Dessine-moi un atelier de Vision du Soi … !

La principale difficulté pour organiser des ateliers de Vision du Soi selon Douglas Harding consiste à décrire précisément de quoi il retourne.

Si les lignes directrices de la recherche proposée sont assez simples :

  • Un axe : que suis-je ? qui suis-je ? voire où suis-je ?
  • Une direction privilégiée, mais non exclusive : vers l’intérieur
  • Deux « bornes » principales : l’apparence périphérique que j’ai là-bas à un mètre environ, dans le miroir ou dans les yeux des autres, et la réalité centrale que Je Suis Ici, au Centre, à zéro centimètre de moi-même
  • Un sens privilégié, mais pas exclusif : la vue
  • Un rythme alternant expériences d’attention, prioritaires, et dialogues totalement ouverts

… se représenter clairement à quoi va bien pouvoir ressembler un « atelier » n’est pas si facile lorsque l’on n’y a encore jamais participé. Dès lors, beaucoup de temps et de persuasion sont nécessaires pour convaincre telle ou tel de bien vouloir inscrire un atelier à son programme.

Un dessin de Jean-Claude Marol¹ vaudra certainement bien des longs discours et … facilitera sans doute bien des décisions … !

D’après moi, un atelier ressemblerait donc assez à ceci pour un participant :

MarolPrécipice-1

  • Pas d’atelier sans audace. J’entends encore la voix rocailleuse de Douglas rappeler en français à ses auditoires – mais aux antipodes du contexte d’origine – la conclusion du Discours pour la défense de la patrie de Danton (à l’Assemblée législative le 2 septembre 1792) :

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! »

  • Pas d’atelier sans engagement personnel total. « Passer sur l’autre rive » a, en tous temps et en tous lieux, toujours été la grande affaire d’une vie humaine, peut-être la seule qui la justifie. Et si la Vision du Soi selon Douglas Harding la rend particulièrement simple et concrète, cela ne signifie en aucun cas facile … J’ai déjà rappelé à de nombreuses reprises que les fortes paroles de Svami Prajnanpad :

« There is no short cut »

« You will have to pay the full price »

… conservent leur entière pertinence dans le contexte de la Vision du Soi.

  • Pas d’atelier sans un solide ancrage dans la troisième personne, le « petit », l’ego. Ce n’est qu’une apparence périphérique certes, mais impossible de « perdre » la tête sans d’abord en avoir une bien posée sur les épaules. Pour « passer sur l’autre rive », il faut nécessairement disposer d’une « rive » de départ. C’est d’autant plus indispensable qu’il va falloir souquer ferme, à contre-courant de l’inconscience commune, pendant assez longtemps.
  • Pas d’atelier sans confiance en le fil solide, directeur et porteur, de la Vision du Soi. Vous avez bien sûr le droit de tester la méthode au préalable, pour voir si elle vous correspond ou non, mais si vous ne lui faites pas confiance à 100 %, elle ne vous sera d’aucune utilité. Là encore une parole d’Arnaud Desjardins s’avère très utile :

« Un oui à 99 %, c’est un non à 100 % ».

  • Pas d’atelier sans confiance en ce Vide, cet Espace d’Accueil inconditionnel, conscient et illimité qui est notre véritable nature. Il est étonnant que certains, la plupart, continuent à se méfier de ce qu’ils sont au plus intime d’eux-mêmes, mais c’est ainsi. Il est vrai que notre société de consommation ne les aide guère, en promouvant à grand renfort de télévision et de publicité le (faux) « plein », le gavage avec des « petits riens », pour éviter à tout prix la rencontre salutaire avec le vide, « la claire lumière du vide ».

Mis à part pour les adeptes des sports aériens, les grimpeurs, alpinistes, … cette confiance au vide n’est pas des plus naturelles. Les sagesses & spiritualités traditionnelles abondent pourtant en références symboliques à un vide heureux, joyeux, … mais nous vivons désormais une « époque moderne où le progrès fait rage » et où tout cela n’est plus guère d’actualité …

Pour contribuer à rééquilibrer un peu la perception de ce vide, voici ce qu’en dit Aldous Huxley dans le chapitre 10 de son roman « Île »² :

« … Espace vide. Pascal avait son gouffre. Comme il est étrange que ce vide soit le plus puissant symbole, et de la mort, et de la vie la plus comblée, la plus intense.« 

 

Cordialement

 

¹ : « L’art d’éveiller la créativité », une interview de ce remarquable Jean-Claude Marol, trop tôt disparu, par Patrice van Eersel dans Nouvelles Clés.

Marol
Jean Claude Marol
1947 – 2001

 

² – Il est également question de « Île » dans cet article.

 

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
Cette entrée a été publiée dans 1 - Pratique de la Vision du Soi, Fondamentaux Vision du Soi and taguée , , , , , , , , , , . Placez un signet sur le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *