
L’intégralité des deux saisons de la série « En thérapie » est disponible sur arte.tv jusqu’au 20 septembre 2025. L’épisode 28 de la première saison propose notamment ce dialogue – savoureux – entre Philippe Dayan et Camille (à partir de 10’23, mais l’ensemble de leurs rencontres se laisse agréablement & instructivement regarder) :
- …
- Dayan : C’est à vous de trouver vos propres réponses. Et sincèrement je pense que vous êtes sur le point d’y arriver. Je comprends que vous ayez peur. … Est-ce que vous avez lu la Bible ? 1
- Camille : Quoi … vous allez dire que c’est dieu qui va m’aider maintenant ? 2
- D. : Non, pas exactement.
- C. : Et depuis quand les psys s’intéressent à la Bible ? 3
- D. : C’est un document essentiel sur l’imaginaire humain. Par exemple, il est intéressant de voir que dans le Nouveau Testament dieu est toujours décrit comme bon. Alors que le mal et la méchanceté sont toujours le fait des humains. Cette vision du monde est sans doute l’une des raisons qui a contribué à la diffusion du christianisme. Pourquoi selon vous ?
- Parce que les gens aiment penser qu’ils sont nuls.4
- C’est exactement ça. Il est plus facile de vivre dans un monde où dieu est bon et l’humain mauvais que dans un monde où dieu est indifférent et notre destin hasardeux.5
- Mais moi je ne crois pas en dieu. Ça ne change rien pour moi.6
- Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que imaginer un dieu mauvais ou des parents égoïstes et négligents c’est la même chose. Ça a quelque chose d’effrayant. Ça donne l’impression que la vie n’a pas de sens. C’est pour cette raison que les enfants préfèrent penser que la faute vient d’eux plutôt que de leurs parents. …7
- …
- Je ne sais pas si beaucoup de psys posent cette question aussi directement à leurs patients, qu’ils soient jeunes ou vieux ? Camille est beaucoup plus à l’aise dans l’univers d’Harry Potter que dans celui des prophètes de l’Ancien Testament. Alors que Dayan – qui n’en a sans doute même pas lu un tome – a du mal à s’y retrouver avec … Simone … Yvonne … Hermione !
Pourquoi lire la Bible ? Parce qu’une large part de notre culture repose sur ces « textes anthropogènes qui ont formé notre humanité », « pour ne pas se tromper sur la taille des humains, pour avoir la place de l’esprit ». (Marie Balmary) Quelle que soit notre position envers cette tradition, elle n’en structure pas moins notre espace-temps, souvent bien au-delà du peu de conscience que nous en avons. Une remarquable vue d’ensemble en livre de poche : « La Bible, Aux sources de la culture occidentale » de Philippe Sellier, Points Sagesses n° 285.
Et il est bien sûr tout à fait possible de « lire la Bible autrement ». Ce qui ne signifie pas pour autant la transformer en inoffensive « archive culturelle » ! ↩︎ - A la décharge de Camille, elle se trouve dans un moment de sa vie où elle a grand besoin d’aide. Mais … comme l’ont écrit de nombreux auteurs, c’est plutôt « dieu » qui a besoin de notre aide. Comme Etty Hillesum par exemple, dans sa « Prière du 12 juillet 1942 ». Ou encore, plus largement, ce passage du « Dialogue des Carmélites » : « La tradition n’a d’autre force que celle de notre fidélité, elle n’existe et ne vit que de notre existence et de notre vie. Que nous cessions de lui donner forme, en la pratiquant et, immédiatement, la voici renvoyée au néant. Elle attend tout de nous, elle est entièrement à notre merci. » ↩︎
- Dans la série c’est moins une question qu’un renvoi dans les cordes ! Mais la réponse est : depuis la fondation de la psychanalyse. Cf. « Freud lecteur de la Bible » de Théo Pfrimmer. A ce propos, il convient bien entendu de lire – soigneusement – la recherche que Marie Balmary a consacrée aux liens entre l’œuvre de Freud et son histoire familiale : « L’homme aux statues – Freud et la faute cachée du père » … une « reconsidération de tout l’édifice psychanalytique » aussi indispensable que négligée depuis sa parution en 1979 ! Cet « abandon d’une découverte » coûte particulièrement cher aux êtres humains … A lire également : « Freud jusqu’à Dieu » et « Freud veut éveiller les hommes ». ↩︎
- Il est vrai que la plupart d’entre nous chérissent leur petitesse … alors que leur vraie nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel leur ouvre tout grand l’accès à « la joie spacieuse ». Il suffit simplement de Voir … et la Vision du Soi selon Douglas Harding en offre généreusement l’accès. « Venez et voyez » … vérifiez ! ↩︎
- « Notre destin » n’est « hasardeux » que dans la seule zone périphérique « je suis humain ». Mais, heureusement, notre « autoportrait » commun est beaucoup plus vaste, grand, illimité, entier, … que cet étroit canton de l’expérience humaine. Vérifiez ! ↩︎
- Est-ce que l’on a besoin d’y « croire » pour que Cela nous serve, pour que nous puissions nous en servir … Vaste question, que Ruth et Simon explorent dans « Le moine et la psychanalyste » de Marie Balmary. ↩︎
- La Bible est plus qu’« un document essentiel sur l’imaginaire humain », c’est « une gigantesque station d’épuration de la parole ». Alors vous pouvez bien entendu « Chercher la faute », mais elle est introuvable, dans l’histoire de Camille comme ailleurs ! ↩︎
Cordialement

