
Rappel : « Pratique du zen vivant » relate les alternances d’exposés (« teishô »), suivis de questions & réponses, de treize sessions intensives de zazen dirigées par Jacques Brosse entre le 26 décembre 2000 et Pâques 2004.
Je présente lors de la séance hebdomadaire de Méditation dans l’esprit du zen & sur ce site quelques points saillants de ces exposés, bien entendu en lien direct avec la pratique de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Libre à vous de déposer ensuite vos questions et/ou commentaires, de lire (et relire …) ce livre de Vie. Je me permets cependant de vous recommander de le lire pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ».
NB : Pratique du zen vivant, pause.
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Cette session propose quatre exposés.
- Exposé 28. « … Cet « ébahissement extatique », cet émerveillement stupéfait devant la nature, devant l’univers, cet immense respect pour l’ordre sublime, subtil et merveilleux qui nous dépasse, n’est-ce pas le sentiment que nous éprouvons dans et par notre pratique, devant le Dharma, devant ce qu’Einstein appelle « la totalité de ce qui est comme une unité pleine de sens« . De cette totalité, nous avons pleinement conscience de faire partie, chacun d’entre nous la représente à sa façon, elle est ce que nous devenons, car nous ne sommes pas au fond différents d’elle, c’est-à-dire de l’univers. »
- Globalement, nous sommes souvent en défaut d’émerveillement par manque d’attention et de sensibilité ; et nous ne cultivons pas suffisamment non plus cet émerveillement. Le simple fait de s’y mettre change la vie.
- Vision du Soi & méditation ne « servent » que cet unique objectif : avoir pour véritable « Corps » l’univers entier.
- « … A ce « troisième niveau » tel que le définit Einstein [« religiosité cosmique » par rapport à « religion-crainte » et « religion-morale »], correspond le troisième mode de fonctionnement du psychisme, décrit par deux épistémologues contemporains, Gregory Bateson et Douglas Hofstadter. … il est proprement humain, il n’est même accessible qu’à un très petit nombre d’êtres humains. … l’accès à ce troisième mode, le franchissement de la limite qui le sépare de la pensée rationnelle sont en eux-mêmes très difficiles, puisqu’ils impliquent l’abandon de toute prémisse régissant le deuxième mode. … »
- Gregory Bateson, Douglas Hofstadter : compléments en langue anglaise.
- C’est cette accessibilité réduite que pulvérise la Vision du Soi : si vous voulez vraiment vivre en ce troisième mode – évidence mystique qui est accomplissement et non abolition – alors la Vision du Soi vous donne – simplement, concrètement, joyeusement – la clé. Vérifiez !
- « … Les trois niveaux de religiosité d’Einstein, les trois modes de fonctionnement du psychisme de Bateson et Hofstadter ne sont pas des inventions modernes. Au XVII° siècle, Spinoza distinguait dans l’Éthique, V, 38, trois genres de connaissances. … « l’opinion ou connaissance par ouï-dire … la raison discursive … la science intuitive. » … Pour nous, ce troisième mode … de connaissance et de compréhension correspond … à hi-shiryô, la mystérieuse pensée non pensée, qui est notre mode de fonctionnement normal en zazen. … »
- Cf. « vivre éternellement – Bobin & Spinoza »
- Concernant « hi-shiryô« , il doit bien déjà exister quelques mètres cubes de commentaires, en expansion constante ! Et s’il s’agissait, tout simplement, de consentir à « l’expression » (impossible de reprendre ici le mot « pensée ») du « Je Suis » central, éprouver sa capacité éminemment concrète à être « capacité » justement (« contenant », espace d’accueil illimité & inconditionnel, Nature de Bouddha, « Royaume », etc. …), facilitée par l’immobilité, le silence, la vigilance certes, mais surtout par la claire perception de l’asymétrie … Vérifiez !
- Cf. aussi les « physiologues ioniens », les tenants de la structure « Corps & Âme – Esprit », les trois ordres de Blaise Pascal, etc.
