Confirmation des désaccords et méta-désaccord avec Alain Chevillat

Le 2 janvier dernier j’ai publié sur volte-espace l’article « A Ciel Ouvert : désaccords et méta-désaccord »…. en espérant bien sûr obtenir au moins une réponse d’Alain Chevillat sur le fond, peut-être l’ouverture d’un dialogue … (0). Peine perdue : Alain Chevillat n’écoute ni ne discute, il tranche !

Quelques très rares personnes m’ont indiqué avoir perçu dans cette initiative une intention de « casser » A Ciel Ouvert. Ce n’était bien évidemment pas du tout mon intention, et plutôt rigoureusement l’inverse : lancer une alerte afin que l’association demeure fidèle à l’esprit de Pierre-Châtel et, plus largement, à l’Esprit tout court.

Je m’étais rapproché d’À Ciel Ouvert suite aux « engagements » pris lors de l’inauguration de Pierre-Châtel, le 12 avril 2015, afin d’y contribuer activement avec la Vision du Soi selon Douglas Harding.

J’ai très vite constaté que le « recentrage sur l’essentiel » annoncé n’engageait que ceux qui y avaient eu la faiblesse d’y croire, et qu’à peu près tout continuait comme avant, tant dans les actions que dans la gouvernance¹. Au bout d’un an et demi de constats dans ce même sens et de très rares échanges, je n’ai plus eu d’autre choix que d’écrire ici un premier article², de ronger mon frein en continuant d’animer des méditations « dans l’esprit du zen » au nom du groupe local A Ciel Ouvert Maurienne puis, à la demande expresse d’Alain Chevillat, d’abandonner la présidence de ce groupe fin juin 2017.

Sept mois plus tard, revenons rapidement sur les quelques points évoqués pour essayer de voir si votre serviteur a tort ou si c’est la réalité qui a raison :

  • Désaccords à propos de certains contenus

1 – Les « voyages » sont peut-être devenus un axe important d’A Ciel Ouvert … mais le dérèglement climatique demeure un point crucial pour l’avenir de l’humanité. Le premier semestre 2017 confirme, s’il en était encore besoin, la tendance … dramatique. Ne me croyez surtout pas sur parole : écoutez vos sens, votre raison et votre conscience, et éventuellement suivez l’actualité du changement climatique, par exemple sur global-climat.

Je maintiens donc que continuer à promouvoir les voyages lointains comme si de rien n’était, parce que nous, notre bien-être et notre évolution spirituelle « le valons bien », c’est afficher un mépris consternant de l’avenir du monde, de la survie des plus pauvres de ses habitants, de la paix, de la vie. C’est une position intenable, d’une inconscience folle et coupable, et ce n’est pas parce qu’elle contribue à équilibrer les comptes de l’association, rehausse son image, qu’une large majorité la soutient ou Dieu sait quoi qu’il me faut l’accepter sans discuter. Je la conteste absolument parce qu’elle est spirituellement fausse.

Je ne m’intéresse pas aux sagesses du monde depuis l’adolescence pour cautionner une telle ineptie, qu’un futur proche considérera vraisemblablement comme criminelle. J’ajoute que le seul « voyage » véritablement nécessaire, celui du moi au Soi, de la périphérie vers le Centre, … a lieu ici et maintenant, et que la plupart des autres constituent une diversion, une frivole & vaine tentative d’échapper à ce voyage là, celui qui nous ramène en ce (non) lieu que nous n’avons jamais quitté.

Vérifiez par vous même les nombreuses histoires traditionnelles relatant un voyage dont l’unique résultat consiste à « rentrer chez (S)soi », physiquement & métaphysiquement … Et n’en prenez pas prétexte pour voyager – sauf « by fair means » – car ces histoires se situent bien avant le constat scientifique du dérèglement climatique.

2 – Le choix du « désert intérieur» cher à Marie-Madeleine Davy, parfaitement accessible en la Chartreuse de Pierre-Châtel, parfaitement accessible partout, ici et maintenant, relève de l’évidence. Mais, dans la continuité du développement ci-dessus concernant les voyages, il m’est impossible de cautionner l’inconscience de l’ésotourisme. Quelle que soit la séduction de l’offre « Déserts » d’A Ciel Ouvert, c’est une offre toute aussi insoutenable, d’une inconscience folle et coupable, et ce n’est pas parce qu’elle contribue à équilibrer les comptes de l’association, rehausse son image, qu’une large majorité la soutient ou Dieu sait quoi qu’il me faut l’accepter sans discuter. Je la conteste absolument parce qu’elle est spirituellement fausse.

