Suite à la citation du lundi 16 février 2026 sur ipapy …1
« Si on veut transmettre quelque chose dans cette vie, c’est par la présence bien plus que par la langue et par la parole. La parole doit venir à certains moments, mais ce qui instruit et ce qui donne, c’est la présence. C’est elle qui est silencieusement agissante. »
… je me suis replongé dans l’œuvre de Christian Bobin. Un peu de Bobin, ça ne peut pas faire de mal. Son étonnante présence envers tout ce qui l’entourait, qu’il a merveilleusement su traduire en mots, fait même un bien fou ! Vérifiez !
Dans un recueil d’entretiens déjà anciens (1990 – 1994) intitulé « La merveille et l’obscur suivi de la parole vive » j’ai relu l’extrait ci-dessous, comme un complément de la magnifique interprétation de Léo Ferré ci-dessus. (Qualité d’image assez moyenne, mais ce Discorama date du 10/03/1965 !)
Il s’agit d’un entretien avec Charles Juliet (pages 17 & 18), ou après avoir évoqué l’enfance, tous deux s’interrogent sur « le passage vers la vie adulte ».2
« … L’enfance est le plus clair reflet de dieu – mais ce n’en est que le reflet. Le paradis, nous n’en sortons pas avec l’enfance. L’âge d’or n’est pas derrière nous, dans l’épaisseur d’une nostalgie. L’âge d’or est devant nous, dans la transparence d’un regard. Les portes du paradis s’ouvrent comme s’ouvre un visage, sous-la puissance lumineuse d’un sourire. Si l’on veut voir le paradis sur terre, il suffit de contempler le visage de l’autre quand un sourire étend ses traits, quand ce visage est baigné – comme dit Verlaine – par le « bonheur d’une paix sans victoire », quand enfin se suspend cette lutte de chacun contre tous, cette volonté de s’agrandir aux dépens de l’autre, ou cette tristesse de diminuer à son profit. Quand nous ne sommes plus dans l’enfermement ni dans la conquête, quand nous jouissons – toujours selon Verlaine – de la lumière d' »être simple sans plus attendre ». C’est ça le paradis. C’est ça l’âge d’or : devant nous comme l’est le visage d’autrui quand ce visage se fait limpide. Il y a des textes plus riches que ce poème de Verlaine, « La bonne chanson ». Il y a des écrivains plus exaltants, plus aventureux et plus souverains que ce pauvre Verlaine coincé entre sa mère et sa femme, entre son bon dieu et ses jurons, entre ses larmes et ses alcools.3
Mais je donnerais toutes les écritures du monde pour ce seul texte :
Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c’est notre vie
Que de la haine et de l’envie
Rien ne reste, la mort venue.
Que voulez-vous ajouter à ça, sinon quelques taches d’encre sur du papier, quelques mots inutiles. « Elle dit, la voix reconnue » : si on la reconnaît c’est qu’on l’a déjà connue, cette voix – et de fait on l’a bien entendue dans les années d’enfance. Alors l’âge adulte, si c’est un reniement, c’est le reniement de cette voix-là, de cette simplicité. Un reniement ou plutôt un oubli. Mais ne sommes-nous pas toujours responsables de nos oublis ? »4
- Citation retrouvée dans « La grâce de solitude », un recueil de textes rassemblés dans un n° thématique de « L’Attention » datant du 4° trimestre 1996 (réédité par Albin Michel). Et plus précisément du texte intitulé « L’irradiance du dénuement », entretien de Christian Bobin et Marie de Solemne.
Billet plus conséquent en préparation, patience ! ↩︎ - Un bel entretien entre deux écrivains singuliers & profonds. Suivi de quatre autres avec Nelly Bouveret, Judith Brouste, Guy Coq et Marc-Olivier Padis. Très différents & complémentaires ; tout mérite d’être lu. Étonnant comme cet encore jeune Bobin est déjà très profondément le grand Bobin !
