Emile Gillabert rencontre Douglas Harding

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Douglas Harding

Comme je l’ai indiqué dans un article antérieur, Douglas Harding était intervenu deux années de suite lors d’une rencontre centrée sur l’Évangile de Thomas, organisée par Émile Gillabert, à Marsanne, dans la Drôme.

Le n° 16 des CAHIERS METANOIA¹ (décembre 1978) propose le texte ci-dessous, dans lequel Émile Gillabert relate sa rencontre avec Douglas.

Merci à ipapy d’avoir rendu ce texte accessible sur son blog.

 

« Le contact avec Douglas Harding est immédiat, spontané et chaleureux. J’allai à lui comme on va à la rencontre d’un ami qu’on connaît depuis toujours, je ne fus pas déçu. Les exercices qu’il préconise dans son livre «Vivre sans tête» sont d’une simplicité enfantine mais d’une portée incalculable. …

Qu’est-ce qui me poussait à aller voir Douglas Harding ? Deux petits enfants qui ne parlent pas la même langue ne sont pas gênés le moins du monde pour jouer² ensemble. Ils se comprennent dès le premier contact parce qu’ils ne sont pas handicapés par les intrusions du mental. Or les exercices de Douglas Harding demandent pour être «compris», tout comme les logia de l’Évangile selon Thomas³, l’abandon du mental.

De cent façons diverses, et toujours avec des images extrêmement suggestives, Jésus nous invite à chercher la perle unique. Elle se révèle dans la perception directe ; personne ne peut donc se substituer à celui qui cherche : je ne peux identifier la perle que si j’arrive à faire abstraction de ma mémoire, de ma culture, de mes références, de mon patrimoine héréditaire ; ni pensée, ni raison, ni imagination. Quelle ascèse ! Quelle pauvreté !

A l’encontre de tant de maîtres et de sages, qui sont riches des enseignements de leurs traditions, de leurs rites, de leurs cérémonies, de leurs mythes, de leur histoire qu’ils protègent respectueusement, du cérémonial qui les entoure aussi désuet que paralysant, bref, de tout ce qui les entrave au lieu de les libérer, Douglas Harding, nous apporte un enseignement basé sur la vision directe, sans référence au passé, souverainement libre à l’égard du mental. Qu’il effectue des exercices seuls ou avec d’autres, chacun est son propre maître.

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On nous a traditionnellement présenté un Jésus inaccessible ; on s’est ingénié à creuser le fossé entre maître et disciple, et, pour cela, on n’a rien trouvé de mieux que de déclarer urbi et orbi qu’il était le Fils unique de Dieu. Or Jésus est justement venu nous enseigner le contraire : « Celui qui boit à ma bouche sera comme moi ; moi je serai lui . . .» (log. 108). Cette parole est la clef de l’Évangile selon Thomas, elle nous montre comment faire le deux Un. Les Métanoïas [i.e : les passionnés de l’évangile de Thomas] qui en ont fait leur chair et leur sang savent de quoi il en retourne. Ils peuvent aborder sans aucune crainte d’aliénation les exercices de Douglas Harding car ils constateront d’emblée, malgré les différences de terminologie, les merveilleuses correspondances entre les deux enseignements. Le fait qu’ils récusent l’un et l’autre le mental comme moyen de Connaissance supprime toute distance de temps et d’espace entre eux : 2 000 ans d’histoires sont abolis comme par enchantement.

