Lacanerie 2 – L’Origine du Monde … la vraie

Cher Sabatier (désolé mais je ne dispose pas d’un prénom avec certitude),

Tout d’abord merci pour le poème – repris ci-dessous – en guise de commentaire à ma Lacanerie 1. Pardonnez-moi de ne pas y avoir apporté de réponse plus rapidement, mais il me fallait au moins une image en réponse au célébrissime « nu sans tête » (0) de Gustave Courbet, « L’Origine du Monde ».

En cherchant un peu j’ai fini par en trouver plusieurs … la première à la fin de cet article du journal des excellentes éditions Wildproject : La nature, demeure de notre être – Entretien avec Augustin Berque.

Permettez-moi aussi de repréciser que je ne connaissais pas l’œuvre de Jacques Lacan lorsque j’ai écrit Lacanerie 1 … que je ne la connais pas plus aujourd’hui, et que je n’éprouve toujours pas le besoin de la découvrir plus avant. Suite à la lecture de la présentation d’un ouvrage¹ de Marie Balmary, « psyahanalyste », j’en sais à peine un peu plus sur son frère, Marc-François Lacan. Lacanerie 1 est un court article d’opportunité, rien de plus.

N’étant pas « baptisé du divan »² moi-même, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre le comportement de Jacques Lacan avec ce célèbre tableau :

« L’Origine du monde » derrière « Terre érotique »

« Le cache original ayant disparu, le psychanalyste demanda à André Masson, son beau-frère, de construire un cadre à double fond et de peindre une autre œuvre par-dessus. Celui-ci réalisa une version surréaliste de « L’Origine du monde », intitulée « Terre érotique », et beaucoup plus suggérée. … »

S’il s’agissait de dissimuler une célèbre œuvre d’art au fisc, ce fut peine perdue puisque ce sera justement ce tableau qui servira à régler la succession de J. Lacan :

« Après la mort de Lacan en 1981, puis de Sylvia Bataille-Lacan en 1993, le ministère de l’Économie et des Finances accepta que les droits de succession de la famille fussent réglés par dation de l’œuvre au musée d’Orsay, en 1995. … »

S’il s’agissait de provoquer un choc didactique pour l’analysant, pourquoi ce choix d’une version édulcorée du même thème dans un cadrage identique sur le panneau coulissant … ? Pourquoi re-couvrir alors que l’essence du métier consiste à dé-couvrir … ?

S’il ne s’agissait que d’épater quelques amis choisis … c’est beaucoup de bruit pour rien.

&

Ce superbe tableau est incontestablement porteur de beaucoup d’émotions, esthétique et autres, et la considérable postérité intellectuelle et artistique qu’il a engendré et continuera sans nul doute de susciter est tout à fait justifiée. Quoique de petite taille, il s’agit là d’un grand événement de l’histoire de la peinture. Mais …

… mais je ne vois nullement « l’origine du Monde, la vraie » dans cette « chatte redonde ». Depuis longtemps, depuis ma précoce lecture de « La Philosophie Éternelle » d’Aldous Huxley je cherche ce qu’il a synthétisé en « hypothèse de travail minimale » :

  • « Il existe une divinité, un fondement, un Brahman, une claire lumière du vide qui est le principe non manifesté de toute manifestation.
  • Ce fondement est à la fois immanent et transcendant.
  • Il est possible à l’être humain de l’aimer, de le connaître et, potentiellement, de s’identifier à lui.
  • Accomplir cet acte de connaissance unitive de la divinité est l’objet ultime de l’existence humaine. »

Et je ne vois pas sortir de « claire lumière » de cet endroit – pas plus que quoi que ce soit issu d’un « vide » qui ne saurait être sexué … – comme représenté dans le tableau ci-dessous d’Utagawa Kunisada³ (aussi connu comme Utagawa Toyokuni 1786 – 1865).

