il l’atteindra répondit-il, s’il ne se connaît pas ». Fin de citation. Étrange condition …

Or vous connaissez la suite, le jeune Narcisse si beau et tellement désiré est incapable d’aimer. Une des nymphes qu’il dédaigne fait cette prière : « Que le barbare aime à son tour sans pouvoir être aimé ». Ceci s’appelle une malédiction. Or un jour, à la fin d’une chasse, il arrive assoiffé en un lieu où se trouvait, et là je cite à nouveau, « une fontaine dont l’eau pure n’avait jamais été troublée, une source vierge ». Mais – commentaire – c’est à dire inviolée. Ce n’est pas sans rappeler son origine : son père fleuve violeur de sa mère nymphe. Je reprends Ovide : « c’est là que fatigué de la chasse et de la chaleur du jour Narcisse vint s’asseoir, attiré par la beauté, la fraîcheur et le silence de ces lieux. Mais tandis qu’il apaise la soif qui le dévore, il sans naitre une autre soif plus dévorante encore. Séduit par son image réfléchie dans l’onde, il devient épris de sa propre beauté, il est charmé de lui même, il est à la fois l’amant et l’objet aimé, il désire il est l’objet qu’il a désiré, il brûle et les feux qu’il allume sont ceux dont il est consumé ».7

Le mythe n’est pas bavard sur l’enfance de Narcisse. Comment ses parents l’auront-ils empêché de se connaître, de voir son corps, Ovide ne le dit pas. Mais, et c’est là où la clinique nous aide, mais les malheureux Narcisse d’aujourd’hui nous racontent des enfances sans accès à soi-même. J’en veux pour exemple, cet homme dont la mère, lorsqu’il était enfant, lui avait interdit lorsqu’il allait sur son pot, ou plus tard aux toilettes, de se retourner pour voir ce qui était sorti de son corps. Or c’est la première production du corps d’un enfant, sa première fierté peut-être. Il est difficile de comprendre les motivations de cette mère interdisant à son fils de prendre connaissance de son propre corps à ce point. Son idée de l’éducation consistait en une colonisation complète de l’enfant auquel, détail par détail, tout était marqué au nom de ses parents. On n’est pas étonné – on est malheureux, mais on n’est pas étonné – d’apprendre qu’ensuite il ne pourra ni travailler ni aimer et qu’il restera fasciné par tous les corps de garçons qui pouvaient lui servir de relation à lui même. L’amour de soi a été rendu impossible. Il faut aller à la recherche d’un autre soi-même, passer par un corps semblable pour s’aimer, et ce faisant contourner peut-être l’obstacle de l’oracle contre Narcisse, qu’il ne se connaisse pas. Mais en connaître un autre qui fait objet de substitution à soi.8

Le narcissisme vient là à la place d’un amour de soi impossible. Je dis amour de soi, respect de soi, estime ; on a entendu tous ces mots passer il y a très peu de minutes. Bien des mots sont ici nécessaires pour parler de ce dont on parle peu mais qu’on agit très bien j’entends. Je trouve dans les enseignements de psychologie « amour de soi » et « estime de soi », des notions finalement peu fréquentées par les sciences humaines et les philosophes, notions qui peuvent ouvrir aujourd’hui au moins des voies de recherche peu explorées où on distingue mal entre une bonne relation à soi même et un emprisonnement dans le moi. Que vaut un corps, que vaut le mien pour moi si je ne me connais pas, ne me reconnais pas dans ce corps ? Comment remplacer cette relation première à moi-même qui, comme pour Narcisse, n’a pu s’établir ?9

Alors je vois trois possibilités :

  • rechercher un autre corps semblable, je l’ai déjà dit ;10
  • faire des tentatives de destruction de ce corps, qui n’est pas mon corps et dans lequel je me trouve sans être chez moi ;11
  • ou trouver des manœuvres, des pratiques, qui puissent défaire la colonisation.12

Je pense, là je suis dans l’actualité, à cette mystérieuse pratique apparue dans les nouvelles générations : le tatouage. Marques indélébiles sur le corps que signifient-elles du rapport à soi ? Peut-on les lire comme des réactions de nouveaux Narcisse empêchés de se rencontrer eux mêmes, d’être chez eux dans leur corps ? Est-ce qu’ils désirent en marquer la possession : mon corps est à moi, propriété privée ? Je ne sais pas.13

