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5 - Un corps bien accordé Fondamentaux Un corps bien accordé

Mouvement lent & conscient

Ce billet est une reprise de Exercice chinois de santé … et Covid 19, allégé de ses considérations politiques autour de la Covid.1

Et quelque peu enrichi de quelques considérations sur le « comment » pratiquer.2

Ce mouvement combine deux techniques de Qi Gong découvertes dans le (vieux) livre de Léo Landsman, « Exercices chinois de santé pour personnes âgées », édité par la Librairie You Feng.

La première est un mouvement simple du chapitre 3, « Comment se pratique l’exercice chinois de santé », qui donne quelques indications préliminaires :3

  • En résumé : « L’exercice s’exécute sous la conduite ininterrompue de la conscience. La respiration est contrôlée et ralentie. Les mouvements sont lents et ils s’effectuent pour la plupart avec une dépense d’énergie aussi réduite que possible. »4
  • « Notre conscience, une attention intense et permanente préside à l’ensemble de l’exercice. Elle dirige et contrôle chaque inspiration et chaque expiration tout comme elle guide et contrôle l’exécution adéquate de chaque phase des mouvements. La conscience en est l’énergie intérieure. Elle en est l’essence agissante. Un exercice de santé ne peut se concevoir qu’avec sa participation ininterrompue. … Rien dans l’exercice de santé ne se fait automatiquement. Cela implique que pendant la durée entière de l’exercice mon attention est préoccupée de ma respiration et de mes mouvements, et cela à l’exclusion de tout autre chose. Ceci n’est jamais simple et jamais aussi facile que nous serions tentés de le penser. »5
  • Cette respiration consciente – « par le nez … la pointe de la langue contre les incisives supérieures » – est aussi une respiration complète, qui mobilise tout le tronc … « … le ventre se gonfle et les côtes s’élargissent latéralement. Le diaphragme descend davantage qu’à l’ordinaire … ». Cette respiration profonde, ralentie, améliore l’oxygénation du sang. Cette respiration abdominale « constitue toujours un massage bénéfique des organes internes, de l’estomac, du foie, de la rate, du pancréas, des intestins, des reins et de la vessie » du fait de « l’action amplifiée du diaphragme ».6

Au départ de la position debout, commencer par faire un (assez grand) pas en avant du pied gauche – si nécessaire augmenter ensuite l’écartement des pieds pour trouver le juste réglage -, puis :

  • 1 – amener le poids du corps en arrière sur le pied droit, légèrement ouvert vers l’extérieur, et ramener les mains vers les clavicules, paumes vers l’avant & doigts écartés, en inspirant lentement. Mais sans plier complètement les bras au niveau des coudes, et en gardant également de l’espace sous les aisselles. Le dos reste aligné sur la verticale, pas comme sur le dessin de droite …7
  • 2 – ramener le poids du corps en avant sur le pied & la jambe gauche, pied dans l’axe du corps, jambe (tibia & péroné) à la verticale, en effectuant une poussée des bras & mains en avant, en expirant lentement, toujours le dos bien droit, étiré sur toute sa hauteur, le haut du crâne (Bai Hue) suspendu au fond du Ciel …8
  • 3 – continuer l’alternance de ces deux phases, sur le rythme lent de la respiration. Puis au bout de X répétitions, faire un pas en avant du pied droit et répéter X enchaînements des phases 1 et 2 ci-dessus.

La deuxième est une respiration particulière, décrite sommairement un peu plus loin dans l’ouvrage pour la position allongée sur le dos (page 53 de l’édition 2003) : « inspirez profondément par le nez. Ensuite avancez les lèvres en les serrant de façon qu’elles laissent une ouverture très étroite : comme en sifflant, expirez l’air par cette ouverture en soufflant avec force ».9

Je vous propose d’effectuer la 2° phase de fente avant avec poussée des bras & mains en expirant comme indiqué ci-dessus, en ralentissant l’expiration comme si vous souffliez dans une trompette, ou comme si vous essayiez de ranimer un feu en soufflant sur les braises, ce qui aura pour effet une surpression de l’air contenu dans vos poumons, pour une mobilisation plus complète de la capacité de ces derniers.

Ian Jackson a même proposé un nouvel emballage sous le nom de « breathplay ». Ce sont vraiment les rois du packaging et du business ces américains ! (Même anglais de naissance.) Mais bon, l’essentiel est que cette manière de respirer se diffuse largement.10

NB : ce « breathplay » n’a rien à voir avec le « jeu sexuel » qui a coûté la vie à « Petit scarabée » (David Carradine) …

Ces deux actions s’effectuent dans la douceur, « sans véritable effort physique », ce qui ne signifie pas qu’elles soient « molles », au contraire. Elles sont portées par l’intention d’une qualité d’intégration de toutes leurs composantes (conscience & respiration & mouvement) dans une dimension à la fois harmonieuse, « moelleuse » et esthétique, « ronde » (tout « roule » : corps physique, corps de Qi), « cosmique » (champ de Qi).

