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Le spirituel (n’est pas) au service du bien commun – Marie Balmary

Voici l’intégralité du texte écrit par Marie Balmary dans l’ouvrage collectif « Pour le bien commun », paru aux éditions Salvator en 2017. (0)

Le spirituel (n’est pas) au service du bien commun

Se libérer du moi idolâtre

« Quand on supprime un jour chômé par semaine, que sert-on ? Le bien du marché … mais le bien commun ?

« L’esprit n’est au service de personne, je crois. Il vient en aide au bien commun, c’est autre chose. Comment ?

Un exemple : après un mal commun, au lendemain des attentats de Paris, malgré le danger et l’interdiction de tout rassemblement, il y a eu tout de suite dans les rues des lieux-temples sans murs ni autels. Au pied de la statue de la République, symbole de notre être-ensemble laïc, se sont installées pour des semaines des offrandes de fleurs, bougies, paroles, silences et chants. D’où nous viennent ces objets, ces gestes symboliques ? Des lieux religieux, où, depuis longtemps peut-être, nous les avons laissés. En cas d’urgence, ils nous reviennent. Nous ne sommes pas longs à les réinventer à même la rue. Là où la violence nous a tous atteints, un esprit commun se manifeste, qui permet de ne succomber ni à la peur ni à la haine.¹

On peut voir alors dans les premiers rangs de cérémonies religieuses des responsables politiques de tous bords, parfois réputés incroyants, voire même opposés aux religions … Leur présence en ces lieux ne se discute pas (les mairies, n’étant pas lieux de rassemblement, ne conviennent pas alors). Ce jour-là, on trouve normal que des communautés aient transmis Écritures et traditions, et gardé vivants des lieux pour s’assembler. Des lieux d’esprit et de mystère où, unis par ce qui nous dépasse (cf. Régis Debray¹), il nous soit possible de signifier un désir secret peut-être : qu’il y ait en chacun de nous plus qu’un être mortel.²

Ce n’est pas la faute de la République si elle ne peut pas toujours nous suffire. Il y a un temps pour les lumières du savoir, du progrès … et un temps pour les lumières du “peut-être” et de l’espérance que rien, pas même notre incroyance, ne peut nous empêcher d’allumer. On peut souhaiter que les responsables politiques n’ignorent pas cela et ne passent pas au désherbant d’une laïcité intégriste des traditions qui participent au bien commun en ces heures tragiques.³

L’interdit de servir les idoles

Est-ce seulement devant la mort que nous allons chercher l’aide du spirituel ? Non, si l’on considère aussi la mort psychique. L’esprit vivant révèle et refuse les conditions indignes faites à des êtres humains. L’esclavage, par exemple, d’où l’esprit appelle à sortir. Le Let my people go (“laisse aller mon peuple”) de Moïse a pu appeler et mettre en mouvement les noirs américains trois mille ans après qu’il a été inventé. (4)

L’esprit révèle le danger de faux biens communs, les idolâtries. Celles de notre temps : le marché, l’argent … voire même la démocratie quand on veut l’imposer aux autres les armes à la main. Ces idoles sans vie doivent être servies, nourries par la substance des vivants. (5)

Un exemple encore : un jour chômé par semaine est une prescription libératrice du travail, issue de la révélation juive, continuée par les autres traditions monothéistes. Lorsqu’on supprime ce jour, ou en tous cas qu’on le désorganise collectivement pour des raisons économiques, que sert-on ? Le bien du marché, celui du consommateur … mais le bien commun ? (6)

Les mises en garde contre les idolâtries viennent de deux sources : des spirituels croyants, s’appuyant sur leur conscience intime confirmée par leur tradition religieuse, mais aussi d’“athées spirituels”, si je puis dire. Souvent, ils vont dénoncer comme idolâtries les religions … le monothéisme … Dieu … Et ils ont raison s’il s’agit d’un dieu qui conduit ses dévots au sacrifice de soi et à la guerre coacheterntre celui qui ne se prosterne pas. (7)

L’interdit de servir des idoles est favorable au bien commun, aussi les traditions qui le transmettent ne disparaissent-elles pas de l’histoire.