Le grand créateur de déserts c’est l’homme, et son principal instrument – plus clairement identifiable que le dérèglement climatique global – c’est le feu, l’incendie. Même si vous vous contrefichez du devenir de notre Terre et de ses habitants, vous aurez sans doute remarqué qu’il y a désormais presque toujours un incendie important en train de dévorer des forêts quelque part dans le monde … Pendant la rédaction de ce texte, le feu a détruit des milliers d’hectares dans  les Alpes-Maritimes, le Vaucluse, le Var, les Bouches du Rhône et la Corse … Le Portugal l’Espagne, l’Italie, des pays des Balkans ont été et sont parfois encore parcourus par des incendies meurtriers et dévastateurs. Début juillet tout l’ouest de l’Amérique du Nord était sévèrement touché, tant aux États-Unis (Californie, Nevada, Utah, Arizona et Colorado) qu’au Canada (Colombie-Britannique) …

A Ciel Ouvert devrait donc selon moi veiller soigneusement à ne pas alimenter ces incendies bien réels en promouvant des activités qui concourent à l’extension des déserts. Nourrir le « feu intérieur » ici et maintenant constitue à n’en pas douter le meilleur « coupe-feu » possible – peut-être même le seul- et il conviendrait de s’y tenir soigneusement.

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. »

Blaise Pascal (Pensées, B139)

« Je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où j’avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées. »

René Descartes (Discours de la méthode)

3 – La « multiplication » des jardins, des écoles, des forums, des propositions …

Avec la réouverture de Chardenoux, A Ciel Ouvert renoue avec une expansion excessive, précédemment sanctionné par une « crise » sévère. Nous n’avons pas été capables – collectivement … – de faire « bon usage » de cette crise, comme nous y invite Christiane Singer dans un texte magnifique ? Et le « toujours plus de la même chose » conduira donc vraisemblablement à « réussir à échouer », selon la logique paradoxale mais imparable de l’école de Palo Alto. Dans combien de temps surviendra la prochaine « catastrophe » indispensable pour « éviter le pire » à A Ciel Ouvert ? Quel dommage, quel gâchis, quelle lourde responsabilité pour Alain Chevillat et pour tous ceux qui cautionnent sa « gouvernance » inadaptée.

Le philosophe Olivier Rey a développé cette lumineuse citation de Leopold Kohr dans son livre « Une question de taille » aux éditions Stock :

« Chaque fois que quelque chose va mal, quelque chose est trop gros. »

Cette volonté farouche de « développer » A Ciel Ouvert tous azimuts me semble donc tout autant spirituellement fausse.

4 – « La sagesse de l’Inde » a accompagné ma recherche, du yoga à la Vision du Soi et continue de nourrir ma vie spirituelle.Mais je maintiens, dur comme fer, que toute imitation est une impasse tragique. J’apprécie que la tradition zen soit beaucoup plus claire dans son  refus de l’imitation que, par exemple le yoga.

Le gouvernement indien essaye actuellement de redorer un blason maculé de violences nationalistes, de militarisme, de corruption et de néolibéralisme par la promotion du yoga (Ministre du yoga, Journée mondiale du yoga reconnue par l’ONU, exhibitions et records divers …) et de l’ayurveda, devenus « armes de soft power de l’hindutva » … Et les choses ne vont sans doute pas s’arranger avec l’élection récente de Ram Nath Kovind comme Président de l’Inde … Comment se laisser abuser par des subterfuges aussi grossiers ?

Nous avons la lourde tâche d’inventer un « yoga », un « zen », une « méditation », … adaptés à notre ici et maintenant d’occidentaux du 21° siècle, et de ne pas nous obstiner à mener des combats d’arrière-garde, perdus d’avance. Bien des grands noms de la spiritualité nous montrent la voie de cette présence au présent, de cette volonté résolue de saisir la « braise » et non de conserver des « cendres », mais ce n’est certes ni la plus facile, ni la plus « traditionnellement » correcte, ni la plus commercialement avantageuse. Qu’est-ce que nous voulons vraiment ?

