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6 - Lectures essentielles

Ce lieu en nous que nous ne connaissons pas – Marie Balmary

Aujourd’hui 14 mars 2024 paraît ce nouveau livre de Marie Balmary :1

« Ce lieu en nous que nous ne connaissons pas – A la recherche du Royaume »

Quatrième de couverture

« Un « lieu en nous que nous ne connaissons pas » ? Pour beaucoup, ce serait là la définition de l’inconscient.2 Mais Marie Balmary n’est pas seulement psychanalyste3: depuis des décennies, elle explore ce que la Bible nous dit de nous-mêmes. Jusqu’à présent, elle s’était surtout penchée sur les mythes du livre de la Genèse4, se rapprochant d’ailleurs plus souvent des interprétations juives que de celles de sa tradition chrétienne5. Plus tard, elle s’est mise à lire, toujours avec d’autres chercheurs, les évangiles – en traquant dans les traductions courantes les détournements moralisateurs dont elle pouvait constater, dans son cabinet, les redoutables effets6.

Ces lectures sont pour la première fois rassemblées ici7. Ce qui est recherché, c’est, au-delà du monde, l’ouverture au Royaume dont le dieu ne serait pas « le Tout-puissant », mais « notre Père »8. Pour entrer dans cette filiation, nous sommes enseignés, accompagnés par celui qui n’est ni idole, ni maître de perfection, ni modèle d’obéissance9. Jésus, le « Fils », nous indique le chemin d’un nouvel engendrement qui nous sauve de tout savoir sur nous-mêmes et fait de nous, les uns pour les autres, des inconnus … et des frères. »10 