Lien vers la Bibliothèque Sonore Romande découvert par hasard. Il m’a semblé utile de faire connaître cette remarquable entreprise. ↩︎ - Petite erreur de la part de C. Bobin : cette « chanson bien douce » appartient au recueil « Sagesse » (Cf. dernier lien ci-dessous) et pas à celui intitulé « La bonne chanson ». Étonnant que l’éditeur n’ait pas vérifié & corrigé ! Étonnant aussi que C. Bobin ne cite pas le nom de Rimbaud, qui a quand même sensiblement chamboulé la vie de Verlaine … ?
Pour la Vision du Soi selon Douglas Harding, « l’âge d’or » est à la fois dedans (d’abord) et « devant nous » (immédiatement après), dans la transparence absolue que permet notre subjective et évidente « absence de tête », dans la reconnaissance de notre « autoportrait » commun. Et « si l’on veut voir le paradis sur terre, il suffit de contempler … » tout ce qui se présente à partir de ce « Visage Originel », de cet espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes, tous.
Ne subsiste-donc qu’une seule, abrupte & majeure question : voulez-vous vraiment « jouir … de la lumière d’être simple sans plus attendre » ?
Si la réponse est « oui », alors la Vision du Soi s’offre à vous.
Sinon la vie continuera d’osciller entre « enfermement et conquête », « de la souffrance à l’ennui », une longue « saison en enfer », un bien triste « jour sans fin » ! ↩︎ - Et, bien que tenté, je n’ajoute donc rien ! ↩︎
Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d’eau sur de la mousse !La voix vous fut connue (et chère !),
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,Et dans les longs plis de son voile
Qui palpite aux brises d’automne,
Cache et montre au cœur qui s’étonne
La vérité comme une étoile.Elle dit, la voix reconnue.
Que la bonté c’est notre vie.
Que de la haine et de l’envie
Rien ne reste, la mort venue.Elle parle aussi de la gloire
D’être simple sans plus attendre,
Et de noces d’or et du tendre
Bonheur d’une paix sans victoire.Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame.
Allez, rien n’est meilleur à l’âme
Que de faire une âme moins triste !Elle est en peine et de passage
L’âme qui souffre sans colère.
Et comme sa morale est claire !…
Écoutez la chanson bien sage.Paul Verlaine
Dans « Sagesse » (Poème n° 16).
Cordialement


10 réponses sur « La chanson bien douce – Verlaine, Bobin, Ferré »
Voici la rengaine poétique des comptines bobinesques de nouveau à l’honneur sur votre site! Lequel gagnerait vraiment à se renouveler, car la répétition du même et des mêmes idées n’est pas le signe d’un éveil ni d’une ouverture d’esprit, mais bien d’une sclérose, en espérant que celle-ci ne soit pas en plaques.
Si Christian bobin s’était penché plus sérieusement sur la question de la parole et du langage, il aurait pu constater deux choses qui auraient remis en cause sa vision un petit peu trop idyllique trop étroite :
d’abord que le langage et la parole priment sur l’appréhension et la perception des choses dans la mesure où ils confèrent du sens à ce qui au commencement n’en a pas. Et ce sens est justement ce qui préside à toute « présence » qu’on peut aussi écrire « pré -sens », en jouant légèrement sur les mots, mais sans les trahir ni les dénaturer. La seconde chose qu’aurait pu voir Christian, c’est que toute pensée comme toute parole ne dépendent pas uniquement du mental, mais bien du corps et de l’organisme tout entier, lequel est parlé par le langage comme le langage est investi par le corps, les deux à la fois et différemment.
Et cela lui aurait permis de ne pas délirer complètement dans le jardin en décomposition de sa poésie en prose.
Bonjour Bruno,
Toujours égal à vous même, toujours prompt à la critique … même d’un poète & écrivain reconnu et décédé ! J’espère que ses « groupies » ne vont pas me harceler pour avoir validé votre commentaire assassin !
Christian Bobin est outre un véritable génie de la présence & parole, un excellent antidote à la toute puissance & nuisance du moi & mental. Mais ce pharmakon, encore faut-il le prendre, à dose suffisante et régulièrement.
« Le langage et la parole » sont une aide & une entrave. Toute méditation & contemplation sérieuse permet de le vérifier et de l’intégrer.
Tout, absolument tout, le moindre petit « détail » prétendument insignifiant a du « sens » dès le commencement.