5 – Cette liste de quatre points ne se veut pas exhaustive … Que chaque destinataire rajoute ses propres désaccords et essaye – s’il en a encore la motivation – de faire progresser collectivement A Ciel Ouvert  …

  • Méta-désaccord à propos du mode d’élaboration de ces contenus

Si les quatre points ci-dessus ont donné lieu à ce que je perçois comme de considérables erreurs d’orientation, c’est, vraisemblablement, parce qu’il n’existe pas de culture d’écoute sincère et de dialogue ouvert dans le fonctionnement de l’association. Si Terre du Ciel & A Ciel Ouvert n’ont assurément jamais été des « sectes » au sens très précis que le droit français donne à ce mot, il me semble indéniable que le mode de « gouvernance » impulsé par Alain Chevillat est sectaire. Soit on est d’accord avec la seule personne autorisée à décider – lui -, soit on est prié de s’en aller …

Le navire A Ciel Ouvert maintenant un cap qui ne me semble spirituellement pas juste, je le quitte définitivement. Mais je souhaiterais vivement que ceux qui restent à bord s’interrogent un peu plus sur la direction donnée par le « pilote » et son incapacité à écouter et intégrer les informations de tous les membres de l’équipage, du plus ancien « spécialiste » au dernier « moussaillon » monté à bord. Il n’y a aucune fatalité à ce que ce qui est souvent présenté comme la voix de la « shakti » reste aussi impénétrable … et construise les écueils qui donneront lieu aux futurs naufrages.

Comme lors de ma premier alerte, je ne me contenterai pas d’adresser ces réflexions à Éveline et Alain, parce que je perdrais une fois de plus mon temps. Alain a bien du mal à entendre la critique, même (surtout …?) constructive, et Évelyne a le nez dans le guidon de l’excellente revue Sources³.

J’invite donc tous les « chers amis » destinataires de ce texte à le lire soigneusement, à réfléchir, à le diffuser à leur tour s’ils estiment que c’est nécessaire, et à faire en sorte que les choses changent. J’espère que cette action sera utile au fonctionnement de l’association et de la revue, pour le plus grand bénéfice de tous les êtres sensibles.

J’ajoute que je suis triste de cet immense gâchis, mais que je ne vois pas d’autre solution.

 

Cordialement

 

0 – Les rares échanges de courriels que nous avons eu depuis seront exposés prochainement sur ce site. Chacun pourra se rendre compte par lui-même …

¹ – Le mot « gouvernance » est un peu grandiloquent, puisque même les fondamentaux du fonctionnement d’une association structurée ne semblent pas réellement respectés.

² – Cet article n’ayant suscité que très peu de commentaires, il semblerait donc que je suis l’unique « vilain petit canard » qui conteste inconsidérément la bonne marche d’A Ciel Ouvert. Pas de problème, j’assume. Et j’en profite pour vous rappeler qu’il est possible de déposer un commentaire sur chaque article …

³ – Sources … J’apprécie bien sûr la grande qualité de cette revue infiniment nécessaire. Mais je suis bien obligé de constater le fossé qui se creuse entre la plupart de ses articles et la réalité du fonctionnement d’A Ciel Ouvert. Vérifiez par vous-même le décalage entre le « rêve » de simplicité essentielle d’Alain Chevillat et la réalité du programme d’A Ciel Ouvert … A mon humble avis, il n’augure rien de bon.

« En chemin vers la simplicité » (Sources n° 39) … La Vision du Soi selon Douglas Harding incarne déjà pleinement cette simplicité à laquelle il est souvent difficile de se résoudre. Mais, n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

NB : le maintien de cette position me conduit naturellement à procéder à quelques modifications sur le site volte-espace :

  • il n’y aura plus de page « A Ciel Ouvert Maurienne » sur le site
  • l’étiquette « A Ciel Ouvert » sera maintenue afin d’accéder facilement aux articles correspondants
  • la photo d’Alain Chevillat ne disparaîtra pas – comme lors des purges dans les démocraties populaires ! –  mais si je peux me permettre un conseil, méfiez-vous de son sourire « à cran d’arrêt » qui en a trompé plus d’un.

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
Cette entrée a été publiée dans 4 - Transformation personnelle & sociale, Fondamentaux Transformation personnelle & sociale and taguée , , , , , , , . Placez un signet sur le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *