Une séance de méditation dans l’esprit du zen fin mars m’a offert l’occasion de repréciser quelques fondamentaux de la méditation marchée, kin-hin en japonais, le quatrième temps de ce qui est généralement proposé 1. Je me suis alors rendu compte que volte-espace ne proposait pas de document de référence pour cette pratique … simple & complexe !
Quelques solides indications figurent bien dans le billet intitulé « Petit manuel pour apprendre la méditation zen », complétées par la note n° … 17 ! (là, j’avais un peu exagéré – et je récidive dans ce billet … – mais ce « Petit manuel » nécessitait bien quelques compléments 2). Je vous y renvoie et ne reprends que la conclusion, essentielle, de celle-ci :
« … La salle défile sous vos pieds … votre Vraie Nature ne bouge pas d’un millimètre ! La méditation a lieu en-deçà de l’espace. Vérifiez ! »3
Cependant il manquait à mon avis un exposé d’ensemble bien structuré. Et le problème, c’est que lorsque l’on cherche, vraiment, … on finit toujours par trouver ! Voici donc :
Quelques propos sur la pratique de Kin-hin 4
Kin
« Ce kanji a plusieurs définitions. La première, la plus intéressante, est un terme de tissage, « fil de chaîne », c’est à dire les fils en hauteur dans lesquels on passe le fil de trame pour faire un tissu.
Par extension, cela désigne ce qui est vertical et ce qui relie directement deux opposés, comme le ciel et la terre, le haut et le bas par exemple.5
Hin
Ce kanji signifie « aller ». C’est son sens premier et le plus courant. Mais c’est également ce caractère qui, quand il se lit « gyô », signifie la pratique.6
Kin Hin : la pratique debout (ou la pratique verticale). »
« Marcher est une action que nous accomplissons quotidiennement sans même prendre conscience des mécanismes et des équilibres qui sont mis en jeu. La marche se fait, indépendamment de la volonté personnelle. Mais si l’on veut marcher « juste », loin et/ou sans se fatiguer, il est important de ne pas créer dans son propre schéma corporel des tensions, des habitudes inutiles ou de ne pas faire d’erreur qui entrave cette action naturelle.7
L’attitude juste du corps se réalise lorsque le squelette annule l’action de la pesanteur et que la musculature fonctionne en dépensant un minimum d’énergie dans n’importe quelle direction. Pour la station debout, comme pour la position assise aucun effort n’est nécessaire puisque ces deux attitudes correspondent à un état d’équilibre stable.8
Prendre conscience de cette verticalité sans tension (se détendre vers le haut) est un point capital de zazen et de kin hin (figure 1). Pas besoin de se balancer d’avant en arrière pour avancer ou de faire des gestes supplémentaires.
Lorsque Maître Deshimaru enseignait que la posture de kin-hin est l’essence de la marche, cela implique bien le respect de la dynamique naturelle du corps, ce n’est pas un effort ni une attitude spéciale. Le mouvement de la marche est un mouvement fluide et continue qui permet de fixer l’attention sur l’impermanence elle-même.
La position A de la figure 2 montre que le corps réalise cet état d’équilibre stable lorsqu’il s’aligne selon un axe (ou un plan) vertical où l’on voit qu’un certain nombre de points du corps (d’articulations) sont alignés : cheville, hanche, épaule et sommet du crâne. Cet axe vertical (passant par le sommet du crâne) est aussi celui dans lequel s’effectuent les mouvements du diaphragme lors de l’expiration et de l’inspiration.9
Pour permettre d’affiner l’observation consciente de cette verticalité pendant kin hin, il faut rappeler que la position debout s’équilibre à partir du pied d’appui de la jambe avant. Les forces mises en jeu pour garder l’équilibre se répartissent sur trois voûtes plantaires qui prennent appui sur trois points, permettant d’assurer la stabilité de la posture tout entière : le talon, la racine du gros orteil et la racine du petit orteil. C’est un trépied flexible sur lequel se pose et s’organise la verticalité du corps.
