« Vieillir, mûrir, accomplir » – Marie de Hennezel & Bertrand Vergely

UneViePourSMAMNe cherchez pas ce titre dans la bibliographie de ces auteurs, il n’y figure pas !

Ces trois verbes constituaient le thème d’un séminaire de trois jours, et ils structurent désormais « Une vie pour se mettre au monde » (Carnets Nord 2010 – Livre de Poche 2011).

J’ai déjà écrit brièvement, dans une note de bas de page de l’article « Ridée ou radieuse ? » tout le bien que je pense de ce petit livre. Mais il mérite assurément un peu plus d’attention de ma part, et toute la votre pour le lire, le relire et le recommander.

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Dès le premier paragraphe de l’Avant-propos nous savons où nous sommes et où nous allons : la vie, la vraie, y est clairement définie comme un processus d’éveil, de naissances successives « … l’enfant, l’adolescent, l’adulte, l’homme ou la femme mûrs, … ». Et bien sûr la liste ne s’arrête pas là, sinon l’être parvenu à ce degré de « maturité » serait condamné à décliner peu à peu, plus ou moins vite, plus ou moins bien … Non, la liste se poursuit jusqu’au « … sage en nous », ce qui permet, quel que soient nos représentations associées à ce mot, de maintenir le processus d’évolution ouvert. Ouvert à l’Ouvert …

L’avant dernier paragraphe nous propose un « imaginaire¹ » de vie cohérent et radicalement opposé à celui, catastrophique, qui est actuellement en vigueur dans la société française contemporaine :

« L’image de la vie comme œuvre d’art s’est ainsi imposée à nous. Une vie pleinement vécue jusqu’à son terme, travaillée, mûrie, ciselée par les pertes et les lâcher prise, traversée du souffle de la vie intérieure, est comparable à une œuvre d’art. Dans l’élaboration de cette œuvre, tout compte, la fin comme le commencement. Et chaque étape nous invite à mûrir encore, à descendre dans les profondeurs de notre être, et à devenir de plus en plus conscients. »

Le dernier rappelle sobrement que « L’accomplissement d’une vie se prépare très en amont » et qu’ « Il y a des prises de conscience qui arrivent malheureusement trop tard. »

Et c’est peut-être à cet endroit qu’il est opportun d’évoquer la Vision du Soi selon Douglas Harding. Cette méthode, aussi novatrice dans sa pédagogie que traditionnelle dans ses fondements, permet à celui qui le désire vraiment de voir, clairement, simplement, sa véritable nature, Qui il est vraiment, le socle sur lequel construire cette œuvre d’art évoquée par nos deux auteurs.

L’atelier Vieillir en pleine conscience est totalement centré sur le sujet de ce livre. Ce n’est certes pas une « baguette magique » – généralement les personnes engagées dans leur deuxième partie de vie savent que rien de tel n’existe – mais c’est un assortiment d’outils remarquablement efficaces … pour qui est disposé à faire l’effort de s’en servir, pour qui est disposé à éprouver la joie de s’en servir. Mais là encore, mieux vaut ne pas trop attendre avant de s’y coller : plus la fausse² image de soi sera solidifiée, fossilisée, plus il sera difficile de revenir à la plénitude de sa véritable nature.

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Quelques extraits de ce livre, choisis et commentés en lien avec la Vision du Soi :

« C’est donc à une véritable révolution narcissique que nous sommes conviés … c’est passer du corps que l’on a au corps que l’on est. … On ne se regarde plus, on perçoit tout ce qui est autour, et cela donne un sentiment de complétude et d’espace. On se dilate et cela donne de la joie. »  (Pages 27, 28 – Livre de Poche)

Le problème avec le sentiment, c’est que ça va, ça vient, que ce n’est pas un modèle de stabilité. Comme il est préférable de Voir, clairement et à volonté, que Je Suis espace d’accueil illimité pour la totalité de ce qui se présente ! Demeurer dans ce Voir c’est demeurer dans la joie.

Une des sept peurs associées au vieillissement identifiées par Marie de Hennezel est « la peur de perdre la tête ». Elle fait évidemment référence à la maladie d’Alzheimer, malheureusement en pleine expansion. Elle écrit notamment ce qui suit à l’occasion de l’annonce d’un nouveau plan gouvernemental Alzheimer :

« J’espère que la recherche ne se limitera pas à la biogenèse et que l’on examinera tout ce qui est de l’ordre du psychologique et de l’environnemental … en posant la question du lien possible entre cette augmentation de la pathologie et une société qui dénie à ce point le vieillir et la mort.