Enfin, pour le dire en raccourci, le bien commun a un ami et un ennemi à l’intérieur de tout homme. Son ennemi est le moi, une enveloppe à ouvrir, au sens où Einstein pouvait dire :

“Ce qui fait la vraie valeur d’un être humain, c’est de s’être délivré de son ego.”

Car le moi est nécessairement idolâtre – de lui-même ou d’un autre auquel il délègue sa responsabilité et sa gloire.

Les spiritualités sont en quête des conditions pour l’humain de cette sortie du moi, de cette naissance. Et le bien commun ne peut compter que sur ceux qui ont suffisamment de distance par rapport à eux-mêmes pour se préoccuper de lui. Une civilisation qui ne ferait croître que le moi perdrait son meilleur allié : l’être qui en est sorti devient conscient et sensible à lui-même et aux autres. » (8)

¹ – Régis Debray, Les communions humaines. Pour en finir avec « la religion », Fayard, 2005

Marie Balmary

Cordialement

 

0 – Un billet de janvier 2020 intitulé « Se libérer du moi idolâtre » en présentait quelques extraits et premiers commentaires. Ce « manifeste » ne semble pas avoir réellement pesé sur le déroulement du présent quinquennat … La compétition pour déterminer qui va conduire le prochain étant ouverte, il serait sans doute opportun de relire soigneusement, et ce texte, et cet ouvrage. D’inviter à faire connaître ce plaidoyer « pour le bien commun » et diffuser ses idées et propositions … à l’heure où des choix cruciaux pour maintenir la possibilité d’un vivre ensemble sont urgents, pour ne pas dire vitaux.

J’ai respecté la mise en page, mais j’assume l’entière responsabilité des sur & sous-lignages, liens, illustrations, … Et bien entendu des commentaires en lien avec la Vision du Soi selon Douglas Harding.

¹ – « Des lieux religieux … » ? Ou alors de plus profond, d’un lieu en-deça de l’espace et du temps, d’un point central sans dimension qu’il est possible de nommer « Je Suis », « Esprit », mais qui a de très nombreuses autres dénominations, toutes inadéquates, du … mystère, de … ? De notre véritable nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel, notre « autoportrait » à tous, dont le dessin ci-dessous propose une assez bonne représentation :

Et que le geste ci-dessous permet de réaliser assez simplement :

Nous ne nous le répéterons jamais assez : une République laïque est le SEUL espace d’expression d’une spiritualité authentique.

L’Esprit – au sens précis que Michel Fromaget donne à ce mot – cet « esprit commun » est en réalité la Seule (non-) chose que nous avons tous en commun, la Seule expérience que nous pouvons intégralement partager. Et c’est sans doute le Seul remède « à la peur et à la haine » toujours promptes à ressurgir … « Le seul espoir ».

² – « … unis par ce qui nous dépasse … », ou par ce qui nous contient peut-être ? Par ce « contenant ultime » qui nous porte & que nous portons, effectivement « lieu d’esprit et de mystère ». Est-ce que cette façon traditionnelle d’évoquer une transcendance « qui nous dépasse » nous aide vraiment à expérimenter, à vérifier « qu’il y a en chacun de nous plus qu’un être mortel » ? Ne serait-il pas plus efficace d’indiquer que ce fondement est à chercher & trouver au plus intime de nous-même, et qu’une « conversion », un retournement du regard et de l’attention, est la condition de l’éveil, de la nouvelle naissance … ?

³ – La République serait donc nécessaire et non suffisante : un espace de justice (d’abord) et de paix, où chaque citoyen soit en capacité de désirer plus, d’être éveillé par … ? … une Lumière de Vie (phôs – ϕῶὖ), de s’accomplir en découvrant « qu’il y a en chacun de nous plus qu’un être mortel », de réaliser « … l’unité en lui-même, l’unité avec les autres, l’unité avec la planète qui le porte, l’unité avec le réel qui le soutient dans l’être » (Bernard Besret). Cet éveil, cette nouvelle naissance, ne seraient-ils que simple cerise sur le gâteau, ou plutôt la condition sine qua non pour pouvoir le partager et le déguster ensemble, en paix ?