Il y a dans le pied, sous la cheville, 31 os différents, reliés par des ligaments et animés par le mouvement de 25 muscles spécifiques différents. C’est dire le miracle qui se fait à chaque pas pour que tout le corps puisse rester droit et en équilibre dans la marche en avant. C’est un véritable miracle de mécanique cosmique dont nous sommes le premier et unique spectateur. Pour cela, il faut sentir, c’est-à-dire entrer à l’intérieur de la sensation. ‘’Sentir la sensation dans la sensation’’ enseignait le Bouddha.
La marche
Quand nous avançons le pied pour faire un pas, c’est d’abord le talon qui touche le sol et reçoit le poids du corps. Puis le pied avant se déroule lentement sur le sol et la ésultante du poids du corps va se déplacer de l’arrière vers l’avant du pied. Le sentir vraiment est captivant. La jambe avant se tend naturellement. Le pied avant s’organise spontanément pour recevoir ce poids et assurer la verticalité et l’équilibre du corps tout entier. C’est fascinant de discerner et sentir toutes les sensations qui se déploient dans le pied, à ce moment-là, le jeu des muscles depuis le talon jusqu’à l’avant du pied jusqu’au gros orteil, dernier support du poids du corps avant le pas suivant.
Nous accompagnons et accordons l’expiration avec le déroulement du pied. Pendant que le pied avant se déroule sur le sol, le pied arrière se décolle lentement et progressivement, la jambe arrière se détendant et se pliant, se préparant à venir devant. C’est la racine du pied arrière qui quitte le sol en dernier et donne l’impulsion du pas suivant. Quand le pied et la jambe arrière passent devant c’est une détente de tous le corps et le moment de l’inspiration
(Pendant kin hin, la pression au sol de la racine du gros orteil augmente au fur et à mesure de l’expiration et c’est à partir de cette racine du gros orteil que va partir l’impulsion du pas en avant, d’où l’importance qui lui est donnée dans la pratique. Quand la jambe arrière passe devant, elle se plie au genou, le pied restant détendu avant de reposer au sol, et le reste du corps toujours inscrit dans la même détente verticale. Pas besoin de se balancer d’avant en arrière pour avancer.)10
Les erreurs fréquentes
La position B de la figure 2 montre que le bassin est projeté en avant, créant une hyper-cambrure dangereuse pour la colonne vertébrale, une tension excessive de la cage thoracique gênant la respiration et une inversion de la courbure naturelle de la nuque. Il est important que les enseignants corrigent cette attitude volontariste (assez fréquente) et très préjudiciable, en essayant de faire percevoir au pratiquant l’équilibre vertical sans tension (reculer le bassin d’une main et pousser de l’autre main le dos au niveau des omoplates, ce qui induira probablement une correction de la position de la tête et entraînera un relâchement des tensions au niveau du cou).11
En C, figure 2, le poids du corps est porté sur l’avant du pied générant un effort musculaire dans toute la jambe avant pour maintenir l’équilibre sur les orteils. On ne pourrait pas marcher longtemps en gardant cette attitude. Par contre, en fin d’expiration, on peut l’accepter parce que se pencher vers l’avant induit le mouvement qui va permettre de faire le pas suivant. L’intérêt, à ce moment là, est que tous les muscles de la cuisse sont mis en tension, ce qui est l’une des raisons de la pratique de kin hin, et cela leur fait le plus grand bien après l’étirement maximum auquel ils ont été soumis pendant zazen (notamment adducteurs et quadriceps).12
La posture D de la figure 2 manque de tonus ou témoigne d’une rigidité de la colonne vertébrale déjà consolidée (lordose ou cyphose). La correction, dans ce cas, pourra être la même que celle suggérée pour la posture B (se détendre vers le ciel). Faire attention au déformations chroniques de la colonne vertébrale : une simple correction ne peut suffire.13
Des quatre postures représentées, seule celle qui est détendue (A) permet au corps d’avoir sa taille optimale. Les tensions créées dans les trois autres cas raccourcissent le corps et altèrent sa propension naturelle à s’élever vers le ciel. Cela arrive parfois à des pratiquants de longue date dont le dos finit par se bloquer, perd sa souplesse, sa capacité de mouvement ainsi que son volume respiratoire.14
Autre remarque, l’équilibre de la marche dépend de la position des deux pieds, l’un par rapport à l’autre. La distance qui les sépare est « au moins » égale à la largeur d’un pied (figure 3), c’est à dire qu’est respectée ainsi un axe vertical qui aligne le tibia et le fémur pour rendre la marche mécaniquement facile (figure 4).15
La position des mains est représentée sur la figure 5 : les doigts de la main gauche sont bien serrés autour du pouce gauche, et la main droite enveloppe le poing gauche.16
En figure 5, les mains sont vues de l’intérieur, simplement de façon à comprendre que la racine du pouce gauche est appuyée sur le plexus solaire que le pouce droit reste joint aux autres doigts, et ne se trouve pas sous le poing gauche, erreur assez fréquente mais difficilement remarquable par les responsables de l’enseignement dans le dojo.
Le dos des mains est tourné vers le ciel posture propre à l’enseignement de Kodo Sawaki et Taisen Deshimaru (au Japon, dans la plupart des temples, le dos des mains est tourné vers l’avant). Les poignets sont légèrement pliés pour faire ressort quand on pousse le poing gauche avec la main droite (et vice-versa) pendant l’expiration. On dit que les avant-bras se repoussent l’un l’autre. Cette tension volontaire n’a pas besoin d’être forte. Plutôt consciente. Les avant-bras sont horizontaux et la tension exercée lors de l’expiration ne doit pas se transférer aux épaules qui restent détendues. Attention, les épaules se ferment si les coudes sont exagérément relevés. 17
Il y a un grand nombre de points à observer pendant la pratique de kin hin, et il est impossible de s’ennuyer si on rentre de toute son attention dans le ressenti corporel. Ce n’est pas une marche pressée, on avance par pas d’un demi-pied (figure 7 – dernier schéma ci-dessous). Les sensations sont multiples dans le corps pendant la marche.
Le rôle de l’enseignant est de veiller à ce qu’une fausse ou incomplète explication de la marche ne crée pas pour un pratiquant une incompréhension qui peut aboutir à des habitudes corporelles fausses qui endommagent le corps ou le dos.
Synchroniser la respiration et le mouvement, suivre le déroulement du pied-avant pendant l’expiration, pousser le poing gauche avec la paume de la main droite et vice-versa, tendre le genou avant …, tour à tour concentration et observation : la posture entière devient noble, et le corps témoigne de la détente nécessaire à la marche.
Lorsque l’attention est maintenue sur le mouvement lui-même, sur la lenteur et la fluidité, sur le ressenti des sensations, sans les quitter, les pensées parasites ne trouvent pas d’espace pour s’imposer dans l’esprit. Nous sommes bien vivants sans besoin d’aller vers une destination et nous faisons l’expérience de l’instant présent dans sa pureté insaisissable. Présence, simplement.
On peut alors dire que Bouddha se manifeste, naturellement, inconsciemment, et
automatiquement.18
Lorsque l’attention est maintenue dans l’instant présent le Bouddha se manifeste, naturellement, inconsciemment, automatiquement. »
Croquis : Christophe Guillet
- Rappel : notre marche hebdomadaire dans l’esprit du zen relie les deux assises, mais ces trois étapes forment en réalité un seul temps continu de méditation. ↩︎
- Ce qu’Eric Rommeluère propose généreusement sur son site « Un zen occidental » est de grande qualité. Ne me croyez surtout pas, allez vérifier ! Et si vous ne devez acheter qu’un seul livre sur le zen, autant que ce soit le sien : « S’asseoir tout simplement ».
NB : le premier lien indiqué ci-dessus a été piraté. Des éléments ont été partiellement repris sur le site du Refuge du Plessis.
Mais, dans la continuité de son propre projet en quelque sorte, je m’efforce le plus honnêtement possible de « nourrir » le zen avec l’apport, inestimable, de la Vision du Soi selon Douglas Harding. « Mais tout ceci, est-ce du zen ? » … Une seule solution pour en avoir le cœur net : pratiquer, vérifier. ↩︎ - La méditation a lieu en-deçà de l’espace et du temps, bien évidemment, mais concernant la dimension de l’espace, la Vision du Soi dispose de quelques expériences – simples, concrètes, sans échappatoire, joyeuses – propres à réaliser ce fait amusant, étonnant, évident et d’une portée immense : Ce que Je Suis vraiment au Centre n’a jamais bougé d’un millimètre. Et donc ne bouge pas non plus pendant la marche, qu’elle soit lente et méditative, de détente ou sportive, voire un long pèlerinage … Vérifiez … n’en croyez pas un traître mot !
