L’Inde est vivante … universelle … ouverte … juste !

J’ai reçu, voici déjà quelques jours, la réclame ci-dessous pour le « 20e Festival  Lumières de l’Inde » … Je la trouve particulièrement croustillante alors qu’un certain Narendra Modi & »maudit » (0) vient tout juste d’être triomphalement réélu à la tête de l’Inde.


« L’héritage spirituel et artistique de l’Inde¹

L’Inde est vivante.
Depuis des millénaires elle s’est installée au cœur de la Vie
et s’y est déployée.

L’Inde est universelle.
Elle n’a pas de fondateur, pas d’Église, de structure hiérarchique. Elle est le fruit d’une sagesse collective,
vérifiée et affinée au fil des siècles et des millénaires.

L’Inde est ouverte.
Mille dieux s’y côtoient, les religions persécutées s’y réfugient.

L’Inde est « juste« .
C’est la quête de l’unité fondamentale du Vivant derrière la multiplicité de ses manifestations où elle est rejointe aujourd’hui par la science la plus moderne.

Ce programme de 4 jours est une célébration de la Vie
et des valeurs éternelles à travers les formes spirituelles et artistiques de l’Inde.

Il est composé d’une alternance d’enseignements, d’ateliers
et de concerts de musique et de danse. Y participent une douzaine d’intervenants de premier ordre. »

Ma première réaction a été un énorme « Gloups » … ! Mais bon, pourquoi la publicité pour une « célébration de la Vie et des valeurs éternelles » ne serait-elle pas aujourd’hui aussi mensongère que celle d’un baril de lessive ou de n’importe quoi d’autre … ? Mais si ça vous gène aussi, au moins un peu, alors je suis rassuré de me sentir un peu moins seul !

Je suis également désolé de constater certaines ressemblances entre les façons de faire du sinistre Narendra Modi et celles du « disciple d’un maître indien » qui « dirige » l’association organisant ce Festival. Heureusement que cet homme là n’est pas encore « ministre de la spiritualité » … comme Modi semble l’être devenu !

 

Cordialement

 

0 – A propos de ce personnage si peu sympathique et de son projet délétère :

« L’Inde de Modi : national-populisme et démocratie ethnique ».

Est-il interdit de s’interroger sur cette Inde prétendument « juste, ouverte, universelle et vivante » au moment où le chef de tous ceux qui se réclament de « l’hindutva » instrumentalise de manière scandaleuse l’« héritage spirituel » de l’Inde & engage la nation indienne dans une direction rigoureusement inverse ? Est-il interdit de considérer la vidéo ci-dessous comme odieuse et particulièrement inquiétante (en plus d’être très certainement illégale en période électorale) ? Est-il interdit de penser que le silence assourdissant de nos indolâtres de A Ciel Ouvert (et d’ailleurs …) est coupable ?

Vous comprendrez donc l’absence d’hyperlien vers cette structure : il m’est impossible de cautionner une démarche qui fait totalement abstraction de ce qu’est devenue l’Inde contemporaine, et le pire ne fait que commencer …

¹ – Je respecte trop « l’héritage spirituel et artistique de l’Inde » pour ne pas m’élever contre la sordide caricature proposée dans la vidéo ci-dessus. Et contre cette odieuse réclame qui entrouvre insidieusement la possibilité que la structure « A Ciel Ouvert » soit pareillement « vivante, universelle, ouverte et juste ». Ce qui est faux.

Un billet de ce site s’intitule « N’imitez pas … ». N’imitez pas le zen japonais, et n’imitez pas l’hindouisme, le bouddhisme, le soufisme, le christianisme ou tout autre -isme. C’est une impasse tragique, un aller simple vers l’échec de votre recherche intérieure & votre vie, un échec pour l’humanité toute entière. Accompagnez si nécessaire, avec confiance & vigilance, mais ne suivez … jamais.

