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AnarChrist ! – Falk van Gaver & Jacques de Guillebon

Ce billet n’est qu’une « petite » réaction – post élection présidentielle 2022 – à quelques informations transmises par un ami inscrit aux « news » du magazine Golias. Quelques extraits pour commencer :

« Mené le jour du premier tour des élections présidentielles, un sondage IFOP indique que les catholiques ont voté à … 27 % pour la candidate du Rassemblement national, 10 % pour Éric Zemmour, … Les candidats d’extrême droite ont obtenu 40 % si on additionne les votes en faveur de Marine Le Pen, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan (3 %), soit plus que l’ensemble des Français (32,5 %) et surtout en augmentation de 12 % par rapport à 2017. …

Un non-sens total au regard des valeurs de l’Évangile, alors que l’épiscopat français n’a jamais eu un mot pour dénoncer la montée de l’extrême droite. … »

Pour aller plus loin : Golias Hebdo n° 717

« … Le sociologue Yann Raison du Cleuziou analyse la cause de la radicalisation droitière des pratiquants, résumée dans une tribune publiée dans La Croix.

… comparativement au reste des Français, les pratiquants réguliers se sont surmobilisés en faveur d’Éric Zemmour. Si seulement 7 % des non pratiquants ont voté Zemmour, ils sont 10 % parmi les pratiquants occasionnels et 16 % parmi les réguliers. L’engouement est encore plus fort chez les jeunes catholiques. …

Dans un contexte d’effondrement statistique, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent : tendanciellement les plus conservateurs. … il faut s’attendre à ce que la radicalisation droitière des catholiques soit durable pour ces raisons. »

Pour aller plus loin : Golias Hebdo n° 718

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Une image-choc ensuite pour aider à resituer le contexte de la « bonne nouvelle » – l’évangile, du latin evangelium, emprunté au grec ancien εὐαγγέλιον & euangélion :

(Comme l’anglais utilisé est assez facilement compréhensible, je me dispense de traduire. Dès que je trouverai une affiche rédigée en français, je remplacerai celle-ci.)

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J’invite enfin toutes les personnes incluses dans les statistiques de vote ci-dessus à cesser de brandir comme un étendard les Écritures (qui n’appartiennent à personne) et à, tout simplement, commencer par les lire, très soigneusement. Le mode de lecture mis en avant par Marie Balmary leur serait sans doute des plus utiles …

Et pour terminer, je me permets de faire aussi un peu de réclame pour un livre important de Falk van Gaver Jacques de Guillebon :

« AnarChrist ! Une histoire de l’anarchisme chrétien »

En voici la préface :

« Des pages brûlantes

Le nom de Clavel ne dit plus grand-chose au moins de cinquante ans. C’est bien dommage ! Soixante-huitard historique, défenseur lyrique des grévistes de chez Lip à Besançon, auquel il consacra en 1974 un livre superbe (Les paroissiens de Palente), Clavel était un anarchiste chrétien de la meilleure eau. De 1965 à 1979, il tonna chaque semaine dans la presse.

En mai 1968, il fut l’un de ceux qui comprirent le mieux – et le plus vite – la dimension spirituelle des “événements” qu’il comparaît à un “soulèvement de vie” et que le jésuite Michel de Certeau baptisait de “prise de parole”. Pourquoi redire ces choses aujourd’hui ? Parce que le glissement à droite d’une bonne partie du vote catholique, l’inclination néolibérale de nombreuses figures du catholicisme hexagonal comme les crispations traditionalistes du Vatican donnent une image sans cesse distordue de l’héritage évangélique, dans sa subversion originelle.

Toutes ces “âmes habituées” (Péguy) sont assez déprimantes pour qu’on s’intéresse, par contraste autant que par nécessité, à l’autre versant du christianisme, protestataire celui-là. Ce livre nous le rappelle : la rébellion spirituelle, le souci des pauvres furent incarnées, de siècle en siècle, par de flamboyantes figures. AnarChrist emprunte son titre au sociologue et théologien protestant Jacques Ellul, auteur en 1988 d’un petit texte décoiffant « Anarchie et christianisme ». Ce dernier, disparu en 1994, fut mon maître, comme il fut celui de José Bové, Noël Mamère ou Denis Tillinac.

Le livre lui accorde sa place, comme il reprend l’un après l’autre, et avec minutie, l’itinéraire des grands témoins que furent Léon Bloy, Georges Bernanos, Simone Weil, Charles Péguy, Gustave Thibon sans parler d’Emmanuel Mounier, Jacques Maritain et bien d’autres. Les nombreuses citations de leurs textes font du livre une belle anthologie de la rébellion chrétienne. On le constate vite : devant cette radicalité-là, la véhémence antichrétienne, façon Michel Onfray, paraît en peau de lapin.