Quelques sensations et compléments dans ce billet : « Le truc d’Ayrton Senna ».
NB : il n’est surtout pas question de vous inciter à aggraver le dérèglement climatique par la pratique du sport automobile, juste de faire saisir l’essence de l’immobilité centrale. C’est plus évident à grande vitesse au début, mais une fois réalisée, elle est accessible dans tous vos déplacements, rapides ou lents. Vérifiez ! ↩︎ - Un grand merci à l’auteur du texte, Guy Mokuho Mercier, et au dessinateur. Je l’apprécie à sa juste valeur, sans m’interdire pour autant d’y apporter quelques commentaires issus à la fois de l’amont, du coté des racines chinoises et indiennes du zen, et de l’aval, de ce fruit occidental remarquable qu’est la Vision du Soi. ↩︎
- Il conviendrait de parler de deux complémentaires plutôt que de « deux opposés », en évoquant le Ciel et la Terre, le haut et le bas. La « voie du milieu » consiste justement à relier soigneusement ces deux pôles. Diverses techniques y contribuent : respiration, circulation de l’énergie, intention, sensation … Une très grande partie de nos difficultés provient de l’insuffisante intégration de ces deux dimensions. ↩︎
- « Aller … » : il y a donc un effort à faire, consentir à « bouger », à sortir de sa zone de confort habituelle pour rejoindre la « bienheureuse insécurité » évoquée par Alan Watts. Ou plus exactement à sortir de la zone d’inconfort habituelle, parfois si peu consciente, celle dans laquelle nous sommes pris par l’agitation, le « bruit » – intérieur et médiatique -, la mécanicité, la complexité … pour tenter l’expérience de l’immobilité & extrême lenteur, du silence, de la conscience, de la simplicité. En fait la seule théorie de la méditation, c’est sa pratique !
Cet « aller » rejoint à mon sens l’invitation faite à Abraham en Genèse 12,1 :
« Le Seigneur dit alors à Abraham : Sors de ta terre, de ta famille, et de la maison de ton père, pour te rendre en la terre que je te montrerai. »
[Καὶ εἶπεν κύριος τῷ Αβραμ Ἔξελθε ἐκ τῆς γῆς σου καὶ ἐκ τῆς συγγενείας σου καὶ ἐκ τοῦ οἴκου τοῦ πατρός σου εἰς τὴν γῆν, ἣν ἄν σοι δείξω·]
Et également celle de l’évangile de Jean 1, 38-39 :
« Venez et voyez. » [Ἔρχεσθε καὶ ἴδετε.] ↩︎ - Ce « marcher » me renvoie immédiatement à un « En marche », celui qu’André Chouraqui a retenu pour traduire « ashréi », généralement traduit par « bienheureux ». « Bienheureux » celui qui savoure cette « essence de la marche » qu’est le kin hin, et demeure en chemin …
« Assieds-toi et marche ! » : deux paroles à tenir ensemble pour se rapprocher de soi-même, s’ouvrir et atteindre la présence, au cœur de l’Être. Jean-Yves Leloup, « L’Assise et la marche ».
Assieds-toi & marche : voilà une exhortation qui convient bien à la méditation dans l’esprit du zen, aussi bien à ses temps « formels » qu’à son intégration dans la vie quotidienne.
« Marcher » c’est aussi une ouverture infinie vers la nature alentour, dans ce rayon de 20 km autour du domicile dont Henry David Thoreau disait qu’il suffisait amplement à satisfaire la curiosité et l’émerveillement de toute une vie. De gré ou de force, il nous faudra bien revenir à cette sagesse après la « Nécessaire réduction du transport aérien » et celle de tous les transports, carbonés et nucléaires !
J’ose écrire ici que vous ne marcherez jamais assez, surtout si vous marchez avec une bonne compréhension & intégration de cette « essence de la marche » qu’est la méditation marchée.