La relation à soi même, à son corps, serait-elle beaucoup plus essentielle que nous le pensons habituellement ? Ce que les totalitarisme religieux ou athées semblent tous avoir compris. On ne peut pas soumettre les gens à un pouvoir sans les priver d’eux-même. Il faut débrancher la relation à soi de la personne qu’on veut soumettre pour la brancher sur l’amour du parti, du Reich, de l’église, voire de dieu même. Et forcément cela passera par le corps : emprise, prison, travaux forcées, tortures. Ou sur le mode soft : liturgies hypnotiques, uniformes, étendards, gestes ritualisés.14

Je vais prendre maintenant, pour respirer, l’autre voie, celle de l’amour de soi. D’abord vous raconter une histoire vraie dans la transmission du récit biblique à un enfant. Il s’agit du bon usage de la Genèse que fit un jour une mère brésilienne envers son fils le jour de ses cinq ans, une de ses leçons de vie. Elle avertit l’enfant que beaucoup de gens lui affirmeront que le buste est créé par dieu et le reste au dessous de la taille par le diable. « Non mon fils corrige-t-elle, de la tête aux pieds tout a été créé par dieu ».

J’entends dans cette parole que tout est bon, ton corps est tout entier de dieu, tu peux le regarder de la tête aux pieds, il est bon comme tout ce que dieu a créé et dans la bible dieu l’a bénit. « Le corps est de dieu » a dit la mère. Elle n’a pas dit « il est à dieu », non, « il est à toi », tu peux donc te l’approprier, il est propre, rien de honteux, pas d’interdit de se regarder. Je passe sur un autre moment entre ce petit garçon qui s’appelait Hélder Câmara et sa mère, mais elle est institutrice et elle a été trop
sévère avec lui. Il pleure et sa mère lui dit « pardonne moi mon fils j’ai exigé au delà de tes forces ».
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Les Pères de l’église ont souvent demandé que l’homme n’ait pas honte de ce corps que dieu n’avait pas eu honte de créer. Et là, la bénédiction est forte. La phrase « il les bénit » prononcée sur les humains mâle et femelle dit assez le bon du corps selon la Genèse. Dans l’histoire de l’enfant brésilien, la mère est une croyante qui ne colonise pas son fils par dieu interposé. Car évidemment c’est le danger de tous les monothéismes : si ce corps a été créé par dieu, il y a évidement deux voies : ou bien le corps est à dieu et nous revoilà chez Narcisse, seulement ce Narcisse cette fois c’est dieu. L’humain serait possédé par un dieu narcissique qui se regarderait dans ses créatures. Et si nous imaginons dieu ainsi, c’est aussi que nous, parents où jadis enfants, sommes tentés de nous regarder dans nos enfants. Dans certaines éducations, en famille, en pension, mais aussi dans les camps, le miroir était banni. Et pour ce qui est des familles et des pensions, le naïf auto-érotisme de l’adolescence considéré non pas comme une phase d’exploration et d’appropriation, mais comme une faute à confesser et à ne plus commettre. Là aussi il ne fallait pas que l’enfant se connaisse.
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Connaître : le verbe est le même que celui de la Genèse. La mort est prédite à Narcisse s’il se connaît. Dans la Genèse la mort est annoncée à Adam et sa femme s’ils transgressent un interdit de connaissance. Connaissance divine peut être, mais en tout cas interdit donné entre l’apparition de l’homme et de la femme. La connaissance mortelle pour Narcisse c’est la connaissance de lui. La connaissance interdite dans la Genèse c’est, me semble-t-il, la connaissance de l’autre, je veux dire une connaissance objectivante, destructrice, que représente le verbe manger. Connaissance mauvaise de dieu et de l’autre humain, relation d’objets qui rend impossible d’aimer. Bon je ne vais pas reprendre cette interprétation, mais je suis frappée par ce verbe connaître commun aux deux mythes dans deux sens radicalement différents.17

Nul interdit de l’accès à soi dans la Genèse. C’est même ce qui permet à Adam de dire en voyant la femme « celle-ci est chair de ma chair, os de mes os ». Il a donc sa chair et ses os, il a donc connaissance de son corps. Alors à quelles conditions se développent l’estime de soi, la reconnaissance de soi, l’appropriation de soi par soi même ? Grande question évidemment. Tant la clinique que la vie quotidienne nous apprennent combien l’être humain a soif non de connaissance mais de reconnaissance. Je peux dire aussi de salutation voire de bénédiction. C’est de l’autre, un autre qui reste à notre porte et frappe sans entrer avant qu’on le lui permette, c’est d’un tel autre que nous vient l’accès à nous mêmes.18