Ce n’est que notre surestimation mortifère du mental qui en doute.
Et « l’organisme tout entier », l’entièreté anthropologique de l’être humain, c’est « corps & âme – Esprit ». Hors de cette tripartition point de Salut.
Cordialement
Christian Bobin de nouveau à l’honneur sur votre site! Vous en recevrez assurément le juste prix en accédant un jour au paradis de la poésie enfantine, mon cher Jean-Marc.
Deux choses que la vision poétique de Christian (je l’appelle par son prénom, l’ayant personnellement connu) ignorait, mais qui lui aurait donné un peu plus de consistance :
la 1ère, c’est que le langage et la parole investissent les vécus de chacun d’entre nous en leur conférant un sens possible. De ce fait, cette opération, souvent involontaire mais portée par le désir, soutient le phénomène de la « présence » dont il parle, et qu’on peut aussi s’écrire « pré-sens », en jouant un peu sur les mots, mais sans les tordre, ni les dénaturer.
La 2nde, c’est que la parole et le langage n’appartiennent pas uniquement à la sphère du mental. En effet, parler et même penser sont des actes qui ne s’effectuent jamais hors du corps ou sans lui, et c’est tout l’ensemble psychosomatique qui s’exprime à travers la parole ou la pensée, articulées grâce au langage. Celui-ci n’est pas seulement un médium linguistique, mais la sphère de culture et imprégnée tout à la fois de culture, de mémoire et de savoir, qui nous permet d’échanger et d’écarter temporairement la violence, la bêtise ou l’indifférence.
Ce qui invalide quelque peu la vision mystique et poétique de Christian.
Merci à vous. Bruno
(j’avais laissé un 1er message, mais je ne sais si votre logiciel l’a capté. Aussi j’ai préféré en écrire un 2nd, vous choisirez celui qui vous convient…)
J’approuve (c’est le vocabulaire de wordpress) ce 2) commentaire … dont je désapprouve le contenu !
Tout est à peu près dit dans ma précédente réponse.
Non, « présence » n’est pas « pré-sens ».
Le mental nous sépare de notre véritable « corps d’univers » … celui qui nous permet de vivre un « éternel orgasme » comme disent les Upanishads !
Si « la sphère de culture … imprégnée tout à la fois de culture, de mémoire et de savoir » nous permettait « d’écarter … la violence, la bêtise ou l’indifférence », ça se saurait ! Le monde ne serait pas tel qu’il est …
Cordialement
Merci à vous et pour votre accueil.
Permettez-moi de vous dire que vous êtes d’une prétention quasi christique, mon cher Jean-Marc, en assénant vos jugements à peine partiaux, de nature apocalyptique et toujours péremptoires, :
» En dehors de cette tripartion, pas de salut!’, « Hors de la vision du Soi ou sans tête, pas de salut! »
Diantre! Seriez-vous le nouveau Messie que personne n’attendait? Et qui juge ceux qui ne suivent pas sa voie ou ne croient pas en son message ni en sa personne?
je m’interroge sur votre équilibre psychique.
A nos âges, on peut avoir parfois des surprises désagréables.
Laissez donc le Soi, l’Absolu ou Dieu décider, trancher et juger de ce qui peut sauver ou non comme de ceux qui doivent l’être ou pas!
Qui peut savoir si un certain nombre de vos idoles ne se retrouveront pas du côté des réprouvés pour avoir franchi des limites interdites par Dieu lui-même? Comme par exemple de croire que l’on peut vivre d’un « éternel orgasme »!!
Oui, la sphère de la culture et du langage nous sont d’un plus grand secours que les visions occultes qui n’effacent pas la vraie nature humaine.
Il suffit d’observer l’étonnant orgueil et la surprenante agressivité de tous les « éveillés » que j’ai pu contacter ces dernières années, et qui ne supportent ni critiques, ni question pertinente, ni doute, que leur illumination aurait dû éradiquer depuis longtemps, et qui entretiennent encore leur amour-propre et leur narcissisme à grands coups « d’orgasmes » spirituel, pour comprendre que la solution ou l’issue ne se trouve absolument pas du côté de ceux qui croient détenir la Vérité et en font commerce d’une façon ou d’une autre.