Le chapitre « Marcher » de l’excellent livre de Jacques Dropsy, « Le corps bien accordé » peut également vous être utile. ↩︎ - Cet « état d’équilibre stable », sans « aucun effort » et qui ne consomme qu’un « minimum d’énergie » nécessite une pratique patiente & persévérante pour être trouvé … à chaque instant, dans la posture (assise & marchée) et pour être ensuite intégré dans la vie quotidienne. Il fait bien entendu écho au fameux sutra n° II. 46 des « Yoga-sutras » de Patanjali, le seul qui définisse la posture (asana) : « Sthirasukham âsanam ».
« La posture est ferme & confortable … stable & agréable ». Ou encore : « Asana, c’est être fermement établi dans un espace heureux. » Gérard Blitz.
Les (vrais, mais rares …) Yoga et Qi Gong peuvent constituer des aides précieuses, tant pour se préparer à la méditation dans l’esprit du zen que pour parvenir en cet état de … « dhyana ». Sachez qu’un cours hebdomadaire d’une heure et demie calé dans un agenda n’y suffira guère. Il serait préférable d’envisager de vivre en Yoga, en Qi Gong, en méditation … Et pourquoi pas en Vision du Soi !
La référence de la note n° 9 ci-dessous peut aussi vous aider à comprendre que ce sont des muscles posturaux profonds qui constituent le socle de cette stabilité confortable. Ils sont souvent beaucoup moins sollicités que les muscles périphériques responsables des mouvements. D’où l’intérêt de tenir des postures immobiles un certain temps … ↩︎ - Si vous n’avez plus que de vagues souvenirs de ce qu’est un bassin, une colonne vertébrale, un diaphragme, … le plus simple consiste encore à consulter les remarquables livres de Blandine Calais-Germain. ↩︎
- Dans un premier temps on peut effectivement caler attention & intention sur cette perception : l’impulsion du pas en avant part de la racine du gros orteil et la pression y augmente au fur et à mesure de l’expiration.
Mais l’impulsion part en fait véritablement de yong quan, la « source bouillonnante » (Cf. dessin en dessous des notes de bas de page). Je ne rentre pas dans les détails de cette « porte de la Terre ». Portez votre attention sur ce point, marchez, et sentez que c’est peu à peu toute la zone qui s’ouvre, s’élargit, « bouillonne » et établit un contact étroit, une communication avec l’énergie de la Terre.
Il est d’ailleurs possible (et recommandé !) de faire ce travail de conscience à l’occasion de toutes vos marches. ↩︎ - Une attitude « volontariste » est toujours préjudiciable dans ce qui nous intéresse & rassemble. Outre tous les inconvénients physiques & physiologiques évoqués par le texte, la tension excessive va à l’encontre de cette direction de « sthirasukha », tend à durcir et figer un « ego » corps & mental, alors que le sens de la pratique consiste justement à le relativiser suffisamment pour laisser advenir un Soi relevant d’une toute autre dimension.
La juste posture doit s’efforcer d’exclure cette imposture là ! (NB : référence à la belle formule de Jacques Brosse, « La posture exclut l’imposture. ») ↩︎ - Il me semble qu’il convient de ne pas se laisser aller non plus dans ce déséquilibre avant, coûteux en terme d’énergie musculaire, et garder soigneusement la notion d’une « verticalité qui relie » et qui va. Ou, plus exactement, d’une verticalité reliante & reliée qui accueille en son immobilité foncière tout ce qui se présente. Tout – les sol & murs & plafond & mobilier, … de la pièce, tout l’univers alentour si l’on pratique la méditation marchée à l’extérieur – vient à la rencontre de l’espace d’accueil illimité, inconditionnel et, encore une fois, rigoureusement immobile. Tout vient s’y ré-unir … plus de séparation sujet-objets. UN. N’en croyez surtout pas un traître mot, vérifiez !
Le maintien soigneux de cette verticalité permet de percevoir parfaitement l’alternance tension & détente dans la jambe au cours des deux phases successives : propulsion active & oscillation passive. ↩︎ - Ce « manque de tonus » est un vrai risque : la méditation, contrairement à une idée fausse assez largement partagée, est tout sauf une activité relâchée, tassée, « molle », cool, « zen » au sens le plus faux du mot, … Comme le rappelle Éric Rommeluère, il n’y a pas de méditation sans « ancrage solide », sans « rectitude tonique », sans « stabilité » dans la durée, sans équilibre(s) et détente. Ça relève plus de la quadrature du cercle que d’une activité de dilettante. Et si c’est un truc de bisounours, alors c’est GrosRéveil plutôt que GrosDodo !