Alors pour finir vient la phrase si célèbre « tu aimeras ton prochain comme toi même ». A cause de Freud qui la croit impossible, puisqu’on a des reproches à faire à autrui, j’étais allée rechercher la première apparition de cette phrase. Et j’avais eu la surprise de lire dans le Lévitique, chapitre 19 verset 17-18, que précisément, je vais vous lire, il est dit de reprocher à son frère ses manquements à notre égard. Étonnement : ainsi donc s’aimer soi-même est essentiel, et cela implique de ne pas se laisser détruire par autrui mais de remettre l’autre à sa place à lui dans ses propres actes. Je vous lis les deux versets du Lévitique :

« Je suis l’Éternel, tu ne haïras point ton frère dans ton cœur. Tu auras soin de reprendre ton prochain et tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi même, Je suis l’Éternel« .19

Je vais terminer d’une façon peut-être inattendue dans ce colloque qui, cependant, me semble rejoindre la question du corps et de l’amour de soi, spécialement en France. Car je me demande – beaucoup je suis pas la seule – qu’est-il arrivé au peuple français pour qu’il soit dans une telle haine de lui même ? Bien des réponses sont possibles évidemment.

La révolution française en est une, révolution pas encore digérée ni mise au bon endroit dans la mémoire collective semble-t-il. Ça a beaucoup été dit. Si je reprends encore le fil de l’amour de soi mise à l’échelle du peuple français, je trouve pour ma part que la Marseillaise est un des agents qui contribuent à ce malheur, faisant des français la nation la plus violente du monde dans son hymne national. Non seulement nous ne demandons pas la bénédiction du ciel comme les autres nations occidentales – il faut dire que les couplets où dieu figurait ont été censurés – mais encore ceci : alors que tant de pays chantent l’amour de leur patrie, nous nous chantons la peur des autres, leur haine envers nous et notre réaction belliqueuse à cette haine. Pourquoi ces paroles sont elles encore là ? Sommes-nous restés figés dans ce chant révolutionnaire qui n’a plus rien à nous offrir, sinon le souvenir historique d’une époque de guerre dont nous ne partageons plus ni les menaces, ni les réponses à ces menaces ? Plus rien à enseigner à nos jeunes citoyens qu’un projet inactuel : triompher de la tyrannie d’envahisseurs qui veulent nous réduire en esclavage.

Nous chantons cela tandis que nous sommes à présent entouré de démocraties pacifiques et, pour nombre d’entre elles en Europe, de monarchies protectrices de la démocratie, largement aussi libérées que nous. Les enfants de la patrie nous les appelons pour nous délivrer, par des moyens que nous réprouvons aujourd’hui : appel à la haine, appel aux armes, vœu exprimé de voir couler le sang des autres qualifié d’impur dans les sillons de notre terre pour l’abreuver … vous connaissez ça. Dommage qu’on ne lise pas la Marseillaise jusqu’au bout. Il serait bon de revenir à l’histoire, de lui repasser la parole, car son dernier mot dans ses quatre derniers vers est un vœu stupéfiant, jamais raconté me semble-t-il. Je vous les lit.

« Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible.« 

Évidemment le monde continuera d’être un lieu difficile et peut-être ne serons-nous pas d’ici longtemps prêts a cesser de chanter comme elle le souhaite elle même la Marseillaise. Du moins si elle trouve sa juste place dans notre histoire, elle ne fera plus obstacle à d’autres mémoires, d’autres chants, une autre relation à nous mêmes, un autre avenir.20

Alors la question de l’amour de soi c’est un mystère en effet. Je reprends le mot qui a été dit. Mais le non-amour a des effets collectifs repérables. Je me demande par exemple pourquoi les occidentaux ont-ils maintenant un tel désir d’enfant ? Si je dis simplement défaut d’amour de soi d’une culture sans bénédiction, je me demande pourquoi nous sommes le peuple européen, et peut-être du monde, qui a le plus d’animaux domestiques : 60 millions, presque autant que de français. Et puis d’où vient ce désir d’enfant si violent réclamé comme un droit au bonheur ?21