Concentrez-vous d’abord sur la question « Qui & Que suis-je ? » comme vous le propose la Vision du Soi selon Douglas Harding. Trouvez votre réponse grâce à l’une ou l’autre des nombreuses expériences de première main qu’elle vous offre. Ensuite, libre à vous de rattacher cet éveil à l’-isme de votre choix, voire de ne le rattacher à aucun. Une fois passé sur « l’autre rive », il n’y a plus aucune nécessité de continuer à porter une barque sur son dos … Il suffit de continuer à célébrer le … « mystère ».

&

En complément de la vidéo ci-dessus, un article d’Antoine Perraud du 24 mai 2019 sur Mediapart : article en accès libre lorsque je l’ai … copié, et désormais réservé aux abonnés.

« Un autre ver dans le fruit de la démocratie : l’Indien Narendra Modi

Pendant son second mandat, le premier ministre indien, Narendra Modi, continuera d’user du nœud coulant à la fois ethnico-religieux et national-populiste pour étrangler un pays passé sous sa coupe. Un cas d’école qui fait école.

Au dernier jour du marathon électoral indien, dimanche 19 mai, alors que les candidats et le monde politique du sous-continent étaient censés observer une trêve, le premier ministre sortant, Narendra Modi, 68 ans, qui brigue un deuxième mandat, trouva le moyen de faire parler de lui en prenant de la hauteur. Son silence devint étourdissant par la seule grâce, répercutée à travers le pays, de son humble présence au pied de l’Himalaya, dans un temple hindou, Kedarnath, haut lieu de pèlerinage, où il médita médiatiquement.

La complaisance des télévisions inféodées offrit l’image idéale d’un sage dans la montagne, arpentant les chemins, le regard à la fois bon et perçant. Ou alors reclus dans une grotte, les yeux clos mais l’esprit en éveil, priant pour la patrie et le peuple qui n’en perdraient pas une miette. Quelques esprits forts eurent beau se gausser sur les réseaux sociaux, l’immense majorité du pays goba le spectacle ainsi servi. Et ce avec la passivité de la Commission électorale indienne, organe indépendant ayant supervisé toutes les élections depuis 1951 avec un savoir-faire démocratique qui enorgueillissait le pays ; mais sur laquelle pèsent aujourd’hui le soupçon et même le discrédit.

Le document de propagande ci-dessus, tout à la gloire de Modi, concocté par son parti, le BJP, donne les clefs pour comprendre le putsch tranquille à l’œuvre, au nom d’une forme de national-populisme hindou, depuis la prise du pouvoir lors des élections générales d’il y a cinq ans. Cette tendance s’apprête à connaître une inflexion décisive avec la nouvelle victoire tout juste arrachée. Le premier ministre, dans un halo sacré, s’offre familièrement au peuple, sans corps intermédiaires inutiles, donc sans pratique démocratique superfétatoire.

Il incarne la revanche à l’encontre des élites dévoyées, cosmopolites, urbaines. Ces élites corruptibles et corrompues parce qu’éloignées du sol natal, des valeurs ancestrales, d’une religion séculaire et des préoccupations du moment. Ces élites ayant tout passé aux minorités menaçantes, au lieu de se consacrer à la défense acharnée du cœur battant de l’Inde : à son Heimat – dans toutes ses dimensions, spirituelle, temporelle, sociale et culturelle.

Ci-dessous, la vidéo rend compte de la première visite jamais effectuée par un premier ministre indien en Israël – c’était en 2017. M. Modi y vend la mèche en comparant les destins de ces deux pays, à la fois « vieilles civilisations et jeunes nations » (à 20’40”). Deux nations créées après la Seconde Guerre mondiale, en s’opposant à la tutelle de Londres. Mais également – et ce point nourrit toutes les fantasmagories – en luttant contre une composante musulmane qui devait se poser en nation rivale (le Pakistan et la Palestine). Et qui allait, selon la mise en récit officielle, nourrir un terrorisme endémique bravant l’unité ou le destin de l’Inde comme d’Israël. Alors, l’une comme l’autre se sont confiées à un homme fort, capable de protéger le génie national, voire ethnique …

Le national-populisme ethnico-religieux prospère toujours au prétexte d’un danger d’invasion, qui renforce alors les prétendues valeurs intrinsèques d’une communauté sur la défensive. Orbán face aux migrants se veut très chrétien ; Trump lutte concomitamment contre les clandestins et l’avortement ; Erdoğan a besoin de s’opposer à la confrérie Gülen pour imposer son islam réactionnaire. Quant à Modi, il a pour lui l’embarras du choix : les chrétiens et les musulmans.