Une des préventions possibles de la maladie d’Alzheimer pourrait être alors de méditer sur sa finitude. … Personnellement j’en ai parlé avec mes enfants, … je leur ai demandé une chose : « Parlez-moi «vrai», ne m’infantilisez pas en croyant me protéger ! Adressez-vous à cette part de moi qui reste saine. Cette part souterraine. »

Ce « lien possible » a également été très sérieusement étudié par Jean Maisondieu dans son ouvrage « Le crépuscule de la raison ». Mais lui non plus ne s’attarde guère sur cette composante, plus centrale qu’environnementale, et qui fait l’objet d’un déni encore plus radical : l’esprit. L’esprit n’est-il pas justement cette part absolument « saine » en nous, cet espace infini qui nous autorise à méditer sereinement sur notre supposée finitude ?

Pour conjurer cette peur de « perdre la tête » et pour vieillir et mûrir en pleine conscience, il me semble infiniment plus raisonnable de décider sans tarder de Vivre Sans Tête plutôt que d’attendre qu’un n-ième plan gouvernemental soit enfin disposé à ouvrir une ligne budgétaire pour l’esprit … !

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La deuxième partie de l’ouvrage, « Mûrir », est traitée philosophiquement par Bertrand Vergely. Elle apporte bien des éclairages et des références², notamment cette puissante réflexion :

« L’air du temps est matérialiste et ce matérialisme n’est pas philosophique, mais primaire. Il est primaire en niant que l’esprit puisse changer quoi que ce soit à la vieillesse et à la mort. Tout passant par la vie de l’enveloppe charnelle, nous dit-il, tout s’arrête quand elle vient à vieillir et à mourir. Inutile donc de parler d’esprit ou de vie intérieure.

L’expérience montre le contraire. On vieillit de façon dramatique non pas parce que l’enveloppe charnelle s’use, mais parce que esprit et vie intérieure sont dramatiquement absents. … Sous prétexte de nous rendre lucides, le matérialisme primaire est en train de nous rendre vieux, tristes, amers. Il a quelque chose de mortifère. Il oublie que si le sens doit avoir une réalité matérielle, la réalité matérielle doit avoir du sens. Sinon, elle n’est pas réelle. Nos vies sont irréelles à force de n’avoir qu’une réalité matérielle et aucun sens. »  (Page 84 – Livre de Poche)

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La troisième partie, « Accomplir », s’achève en évoquant Christiane Singer. Pas la fin de Christiane Singer, qu’elle-même a magistralement relaté dans « Derniers fragments d’un long voyage », non, le début de cette aventure intemporelle qui peut, pour chacun d’entre nous, se terminer ainsi :

« Et me croira-t-on, mais peu importe, si je dis que je n’ai jamais été aussi heureuse que maintenant ? Je n’aurai pas vaincu la mort, je l’aurai totalement, amoureusement intégrée. Voilà la vérité, elle est douce à dire. »

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Christiane Singer

NB : dossier d’hommage à Christiane Singer sur le site de Terre du Ciel

 

Cordialement

 

¹ – Cf. la pertinente réflexion que Christiane Singer consacre à cet imaginaire dans le dernier chapitre de son ouvrage : « Les âges de la vie », partiellement évoquée ici.

² – Fausse parce que terriblement incomplète. L’ego n’est qu’une toute petite partie de ce que nous sommes vraiment. Le prendre pour le tout s’avère dramatiquement réducteur. Il suffit de le remettre à sa place, seconde, dans une hiérarchie bien ordonnée.

³ – Mais je regrette que cette partie ne s’appuie pas plus rigoureusement sur la tripartition anthropologique Corps – Âme – Esprit, ramenée dans notre présent par Michel Fromaget. Je suis certain que Bertrand Vergely y adhère entièrement, mais alors pourquoi utiliser parfois le mot « âme » à la place d’ « esprit » ? La question centrale de vieillir en pleine conscience ne me semble pas pouvoir trouver de solution pertinente en dehors de cette anthropologie tripartite. Et notez bien que « l’enveloppe charnelle », dans cette conception là, c’est le corps plus l’âme.

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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