
Cet article de Marie Balmary a paru dans le numéro de juillet-août 1991 de la revue Étvdes. Non accessible directement sur le site de la revue, il peut être consulté via le site Gallica de la BNF. Les images du texte extraites pour ce billet en proviennent, et m’imposent de mentionner : « Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale
de France ».
Ce mode de mise à disposition n’est guère pratique, mais ceux qui apprécient la recherche de Marie Balmary passeront outre. J’espère aussi que les responsables de la revue me pardonneront ! L’ensemble me semble assez lisible … avec suffisamment d’espace entre les pages ! Ce billet est bien entendu ouvert aux commentaires, comme tous les autres.
Quelques modestes commentaires en lien avec la Vision du Soi selon Douglas Harding sont proposés in fine, avec une référence à chaque page concernée. La richesse du texte en justifierait bien d’autres …














1 ; 45. Le lecteur attentif remarquera les majuscules introduisant et « Loi » et « Homme ». Dès le premier paragraphe ce « chemin de pensée » indique une méthode. Et une invitation faite au lecteur à accompagner sur ce chemin.
« Déclin de la loi dans notre civilisation » : l’article date de 1991 mais, globalement, les sociétés occidentales restent dans le droit fil de ce constat depuis 35 ans.
2 ; 46. « Elles ne sont plus reçues comme règles qui conduisent et protègent … » Comment ne pas évoquer, quand il est question de « règle », le « Dialogue des Carmélites » de Georges Bernanos. La Mère supérieure déclare : « Souvenez-vous, ma fille, que ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle » . Et également : « C’est qu’en réalité aucune tradition ne tient et ne dure par elle-même. La tradition n’a d’autre force que celle de notre fidélité, elle n’existe et ne vit que de notre existence et de notre vie. Que nous cessions de lui donner forme, en la pratiquant et, immédiatement, la voici renvoyée au néant. Elle attend tout de nous, elle est entièrement à notre merci. »
« Trop de lois tue la loi », excellent article du journal Le Monde de janvier 2007 … Rien ne semble s’être vraiment arrangé depuis. « Quand le droit bavarde, le citoyen ne lui prête qu’une oreille distraite » … « L’intelligence artificielle » saura-t-elle changer la donne ? Lui sera-t-il demandé d’aller dans ce sens-là ?
« Une société de contrat … plus souple au désir. … Deux désirs, un greffier » ! Magnifiquement exprimé sur un ton léger … mais n’est-ce pas la société sadienne & sadique qui pointe là le bout de son nez ? Pour de plus amples informations cf. les travaux de Dany-Robert Dufour, notamment « Sadique époque. Comment en sommes-nous arrivés là ? ». Ne sommes-nous pas arrivés là du fait d’une « culture sans loi », d’une « barbarie » tolérée sinon entretenue ?
D’où l’incontournable question, certainement inaudible à certains, voire beaucoup : « Y a-t-il des Lois de l’Homme ? »
3 ; 47. Et son complément : « A quoi servirait de défendre ces droits de l’homme, si l’homme lui-même, le sujet de ces droits, ne parvenait plus à se lever pour les recevoir ni les exercer ? ». Un « sujet qui se lève » ne renvoie-t-il pas aux notions d’éveil (a-letheia), de nouvelle naissance, de résurrection (ana-stasis) ?
Constatant que la Déclaration des Droits de l’Homme reprend souvent la présentation classique du Décalogue, des tables de la loi, Marie Balmary se demande « Pourquoi se référer au décalogue pour assurer des droits, et pourquoi vouloir l’effacer et l’évincer pour assurer ces mêmes droits ? S’agit-il du même décalogue selon qu’on l’aime ou qu’on le hait ? »
Il faut s’y faire, elle excelle dans l’art de poser de bonnes questions … sans nécessairement y répondre ! « A cette question Marie ne répond pas. Marie répond rarement finalement. Elle lance des pistes. Elle déroule des chemins sur lesquels nous avançons ensemble. » (Dans « Ouvrir Le Livre – Une lecture étonnée de la Bible »)
Sa deuxième question me fait penser à ce verset qu’elle affectionne, et qui introduit d’ailleurs le paragraphe suivant :
Il lui dit : “Dans la loi, qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ?” [ο δε ειπεν προς αυτον εν τω νομω τι γεγραπται πως αναγινωσκεις] – Luc 10, 26
Autre « petite » remarque en passant : « Freud n’imagine pas que le désir de ne pas tuer pourrait être refoulé plus encore » … que le désir de tuer … Du grain à moudre … !
Le « Hitler » de John Toland (Article du Monde Diplomatique d’octobre 1978)
Le crime du Caporal Lortie (article détaillé, en anglais). Livre de Pierre Legendre.
4 ; 48. Difficile de lire correctement une citation … fausse ! Renvoi au Décalogue dans Exode (20, 1-17) et Deutéronome (5, 6-21). (NB : utile option strongs en haut à droite).
Le « surmoi … l’intériorisation des exigences et des interdits parentaux » ne saurait effectivement pas être pris à la légère !
