Nisargadatta Maharaj et Ramana Maharshi (extraits) – Alain Bayod – Revue VST n°7/06-2000

« Douglas Harding a croisé ma route le 1er novembre 1993 et les deux derniers mois de cette année 93 ont été dominés par une frénésie de vérification. J’étais convaincu d’avoir reçu en cadeau une clé tout à fait extraordinaire et je voulais à tout prix vérifier si elle permettait d’ouvrir des portes que je croyais à jamais fermées, en tout cas pour moi, pauvre chercheur prétentieux.

Les deux premières portes sont en réalité deux livres, deux gros pavés de six cent pages que tous les bourlingueurs de la spiritualité connaissent bien, je veux parler  de « Je Suis » – un recueil d’entretiens avec le maître de Bombay Nisargadatta Maharaj – et « L’Enseignement de Ramana Maharshi » – autre recueil d’entretiens avec le célèbre sage de Tiruvannamalai.

Dès le tout début des années 80, je considérais que la fréquentation assidue de ces deux monuments devait faire partie de ma pratique d’honnête professeur de yoga ayant des velléités spiritualistes.

Je me suis donc attelé à la tâche. La première lecture, un peu rapide des deux ouvrages, ne m’avait pas découragé. C’est vrai que pour l’essentiel, je n’y comprenais rien, mais je m’octroyais généreusement un droit provisoire à l’incompréhension. La deuxième lecture (après une longue pose) fut plus difficile et même franchement pénible, agaçante, irritante, que sais-je ? Je devais me rendre à l’évidence : ces deux grandes figures de la spiritualité indienne dont je ne pouvais mettre en doute la parole, parlaient d’un monde auquel je n’avais pas accès et qui plus est, ne cessaient de répéter à longueur de pages que tout cela, c’est-à-dire découvrir le Soi, était une chose très simple, naturelle. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’était très douloureux, alors qu’ai-je fait ? Ce que tous les braves chercheurs font dans ce cas là : j’ai essayé d’accepter que je ne découvrirais jamais cette lumineuse simplicité décrite en mille deux cent pages, et j’ai rangé les deux livres sur mes étagères. Tout en me permettant d’utiliser de ci de là quelques citations pour mes conférences, au hasard des nombreux sur-lignages successifs.

En novembre 93, lorsque j’ai réouvert d’abord le « Je Suis », le choc a été rapide, brutal et en tous cas très émouvant. Toutes ces phrases surlignées étaient maintenant comme par magie limpides, il me suffisait de les lire ou plutôt de les recevoir à partir de cet espace d’accueil ICI, cet espace découvert deux ou trois jours plus tôt à l’extrémité d’un tube en papier, cet espace que JE SUIS. J’en ai beaucoup pleuré, de saisissement, de bonheur de stupéfaction, ce fut une « belle lune de miel de la vision » sur plusieurs mois, le désert est venu après.

Le seul intérêt de cet article est de vous inciter à lire ou à relire ces deux livres mais pour vous mettre vraiment l’eau à la bouche, je vais me faire plaisir avec un petit florilège de citations, le choix est difficile, tant ces deux livres sont d’une richesse infinie.

Nisargadatta Maharaj

« Tout vous viendra en chemin. Faites d’abord le premier pas. Toutes les bénédictions viennent de l’intérieur. Tournez-vous vers l’intérieur. Le « je suis », vous savez. Soyez avec lui  à tous les instants dont vous pouvez disposer jusqu’à ce que vous vous tourniez vers lui spontanément. Il n’y a pas de voie plus simple et plus facile. »

« Connaître le soi comme la seule réalité et tout le reste comme temporel et transitoire, c’est la liberté, la paix et la joie. Tout cela est très simple. Au lieu de voir les choses comme vous les imaginez, apprenez à les voir telles qu’elles sont. Quand vous pourrez voir chaque chose telle qu’elle est, vous vous verrez également tel que vous êtes. »