Sachons gré aux auteurs d’avoir récusé la sempiternelle formule “chrétien de gauche” et “chrétien de droite”, devenue assez sotte, au fond, dans sa tournure. L’époque n’en est plus à ce distinguo, si tant est qu’il ait jamais fait sens. Ils ont aussi la bonne idée de s’intéresser à quelques auteurs plus inattendus, ou injustement oubliés. Je pense à Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), figure française du socialisme naissant, dont la pensée est analysée finement mais sans dévotion. Je pense également au populiste paysan russe Pierre Kropotkine (1842-1921), hostile aux prêtres comme aux juges, mais qui fit retour à la douceur invincible de l’“Évangile radical”. Quant à Arthur Rimbaud, les auteurs rappellent à son sujet les lignes de Stanislas Fumet qui voyait en lui un “mystique contrarié”.

Un événement rend particulièrement actuelle cette réflexion sur l’“anarchisme chrétien” : la parole et la sensibilité du pape François pour qui le souci des pauvres est le cœur même du message évangélique. Le fameux “message de paix” du pape, qui a été lu dans les églises le 1er janvier 2014 fut exemplaire à ce sujet. Ce texte dénonçait “un égocentrisme et un consumérisme matérialiste” qui “affaiblissent peu à peu les liens sociaux” et “poussent au mépris”. Dénonçant sans détour les très hauts salaires, il déplorait une “répartition inéquitable” du revenu et en appelait une nouvelle fois à la doctrine sociale de l’Église. Au mois de novembre 2013, déjà, le pape confirmait son “option préférentielle pour les pauvres”, tout en se démarquant de la théologie de la libération.

Il n’en fallut pas davantage pour que le pape se voie accusé de “gauchisme” par les milieux économiques et financiers liés à l’argent et gouvernés – souvent – par la cupidité. Des sottises consternantes qui, au bout du compte, rabattent l’inspiration évangélique sur nos indexations temporelles pour ne pas dire politiciennes. Il se trouve toujours des gens pour regarder le monde par le petit bout de la lorgnette !

Pour caractériser les propos du pape, mieux vaut s’interroger, comme le font les auteurs de ce livre, sur la radicalité “anarchiste” du message porté par les deux Testaments. Je garde en tête un superbe article publié voici une douzaine d’années dans la revue Études (octobre 2002). Signé par Anne-Marie Pelletier, qui enseigne l’anthropologie biblique à l’École pratique des hautes études, l’article avait un titre bravache :

« Pour que la Bible reste un livre dangereux ».

Par ce dernier adjectif, l’auteur se référait au “redoutable pouvoir de contestation” du message biblique qui garde, aujourd’hui encore, “un formidable pouvoir critique sur les sociétés qui le lisent”. Elle rappelait que ce texte n’était pas un message douceâtre, mais s’apparentait à de la nitroglycérine, capable de dynamiter les stratégies de domination, les tyrannies et le mépris des plus faibles. Elle mettait les chrétiens en garde contre cette molle “habitude” qui conduit à révérer mécaniquement les évangiles, sans plus s’interroger pour de bon sur ce qu’ils disent.

Le risque serait alors de ne plus voir dans la Bible qu’une sorte d’“archive culturelle” devenue “insignifiante aux yeux de la majorité des Européens”. Oublier ainsi la force du message chrétien, c’est se tromper vertigineusement. Le plus antichrétien des philosophes, Friedrich Nietzsche, était le premier à reconnaître que la radicalité du message évangélique avait fendu en deux l’histoire du monde. (À ses yeux, c’était une catastrophe !) Certes, au cours des siècles, les Églises n’ont pas toujours été à la hauteur de cette rupture inaugurale. Il n’empêche qu’elle a eu lieu, et qu’elle produit aujourd’hui encore ses effets. L’évidence – magnifique – crève finalement les yeux : ce n’est pas le pape François qui est gauchiste, c’est la Bible qui continue magnifiquement d’être un livre “dangereux”.

Les auteurs de ce livre l’ont parfaitement compris. Et c’est heureux. Fusantes, jaillissantes, brouillonnes quelquefois, ces pages sont à l’image de la lave qu’elles charrient magnifiquement : brûlantes, c’est-à-dire dérangeantes, à souhait. »

Jean-Claude Guillebaud

 

Cordialement

 

NB :

– le lien vers les éditions DDB offre généreusement la possibilité de lire, outre cette préface, un chapitre liminaire et l’introduction. Merci !

– commentaires à venir, patience !

 

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 62 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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