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4 - Méditation

Pratique du zen vivant, « exposé » 12 – Jacques Brosse

Rappel : « Pratique du zen vivant »  relate les alternances d’exposés (« teishô »), suivis de questions & réponses, de treize sessions intensives de zazen dirigées par Jacques Brosse entre le 26 décembre 2000 et Pâques 2004.

Je présente lors de la séance hebdomadaire de Méditation dans l’esprit du zen & sur ce site quelques points saillants de ces exposés, bien entendu en lien direct avec la pratique de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Libre à vous de déposer ensuite vos questions et/ou commentaires, de lire (et relire …) ce livre de Vie. Je me permets cependant de vous recommander de le lire pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ».

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  1. « Si, avant de pratiquer zazen, il vaut mieux ne pas avoir trop lu, afin d’aborder la pratique sans idée préalable, qui pourrait gâcher notre approche, au fur et à mesure que l’on avance sur la Voie, la lecture devient de plus en plus nécessaire, celle d’abord des textes essentiels du zen … ». Et oui, si le zen est bel et bien une transmission « par-delà les écritures » – et peut-être plus précisément en-deçà -, cela ne signifie pas qu’elles sont inutiles, loin s’en faut. Cela rejoint d’assez près la Vision du Soi : ce sont les expériences – et elles seules – qui priment, libre ensuite à chacun, comme indiqué dans l’introduction, de lire tout autrement, en pleine responsabilité : pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ». NB : quelques « Textes zen classiques ». Merci à Éric Rommeluère.
  2. « Aussi, quand, au hasard de vos lectures, vous découvrez dans un texte un passage, ou ne serait-ce même qu’une phrase qui vous touchera au cœur, n’hésitez pas à y revenir, à la relire et à vous y référer. Tournez et retournez la phrase en tous sens, goûtez-la et à chaque fois, vous lui trouverez une nouvelle saveur, une nouvelle signification, de nouvelles indications qui s’adresseront à vous personnellement. … A partir de ce passage que vous aurez assimilé, et qui vous apparaîtra comme la clé de tout le texte, lisez ou relisez celui-ci en son entier … Peu à peu, ce texte, vous vous l’approprierez, il fera partie intégrante de votre pratique. » Et oui, les (bons !) livres sont fait pour cela, être lus et relus : pour une lectio divina en quelque sorte ! De préférence avec un crayon pour les annoter directement, ou de quoi prendre des notes dans un autre support. Pour ceux qui n’auraient plus que de vagues souvenirs de ce qu’est un livre et avant que la « mégamachine » ne les fasse disparaître définitivement, je vous offre ce bref rappel : « Book » ! NB : Personnellement, j’entretiens régulièrement mon par cœur de « Vision », en français, anglais et italien !
  3. « En 1252, un an avant sa mort, Dogen révisa le texte du Genjô kôan et en fit le fascicule d’ouverture du Shôbôgenzô. » Ce dernier est un véritable monument spirituel & littéraire – l’étude d’une vie – qu’il convient d’aborder avec discernement. Deux ouvrages de Jacques Brosse peuvent vous aider, notamment « Maître Dogen, moine zen, philosophe et poète » (biographie) et « Polir la lune et labourer les nuages » (Oeuvres choisies). Je viens de découvrir assez récemment un intéressant point de vue : « Comprendre le Shôbôgenzô ». La traduction proposée pour « Genjô kôan » est : « … actualiser le point fondamental … afin de le rendre directement et immédiatement utilisable ». En ce sens toute l’œuvre de Douglas Harding, et surtout ses (géniales, il me faut bien de temps en temps l’écrire !) expériences, constituent un Genjô kôan … pour l’ensemble de la spiritualité & connaissance de soi & du Soi. Vérifiez !