L’Inde n’y va pas de main morte sous sa férule. Les chrétiens sont persécutés : une centaine de membres du clergé ou de laïcs sont détenus sous de fausses accusations de conversions forcées, de nombreuses églises ont été fermées ou vandalisées, leurs fidèles sont mis au ban de la société (exclus des événements organisés dans leur village, privés d’eau des puits publics ou de fourrage pour leur bétail, interdits d’enterrer leurs morts – qu’ils doivent incinérer ou inhumer dans la jungle).

Quant aux musulmans, ils sont menacés de mort. En 2017, un adolescent de 15 ans, Junaid Khan, perd la vie dans un train sous les coups de poignards de voyageurs, dont un homme auquel il avait auparavant cédé sa place. La hantise de la séduction des jeunes filles hindoues, suivie d’une conversion à l’islam (« le djihad amoureux »), fait traverser des crises d’hystérie au pays. D’autant que dans sa volonté de surveiller et punir, le régime Modi s’est assuré la collaboration de la police et de la justice, noyautées, politisées, instrumentalisées.

Des milices hindouistes², sur les exactions desquelles le pouvoir ferme les yeux, pourchassent les vendeurs de bétail, surtout lorsqu’ils sont musulmans – follement accusés d’être sanguins, sinon terroristes en puissance, pour manger de la viande, contrairement à une partie des hindous qui se targuent d’être végétariens. La défense de la vache sacrée mobilise la plupart des États de la confédération indienne, à l’exception notable des plus rétifs comme le Kerala ou le Bengale-Occidental. Les abattoirs sont dans le viseur. Le « beef ban » triomphe. Et le ministre de la justice de Narendra Modi, Ravi Shankar Prasad, déclare benoîtement : « Ce gouvernement ne veut pas contrôler les habitudes alimentaires des gens, mais il est indéniable qu’une grande partie de la population vénère la vache. »

M. Modi, l’air de rien, a permis que l’Inde passât du préjudice au pogrom. Sous ses allures de Père de la nation, ce politicien madré s’avère un suprémaciste hindou. Il n’a jamais regretté, lorsqu’il était à la tête de l’État du Gujarat, d’avoir soufflé sur les braises jusqu’à permettre, sinon provoquer, un massacre de musulmans en 2002. Près de 2 000 morts, des viols innombrables, qui constituent un triste record : les pires violences intercommunautaires depuis l’indépendance de l’Inde en 1947. Pour Narendra Modi, le Gujarat a été un laboratoire plein de bruit et de fureur, mais aussi de coups fourrés : la police de l’État, accusée de liens avec les émeutiers, est soupçonnée d’avoir empêché le bon déroulement des enquêtes.

Dans un essai passionnant qui vient de paraître, Christophe Jaffrelot analyse ce mouvement de fond, qui a l’habileté de ne pas s’en prendre frontalement à la Constitution : « Sans le dire, l’Inde de Modi a inventé la démocratie ethnique de fait, un système politique où l’État reste relativement en retrait, laissant le champ libre à des groupes qui, avec l’accord tacite ou explicite des forces de l’ordre, s’en prennent aux “déviants” définis comme des menaces pesant sur la nation ethnique, défenseurs du sécularisme ou membres des minorités. Cette police culturelle, qui rappelle l’orthopraxie – ou le contrôle social – propre au patriarcat et au système des castes, se double d’une promotion de la culture hindoue définie comme indienne, où, là, l’État joue un rôle clé. »

À 40 km de Hardwar, dans le village de Shyampur, Amitesh passe le plus clair de son temps seul dans la forêt. Ici, les gens gagnent leur vie en vendant un des meilleurs laits de bufflesse d’eau de la région, et il est possible de boire un verre de whisky le soir et d’agrémenter le curry de bouts de poulet.