A bientôt
Bruno
Bonsoir Bruno,
N’exagérons rien !
Et votre « bobinophobie » vous rend même aveugle à cette fabuleuse « chanson bien douce » de Verlaine et à l’interprétation de Ferré. C’est plus que de l’acharnement, ça confine au délire … Pauvre de vous !
Je reprends dans l’ordre de votre commentaire …
– pas trop le souvenir d’une quelconque « prétention » de la puissante impersonnalité du Christ … ? Vous pensez à quelque chose de précis ?
– j’imagine que vous avez remarqué les points d’exclamation à la fin des deux expressions copiées & collées … Une emphase certaine certes, mais aussi l’occasion d’évoquer un vieux machin démodé : le « salut ».
– concernant la Vision du Soi, c’est bien sûr de la provocation … et ça marche !
– concernant la thèse de Michel Fromaget, qui est aussi une très large synthèse, c’est une conviction forte.
– ni « messie », ni guru, ni maître … « Il est temps de mettre un terme au maître » ! Même si toutes sortes de fièvres sont orientées à la hausse en ces temps troublés. La Vision est tellement simple, l’évidence même … essayez !
– cette simplicité, ce summum où il n’y a plus rien à ôter, confine au génie. Celui de Douglas bien sûr, moi je ne fais que me jucher sur les épaules de ce géant … encore assez peu reconnu il est vrai.
– « le Soi, l’Absolu ou Dieu » n’existent pas sans de simples « mortels » pour les incarner. « Ils » ont désespérément besoin de nous, et pas l’inverse.
– Et Marie Balmary relèverait sans doute la forte influence du faux « dieu du surmoi » dans cette obsession du « jugement ».
Vous savez (ou pas !) que, in fine, « nous irons tous au paradis » !
– alors « Le sage vit un éternel orgasme » est une citation des écritures hindoues, rapportée par Arnaud Desjardins, mais dont je n’ai toujours pas retrouvé la référence exacte … Les Upanishads sont un gros morceau si l’on souhaite y rentrer sérieusement. La traduction est sans doute excessivement occidentalisée. Retenons peut-être la notion d’une immense « joie sans objet ».
– « vision occulte » est un drôle d’animal, une chimère ! Que pourrait-il bien y avoir d’« occulte » dans la Vision du Soi ?
– Et, comme je l’ai déjà écrit tant de fois, l’expérience qui (seule) permet la connaissance n’interdit pas de « jouer » ensuite avec des tas de références « culturelles » périphériques, juste pour le plaisir de la recherche et de l’échange. Mais c’est relativement secondaire.
– « l’étonnant orgueil et la surprenante agressivité … » RAPPEL : « Qui médit se raconte, qui accuse se dénonce, qui juge se condamne » !
– pour finir : zéro « commerce » sur volte-espace. Tout est gratuit, parce que tout est donné de toute éternité. Mais bon, rien ne vous empêche de m’envoyer un petit chèque pour tous mes frais annexes !
Cordialement
Merci à vous. Si j’en avais les moyens je vous enverrais immédiatement un soutien financier, car vous le méritez amplement.
Non, l’expérience seule ne suffit pas et c’est véritablement l’expérience en tant que telle qui le démontre, car elle a toujours besoin, et c’est une nécessité à la fois absolue et impérative !, du regard d’un autre pour se trouver confirmée et reconnue. Nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre divinité. Et l’expérience d’un Soi imaginaire confine à l’autisme et engage dans une voie psychotique dont la plupart de vos aînés se sont engouffrés, rarement pour le meilleur toujours pour le pire.
Oui! vous avez raison : chassons le maître par la porte avant qu’il ne revienne au galop par la fenêtre ou par la cave! Et et ne soyez pas trop prompt à juger les autres tout répétant de façon obsessionnelle ce slogan d’Arnaud Desjardins !