« La Déesse Amaterasu », Utagawa Kuniyoshi, Xylographie 18.5 x 26cm

 

La légende de la déesse japonaise du Soleil, Amaterasu, explique le pourquoi de cette représentation. Mais il semble bien qu’il s’agisse des rayons de la lumière physique, celle qui permet la photosynthèse et la culture des céréales et de tous les autres végétaux. (Ce qui reste, soit dit en passant dans notre immense ignorance « environnementale », le support de la totalité de la culture tout court.)

Et en fouillant encore un peu sur le wouèbe, je découvris que :

Il est très probable que Gustave Courbet (1819-1877) ait vu certaines des feuilles de Kuniyoshi lorsqu’il choisit, en 1866, le cadrage de « L’Origine du monde »

Yukiko Oki

« L’apport de l’Art japonais aux artistes européens du 19°siècle »

Voilà, la boucle est bouclée : « l’Origine du monde », celle de Courbet, a une immense dette envers la mythologie et l’art japonais, et « la vraie » est évidente lorsque l’on retourne son attention vers l’intérieur de soi-même. N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

 

Cordialement

 

 » LACANERIE

« Peut-être ! » Disait-il avec parcimonie ;
Comme encouragement à faire confession ;
De turpitudes nées d’accepter simonie
Pour avoir des curés obvié profession.
Dissertateur narquois contre ces haruspices
Qui avaient fait de moi, trop tôt ou bien trop tard,
Couillon décervelé priant à Saint Sulpice
Où, dans les bénitiers, j’élevais des têtards ;
Il me dit : « Pour leur queue ? d’une voix monocorde.
– Oui ! car ils la perdront, rétorquais-je méchant
-Soit ! » argumentât-il, et je fus en discorde
Avec un curieux moi éructant en plain-chant
Des choses jamais dites à aucun confesseur,
Puzzle d’intimités jetées à la va-vite
Au clair obscur d’un autre, bien curieux assesseur
D’un Dieu qui sans juger vous fait toujours l’invite
De tendre l’autre joue lorsqu’on vous a frappé !
De ce comportement viendrait la différence
Entre hypocrites aigris, viril apocopé
Et bigots subjugués par cette incohérence
D’apôtres assujettis comme des arapèdes
Au mal, et même au bien, en faisant abstraction
Des choses de la vie montrant que les bipèdes
Aux notions de péchés n’arguent que contrition.
Il faille, sans pudeur, chez un psychanalyste,
Avec ou sans allant, s’aller déboutonner
Et que dans votre dos ce curieux analyste
Qui glousse ou atermoie sans jamais sermonner.
Se lève, obséquieux, vous demandant de voir,
Ce qu’il va dévoiler in naturalibus
Pour qu’ès matières vous, fasse ramentevoir
Ce qui fût en exergue thèse du Syllabus.

« C’est la vraie ; me dit-il, L’Origine du Monde. »
Et faisant coulisser un panneau de bois peint
Il dévoila séant une chatte redonde
Qui, sur le clitoris, arborait un repeint. »

0 – Et si « être nu » c’était réellement cela : être « sans tête » au sens de la Vision du Soi (Vision Sans Tête) de Douglas Harding ? Être espace d’accueil illimité et inconditionnel, totalement vide et totalement plein de tout ce qu’il contient. Être cette « nudité » absolue – pas « nullité », attention ! – , fondement et donc condition de la vie véritable, de la paix, de l’amour … On en revient au prétexte de Lacanerie 1 … !

¹ – « Le moine et la psychanalyste »

² – Une expression extraite de l’ouvrage ci-dessus. Les protagonistes principaux de ce roman, Ruth, Simon, Dan appartiennent à cette « catégorie » singulière inventée par Dan. Simon, le moine, exprime clairement son insatisfaction quant aux limites – habituelles – de l’expérience : l’Esprit qui vient à l’esprit …

Remercions au passage Marie Balmary de nous indiquer un chemin possible, non étroitement matérialiste et donc réductionniste, de « Freud jusqu’à Dieu ».

Quant à moi, je ne pourrais parler d’expérience que de mes lyings, mais je suis un peu comme « Le modeste » évoqué par Georges Brassens :

« Selon lui, mettre en plein soleil

son cœur ou son cul c’est pareil, … »

³ – Cf. également le site du Kuniyoshi Project

 

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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