  4. Voici le début et la fin du quatrième verset du Genjô kôan : « Étudier la voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même, S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même, … C’est voir disparaître toute trace d’Éveil et faire naître l’incessant Éveil sans trace. » Extraordinaire ce « s’oublier soi-même », non ? Alors qu’à peu près tout ce dont nous faisons l’expérience concerne ce « soi-même », cette portion si limitée que représente la zone « je suis humain » de notre « autoportrait », Dogen nous propose simplement de « l’oublier » ! De passer « sur l’autre rive » en quelque sorte. Pour vivre un « incessant Éveil sans trace ». Donc sans lien revendiqué à quelque école, religion, lignée, etc. que ce soit. Existe-t-il projet plus important & urgent ?
  5. « … si nous nous oublions nous-mêmes en tant que sujet face à des objets … en écartant tout ce que nous avons auparavant appris d’eux, tout ce que nous croyons savoir sur eux … alors les êtres et les choses cessent pour nous d’être bons ou mauvais, agréables ou déplaisants. Ils sont, c’est tout ! Alors nous pouvons enfin les percevoir tels qu’ils sont, dans leur splendeur qui est unique, dans la perfection qui leur est propre. Évidemment, une telle attitude, une telle attention, un tel point de vue sont-ils suprêmement importants dans notre relation avec autrui. … » Jacques Brosse développe ici « l’Ainséité« , à laquelle Dogen consacre le 26° chapitre du Shôbôgenzô, « Immô ». La méditation dans l’esprit du zen & la Vision du Soi selon Douglas Harding consiste à « s’oublier soi-même en tant que sujet face à des objets », à devenir ce que nous sommes, tous : espace d’accueil illimité & inconditionnel. Vérifiez !
  6. « … Il faut aller plus loin, reconsidérer l’autre comme ce qu’il est véritablement, à la fois semblable à nous et différent de nous. Alors, mais alors seulement, il y a véritable communication d’égal à égal. Mieux encore, participation, communion. Telle est la vraie compassion. » Plus que « semblable », identique à nous dans la dimension centrale « Je Suis », tout en conservant sa précieuse singularité dans la dimension « je suis humain ». Vous pouvez désormais oublier toutes les « recettes » de soi-disant communication qui prolifèrent dans cette seule zone périphérique : au mieux elles sont inefficaces … Vous pouvez aussi décider de mettre en œuvre une véritable méthode – simple, concrète, précise, joyeuse – de « compassion » : la Vision du Soi selon Douglas Harding !
  7. « … Si nous regardons attentivement quelque chose, si nous écoutons attentivement les voix multiples de la nature mais aussi la voix de tous les autres, si vraiment nous ne faisons que cela, nous nous oublions automatiquement nous-mêmes, nous cessons d’émettre des projections sur le réel et donc de nous le masquer. … Rappelez-vous … Une goutte de pluieTout son … est mon ami. » Sans doute le meilleur résumé du zen qui soit …