Je me suis souvent demandé quel était le meilleur service que je puisse rendre à des personnes comme vous, engagées sur cette voie sans issue ? Et la réponse est venue depuis quelques temps : c’est tout simplement de résister à toutes les avances mystiques, à toutes les attentes spirituelles ou à tous les désirs d’emprise mystique plus ou moins avoués et qui me ramèneraient immédiatement dans une situation régressive où nous ne serions plus qu’un sur un mode régressif et spirituellement incestueux.
Rester, non pas dans une volte-face, mais dans un face à face où chaque subjectivité est respectée et où il n’y a ni fusion ni union d’aucune sorte, mais un dialogue possible et exigeant grâce à la séparation, à l’opposition et à la différence que vous tentez d’effacer de toutes les façons possibles.
Et qui sait? Peut-être un jour quelqu’un me remerciera d’avoir résisté à tous les assauts spirituels et à toutes les tentatives d’attentat mystique ?….
Bonjour Bruno,
Commentaire « approuvé » … qui en dit long sur votre « positionnement », vos « souffrances & refus ».
En attente de mon commentaire … mais je suis actuellement débordé. Patience !
Cependant, dans l’espace d’accueil que « Je Suis », il y a largement de la place pour ce débordement !
Cordialement
Bonjour Bruno,
J’espère que vous êtes bien.
Nous sommes d’accord sur le fait que « l’expérience seule ne suffit pas ».
NB : J’ai d’ailleurs un beau texte de Douglas sur ce thème, « l’expérience et sa signification » en cours de traduction & commentaire. Je vous préviendrai de sa « publication ».
Mais, s’il n’y a pas d’abord « expérience », alors il n’y a rien que de l’information – ou de l’imagination, rien de solide ne peut se développer.
Comme le dit si bien ce bon vieux Jung, « L’expérience religieuse est absolue ». Elle n’a pas, à mon humble avis, nécessairement besoin « du regard d’un autre pour se trouver confirmée et reconnue ». Bien souvent ce regard amène au contraire à douter et à relativiser l’intensité de ce qui a été vécu. Alors bien sûr tout dépend de « l’autre » … mais si nous partons du coté du maître, guru ou directeur de conscience, nous risquons fort d’alimenter la confrontation.
Après avoir longtemps galéré seul avec son « expérience absolue » de « vision sans tête », sa « vision », Douglas a fini par en trouver une confirmation auprès d’amis spirituels issus de la tradition ch’an & zen … morts depuis plusieurs centaines d’années, mais qui parlaient, depuis & en tant que le même espace d’accueil central, le même langage.
« Nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre divinité », certes. Mais vous savez que je souscrit pour ma part à l’hypothèse de Marie Balmary : nous sommes, tous, « en l’image », et nous sommes libres d’acter ou non la « ressemblance ». Je n’insiste pas, vous avez déjà critiqué sévèrement ce billet.
La carte maîtresse de la Vision du Soi, notre « autoportrait » commun, montre particulièrement bien l’articulation correcte du moi périphérique et du Soi central, une « hiérarchie » bien ordonnée. Libre à chacun de s’en saisir et de « coïncider silencieusement » avec. Ou pas.
Libre à vous de considérer que « l’expérience d’un Soi imaginaire confine à l’autisme et engage dans une voie psychotique dont la plupart de vos aînés se sont engouffrés, rarement pour le meilleur toujours pour le pire ». N’empêche que cette expérience structure l’ensemble des sociétés humaines depuis … le début ! Et que si la puissance qu’elle contient a souvent conduit, certes, a bien des tentatives d’instrumentalisation de la part du pouvoir, ce n’est pas elle qu’il faut blâmer mais le pouvoir.
Il est tout à fait possible de retourner votre formulation : SEULE l’expérience de la réalité du Soi permet d’assurer une communication complète & parfaite (et pas tous les gadgets technologiques des NTIC) et d’envisager la possibilité d’une société enfin saine, non aliénée (pour reprendre un titre d’Eric Fromm). Encore une fois, nous sommes libres de ne pas écouter & entendre ce que cette longue et prestigieuse lignée d’« aînés » propose et d’assister à la vertigineuse dégringolade de la plupart de nos dissociétés. Que la science, le droit, la délibération démocratique, que sais-je encore ?, ne pallient que très marginalement …
La formulation que je préfère est plus modérée : « mettre un terme au maître » ! Le recours au « maître » peut s’avérer utile, mais, dans un stade plus avancé & plus libre, ce qui compte vraiment c’est la connexion au maître intérieur.