Rien n’est plus contraire à la saisie directe que l’habitude. Les exercices de Vision sans tête ont le grand avantage de court-circuiter l’habitude et de nous permettre de lire les logia avec un œil neuf ; de vérifier si le mental a lâché prise et si nous sommes réellement installés dans le lieu de la Vie. Peu importe que Douglas Harding appelle ce lieu le point zéro du temps et de l’espace, l’important est de vérifier expérimentalement si nous y sommes établis. Divers exercices permettent de le constater avec une simplicité désarmante. Ils nous donnent les clefs de notre vraie Nature. Mais, de même que Jésus demande à ceux qui cherchent de ne pas cesser de chercher, l’auteur de « Vivre sans tête » nous dit que la vision de notre Vraie Nature n’est opérante que dans la mesure où on la pratique. Et le champ d’expérimentation n’est pas limité à des exercices délimit« The Hidden Gospel – Games for the Kingdom »és. C’est peu à peu tout le monde de la manifestation qui s’offre à celui qui est établi comme le mouvement revient au repos : constatation qui est plénitude, celle qui faisait dire à Jésus : « Le Tout est sorti de moi et le Tout est parvenu à moi. »

Une critique rationnelle, ne manquerait pas de trouver arbitraires nos rapprochements et nos comparaisons. Qu’il suffise de préciser que Douglas Harding n’a pas attendu de connaître les travaux de l’association Métanoia pour trouver dans les logia de l’Évangile selon Thomas un terrain privilégié d’expériences. Il a prévu toute une série d’exercices, de jeux et de tests qui jettent une nouvelle clarté sur les paroles et permettent du même coup une connaissance accrue de ce qui nous sommes réellement. En laissant tomber la mémoire, l’imagination et la croyance, on se sent devenir un tout petit enfant. On éprouve la joie immense de partager un trésor merveilleux : la perle unique. Elle est la même pour tous. Mais la trouver, ou plutôt la retrouver – car elle constitue l’essence même de notre nature – telle est la raison d’être de l’Évangile selon Thomas, telle est la raison d’être des exercices de Vivre sans tête.

Le besoin de redécouvrir des enseignements authentiques semble bien être un des soucis majeurs de notre temps. Des maîtres, qui se situent dans la ligne de la métaphysique traditionnelle, sont à même de nous dire ce que nous sommes réellement. Seulement, il ne suffit pas de pouvoir le dire ; il ne suffit pas de montrer un but lointain accessible à de rarissimes privilégiés. La carotte fait avancer l’âne comme les belles théories font marcher les idéalistes. Nous voulons vivre tout de suite, ici et maintenant, quitte à renverser des millénaires de tradition, en supprimant le sacro-saint respect qui crée le fossé entre enseignant et enseigné. Jésus n’est pas venu nous apprendre autre chose, néanmoins l’idéologie des prophètes du devenir fut plus forte. Aujourd’hui, tout est à nouveau possible avec des chances accrues. Mais la chance par excellence réside dans la convergence de deux recherches qui n’en font déjà plus qu’une, car elles conduisent à la même source bouillonnante ceux qui ont l’esprit d’enfance et peuvent dire avec la simplicité qui caractérise toute démarche essentielle : JE SUIS.« 

 

Vous comprendrez que je ne rajoute aucun commentaire à ce texte et que je sois extrêmement heureux de proposer prochainement cet atelier Vision du Soi & Évangile de Thomas. Il ne manque que quelques personnes supplémentaires « … qui aient soif …, des ouvriers pour cette moisson abondante … ». Vous peut-être ? Vous serez les bienvenus.

 

Cordialement

¹ – Un article de Paul Vervisch : « A propos de la Vision Sans Tête » s’y trouve également.

² – Le manuel d’atelier de Vision du Soi établi à l’occasion de ces rencontres porte ce titre magnifique : « The Hidden Gospel – Games for the Kingdom ». Où en serait le christianisme aujourd’hui si dès le départ cette aventure avait été proposée comme un jeu … sachant que rien n’est plus sérieux qu’un jeu ? … Dieu seul le sait !

³ – Bien des traductions sont accessibles. Celles de Jean-Yves Leloup, de Gillabert & Bourgeois & Haas, de Philippe de Suarez, … La version intéressante que proposait Jean Bouchart d’Orval ne figure plus sur son nouveau site. En voici donc une autre en remplacement, sur le site de la bibliothèque copte de Nag-Hammadi réalisé par l’Université de Laval. Mais vous le savez pertinemment, l’essentiel consiste à vivre ce texte et pas seulement à le lire.

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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