Cordialement


Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 65 ans, marié, deux fils, un petit-fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

2 réponses sur « Pratique du zen vivant, « exposé » 12 – Jacques Brosse »

J’ai découvert par hasard une vidéo d’une interview de vous présentant votre site et vos activités pour un journal télévisé (en 2022), en relation avec la vison du Soi. Lors de cet entretien, vous insistez pour spécifier que vous n’êtes ni médecin, ni thérapeute, et que vos méthodes sont de l’ordre de la découverte ou de la connaissance de soi et du Soi et non de la thérapie avec la prise en charge de la douleur et du soin. Vous ne chercheriez donc pas à proposez des voies de guérison, mais à interroger les lieux – organiques ou mentaux- de la souffrance. Toutefois, vous signalez aussi que votre méthode s’inspire du zen, donc du Bouddhisme. Or, en regardant bien votre site, il me semble que tout ce que vous proposez, hormis vos réflexions politiques ou philosophiques, est au contraire bien de l’ordre d’une thérapeutique qui ne dit peut-être pas toujours son nom, mais qui n’en est pas moins omniprésente et qui se veut agissante. Pour le Bouddhisme, il est évident que les vérités découvertes par le Bouddha sont exactement calquées sur les principes de la médecine indienne avec le diagnostic – la souffrance- la guérison – la fin de la souffrance – l’étiologie – les causes de la souffrance – et le chemin vers la guérison – la méthode bouddhique. Vous-même, dans vos exercices, vous cherchez bien à soulager la souffrance liée à la condition humaine et à son malheur, à démystifier les illusions entretenues par l’ego et qui sont causes de souffrance et de maladies, à signifier le bien suprême qu’est le Soi, et la vision du Soi, et qui sont censés guérir de tout, ainsi que la voie qui mène à la guérison, la méthode de D. Harding. Même si vous ne vous prétendez pas thérapeute ou médecin (de l’âme), en quoi vous-même – et vos méthodes – vous en différenciez-vous fondamentalement? Et d’ailleurs, si ces méthodes ne possédaient pas une dimension thérapeutique, en quoi seraient-elles intéressantes ou pertinentes? Même vos préoccupations écologiques visent à soigner la Terre, à guérir la planète et l’humanité de leurs maux. Pour moi, que vous le vouliez ou non, vous êtes engagé dans une voie thérapeutique, à la fois pour vous-même comme pour les autres à qui vous vous adressez. Bruno

Bonjour Bruno,

Voilà presque un mois que j’ai validé votre commentaire … et que je tarde à y apporter une réponse. Vous allez finir par trouver cela louche !

Alors la Vision du Soi est-elle une « visiothérapie » – titre du chapitre n° 9 de « Être et ne pas être » de Douglas Harding (Almora – 2008) ? Disons que des « thérapeutes » il y en a déjà beaucoup sur le marché de la souffrance humaine, peut-être même trop … et qu’il convient d’y réfléchir à deux fois avant de rejoindre leurs rangs.

La Vision du Soi – comme le bouddhisme effectivement – se propose de d’abord nous « sauver », avant d’éventuellement nous « guérir ». J’évoque ici un assez long échange à propos de ces deux verbes issu de l’ouvrage de Marie Balmary, « Le moine et la psychanalyste », mais une bonne partie des chapitres 2 & 3 serait à citer … « Nous avons chacun abandonné la médecine lorsque nous avons rencontré un mal plus grave que la maladie et la mort, ou un désir plus essentiel que celui de guérir. … l’accès au verbe « être » relèverait du verbe « sauver », que c’est par un salut qu’on y accède ? ».

La Vision du Soi rejoint aussi le projet du Qi Gong thérapeutique, en beaucoup plus simple. Aligner toutes les cellules du corps que j’ai avec la totalité du corps que « Je Suis », mon véritable corps d’univers … Dans le véritable Qi Gong, comme dans le véritable Yoga ou le vrai Zen, guérir de l’ego dépasse infiniment le vain projet de guérir l’ego.

Enfin, et même si ça peut sembler abusivement prétentieux, cette démarche correspond de près à la question (et à la « réponse » !) de Jésus au paralytique en Jean 5, 6 : « Veux-tu être guéri ? » [θελεις υγιης γενεσθαι]. Dans un billet encore en l’état de brouillon j’ai écrit ce qui suit : « Être guéri », selon la traduction qui semble la plus juste, ce n’est pas « guérir », pas entrer dans un énième plus ou moins long processus de thérapie …. Quand je vais chercher « υγιης » du coté des strongs de EMCI, je découvre d’abord comme signification de cet adjectif « guéri, sain, en pleine santé, entier », puis parmi les significations du verbe « auxano » dont il dérive : « croître, augmenter, s’accroître, devenir plus grand ». Ne sommes-nous pas là en plein rapprochement avec la « Mahâ-pratique » ? Il me semble bien qu’il n’y a de véritable guérison pour l’être humain que lorsqu’il est « passé sur l’autre rive ».

Voilà. Quelques éléments pour une réflexion … essentielle. A poursuivre.

Cordialement

Jean Marc

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