Voilà, en terminant je rapproche les deux : animaux domestiques et enfants. Ça peut être choquant, mais il y a quelque chose de commun aux animaux et aux enfants pour des personnes en mal d’amour et de bénédiction, c’est que ce sont les êtres qui vous aiment sans condition ; pour les animaux toujours et pour les enfants tant qu’ils sont enfants justement. Ce droit à l’enfant réclamé serait-il un besoin d’enfant, car qui peut encore nous bénir ?22

Voilà. J’ai voulu vous entraîner dans ma recherche actuelle. Le titre que j’avais donné il y a six mois était un titre de chercheuse, c’est à dire d’une femme qui ne sait pas où elle sera dans six mois

Je vous remercie.



  1. La citation originelle semble être la suivante : « La santé c’est la vie dans le silence des organes », attribuée au chirurgien René Leriche et datée de 1936. Mais c’est celle de Paul Valéry, condensée, qui est souvent reprise : « La santé, c’est le silence des organes. »
    Dans son « Discours aux chirurgiens » (in Variété), ce dernier écrit : « Nous vivons sans être obligés de savoir que cela exige un cœur, des viscères, tout un labyrinthe de tubes et de fils, tout un matériel vivant de cornues et de filtres, grâce auquel il se fait, en nous, un échange perpétuel entre tous les ordres de grandeur de la matière et toutes les formes de l’énergie, depuis l’atome jusqu’à la cellule, et depuis la cellule jusqu’aux masses visibles et tangibles de notre corps. Tout cet appareillage enveloppé ne se fait soupçonner que par les gênes et les douleurs qui s’y engendrent çà et là, qui s’imposent à la conscience, et qui la réveillent en tel ou tel point, interrompant ainsi le cours naturel de notre fonctionnelle ignorance de nous-mêmes ».
    Décidément Valéry est sur tous les fronts puisqu’il a également consacré quelques poésies & essais à Narcisse. ↩︎
  2. Vaste question ! Il conviendrait peut-être de viser au plus haut, de se souvenir que, comme disent les Upanishads, « le sage a pour corps l’univers entier » … et, ensuite, de faire ce que l’on peut. ↩︎
  3. Conformément au projet de regrouper sur volte-espace l’ensemble des « productions » de Marie Balmary. J’ai utilisé pour ce faire la transcription youtube … (délicieux « œuf deep » !) considérablement reprise et corrigée ! Le découpage en paragraphes relève de mon fait et il se peut que subsistent quelques erreurs, notamment de ponctuation. Comme d’habitude, les sur- et sous-lignages ainsi que les commentaires & liens relèvent de ma seule responsabilité. ↩︎
  4. « … naviguer entre un mythe, un passage des Écritures et ce que nous apprend l’expérience clinique » : c’est là la marque de fabrique de la plupart des recherches de Marie Balmary. Et il faut bien reconnaître à quel point c’est fructueux. ↩︎
  5. François Hollande a dit et fait bien des erreurs au cours de sa « présidence anormale ». Sa trahison des fondamentaux socialistes et son triste bilan économique & social l’ont conduit à une impopularité record … Et n’oublions pas que c’est lui qui nous a conduit à Ma€ron. Mis à part quelques corréziens, personne ne regrettera Flanby (Fraise flagada, Pépère, Édredon, Monsieur Bricolage, le capitaine de pédalo, Guimauve le conquérant, …)
    Ne faudrait-il accorder de « valeur » qu’à la « force » et à la « beauté » ? Cette tendance lourde de notre époque décadente, principalement préoccupée d’image, de PIB et de pouvoir, cette époque de « parole humiliée », a été durement croquée par Georges Bernanos :
    « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »
    « Le cadavre en décomposition ressemble beaucoup … à un monde où l’économique l’a emporté décidément sur le politique, et qui n’est plus qu’un système d’intérêts antagonistes inconciliables, un équilibre sans cesse détruit, dont le point doit être cherché toujours plus bas. » (« L’esprit européen et le monde des machines »)
    « … le narcissisme est-il la même chose que l’amour de soi ? » Marie Balmary maîtrise l’art de poser les bonnes questions … et peut-être même de réorienter les faux débats. Le portail lexical du CNTRL fournit d’utiles compléments par ses synonymes : autolâtrie, égocentrisme, égoïsme, … Un soupçon de narcissisme peut sans doute constituer une aide au développement de la personne, mais au-delà d’une assez courte limite il devient une entrave à toute maturité. ↩︎
  6. Encore Paul Valéry : « Un état bien dangereux : croire comprendre. » ! (« Choses tues », 1930 – repris dans « Tel quel »). Les images, même & surtout sublimes, ne suffisent pas, le recours au texte(s) s’impose.
