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4 - Méditation

Pratique du zen vivant, « exposé » 24 – Jacques Brosse

Rappel : « Pratique du zen vivant »  relate les alternances d’exposés (« teishô »), suivis de questions & réponses, de treize sessions intensives de zazen dirigées par Jacques Brosse entre le 26 décembre 2000 et Pâques 2004.

Je présente lors de la séance hebdomadaire de Méditation dans l’esprit du zen & sur ce site quelques points saillants de ces exposés, bien entendu en lien direct avec la pratique de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Libre à vous de déposer ensuite vos questions et/ou commentaires, de lire (et relire …) ce livre de Vie. Je me permets cependant de vous recommander de le lire pour vérifier si « les experts ont bien “pigé le truc” ».

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Le 24° exposé s’intitule « Le moine comme archétype universel » et a été donné lors d’une session à l’abbaye St-Martin de Ligugé. Que nous dit Jacques Brosse ?

  • « … cette retraite d’ango, son nom japonais qui signifie « demeurer dans la paix » … dure traditionnellement trois mois … Selon la coutume, cette retraite se terminera par une cérémonie d’ordination. … »
    • Trois mois ! Et dix jours pour cette session-là. Il faut effectivement consacrer du temps pour parvenir à passer sur « l’autre rive », en-deçà du temps. Mais si vous n’êtes pas un professionnel, un moine, c’est néanmoins possible avec cette « méditation pour la place du marché » – partout & tout le temps -, cette Vision du Soi généreusement offerte à tous par Douglas Harding. Vérifiez, partout & tout le temps !
    • Il peut arriver que des preuves de l’efficacité de la Vision du Soi & méditation dans l’esprit du zen soient réclamées … Ce sont simplement les réponses à ce questionnement sincère : est-ce que je suis en paix, avec moi-même, avec les autres, avec l’univers ? Cf. Jean 14, 27 : « Je vous laisse la paix et vous donne la paix, la mienne. Je ne vous donne pas comme l’univers donne. Que votre cœur cesse de se troubler et d’avoir peur ! » [ειρηνην αφιημι υμιν ειρηνην την εμην διδωμι υμιν ου καθως ο κοσμος διδωσιν εγω διδωμι υμιν μη ταρασσεσθω υμων η καρδια μηδε δειλιατω].
  • « … ce qui caractérise essentiellement le moine, c’est qu’il « aspire de tout son être à atteindre le but ultime de la vie, en renonçant à tout ce qui n’est pas indispensable pour se concentrer sur ce seul et unique objectif. Cette définition générale, qui s’applique à tous les moines, est tirée de « L’Éloge du simple. le moine comme archétype universel » de Raimon Panikkar. … »
    • Livre excellent, comme tous ceux de cet auteur étonnant … et si peu connu. Cf. également « La Plénitude de l’homme », « Le silence du Bouddha – Une introduction à l’athéisme religieux », « Entre Dieu et le cosmos », etc.
    • Son site officiel est toujours actif, avec un onglet « Filmographie » pour les amateurs d’odieux-visuel !
    • Je ne vais certes pas faire ici l’éloge du « divertissement », juste dire une fois de plus que tout ce qui se présente en périphérie peut renvoyer efficacement au « Je Suis » Central : les formes au Vide, les couleurs à la Transparence, les sons au Silence, etc. Les « happy few » lecteurs de volte-espace commencent à connaître cette litanie. Mais est-ce qu’ils la pratiquent, de manière systématique et plaisante ? Quel « renoncement » serait plus efficace que cette discipline-là ?
  • « Or, depuis le Bouddha Shâkyamuni, le bouddhisme est une religion de moines. On peut même dire qu’il n’est une religion que pour les moines ; pour les laïcs, c’est plutôt un mode de pensée, de sentir, d’agir, un art de vivre différents. … »
    • Qu’est-ce qui est essentiel : être ordonné moine ou incarner au mieux dans sa vie de laïc « l’archétype universel » évoqué plus haut ? La deuxième option est sans aucun doute aussi exigeante & inconfortable que la première … mais tout à fait possible. Vérifiez !
  • « … Comme vous le savez, on ne se convertir pas au bouddhisme, on y adhère, comme on dit, on « prend refuge dans les Trois Trésors : le Bouddha, le Dharma, son enseignement, et le Sangha, sa communauté. Ce qui signifie que l’on n’a pas à renier, à retrancher ses racines religieuses. … »
    • Voici une proposition d’équivalence des « Trois Trésors » dans le cadre de la Vision du Soi :
    • La pratique de ces trois trésors-là – démythologisés plutôt que modernes – permet souvent de réactiver, réanimer, ses propres « racines religieuses ». Vérifiez !
  • « … Tous les moines ont en commun une vocation. En latin, vocatio désigne l’action d’appeler. Dans le bouddhisme, il s’agit d’un appel intérieur … qui se réfère de près ou de loin à l’analyse faite par le Bouddha de la condition humaine en tant que souffrance existentielle … A ce contact, s’est déclenché en nous une sorte d’élan intérieur, d’un besoin devenu soudain urgent de changer notre vie, de nous changer nous-mêmes, qui devient peu à peu irrésistible, d’un appel, qui, si l’on n’y répond pas, fera naître un regret, un remords qui nous poursuivra toute notre vie et en obscurcira la fin. … Cet appel se nomme « l’esprit d’éveil » … ».