  1. Rappel : depuis ma découverte – émerveillée – de cette « autre joue qui n’a jamais existé », un de mes projets consiste à rassembler sur volte-espace de toujours précieuses interventions de Marie Balmary dispersées aux quatre coins du wouèbe … Alors un nouveau livre, annoncé et attendu depuis de longs mois, c’est … Noël !
    Comme d’habitude les sur- et sous-lignages, les liens hypertextes et les commentaires sont de ma seule responsabilité. Les notes de bas de page ne prétendent nullement épuiser les « mille choses qui nous passent et nous dépassent » lorsque l’on commence à relire les Écritures accompagné par Marie Balmary.
    Les commentaires de ce billet concernent principalement la quatrième de couverture. Lorsqu’ils débordent un peu, c’est en connaissance de cause puisque j’ai déjà lu, une première fois, ce livre. ↩︎
  2. Pourquoi donc ? Serions-nous à ce point collectivement intoxiqués de « psycho-quelque chose » nécessairement réduit à une « définition » ? Serions-nous devenus à ce point « inconscients » ? Ce « lieu en nous que nous ne connaissons pas », des êtres humains le cherchent depuis des millénaires et ont essayés & inventés bien des passages pour le trouver et y demeurer. Ainsi la méditation est-elle, selon la magnifique formule d’Yvan Amar, « le lieu où l’univers se réjouit d’être l’univers ». Toute l’histoire de la spiritualité – de la véritable civilisation en fait – s’inscrit dans la découverte de ce « lieu » … qui est d’ailleurs un « non-lieu », le « vide médian de la ronde », le tombeau vide, l’espace d’accueil illimité & inconditionnel ! Je précise qu’il ne s’agit pas là d’une affirmation gratuite, mais d’une longue pratique de la Vision du Soi & Méditation dans l’esprit du zen, étayée entre autres par les travaux de Marie Balmary. ↩︎
  3. En réalité Marie Balmary est « psyahanalyste » ! Comme je l’ai déjà écrit dans ce billet en lien, il serait vraiment dommage d’oublier ce « Marie Balmary psyahanalyste« , tant il est vrai que ses découvertes provoquent souvent chez le lecteur de multiples « aha », d’étonnement, de stupeur parfois, d’intérêt toujours, de véritable joie sans objet souvent … Simple coquille, malice de rédacteur jésuite, acte manqué réussi … ? Peu importe ! ↩︎
  4. La Genèse … c’est son camp de base. Ses divers ouvrages & contributions démontrent à quel point le choix de cet emplacement-là est fructueux. Absolument pas une vieillerie à jeter avec l’eau du bain, parfois bien sale il est vrai, des religions. Un retour au commencement, à l’origine, un véritable bain de jouvence … Vérifiez ! ↩︎
  5. La « tradition » de Marie Balmary est sans doute celle de « L’Un et l’Autre Testament » en dialogue permanent, dans la continuité de l’enseignement de Paul Beauchamp. Ce devrait également être – nécessairement – celle de tous ceux qui se disent chrétiens … Le zeste d’opposition que je lis dans cette quatrième de couverture me renvoie au célèbre couple de verbes de Matthieu 5, 17 : abolir & accomplir. « Je suis venu non pas détruire, mais accomplir. » (Chouraqui) [ουκ ηλθον καταλυσαι αλλα πληρωσαι]. Ceux qui contestent les lectures audacieuses, mais fermement consolidées, de Marie Balmary seraient bien inspirés de garder ce verset en mémoire … ↩︎
  6. Il importe de ne pas oublier ce point de départ clinique de la recherche de Marie Balmary. Et de ne pas oublier non plus les « redoutables effets » qu’ont pu avoir les erreurs (pour faire court …) de compréhension, traduction et transmission qu’elle relève : « on » est conditionné à « suivre Jésus » pendant deux mille ans, du coup « on » a parfois bien du mal à ne pas emboiter le pas du premier « sauveur » et/ou « führer » venu … Cela reste malheureusement de la plus tragique actualité : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. » (« La Résistible Ascension d’Arturo Ui » – Bertolt Brecht, 1941). ↩︎
  7. Il ne s’agit pas d’un simple regroupement thématique de textes déjà parus : tous ont été retravaillés, densifiés & simplifiés, rendus plus immédiatement lisibles pour offrir un bouquet de lumineuses évidences. Albin Michel aurait sans doute du ou pu attendre la date du 30 mars 2024 pour sa parution ! Ce livre trouvera son public bien au-delà du cercle – sans doute encore un peu trop restreint – de ceux qui se réjouissent et se nourrissent de la recherche de Marie Balmary.
    Ses précédents livres & textes ne sont évidemment pas illisibles ! Mais, en associant généreusement le lecteur à une démarche de recherche exigeante & complexe, ils s’avèrent parfois un peu ardus à parcourir au début ; rassurez-vous, ça s’arrange à chaque relecture ! Le dernier en date suscitera certainement chez beaucoup le désir d’aller découvrir le noyau dur de son œuvre : “Le Sacrifice interdit. Freud et la Bible” (1986), “La divine origine. Dieu n’a pas créé l’homme” (1993), « Abel ou la traversée de l’Eden » (1999).
    Quant à cette simplification, une citation de Paul Valéry la précise : « Ce qui est simple est faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable. » Ce livre est utile, un précieux viatique vers un « nous » viable, pas juste de la littérature. Une autre d’E.F. Schumacher s’impose : « il faut un peu de génie – et beaucoup de courage – pour aller dans cette direction-là. » Le temps finira sans doute par rendre justice au « génie du nous » de Marie Balmary, mais il nous est d’ores et déjà possible de saluer le courage de sa démarche depuis “L’Homme aux statues. Freud et la faute cachée du père”1979. ↩︎
  8. Deux remarques. Et si « l’ouverture au Royaume » était plutôt en-deçà, vers l’intérieur, à 180° de la direction habituelle de tous nos « sens » ? C’est là l’essentiel de la proposition de la Vision du Soi selon Douglas Harding, aussi bien dans « L’Évangile caché » que lors du déroulement de tout atelier. Vérifiez !
    Passer du « Tout-puissant » à « notre Père » ne va pas être une sinécure, et il n’y a sans doute pas grand chose à attendre des institutions pour faciliter ce passage. Globalement elles persistent pour la plupart à refuser bec et ongles ce qui légitimerait leur existence … ↩︎
  9. Et même exactement l’inverse : un joyeux AnarChrist, un « messie à ne pas suivre » ! ↩︎
  10. Il me semble nécessaire de replacer cette dernière phrase dans le contexte d’une actualité des plus violentes : en Ukraine & Russie tout comme en Palestine & Israël et dans bien d’autres régions du monde, certains prétendent « savoir » l’autre comme « terroriste » et massacrent largement sa communauté, la plupart du temps avec la bénédiction de leurs « pasteurs » respectifs … Plus près de nous, les premiers échos de la campagne des européennes permettent à Elfriede Jelinek d’écrire : « J’entends respirer un monstre. » Nous n’avons jamais autant eu besoin de comprendre & construire cette indispensable « fraternité ». Sinon ? … ↩︎

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères,
sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

Martin Luther King

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 65 ans, marié, deux fils, un petit-fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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