« Dans le village, les musulmans et les hindous ne s’assoient plus ensemble pour prendre le thé, regrette-t-il. Depuis cinq ans, la politique s’est confondue avec la religion et ça n’augure rien de bon. Je suis un hindou fervent, porte le dieu Ram dans mon cœur et lui ai consacré un autel dans ma maison, mais être un hindou, c’est respecter tous les êtres vivants et ne tuer personne, surtout pas pour ce qu’ils mangent ou ce qu’ils pensent. »

Sa loyauté va au Congrès « parce qu’il n’isole publiquement aucune communauté », mais il reconnaît que le parti s’est laissé dévorer par l’arrogance de ses dirigeants. « Pendant des décennies, l’Inde a été le Congrès, qui était la famille Gandhi. Cette personnification les a menés à leur perte, car les gens se sont lassés de leur conviction que le pays leur était acquis. » Et d’alerter : « Le BJP fait la même erreur en laissant le duo Narendra Modi-Amit Shah [le dirigeant du BJP] accaparer le pouvoir. Dans dix ans, ils vont faire face au même rejet et le pays devra recommencer à zéro. Il faut que nous travaillions à une vraie démocratie, avec une vraie opposition. »

Le Congrès, en ne présentant pas des candidats dans toutes les circonscriptions, est accusé de n’avoir pas abordé le scrutin aussi sérieusement qu’il l’aurait fallu et d’avoir considéré « 2019 comme un tour de chauffe pour 2024 ». Anish, un guide originaire du Rajasthan émigré à Hardwar, est un brahmane hindou qui ne dit pas non plus non à un verre, une cigarette ou un bout de viande : « Nous sommes une nation de moutons qui aimons être dirigés par un loup. Comme tous les autres, Modi ne fait que parler et n’a gagné que pour avoir bombardé le Pakistan, alors que la mort de nos soldats est d’abord due à un échec des services de renseignement et donc du gouvernement. »

Célébrité locale, Monaj Kumar admet qu’en 2019, le peuple a voté pour Modi pour ses discours sur la sécurité nationale. Il a décoré son stand de thé à l’effigie du premier ministre, au visage mi-homme, mi-lion, sur une bannière enroulée autour de son échoppe.

« Je m’identifie à Modi car il a aussi été vendeur de thé dans sa jeunesse, explique-t-il. Je n’ai moi-même pas de prétentions politiques mais je voulais rendre hommage à cet homme, mon héros, pour ses trois qualités principales : son honnêteté, sa capacité de travail et son amour pour le pays. J’ai voté pour Modi plus que pour le BJP. Ses décisions sont radicales mais nécessaires pour dynamiser l’économie. Nous souffrons depuis des décennies, alors nous sommes prêts à attendre encore quelques années que les choses s’améliorent vraiment, car nous croyons en lui ».

« A Ciel Ouvert » est-elle pareillement une association de « moutons qui aiment être dirigés par un loup », un loup avec un sourire à cran d’arrêt ? Ce mode de fonctionnement anti-démocratique et, plus foncièrement, contraire à une anthropologie juste & humaine, ne présage rien de bon … « Facts are friendly ».

&

² – Les « milices hindouistes », cela n’existe pas plus que les « terroristes musulmans, bouddhistes » ou que les « phalangistes chrétiens ». Tant que l’on continue d’errer dans le désert de la violence, on n’est même pas humain, et l’on ne saurait donc se targuer d’appartenir à quelque religion que ce soit. Les journalistes devraient s’efforcer d’éviter soigneusement ces formules délétères …

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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