Ce n’est pas un « slogan » d’Arnaud Desjardins, mais une formulation d’une grande justesse psychologique. Utilisable & utile quotidiennement. Vérifiez, faites votre propre expérience !
C’est gentil de vouloir me rendre service … mais, quel autre « issue » me proposez-vous donc ?
Les « personnes comme moi » ont choisi d’adhérer, grosso modo, à « l’hypothèse de travail minimale » d’Aldous Huxley. Et donc de refuser de « courir à coup sûr au désastre ». Nous sommes de grands optimistes en réalité !
Surtout qu’avec la Vision du Soi, « la recherche du royaume de Dieu » a cessé d’être « prenante et épuisante ».
Si vous avez été victime « d’emprise mystique », j’en suis désolé pour vous. Mais ça n’a jamais été mon cas. Et je n’établis donc pas comme vous d’équivalence entre spiritualité & mystique et volonté d’emprise.
Pour moi seule cette dimension humaine-là, bien comprise & vécue, permet un réel progrès, individuel & social. Elle ne conduit pas à n’être « plus qu’un sur un mode régressif et spirituellement incestueux ». C’est à la fois un paradoxe et un mystère, mais seules des personnes entées en ce « Je Suis » central commun (gardez la désignation qui vous convient) sont réellement individuées (pour parler comme Jung), capables d’assumer et de développer pleinement leur singularité & originalité. Être Un au Centre, en tant que Centre, et rester pleinement soi-même en périphérie … c’est tellement simple !
Je sais que je ne vous convaincrai pas si facilement, mais observez soigneusement la longue liste d’« aînés » : pouvez-vous en trouver deux rigoureusement identiques ?
Alors le « truc » de Douglas et le mien consiste à voir clairement qu’il n’y a pas de face à face possible entre « je et tu ». Seul un tiers qui observe ces deux-là de l’extérieur peut qualifier ainsi la situation. C’est l’expérience de base de la Vision du Soi que ce « face à espace », expérience que je vous engage à faire depuis nos premiers échanges. Expérience que vous refusez … librement. Ce qui me permet de confirmer que sans expérience préalable, nada !
Est-ce qu’elle conduit au désastre que vous évoquez ? A la « fusion » et à la confusion, à la « régression incestueuse » ? Je ne l’ai encore jamais constaté …
Est-ce qu’au contraire elle ne permettrait pas un vrai dialogue périphérique, ouvert & confiant même si les différences demeurent entières & légitimes, parce que construit sur un fondement central commun ?
Je ne suis pas un amuseur public, grassement payé comme C. H. pour mettre en scène des « oppositions » factices et, semble-t-il, appréciées par un certain public. Je me sens responsable, comme tout être humain à peu près normalement constitué, d’une fraternité possible hors de laquelle il n’y a aucune issue, aucun salut, aucun avenir. Celle-ci exige ce fondement commun, que spiritualité & mystique cultivent depuis toujours et auquel la Vision du Soi facilite grandement l’accès.
En réalité, c’est l’assurance du fondement central qui permet l’expression et l’exaltation des différences périphériques. Il faut juste consentir à jouer sur deux niveaux – Center & périphérie – radicalement distincts & parfaitement unis.
Que rajouter ? Vous faites bien comme vous voulez !
Cordialement
Jean Marc
En lisant votre longue réponse, je constate parfaitement l’écueil de nos échanges et le monde artificiel qui est le vôtre, que vous avez bâti depuis des années et dont vous ne pouvez plus, plus encore que vous ne le voulez, vous détacher, ne serait-ce que pour l’objectiver ou émettre la moindre critique sur lui et ses propagateurs.
Et je vois parfaitement mon erreur, dont je me repens, et que j’ai aussi commise avec d’autres personnes comme vous. Celle d’avoir tenté de vous sortir de ce monde réeenchanté du Soi, en vous proposant une remise en cause dont vous n’êtes plus capable (ce qui se comprend, vu votre âge et votre implication…).
Cordialement. Bruno