« La grandeur et la véritable force 1 d’une société et d’une civilisation ne résident pas dans leur économie ou leur puissance militaire, mais dans l’intensité avec laquelle brille le sentiment du sacré 2 en leur cœur, peu importe comment il s’actualise.
Or, la civilisation moderne est la première de l’histoire de l’humanité 3 à ne pas s’être d’abord érigée sur cette intuition forte et lumineuse de l’Immensité au-delà du moi individuel imaginaire 4, cette certitude d’une harmonie secrète et d’une intelligence insondable.
Seul un tel sens du sacré est apte à unir durablement les individus et les peuples. Il est possible de vivre en harmonie sur cette terre et la clé se trouve au-delà de tous les systèmes, toutes les croyances et toutes les opinions. »5
«Montrez-moi la pierre que les bâtisseurs ont rejetée : c’est elle la pierre angulaire.»
Évangile selon Thomas, 66 6
Jean Bouchart d’Orval, «Civilisation profane», Almora, Paris, mars 2020
- J’allais écrire la « notion », mais c’est la réalité de la grandeur qu’il convient d’écrire. Elle est souvent évoquée sur volte-espace, notamment :
« Qu’entend-on par Grand ? »
« La grandeur de l’Inde … – Svami Prajnanpad »
« Une transformation si totale du sens de la grandeur »
…
En fait le projet volte-espace de partage de la Vision du Soi selon Douglas Harding ne vise pas d’autre but que de nous permettre de retrouver – simplement, concrètement, joyeusement – notre grandeur, notre « immensité intérieure », notre « Visage originel ». ↩︎ - Après avoir usé mes yeux sur bien des livres, écouté pas mal de « sages » – dont Jean Bouchart d’Orval lui-même – je pense comprendre tant bien que mal son expression : « l’intensité avec laquelle brille le sentiment du sacré en leur cœur ». Mais comme elle est complexe, peu claire et du coup pas très pratique pour aider à retrouver le chemin du sacré.
Le « sacré », c’est peut-être tout simplement la dimension de l’Esprit, dans une conception anthropologique correcte« Corps & Âme – Esprit ». Ou son équivalent, la dimension de cet espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes, tous, et qu’il est si simple de Voir – parfaitement – dans un atelier de Vision du Soi. ↩︎ - Est-ce que, de ce fait même, « la civilisation moderne » mérite vraiment d’être considérée comme une civilisation ? Le seul projet civilisationnel qui vaille, c’est de sortir de la prison du moi pour accéder à la liberté accessible en cette « immensité », et nulle part ailleurs.
« Une civilisation qui ne ferait croître que le moi … », grosso modo la nôtre, n’en est justement pas une. Le Mahatma Gandhi pensait peut-être aussi à cela lorsqu’il avait répondu à un journaliste anglais qui lui demandait ce qu’il pensait de la civilisation occidentale : « Ce serait bien. » ↩︎ - Cette « Immensité » se situe-t-elle « au-delà du moi individuel imaginaire » ?
Là encore je pense comprendre, mais je regrette l’imprécision de la formulation. Cette immensité me semble plutôt totalement immanente d’abord & transcendante ensuite. En-deça d’abord & au-delà ensuite, une nanoseconde après. La réalisation du « vide », de l’espace d’accueil, du « Je Suis » central précède nécessairement de peu l’explosion aux dimensions de l’univers & de tout le vivant, qui s’ensuit.
Et le moi individuel, très réel, vient trouver place dans cette hiérarchie bien ordonnée, dans la zone « je suis humain » du dessin ci-dessus. Tout se remet – simplement, concrètement, joyeusement – en ordre. N’en croyez surtout pas un traître mot, vérifiez ! ↩︎ - La clé d’une vie fraternelle parce qu’unifiée ne se trouve-t-elle pas plutôt en-deça « de tous les systèmes, toutes les croyances et toutes les opinions » ? Dans la réalisation de notre commune nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel ? La Vision du Soi selon Douglas Harding peut apporter une aide décisive pour valider ce désir d’unité. Là se trouve sans doute « le seul espoir ».
« Est moine celui qui tend à l’unité en lui-même, à l’unité avec les autres, à l’unité avec la planète qui le porte, à l’unité avec le réel qui le soutient dans l’être. »
Bernard Besret ↩︎ - La traduction de Jean-Yves Leloup est un peu plus ramassée :
«Montrez-moi la pierre rejetée par les bâtisseurs : c’est elle la pierre d’angle.»
NB : la parabole se trouve également chez Matthieu, Luc et Marc. ↩︎
Cordialement