5 ; 49. « Peu de différences, mais tout est changé. » On passe d’un contexte « d’asservissement », de contrainte et de devoir moral à une parole de libre & heureuse croissance du sujet.
Et, en dépit de presque toutes les insuffisances, comment serait-il possible de ne pas « honorer » ? Pour le don de la vie, bien sûr, mais aussi pour la somme immense d’attention, de travail, de souci, de joie et d’amour pendant d’assez longues années … (Là, c’est le père & trois fois grand-père qui s’exprime !)
Ce « dieu du surmoi … l’ennemi de la parole », que les Églises (pas seulement chrétiennes) cautionnent si souvent, doit continuer à être traqué et débusqué sans relâche. Comment ces institutions ne parviennent-elles pas à comprendre & intégrer que le « Dieu du surmoi n’est pas le dieu des Écritures … pas le dieu de la loi » … ? (Sans doute un peu & beaucoup de mauvaise foi !) Un infini merci à tous ceux qui nous aident à mener à bien cette tâche difficile, Marie Balmary bien sûr, mais aussi Maurice Bellet et quelques autres. Pas tant que cela … !
6 ; 50. « Se souvenir & garder le jour du sabbat. » (Cf. liens en 4 ; 48 ci-dessus.)
Se souvenir & garder le « rien » central qui explose instantanément aux dimensions de l’Univers, « faire » – aussi souvent, puis continument que possible – « l’expérience de la liberté ; la sienne et celle de tous les autres ; en prendre le goût, en vivre le bonheur, y croître. » Pourquoi pas en faisant ce geste simple :
… qui permet de re-coïncider silencieusement avec notre « autoportrait » commun. Et pas seulement le samedi, mais … tout le temps à partir de l’en-deçà du temps. Exactement comme en méditation qui, à sa manière, est un temps de sabbat. C’est si simple, si évident … Même si je n’aime pas trop ce verbe, essayez au moins …! Vérifiez !
7 ; 51. Ce superbe « Délivrez-moi dans la loi de la loi » provient (peut-être …) d’un texte hindou intitulé « Taittiriya Brahmana ». C’est en tous cas la référence trouvé dans cet article de la revue 3° Millénaire : « L’aurore des dieux en Inde ». Le mot traduit par « loi » doit vraisemblablement être « rta » … Mais la stance originelle propose peut-être deux mots sanskrits distincts ? Qu’est-ce que je lis, de prime abord ? Que la possibilité d’une « libération », d’une liberté totale, est possible au sein même de l’ordre éternel & immuable qu’est ce « rta ». Possible et éminemment nécessaire …
Cet article mentionne aussi une « prière » célèbre de la Brihad âranyaka Upanishad, qu’il ne me semble pas inutile de retenir dans ce billet consacré aux « Lois de l’Homme » :
« Fais-moi aller du non-être à l’être ;
« Fais-moi aller de l’obscurité à la lumière ;
« Fais-moi aller de la mort à l’immortalité. »
Parfois condensée ainsi : « Conduis-moi de l’irréel au réel, de la ténèbre à la lumière, de la mort à l’immortalité. » Et que Douglas Harding a développée pour en faire … « La dernière Upanishad ? » !
Quelle autre forme qu’un « texte » de loi – aussi concis & bien écrit que le Code Napoléon – pourrait-bien revêtir cette « loi qui nous fonde » ? Peut-être le schéma de notre « autoportrait » commun :
Pourquoi pas … ? Vérifiez !
8 ; 52. Encore une courte page qui donne du grain à moudre pour des années !
Ce « sujet [qui] ne meurt pas » sera plus tard magnifiquement mis en dialogues dans « Le moine et la psychanalyste ».
Marie Balmary n’est pas des plus tendres avec mai 68, cette « fête contre la loi » qu’elle a certainement vécue de près. Il me semble que cette contestation « puérile » d’un système qui, déjà à l’époque, montrait des signes de l’impasse globale dans laquelle il nous conduisait, a globalement été aussi compréhensible que brouillonne. Son aspect « spirituel » a été quasi inexistant en France, au moment où un Gary Snyder l’affirmait ailleurs … Une occasion manquée de repenser notre trajectoire commune.
Comment ne pas relier cet « il est interdit d’interdire » à la pratique même des ateliers Bible & Psychanalyse ? En précisant peut-être que lire ensemble & « inter-dire » ce que la lecture éveille pour chacun ouvre un chemin de fécondité et de joie. En rappelant aussi que, en matière d’écritures « sacrées », nombreux sont ceux qui persistent à « interdire d’inter-dire » !
Référence à Matthieu 5, 17 : « Je suis venu non pas détruire, mais accomplir. [ουκ ηλθον καταλυσαι αλλα πληρωσαι] »
« Puisque c’est de l’amour… » : Marie Balmary n’avait sans doute pas la place de distinguer ici eros, philia, agape … L’amour comme « seule loi » c’est celui évoqué avec le fameux « Aime et fais ce que tu veux » … Augustin commentait un passage de la 1° épitre de Jean (4, 4-12) qui propose en effet une rafale d’agape !