    Exception faite sans doute pour la carte maîtresse de la Vision du Soi ci-dessus, magnifique représentation graphique de notre « autoportrait », de la complétude que nous sommes déjà en image, tous, et à laquelle il convient d’ajouter la ressemblance le plus consciemment possible. « La seule valeur qui vaille », ne serait-ce pas cette maturité spirituelle, commun dénominateur de toutes les civilisations & toutes les époques … exceptée la nôtre ? Ne consisterait-elle pas à compléter la néoténie « corps & âme (ou mental) » par cette indispensable dimension de l’Esprit ? ↩︎
  7. Pour dresser l’inventaire des dieux & déesses de la Grèce antique … il faudrait un Prévert ! Je vous mâche donc le travail : la mère est vraisemblablement Liriope et le violeur Céphise.
    Une lecture un peu soigneuse d’Ovide suffit pour discerner à quel point se met là en place un cercle vicieux fatal, une impasse absolue : « Séduit par son image réfléchie dans l’onde, il devient épris de sa propre beauté, il est charmé de lui même, il est à la fois l’amant et l’objet aimé, il désire et il est l’objet qu’il a désiré, il brûle et les feux qu’il allume sont ceux dont il est consumé. » Ne serait-ce pas la majeure partie de nos (dis)sociétés modernes qui est ainsi narcissiquement orientée& organisée ?
    Bien que ce mot ne trouve plus vraiment sa place dans notre (sous)culture, ne serait-il pas de la plus grande utilité de rajouter aussi au viol cette dimension de « malédiction » sur la durée de toute une vie, voire au-delà ? Et d’instruire, juger et punir ce qui conduit (généralement) à une exécration de soi-même avec toute la rigueur nécessaire ? L’actualité de notre « douce France » (« Lyhanna ») démontre à quel point nous en sommes encore très loin … Les témoignages s’accumulent, mais la Cité – de plus en plus perverse – continue de fermer les yeux sur le très « grave danger » qui la ronge … Cf. : « Freud et l’inceste : l’abandon d’une découverte ».
    Une question : tous les « datacenters » nécessaires au fonctionnement de l’IA et autres LLM (Elle, elle aime !) ne constituent-ils pas autant de « réflexions » de l’image de notre modernité … dans lesquelles, à force de s’y mirer avec complaisance, elle risque de se perdre ? ↩︎
  8. Ces « enfances sans accès à soi-même » ne sont-elles pas autant de « viols » ? Jeune grand-père, je constate – cliniquement ! – à quel point les enfants sont dans cette demande d’accès à soi-même à travers tout ce qu’ils font : la simple présence, la relation, le jeu, l’affrontement … Les priver de tout cela, par exemple en les confiant à une télé-nounou, ou en abandonnant de jeunes adolescents dans la jungle des réseaux asociaux est criminel. A diverses occasions, il arrivait à Svâmi Prajnânpad d’utiliser la très forte expression : « You kill the child ».
    Si « l’amour de soi a été rendu impossible », c’est catastrophique, mais l’amour véritable des autres l’est devenu aussi … une impasse source de souffrances et de violence, envers soi-même et potentiellement envers les autres.
    Marie Balmary soulève là ce que j’entends comme une question de poids concernant l’homosexualité : si cet « autre » de même sexe est « connu » comme « objet de substitution à soi », et qu’il le reste … que peut valoir cet « amour » ? Est-il durable ? Épanouissant ? Vaste sujet … ↩︎
  9. Est-ce qu’une « bonne relation à soi même » sans « emprisonnement dans le moi » est possible en dehors de la tripartition anthropologique « Corps & Âme – Esprit » (ravivée par Michel Fromaget), en dehors de la carte maîtresse de la Vision du Soi ci-dessus, en dehors d’une conception spirituelle – c’est-à-dire pleine & entière – de l’existence humaine … ? Je ne pense pas.
    Est-ce que toute ébauche de progrès, de solution, de sortie de l’impasse … est envisageable autrement que par une démarche personnelle – « … que vaut le mien pour moi si je ne me connais pas, ne me reconnais pas dans ce corps » – délibérée & exigeante ? Je ne pense pas. ↩︎
  10. Je ne connais guère la galaxie homosexuelle. Mais grâce à cette intervention je comprends mieux sa volonté parfois farouche de reconnaissance qui, je dois bien l’avouer, m’a toujours un peu heurté. Elle s’imposerait donc d’elle-même en quelque sorte, mais elle constitue aussi un grave danger par les réactions souvent violentes qu’elle suscite envers cette « communauté » (CF. attentat contre la Marche des fiertés de Berlin le 25/07/26 ; une femme est morte, et 29 personnes ont été blessées). Bref, ce n’est pas simple. ↩︎