« En lui la vie la vie la lumière des hommes. »

[εν αυτω ζωη ην και η ζωη ην το φως των ανθρωπων]

Quant aux « responsables politiques », comment pourraient-ils se soucier de questions à la fois si subtiles et si essentielles, eux qui, pour la plupart, idolâtrent leur moi … ? Lequel serait capable ne serait-ce que de comprendre le sens de la citation d’Einstein :

« Ce qui fait la vraie valeur d’un être humain, c’est de s’être délivré de son ego. »

4 – La « mort » réelle des uns et la « mort psychique » des autres sont parfois intimement liées, comme nous l’enseigne quasiment chaque jour la tragédie des migrants un peu partout dans le monde. La leçon de « Let my people go «  semble toujours aussi difficile à entendre …

Et si « l’esprit vivant révèle et refuse les conditions indignes faites à des êtres humains », alors comment serait-il encore possible de passer la moindre commande « en Amazonie » par exemple, mais en bien d’autres adresses également ?

5 – Avons-nous bien conscience de toujours – et peut-être même toujours plus efficacement – servir ces idoles « le marché, l’argent » ? La manière dont la pandémie de Covid-19 a été (mal) gérée nous aide-t-elle à comprendre à quel point le continent de la santé humaine mondiale a été politiquement livré au « divin marché » via la technoscience vaccinale ? Nous voilà désormais « asservis à notre santé par les pouvoirs publics », un pas décisif vers une société de contrôle social aux forts relents transhumanistes …

6 – Il est certes possible d’édifier une « décivilisation » (Olivier Rey) ou une « dissociété » (Jacques Généreux) sur la consommation & compensation, mais rien de bien plus harmonieux, juste, durable … La supercherie de la mondialisation ultralibérale est à bout de souffle ; nous n’aurons pas été capable de la réformer intelligemment & humainement, mais divers « fléaux » en viendront à bout prochainement : dérèglement climatique, épuisement des ressources – énergétiques et autres -, pandémies, guerres …

7 – J’espère que les « happy few » lecteurs de volte-espace auront compris que je me situe résolument dans le camp de ces « athées spirituels ». Tout comme l’était Douglas Harding, qui a su rompre définitivement avec une communauté de « Frères exclusifs » qui servait un « dieu qui conduit ses dévots au sacrifice de soi et à la guerre contre celui qui ne se prosterne pas ».

Ceci dit, comme j’aimerais, et je ne suis sans doute pas le seul, que la voix des « spirituels croyants », forte du poids de l’organisation de leur « tradition religieuse« , dénonce plus fortement & systématiquement toutes les « idolâtries » présentes … Il me semble que celles de Témoignage Chrétien, Golias, … restent quand même un peu isolées dans ce paysage, malheureusement.

8 – La « Vision » n’est pas une ruse new-âgeuse pour ramener d’éventuelles brebis perdues vers un quelconque troupeau religieux. Elle s’efforce, avec efficacité, efficience et pertinence, de replacer – gentiment mais fermement – ce « moi nécessairement idolâtre » à sa juste place périphérique (Cf. la zone « je suis humain » dans le dessin de la note n° 1), de l’inclure dans une « hiérarchie » bien ordonnée autour d’un « Je Suis » central. Si ce « Je Suis » ne vous convenait pas, remplacez-le illico par le mot ou l’expression qui vous plaît : Visage Originel, mystère, ?, … « Ami du bien commun », pourquoi pas !

Et c’est pourquoi elle constitue un outil de premier ordre pour « venir en aide au bien commun ». Peut-être bien « l’entrée principale » pour une démarche qui constitue sans doute « le seul espoir ». N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Pourquoi hésiter plus longtemps à goûter la joie d’être, enfin, « conscient et sensible à soi-même et aux autres » ?

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 62 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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