- Exposé 29. « …Si zazen ne doit pas changer votre esprit, vos réactions au monde, aux autres et à vous-mêmes, il est inutile de vous mettre en posture, ou alors il faut modifier cotre attitude en zazen du tout au tout, car vous n’avez pas encore compris ce qu’est véritablement zazen. Seulement, un tel changement d’esprit, vous ne pouvez y parvenir de manière stable et durable tant que vous n’aurez pas une pratique régulière, assidue, quotidienne, qui modèle votre vie au jour le jour, … »
- La méditation n’a pas vocation à boucher un trou dans votre agenda parce que vous le valez bien ! L’ouverture à la dimension de l’esprit qu’elle permet change effectivement le fonctionnement du mental. Cette pratique « assidue » ne peut se cantonner à la seule posture assise mais concerne toute la journée : la méditation « for the marketplace » qu’est la Vision du Soi en offre la possibilité – simple, concrète, joyeuse. Vérifiez !
- « … shikantaza, « être assis sans rien faire », sans penser à rien de précis, sans rien espérer ni attendre, juste pour voir s’il va se passer quelque chose. Shikantaza entraîne automatiquement une modification radicale de notre esprit, le franchissement d’une frontière, celle qui sépare le deuxième mode de fonctionnement de l’esprit du troisième chez Bateson et Hodstadter, celle qui sépare la pensée conventionnelle, conceptuelle, discursive qui n’est qu’une sécrétion du mental, d’une autre forme de pensée, plus profonde, plus décisive, plus engagée, intuitive, directe, spontanée … Notre mode de pensée ordinaire est routinier, casanier, il tourne en rond, le second est aventureux, il ouvre sur l’illimité, l’infini. A vous de choisir, si vous n’avez pas le vertige et même si vous l’avez, sinon, vous n’en sortirez pas vivants, vous ne sortirez pas de vous-mêmes, de votre futur cadavre. Vous seuls pouvez choisir, je ne puis le faire pour vous. »
- « juste pour voir » … non pas « quelque chose » mais que « Je Suis » espace d’accueil illimité & inconditionnel de toutes choses. Cela modifie effectivement le mental, pas « l’esprit ».
- Le franchissement décisif de la « frontière », c’est ce qui se passe quand vous faites passer votre index retourné vers vous d’au-dessus de la ligne de base – celle qui traverse votre poitrine d’une épaule à l’autre – à … votre absence de tête en dessous. Vérifiez !
- « L’humilité et aussi l’émerveillement, « l’ébahissement extatique » ne sont-ils pas les éléments majeurs de la quête que mène le pratiquant ? On insiste peut-être trop sur l’humilité et pas assez sur cet émerveillement, l’enthousiasmos des grecs, c’est-à-dire « le transport inspiré par la divinité », par la présence du divin, qui est l’éblouissement de l’éveil, le regard émerveillé de l’enfant qui contemple le monde en le découvrant. Ce regard émerveillé est celui de notre visage originel. »
- Que ces mots « divin, divinité » ne vous inquiètent pas trop. Il est de toute façon impossible de traduire en mots cette expérience mystérieuse. L’expérience non-duelle ne peut pas être formulée à l’aide d’un langage dualiste par nature.
- « Retourner et devenir comme un petit enfant » : le projet de la Vision du Soi ! Vérifiez !
- Exposé 30. Il y est question de nombreuses personnalités scientifiques (mais pas que …) : Trinh Xuan Thuan (« La fabrication du réel »), Heisenberg, Gödel, Wittgenstein, F.David Peat (« Synchronicité. Le pont entre l’esprit et la matière »), Bertrand Russell, Bernard d’Espagnat, …
- Histoire de montrer que la connaissance méditative n’est pas un domaine réservé à de quasi-ignorants en matière scientifique … « … la science n’a finalement accès qu’à l’univers qu’elle a elle-même « fabriqué » et non du tout à la Réalité ultime qui demeure pour elle hors d’atteinte … » A notre manière, nous sommes aussi à la pointe de la recherche d’un nouveau & indispensable paradigme.
