Le message rassurant de Jésus … ! – Pape François

Le Pape François concluait ainsi sa déclaration urbi et orbi de Pâques 2016 :

« A tous ceux qui, dans nos sociétés, ont perdu toute espérance et le goût de vivre, aux personnes âgées écrasées qui, dans la solitude, sentent leur forces diminuer, aux jeunes qui pensent ne pas avoir d’avenir, à tous j’adresse encore une fois les paroles du Ressuscité :

« Voici que je fais toutes choses nouvelles … A celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement. »

Apocalypse 21, 5-6

Que le message rassurant de Jésus nous aide chacun à repartir avec plus de courage pour construire des chemins de réconciliations avec Dieu et avec les frères. »

Et un peu plus haut dans sa déclaration il invitait à réécouter « la consolante parole du Seigneur :

« Courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. »

Jean 16, 33

Pope Francis speaks at Independence Hall in Philadelphia, Pennsylvania on September 26, 2015. AFP PHOTO / VINCENZO PINTO
François, Philadelphie – Pennsylvanie, 26 septembre 2015

 

L’Esprit (le souffle, pneuma, …) qui souffle où il veut, aurait pu, comme ci-dessus aux États-Unis, rappeler à l’ordre … Monsieur le Pape¹, en l’entendant prononcer de si désolantes paroles !

« Il souffle où il veut, le souffle, et tu entends sa voix.
Mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va ;
ainsi de tout natif du souffle. »

Jean 3, 8 (traduction d’André Chouraqui²)

(Τὸ πνεῦμα ὅπου θέλει πνεῖ, καὶ τὴν φωνὴν αὐτοῦ ἀκούεις, ἀλλ’ οὐκ οἶδας πόθεν ἔρχεται καὶ ποῦ ὑπάγει: οὕτως ἐστὶν πᾶς ὁ γεγεννημένος ἐκ τοῦ πνεύματος.)

Ma pratique du christianisme n’est assurément pas très catholique, certes, mais si la parole que je lis dans les évangiles est in fine une bonne nouvelle (!), elle n’est pas immédiatement « rassurante » ni « consolante ». Et surtout pas en ce temps de Pâques, de passage par l’expérience de la « condamnation », de la « crucifixion », de la « mort », du « tombeau vide »³ et de la « résurrection ».

Cette mort & résurrection, cette initiation offerte gratuitement à « celui qui a soif » et veut bien la prendre au sérieux, représente une exigence considérable et nécessite une volonté affirmée de « se libérer du connu » (4) pour entrer dans une zone de « bienheureuse insécurité » (5). Il ne me semble pas très juste, ni très porteur, ni même très honnête (désolé !) d’en faire quelque chose de facile, de « rassurant », de « consolant ».

L’évangile de Thomas annonce quant à lui bien plus clairement la couleur, et c’est pourquoi je le préfère nettement :

« Jésus disait :

Peut-être les hommes pensent-ils que je suis venu semer la paix dans le monde.

Ils ne savent pas que je suis venu apporter la division sur la terre : un feu, une épée, une guerre.

Il y en aura cinq dans une maison : trois seront contre deux et deux contre trois (6), le père contre le fils, le fils contre le père, ils se dresseront solitaires et simplifiés (7). »

Logion 16

Et parfois de manière encore beaucoup plus « raide » :

« … Les morts n’ont pas de vie, les vivants n’ont pas de mort. … »

Logion 11

Oui, le message chrétien s’adresse à tout un chacun, mais non, ce n’est pas un chemin facile. Ici comme ailleurs les vigoureuses formules de Svami Prajnanpad s’appliquent : « There is no short cut », « You will have to pay the full price … with your very life. »

La Vision du Soi selon Douglas Harding peut vous être d’une aide précieuse sur ce chemin, pour « boire à la source bouillonnante d’où Jésus jaillit » (Thomas, logion 13), pour faire de votre vie « a festival of newness » (Svami Prajnanpad). Mais n’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez ! Dans la Vision du Soi comme dans le zen, tout  comme dans le christianisme en réalité, il n’y a rien en dehors de l’expérience personnelle. Pâques n’a aucun sens si ce n’est ma, ta, sa , … Pâques.

Bon passage !

Cordialement

 

¹ – Dans sa « Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur » (Éditions Albin Michel, 1993) Bernard Besret préfère s’adresser ainsi à son interlocuteur, plutôt qu’avec le traditionnel « Très Saint Père ».

Cf. aussi l’étiquette « Bernard Besret ».

² – Ce site propose 10 traductions des quatre évangiles, dont celle de Sœur Jeanne d’Arc.

Les traductions de la Bible et du Coran par André Chouraqui se trouvent ici.