« Vous êtes dans la confusion parce que vous croyez être dans le monde et non que le monde est en vous. Qui vint le premier, vous ou vos parents ? Vous vous imaginez être né à un certain endroit, à une certaine heure, que vous avez un père et une mère, un corps et un nom. Voilà votre péché et votre fléau. »

« Voyez ce que vous êtes. Ne le demandez pas aux autres, ne les laissez pas vous parler de vous. Regardez au-dedans et voyez. Tout ce qu’un maître peut vous dire, c’est çà. »

« Il n’y a rien à faire, juste être. Ne faites rien, soyez. Pas d’escalade de montagne, pas de retraite au fond d’une caverne. »

Le livre « JE SUIS » est organisé en cent une parties, correspondant à cent un entretiens ; dans l’entretien numéro 28 vous aurez une petite surprise.

En ce qui concerne le Maharshi, j’ai toujours eu le sentiment en lisant le livre, que ce soit avant Douglas ou après Douglas que Ramana était souvent « découragé et impuissant » devant l’impossibilité de ces interlocuteurs à réaliser une « chose » aussi simple et évidente que le SOI.  Ah ! si Ramana avait eu un tube, une glace et un carton troué, mais je m’égare, on ne refait pas l’histoire. En tous cas, quelle chance nous avons, ne la gaspillons pas.

 

Ramana Maharshi

« L’enseignement de Ramana Maharshi »

« La pensée est une chose et la réalisation en est une tout autre. »

« La liberté consiste simplement à connaître le Soi en soi. »

« Chacun, à tout moment de son existence, fait l’expérience du SOI. »

« Il ne s’agit pas d’obtenir quelque chose de nouveau. Il vous suffit de vous dépouiller de votre ignorance qui vous fait croire que vous êtes autrement qu’en état de félicité. Vous êtes Cela, dès maintenant et ici même. »

« Être le Soi c’est voir le Soi. Il ne peut exister deux Soi, l’un regardant l’autre. Le Soi est déjà réalisé. Tout le monde devrait connaître ce principe élémentaire. »

« Le Je vient de l’intérieur de vous-même. Quand vous dormez il disparaît. A votre réveil, il apparaît. »

Question : « La réalisation du Soi semble une formule facile. Mais, en pratique, elle est extrêmement difficile. »
Réponse : « Quoi de plus facile ? Le Soi vous est plus proche que tout le reste. »

« Votre devoir est tout simplement d’être et non pas d’ « être ceci ou cela ». « Je suis Celui qui suis » résume toute la vérité. »

Le livre de Ramana est un peu plus difficile d’accès à mon avis que celui de Nisargadatta, dans la mesure où il faut vraiment extraire soi-même les paroles de lumière d’un contexte religieux hindouiste parfois exubérant, mais le jeu en vaut la chandelle.

Ce qui est merveilleux grâce à la clé appelée « ce que je suis vraiment, vraiment, vraiment », c’est que peu de livres vous résisteront. Tous les textes écrits par des sages ou maîtres authentiques sont écrits à partir de cette source éternelle, les mots changent, beaucoup ou très peu mais l’expérience reste la même à jamais. Et lorsque Nisargadatta ou Ramana parlent du Soi, ils parlent de ce que vous réalisez lorsque vous osez tournez votre attention vers sa propre source.

Plutôt que de lire des tonnes de livres merveilleux, en décrétant à l’avance que vous ne pouvez avoir accès à la même expérience que les grands sages, utilisez ces lectures pour vérifier à l’infini l’unicité à travers l’espace et le temps de la découverte fondamentale. La découverte de ce qui ne change pas, ne bouge pas, ne meurt pas. Ramana Maharshi et Nisargadatta Maharaj et tous les autres ne parlent que de çà. »

 

« Je suis » – Éditions Les Deux Océans

« L’enseignement de Ramana Maharshi »Éditions Albin Michel, Spiritualités Vivantes

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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