Ce qui est proposé ici est une hygiène de vie, pas un coup de « baguette magique ». Il va falloir beaucoup de patience & persévérance pour l’associer à votre quotidien. Sa simplicité apparente dissimule des trésors de découverte énergétique de soi-même. Ne me reprochez donc pas un éventuel manque d’efficacité avant, disons un an de pratique et 36 500 répétitions. De cet exercice là, ou bien d’une des nombreuses autres formes de tirer & pousser.

NB : de nombreux compléments ont déjà été apportés dans les billets relatifs à la posture de zazen, notamment dans les commentaires qui font le lien avec le Qi Gong :

Ainsi que dans Points importants Qi Gong … et méditation. 

Je me permets donc de vous y renvoyer … après avoir pratiqué suffisamment ! Vous pouvez aussi vous procurer le livre de Léo Landsman, vous mettre sérieusement au Qi Gong avec un enseignant de qualité, …

Trois conseils supplémentaires : pratiquez, pratiquez, pratiquez !


  1. Le billet original sera remis en avant lors de la prochaine pandémie … puisque la leçon de celle de 2019 n’a pas servi à grand chose. Le « business as usual » continue de « fabriquer des pandémies ». Le business est en lui-même une pathologie … ↩︎
  2. Dans les arts énergétiques internes, ce « comment » est double : d’abord une rigueur d’exécution de la pratique considérée, dans le respect des consignes transmises par l’enseignant & l’instructeur : alignement vertical du corps de Qi et présence au champ de Qi, etc. Et ensuite exploration personnelle consciente de cette pratique en fonction des caractéristiques uniques de son propre corps (physique, mental, émotionnel) et de son histoire personnelle. Ce n’est pas une porte ouverte au n’importe quoi … C’est l’expression de la sensibilité & créativité individuelles au sein du jeu universel du Tao, de la Vie … ↩︎
  3. « Simple » ne veut pas dire facile pour autant. Ne veut surtout pas dire que je peux passer à autre chose après l’avoir « fait » seulement quelques fois. Je peux continuer à le pratiquer consciemment au cours de milliers de « répétitions », chaque fois comme pour la première fois, parce qu’en réalité c’est lui qui me « fait », qui me permet d’être toujours mieux en phase avec le flux de Qi, de souffle & énergie.
    Même remarque pour le zazen – la méditation assise – et la Vision du Soi. ↩︎
  4. Ce « contrôlée » est presque de trop. C’est beaucoup moins volontaire et beaucoup plus doux, plus souple, que cela : la respiration se met naturellement en phase avec la conscience du mouvement – mouvement d’un corps de Qi intégré dans le champ de Qi – et elle se trouve ainsi ralentie et amplifiée. ↩︎
  5. Là encore l’expression s’avère presque contre-productive. A mon humble avis, « l’intensité » consisterait plutôt à retourner soigneusement son attention de 180° – pas un degré de moins ni de plus – pour s’installer dans l’espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes, tous, et à laisser l’exercice se faire à partir de là. Nous serions alors moins dans le « contrôle d’exécution » que dans la conscience témoin. Plus question d’« attention préoccupée » une fois passé sur cette « autre rive ». Vérifiez ! ↩︎
  6. « … les côtes s’élargissent latéralement » : en fait c’est la cage thoracique qui s’expanse dans toutes les directions, entrainant plèvres et poumons dans son mouvement : inspiration. « Le diaphragme descend davantage qu’à l’ordinaire » : et remonte également davantage, aidé par la contraction des muscles abdominaux, pour comprimer les poumons et y laisser un minimum d’air résiduel.
    Je ne saurais trop vous conseiller de réviser vos connaissances anatomiques pour bien visualiser & comprendre cette « mécanique », simple & subtile, de la respiration.
    « Anatomie pour le mouvement » et « Respiration » de Blandine Calais-Germain, notamment, constituent de précieuses aides. ↩︎
  7. Cet exercice peut se faire « à froid », certes ; mais il est tellement plus intéressant d’avoir au préalable mis en place l’axe vertical, la prise de conscience de la position et de l’ouverture des « centres » et des « portes », l’insertion du corps de Qi dans le champ de Qi, etc. Le pousser & tirer, expanser & condenser, se situe au niveau de la poitrine, mais l’ensemble du corps est en réalité concerné. ↩︎
  8. Les bras peuvent se développer un peu plus en avant que sur le dessin, avec un passage aussi souple, « moelleux », que possible entre l’aller et le retour. Apprécier la qualité de la transition. ↩︎
  9. « étroite » suffit et « avec force » est de trop. Laissez ce mode respiratoire particulier, et particulièrement efficace, se mettre en place avec douceur, persévérance, intelligence. ↩︎
  10. Ce « breathplay », cyniquement transformé en marque déposée, est en réalité une technique immémoriale présente dans de nombreux arts respiratoires (Yoga, Qigong, etc.). Utilisable gratuitement par tous, dans cet enchaînement simple et dans de nombreuses autres activités, d’endurance notamment. Transférable aisément : en marchant, pédalant, glissant, nageant, conduisant … en restant assis ou couché. Expérimentez progressivement & prudemment. ↩︎

Bonne pratique ! Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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