9 ; 53. Ce long développement à propos de « l’avortement » – dans le prolongement de « Tu ne tueras pas » – mérite d’être lu & relu très soigneusement. Et d’être resitué dans le contexte de l’histoire de l’Interruption volontaire de grossesse en France. « Jusqu’en 1992 (Nouveau Code Pénal), l’interruption légale de grossesse n’est juridiquement comprise que comme une dérogation à un délit. »
Ce « droit » si nécessaire ne devrait pas (jamais …) faire oublier les fortes paroles de Simone Veil en 1975 : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. » … « C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. » Ces caractéristiques auraient sans doute du conduire à prévoir un accompagnement « progressif » & très soigneux de la période qui suit l’acte lui-même … Ce qui ne semble pas vraiment être le cas. Il n’est pas inutile non plus de consulter quelques statistiques … Marie Balmary aurait sans doute pu nous écrire quelque chose d’utile lors de l’inscription de ce droit dans la Constitution en 2024 …
Le « refoulement » qui« alimente le grand mécanisme négationniste » … Encore de quoi penser pour longtemps, au moment où tant de « douleur de l’autre à la suite du déni inconscient de la sienne » est à l’œuvre, au Moyen-Orient tout particulièrement, mais dans le monde entier. Ce rapprochement vous paraît incongru ? Pas tant … !
10 ; 54. Cette page ouvre le chapitre infiniment délicat & douloureux de l’inceste … qui, en France, mais j’imagine dans le monde entier aussi, continue de faire d’incommensurables dégâts. Les tergiversations autour de l’installation d’une CIIVISE reconnue & efficace en disent long … sur l’urgence de ne pas trouver de solutions à un problème qui semble dépasser la société française ! Mais qui, à la différence de l’IVG, ne renforce pas ses fractures, puisque l’inceste semble se jouer des clivages politiques.
Pourtant, « Freud et l’inceste : l’abandon d’une découverte » ne date pas d’hier … (Ne surtout pas zapper le témoignage de Madame Eva Thomas).
11 ; 55. « Que serait une loi qui ne contraindrait pas, qui ne serait pas accompagnée de sanction tout en restant loi ? » Peut-être la carte maîtresse de la Vision du Soi insérée dans la note de la page 7 ; 51 ? Pourquoi pas … ? Vérifiez !
Un jour, quand tu vivras consciemment la grande Vie du « Rien & Tout », quand tu vivras tous tes jours à partir de & en tant que la Source intemporelle des jours, « tu ne tueras pas » …
12 ; 56. Ne serait-il pas permis d’étendre le champ de « l’adultère » à cette « conjugalité » particulière qui unit le « Je Suis » central et le « je suis humain » périphérique ? Cf., encore, la carte maîtresse de la Vision du Soi insérée dans la note de la page 7 ; 51. Combien d’entre nous restent fidèles à ce schéma structurel de leur Entièreté, de leur Réalité, de leur Identité … ?
Extraordinaire récit de la femme adultère en Jean 8, 1-11. Mais tout le chapitre mérite amplement une lecture soigneuse … jusqu’à ce sublime « avant qu’Abrahâm fût, moi je suis » [πριν αβρααμ γενεσθαι εγω ειμι].
13 ; 57. « C’est à partir de leur innocence, du lieu unique et premier en eux où ils sont innocents, … » – on pourrait dire à partir du « Je Suis » central – « qu’ils voient qu’ils ne sont pas sans péché. » – en leur « je suis humain » périphérique.
« Mouvement inverse de la culpabilisation, il convoque la mémoire de l’innocence. » Comme il est plus qu’évident que la « culpabilisation » ne fonctionne pas & ne fonctionnera jamais, ne serait-il pas temps, à défaut de la systématiser, au moins de promouvoir très sérieusement cette « convocation de la mémoire de l’innocence » ? La Vision du Soi pourrait aider … Vérifiez !
NB : Marie Balmary a récemment commenté plus longuement cet épisode de la femme adultère dans « Ce lieu en nous que nous ne connaissons pas », au chapitre « Jésus gardien de la loi … et de l’amour ».
14 ; 58. Une superbe lecture de ce « Va, et désormais ne faute plus ! » [πορευου και μηκετι αμαρτανε] : « D’abord s’en aller, sortir d’une maison de servitude. D’abord être libre. … [Et] … de l’instant où tu es libre, reçois la loi … entends l’interdit. »
Ce « poreuomai » s’apparente bien sûr à « l’autre rive » sur laquelle il est possible & conseillé de passer. [διελθωμεν εις το περαν] Cf. Marc 4,35.
Quelle est ma lecture ? Sors de cette étroite zone périphérique « je suis humain » où tu es confiné, conditionné, « esclave ». Ne te trompe pas de « cible » et passe sur cette « autre rive » – que tu n’as jamais quittée que par la plus tenace des illusions -, rejoins ce « Je Suis » central que tu es, que nous sommes tous, et qui te donne accès à la « loi de l’homme libre », loi de l’amour.
Facile à dire ? Grâce à la Vison du Soi facile à faire également. Néanmoins … vérifiez !
Cordialement