  11. La souffrance éprouvée dans cette situation : « … ce corps, qui n’est pas mon corps et dans lequel je me trouve sans être chez moi » explique la multiplicité des conduites à risques et de tentatives de suicide. L’euphémisme à visée globalisante de « gestes auto-infligés (GAI) » – que je découvre à l’instant – ne me semble pas vraiment une réussite …
    Juste un mot pour dire qu’il existe également une souffrance réelle à ne pas être relié à son corps d’entièreté, à son corps d’univers … Il semble qu’il soit d’ailleurs possible d’établir un lien entre ces deux formes de souffrance … Peut-être même une forme d’issue commune à ces détresses … ↩︎
  12. En lisant cette phrase : « trouver des manœuvres, des pratiques, qui puissent défaire la colonisation », je pense immédiatement à quelques pratiques à point de départ corporel (comme il est dit généralement de manière assez sommaire) que je connais : Yoga, Qi Gong, Tai Qi … En leur essence, ce sont autant de façons d’apprendre à (ré)apprivoiser, habiter & aimer son propre corps & mental … et à s’ouvrir à l’entièreté de son corps réel, son corps d’univers. Si la deuxième partie est absente, alors il s’agit d’autre chose, de « yoga-spirine » : ça fait sans doute un peu de bien, mais c’est tellement réducteur ! Si vous en doutez, lisez donc « Introduction(s) aux voies du yoga » de Tara Michael. Et dans un billet plus récent : L’Entièreté de l’Esprit … ou juste la technique ? ↩︎
  13. Je commence par dire que j’adore ce « Je ne sais pas », qu’assez peu de chercheurs assument avec le naturel de Marie Balmary. Mais aussi que si son intuition est juste, la forte croissance observable du tatouage signifie qu’un juste « rapport à soi » est devenu de plus en plus rare … Il ne serait pas raisonnable d’y voir seulement un effet de mode. ↩︎
  14. Un bref paragraphe, quelques lignes seulement … pour évoquer & dénoncer un océan de souffrances et de déshumanisation ! Cela dure depuis les débuts de l’histoire humaine, avec une culmination au 20° siècle … et ça continue de plus belle au 21° !
    Et dire que certains osent écrire que la pensée de Marie Balmary est « soporifique » ! « … peuple insensé et sans intelligence : vous avez bien des yeux mais vous ne voyez pas, vous avez des oreilles, mais vous n’entendez pas ! » (Jérémie 5, 21).
    C’est pourquoi les « manœuvres et pratiques qui puissent défaire la colonisation », celles évoquées dans la note n° 12 et bien d’autres, recèlent une dimension sociale & politique essentielle de refus de la soumission à tout totalitarisme que ce soit, d’affirmation de la prééminence de l’humanité de l’homme. Qui, comme chacun sait, n’est pas héréditaire … ↩︎
  15. Le corps, comme tout le reste est même « très bon » (Genèse 1,27). Ce « très » reste d’ailleurs assez modeste vu les équivalences proposées par le strong hébreu : « extrêmement, puissamment, abondamment, considérablement, infiniment … »
    Juste un petit bémol : pour se connaître vraiment, il convient de s’observer très soigneusement depuis ses pieds jusqu’à … son absence de tête ici au Centre ! Sans aucun doute ce que « Dieu » a créé de meiux ! ↩︎
  16. Il existe une excellente façon d’utiliser le miroir, celle de la Vision du Soi selon Douglas Harding … pour voir clairement ce que nous ne sommes pas, ou pas que ! En regardant soigneusement la carte ci-dessus : pas que ce petit « je suis humain » périphérique, mais le « Rien » central qui accueille inconditionnellement « Tout ». Pratiquez, vérifiez ! ↩︎
  17. Référence à Genèse 2, 17 : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras ».
    Est-ce que les « deux sens » de « connaître » sont si « différents » que cela ? Ne s’agit-il pas du même regard dirigé exclusivement vers l’extérieur, d’un regard qui considère soi-même & autrui comme un « objet » et, effectivement, rend toute véritable relation impossible, a fortiori l’amour ? La Vision du Soi – dans le droit fil de toute véritable spiritualité – propose d’effectuer d’abord un retournement du regard vers l’intérieur, et ensuite de maintenir une vision à double sens, comme dessinée ci-dessous. ↩︎
  18. « … reconnaissance. … salutationbénédiction«  : le premier mot a encore un peu de place dans le discours, à défaut d’en avoir suffisamment dans le réel, mais les deux autres ont quasiment été passés par pertes et profits. Reconnaissance de l’autre humain dans toute sa dignité, respect, gratitude pour cet autre qui me confirme en retour dans ma propre dignité … Ce cercle vertueux pourrait & peut se mettre en place assez facilement … :
    « rén rén yê – La vertu d’humanité, c’est être humain ».
    « Pour Confucius, ce qui fonde la qualité d’un être humain est la propension à améliorer quotidiennement son propre niveau d’humanité dans ses relations avec ses semblables. »