Sa traduction des versets de l’Apocalypse ci-dessus est la suivante :

« Voici, je fais tout à neuf … À l’assoiffé je donne moi-même de la source des eaux de la vie, en présent gratuit. »

³ – Vous avez sans doute entendu comme moi quelques récriminations à propos de ce « vide » bouddhiste (Śūnyatā) qui semble tant contrarier bon nombre de chrétiens. Et pourtant, l’acmé du christianisme ne se situe-t-elle pas dans ce tombeau – gardé et scellé avec une pierre – mais vide … ? Le discours est peut-être sensiblement différent, mais pas la réalité de l’expérience, pas seulement celle de Bouddha ou de Jésus, non, mais mon expérience, la tienne, la sienne, etc …

4 – Titre d’un livre de Jiddu Krishnamurti, réédité au Livre de Poche (1995)

« Voici la plus radicale et la plus salutaire entreprise de déconditionnement de l’esprit qu’on ait peut-être jamais tentée.
Chacun de nous doit prendre conscience qu’il est, a son insu, prisonnier de tout un réseau de dogmatismes et de conventions. Se Libérer Du Connu c’est entreprendre la seule révolution qui vaille: sa libération intérieure.
Dessiller les yeux de l’esprit, ne plus accepter une chose comme vraie ou bonne parce qu’elle fait partie d’un système hérité aveuglément, voila a quoi nous convie Jiddu Krishnamurti. Si l’on y parvient, toute vanité, toute intolérance disparaissent. L’homme alors se réalise pleinement, il devient meilleur, lucide, libre. Il est adulte. Se Libérer Du Connu est un livre essentiel où chaque mot, chaque phrase comptent et qui donne à penser à un niveau plus vaste, plus ouvert, plus généreux, plus vrai. »

Dommage qu’il n’y ait pas eu de rencontre entre Douglas et Krishnamurti … Ces deux là avaient bien des choses à partager, et surtout la Non-Chose que nous sommes tous.

5 – Titre d’un livre d’Alan Watts, réédité en Petite Bibliothèque Payot, 2005, sous le titre « Éloge de l’insécurité ».

« J’ai toujours été fasciné par la loi de l’effort inverse. Je l’appelle parfois la “loi du rebours”. Quand vous essayez de rester à la surface de l’eau, vous coulez ; mais quand vous essayez de couler, vous flottez. Quand vous retenez votre souffle vous le perdez, ce qui rappelle immédiatement un ancien dicton trop souvent négligé : “Quiconque veut sauver son âme la perdra.”
Éloge de l’insécurité montre comment cette loi régit notre quête d’une sécurité psychologique et les efforts que nous déployons pour trouver des certitudes spirituelles et intellectuelles dans la religion et la philosophie. Ce livre est écrit avec la conviction qu’aucun thème ne pourrait être mieux approprié à une époque où la vie humaine semble particulièrement précaire et aléatoire. Il soutient que cette insécurité résulte de la volonté d’atteindre la sécurité et que, a contrario, salut et bon sens consistent à reconnaître le plus radicalement possible que nous n’avons aucun moyen d’assurer notre propre salut.

douglas-hardingNoHeadVoilà qui commence à ressembler à un extrait de Alice au Pays des Merveilles, dont ce livre est une sorte d’équivalent philosophique. Car le lecteur se trouvera fréquemment dans un monde sens dessus dessous, où l’ordre normal des choses paraît complètement inversé. […]

Ce livre, quoi qu’il en soit, est dans l’esprit du sage chinois Lao-Tseu, maître de la loi de l’effort inverse, qui a déclaré que ceux qui se justifient ne convainquent pas, que pour connaître la vérité on doit se débarrasser de la connaissance, et que rien n’est plus puissant et créatif que le vide, qui suscite l’aversion de l’homme. Ainsi, mon but est de montrer ici, à la mode du rebours, que ces réalités essentielles de la religion et de la métaphysique sont défendues lorsqu’on les ignore, et démontrées quand elles sont détruites. »

Alan W. Watts avait bien rencontré Douglas à Nacton, mais sa mort précoce ne lui a pas vraiment permis de tirer parti de la Vision du Soi(Vision Sans Tête). Dommage …

6 – Je lis ce logion ainsi : « trois contre deux », c’est corps & âme – esprit contre corps & âme, une anthropologie tripartite – soigneusement étudiée par Michel Fromaget – considérant la plénitude de l’homme contre une anthropologie dualiste, néoténique, réductrice, dont les dégâts considérables s’accroissent jour après jour.

Le « deux », la di-vision, résiste de toutes ses forces … même si c’est peine perdue !

7 – Et oui, peine perdue parce que le Un s’imposera, ou plus exactement s’impose déjà même si nous le voyons pas encore. « Solitaires et simplifiés » traduit un seul mot ; monakhos (μοναχός), de la racine « monos » (μόνος), Un.

N’oublions pas, dans le domaine qui nous intéresse, « deux » est la moitié de « Un » !

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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