    • La situation est donc aussi simple que rude :
      • Soit « l’esprit d’éveil » est déjà advenu en vous. Soit vous « vivez » encore sans la moindre idée de ce dont il s’agit … jusqu’à présent vous n’avez en quelque sorte pu faire autrement que « vous contenter de trop peu ».
      • Dans le premier cas, soit vous voulez nourrir consciemment cet « esprit d’éveil » de tout votre cœur & selon diverses modalités, soit vous essayez au contraire de le réduire au silence en utilisant tous les « divertissements » possibles …
      • La Vision du Soi & méditation dans l’esprit du zen (pour ce qui nous concerne ici) ne peut vous être utile que si ces deux conditions sont réunies : présence de « l’esprit d’éveil » et volonté de le cultiver. Elles sont à la fois démocratiquement accessibles à tous et, en réalité, ne concernent que quelques « happy few ».
      • Mais ces derniers œuvrent effectivement au nom de tous, en tant que tous, pour tous, …
    • Cet « esprit d’éveil » pourrait-il s’avérer utile pour aider les diverses (dis)sociétés à résoudre « l’Himalaya » de problèmes auxquelles elles sont confrontées ? Pour Douglas Harding (et pour moi !) cela ne fait aucun doute, c’est « le seul espoir ». Mais jusqu’à présent cette « évidence » demeure ultra-minoritaire …
  • « … Renoncer, c’est d’abord renoncer à soi-même pour se mettre au service des autres, afin de prier et de méditer pour eux dans la paix du silence intérieur. Ce silence-là est silence à soi-même ; il écarte nos obsessions, nos préjugés, nos jugements qui tissent un voile entre le réel et nous. C’est seulement dans ce silence intérieur que nous pouvons espérer entrevoir enfin l’essence des êtres et des choses, leur tathatâ, c’est-à-dire leur ultime réalité. »
    • Précisons ce « renoncement à soi-même », souvent si mal compris. Il s’agit d’abandonner la primauté illusoirement donné au « petit » moi-je, dont la juste place n’est pas et ne sera jamais centrale. En périphérie, comme un satellite du « Je Suis » central, il est infiniment précieux (Cf. dessin ci-dessous). Aucune spiritualité sérieuse ne remet en question l’intérêt majeur, mais secondaire du corps & mental. Seules des aberrations en prônent la négation.
    • Comment mieux « se mettre au service des autres » que de consentir à d’abord être espace d’accueil illimité & inconditionnel pour tous & tout ? Ensuite le « petit » moi-je sera dans les meilleures dispositions pour faire ce qu’il sait & peut.
    • « Prier » ? Pour Swami Prajnanpad c’est « être présent à ce qui est ». Présent à notre « autoportrait » commun. C’est la (seule …) possibilité de « serrer chacun contre son cœur comme s’il était un membre de sa propre famille ».
    • Ce « silence à soi-même » est essentiellement l’expression acoustique de notre Identité centrale : « Je Suis » silence d’accueil illimité & inconditionnel de tous les sons périphériques. Cf. « Tout son … est mon ami – Dôgen ».
  • « Le mot moine vient du grec monakhos, qui au sens premier signifie unifié et qui est issu de monos, le « seul », l' »unique ». Le moine est celui qui s’isole afin de cesser d’être double, tiraillé entre des exigences contraires, pour redevenir simple, réunifié, un avec l’Un. Le moine est un anachorète, en grec « celui qui vit dans la retraite », le mot vient du verbe anakhorein, « quitter », « s’en aller », mais aussi « retourner en arrière », « revenir sur ses pas », ce que fait le moine qui va en sens contraire des autres, mais dans le sens du Tao, de la Voie, qui, consciemment, retourne vers l’état qu’il a connu jadis et dont il a gardé la nostalgie, l’état d’innocence originel. »
    • Volte-Espace propose une catégorie « Actualité des valeurs monastiques ». Vous y trouverez quelques textes de Bernard Besret, quelqu’un d’au moins aussi intéressant que Raimon Panikkar. Et, plus récemment, de François Cassingena-Trévedy … un bénédictin singulier de l’abbaye St-Martin de Ligugé.
    • La Vision du Soi & méditation dans l’esprit du zen n’a aucun autre objet que de « redevenir simple, réunifié, un avec l’Un ».
  • « … Ainsi au IV° siècle, Arsène, … ayant interrogé le Christ, « Que faut-il faire pour être sauvé ? » s’entendit répondre : « Fuge, tasce, quiesce » (« Fuis, fais silence, tiens-toi en repos »). Tout moine, quelle que soit sa religion, entre en hésychia qui est silence intérieur. … Ce silence, le moine ne le quitte jamais, pas plus que le silence ne le quitte. … »
    • Il est effectivement impossible de « quitter » ce Silence central que « Je Suis » !
    • Ce « Fuge & Fuis » peut inquiéter … Mais il est aujourd’hui effectivement indispensable de fuir la grande caisse de résonance des médias & réseaux asociaux, de jeûner face au risque majeur d’infobésité.

« Séparé de tout, uni à tout,

Impassible et souverainement sensible,

Déifié, il s’estime la balayure du monde,

Par-dessus tout, il est heureux, divinement heureux. »

Evagre le Pontique


Cordialement

Par Jean Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils, une petite-fille.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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