Qi Gong, Yoga, ski de fond & de randonnée, marche nordique, natation, jardinage, … les activités ne manquent pas pour redonner vigueur & souplesse à votre colonne vertébrale et à tout votre corps. ↩︎ - Le « ciel » vers lequel nous sommes invités à nous élever de manière aussi détendue que possible, ce ne sont pas des « Cieux ». Et nous ne sommes pas plus invités à suivre une injonction morale : « tiens-toi droit ! » qu’à adopter une attitude figée de statue ou de sentinelle. Mais il est de la plus haute importance de parvenir à se reconnecter avec cette verticalisation qui est l’essence même de l’aventure de l’espèce et de l’individu, à se redresser, à se déployer vers le haut, à ne pas perdre le moindre millimètre de notre taille « optimale ».
Ce mouvement a lieu à partir de Bai Hui, « porte du Ciel », le point le plus haut du corps en relation avec l’extérieur. Portez-y votre attention, sentez-vous aspiré vers le haut à partir de ce point qui, peu à peu, avec la détente s’ouvre, s’élargit et établit un contact étroit avec l’énergie du « Ciel ». C’est en quelque sorte cette connexion qui assure la verticalisation détendue. ↩︎ - Il est effectivement très utile de commencer la marche avec ce repère d’un écart « au moins égal à la largeur d’un pied ». Ensuite c’est la détente du bassin et des jambes qui détermine peu à peu l’écart optimal : les articulations des hanches, genoux, chevilles, pieds s’ouvrent, s’élargissent, le déroulé des jambes se fluidifie. L’écart devient celui qui correspond parfaitement à votre morphologie et à votre état global du moment. ↩︎
- Je vous propose une position plus « simple », au moins pour commencer : le poing gauche fermé, pouce à l’extérieur. L’intention sur le plexus solaire – et sur le Hun Yuan Qiao – ne me semble pas en être amoindrie Vous pouvez tester des positions différentes, mais à condition de le faire suffisamment longtemps pour observer leurs effets.
Vous pouvez également garder ce « poing fermé & main ouverte » très légèrement décalé de la poitrine, si cela vous permet de conserver de l’espace & détente dans les épaules et dans les coudes. Explorez. ↩︎ - J’ai corrigé dans mon billet le rattachement de ce paragraphe à la figure 5.
Et sur cette figure 6 les poignets sont, à mon humble avis, un peu trop pliés vers le haut. Le poing et la main doivent se placer dans le prolongement des avant-bras de manière à conserver de l’espace & détente dans les poignets. ↩︎ - Il y a effectivement beaucoup de points importants à observer et à coordonner. Ni le texte ni les commentaires ne prétendent épuiser le sujet, et seule la pratique permettra une certaine aisance. Cette notion de « noblesse » de l’attitude est des plus utiles pour venir en quelque sorte couronner ce kin hin : c’est l’expression de la véritable grandeur qu’est notre vraie nature.
Mais attention à ne pas se laisser piéger par trop de solennité et veillez à maintenir la détente de tout le corps : portez donc aussi votre attention sur Yin Tang, le point entre les sourcils, sentez que c’est peu à peu toute la zone qui s’ouvre, s’élargit, une esquisse de sourire libère tout le visage, l’intention de détente pénètre dans la tête, puis descend dans tout le corps, le fluidifie, « l’espacifie » …
Le « corps » qui « se corrige lui-même » c’est, bien entendu, le corps total, le corps d’univers. La formule d’Yvan Amar vaut aussi pour la méditation marchée :
« La méditation c’est le lieu où l’univers se réjouit d’être l’univers. »
Je dirais quant à moi que c’est notre vraie nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel qui « se manifeste » alors « naturellement », mais qu’il n’y a là rien d’ « inconscient » ou d’ « automatique ».
Encore une fois, la dernière pour ce billet, n’en croyez pas un traître mot, vérifiez ! ↩︎
Cordialement