    La Vision du Soi selon Douglas Harding peut contribuer de manière décisive à labourer ce champ d’humanité : tout simplement en démontrant, simplement, clairement, impitoyablement … l’illusion du face à face, l’impossibilité d’une vraie relation autrement qu’en passant par le « Je Suis » central. « … l’accès à nous même » vient de l’autre, bien sûr, mais ce n’est pas des plus simple en restant confiné dans la zone périphérique « je suis humain » … Vérifiez ! ↩︎
  19. La traduction d’André Chouraqui – souvent reprise par Marie Balmary dans ses essais – est encore plus … claire, vivante : « Tu ne haïras pas ton frère en ton cœur. Admoneste, admoneste ton concitoyen, et tu ne porteras pas de faute pour lui. » (Lévitique 19, 17). Je dois bien avouer ici que, de tout ce que je lui raconte sur la recherche initiée par Marie Balmary et prolongée par les Ateliers Bible et Psychanalyse, mon épouse a surtout retenu qu’il convenait de continuer à régulièrement« m’admonester » … pour mieux nous aimer ! L’essentiel. ↩︎
  20. J’ai envie d’entendre autrement ce « Soyons unis ! Tout est possible » : soyons Un ! Comme une invitation à pratiquer une forme de Yoga juste & exigeante qui parvienne à mettre sous le même joug (« doux ») le corps, l’âme (le mental conscient & inconscient) et l’Esprit. A réconcilier le « je suis humain » périphérique et le « Je Suis » central. A vivre l’Entièreté dans nos relations avec les autres & le monde … comme le proposent les Upanishads : « Le Sage a pour corps l’univers entier ». Ce n’est pas si compliqué. Sans cette « autre relation à nous mêmes », il n’y a pas d’« autre avenir » désirable possible … « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » Martin Luther King ↩︎
  21. Le « désir d’enfant » me semble être un sujet des plus complexes … baisse de la natalité quasi généralisée en Occident et dans les pays occidentalisés, appel au « réarmement démographique » en de nombreux pays (jusqu’en Turquie !), effet aggravant de la surpopulation sur la plupart des problèmes actuels … Mais s’il est (pré)conçu comme « droit au bonheur », alors il y a de fortes chances que bien des désillusions soient au rendez-vous.
    Les statistiques plus récentes (cf. lien) indiquent même une fourchette entre 75 et 79 millions d’animaux, incluant oiseaux et poissons. Dont plus de 26,5 millions de chats & chiens. Plus de 60 % de la population française est concernée … ↩︎
  22. Je vais faire comme Marie et précipiter quelque peu ma conclusion : pour « aimer sans condition », la Vision du Soi constitue une magnifique « entrée principale » … et peut-être même le « seul espoir ». Mais … vérifiez ! ↩︎


Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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