- « … Pour l’astrophysicien (Trinh Xuan Thuan), ces deux modes de connaissance (celui du savant et celui du méditant) ne seraient pas exclusifs, mais possiblement complémentaires : la connaissance qu’il appelle mystique pouvant prendre en somme le relais de la connaissance scientifique. On passe ainsi de la physique à la métaphysique. »
- « La science de la Première Personne » me semble particulièrement bien représenter cette « complémentarité ». Soyez (au moins un peu …!) scientifiques, vérifiez !
- Il est ici question de « méditant », mais les pratiquants des véritables Qi Gong, Yoga, Tai Qi, etc. sont bien entendu également concernés.
- Tous les billets relatifs à ce livre sont accessible par l’étiquette Science Première Personne. Tous ne sont pas encore aux « normes » de la nouvelle présentation …
- Exposé 31. « … La démarche et la recherche des théoriciens des sciences de notre temps … les conduisent vers :
- le non-dualisme ;
- la non-séparabilité, qui est une autre manière de désigner l’interdépendance ;
- le concept d’une Réalité voilée, d’une Réalité fabriquée, seule accessible à la science, au raisonnement ;
- le primat et l’antériorité de l’intuition sur le raisonnement.
- Tous principes qui sont ceux du bouddhisme, et tout particulièrement de notre pratique, le zazen. »
- NB : la Vision du Soi, qui voit clairement l’asymétrie entre les « dix mille choses » là-bas en périphérie et la « Non-chose » centrale – l’espace d’accueil illimité & inconditionnel, le « Je Suis », etc. – s’inscrit totalement dans ce « non-dualisme » et cette « interdépendance » puisque l’espace et les « choses », le Vide et les formes, ne font qu’un, ne sont qu’Un. Vérifiez !
- « … Ces scientifiques-là ont passé la frontière et démantelé les cadres dans lesquels s’étaient enfermés depuis des siècles la pensée et la conscience. … même la distinction entre esprit et matière peut être mise en doute, et, ce qui est encore plus déterminant, il n’existe plus de séparation radicale entre le sujet et l’objet, puisqu’ils réagissent l’un sur l’autre. Ces chercheurs ont, chacun dans sa discipline propre, opéré une volte-face … qui est quelque peu comparable à celle que nous accomplissons spontanément en zazen. »
- Seule la « distinction » entre mental et matière peut être « mise en doute », pas celle entre « Corps & Mental » d’une part et « Esprit » d’autre part. Là plus qu’ailleurs, cette tripartition anthropologique fondamentale impose sa nécessité et toute sa pertinence.
- Et plutôt qu’une « volte-face », qui une fois effectuée laisse encore subsister une « face », la plus forte présence d’un ego, pourquoi ne pas plonger sans retour dans volte-espace ? Cette « entrée principale » ne serait-elle pas « le seul espoir » ?
- « … Le dépassement du dualisme discriminateur a pour effet la compréhension directe de l’interdépendance des êtres, de leur non-séparabilité, de leur solidarité vitale et de l’unité ultime de leur nature propre, ce qu’admettrait probablement un physicien théoricien, mais serait-il capable de reconnaître aussi qu’une telle compréhension aboutit à l’exclusion de toute personnalité séparée, de tout ego et, positivement, à la compassion universelle ? »
- Cf. l’exposé 25 : « il n’y a pas de zen sans compassion ». Et mon bref commentaire : « pour les autres », certes, mais surtout avec & en tant que tous les autres. Si ça semble un peu dur à intégrer … utilisez la clé de la Vision du Soi.
- « … hi-shiryô éblouit comme l’éclair dans la nuit, est persuasif comme une révélation. Hi-shiryô est renversement du support, c’est un complet retournement de l’esprit sur lui-même, une conversion, au sens premier de ce mot, du latin convertere, « se retourner ». … »
- la Vision du Soi n’est rien d’autre qu’un « éclair dans la nuit » … sur commande ! Vérifiez !
- « … Finalement, zazen est une anamnèse, la fin brutale de l’amnésie, qui est ignorance (avidyâ), la fin du refoulement. Mais cette fin brutale est aussi la réapparition de notre visage originel. »
- « Notre visage originel … » ? L’espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes, tous.
Cordialement


