Votre truc, ce ne serait pas un peu bouddhiste … ?

Notre association A Ciel Ouvert Maurienne s’inscrit petit à petit dans le paysage local : les compte-rendus de ses réunions sont accessibles, l’information concernant « En quête de sens » se diffuse, le bouche à oreilles fonctionne …

Et les premiers retours informels surviennent :

« Votre truc, ce ne serait pas un peu bouddhiste … ? »

Suivi de peu par :

« Quand on s’intéresse au bouddhisme, c’est qu’on a des problèmes … »

Et bien non, notre « truc » n’est pas délibérément et exclusivement bouddhiste, mais il n’est pas « non-bouddhiste » non plus. Il serait sans doute possible de dire qu’il est « inclusivement » bouddhiste¹. Expliquons-nous.

L’objet de l’association est en effet « l’étude et la transmission des sagesses du monde pour un développement de la sagesse dans notre société moderne occidentale ». (Cf. Statuts)

La première partie de cet objet peut donc effectivement nous amener à faire référence au bouddhisme, comme une sagesse parmi toutes les autres spiritualités du monde. Et – Dieu sait ! – si elles sont nombreuses² !

  • ainsi notre méditation hebdomadaire propose de ne pas s’arrêter sur une forme spécifiquement bouddhiste, chrétienne, hindouiste ou autre³, mais de revenir en-deçà de tout conditionnement culturel particulier, dans ce lieu (4) – précis et subjectivement très réel – dont il ne peut guère être dit quoi que ce soit d’objectif et de très pertinent : « A mesure que l’on approche du réel on perd la parole. » (5) C’est un mystère, accepté comme tel dans la mesure où il permet de vivre une relation plus juste – plus consciente, plus paisible, plus joyeuse – à soi-même, aux autres et à l’univers.
  • de même, notre étude de la Charte de l’Europe des Consciences se fait sur une base résolument laïque. Pas cette laïcité stupidement exclusive de toute recherche spirituelle, mais une laïcité inclusive, respectueuse des trésors de sagesses accumulés au fil des siècles, notamment par des bouddhistes, mais également par bien d’autres chercheurs sincères et compétents. Comme le dit Patrick Viveret : « Pourquoi ne pas faire appel à ces ressources ancestrales de sagesse que sont les “technologies spirituelles” en les alliant à nos techniques modernes afin de promouvoir un nouvel art de vivre ? Pourquoi réserver à la sphère individuelle des méthodes de “développement personnel” (6) dont nous avons tout autant besoin sur le plan collectif ? »
  • notre approche se fonde peut-être plus sur « L’hypothèse de travail minimale » développée par Aldous Huxley qu’en stricte référence à une spiritualité particulière. Ces cinq points (7) vous paraissent peut-être un peu « courts », mais ils nous semblent amplement suffisants pour répondre à la deuxième partie de l’objet associatif, « un développement de la sagesse dans notre société moderne occidentale ». Celui-ci ne sera pas nécessairement une imitation du passé, puisque ce dont nous avons besoin c’est d’une spiritualité vivante, pleinement intégrée aux conditions de vie contemporaines.

Il nous semble ainsi légitime de nous interroger sur les conséquences du geste consistant à avoir jeté le « bébé » des sagesses & spiritualités avec « l’eau du bain » des religions. Cette « société moderne occidentale » fonctionne-t-elle mieux désormais, permet-elle aux individus qui la composent un plein épanouissement de leurs capacités ? Cette société est-elle fondée sur des bases saines qui lui permettent d’envisager l’avenir avec sérénité, ou se contente-t-elle, à la petite semaine, de pallier  aux crises qu’elle sécrète, de plus en plus sévères et intégrées les unes aux autres, jusqu’à même risquer de remettre en cause l’avenir de la vie sur la Terre ?

Ce travail n’est-il pas la clé de notre avenir ?

 

Cordialement

 

¹ – Il est d’ailleurs intéressant de s’interroger sur le succès du « bouddhisme » dans notre société. Sans trop savoir en général de quel bouddhisme il est question : Petit ou Grand « Véhicule », tibétain, coréen ou zen ? Le succès incontestable de grands acteurs comme le Dalaï-lama ou Matthieu Ricard ne doit sans doute pas faire illusion sur la compréhension réelle et surtout sur la pratique réelle du « bouddhisme ».

² – Quand on considère la variété et l’intensité de la quête spirituelle à travers les âges et les continents – par exemple en lisant « La Philosophie Éternelle » d’Aldous Huxley –  l’évidence saute aux yeux que la « société moderne occidentale » constitue à cet égard une exception … unique.

³ – Le plus gros problème actuel de la méditation, c’est qu’elle est à la mode ! Et que tout le monde s’en réclame, sans vraiment oser dire & écrire que « sa » forme particulière est la meilleure, mais en le pensant très fort ! Ceci est d’autant plus regrettable que l’essence de la méditation consiste simultanément :

  • à se dégager de toutes les formes périphériques
  • à être espace d’accueil inconditionnel pour toutes les formes

Il est donc rigoureusement impossible de coller une quelconque étiquette à la méditation. S’il y a encore une étiquette, bouddhiste ou autre, c’est encore d’une préparation – éminemment utile et respectable – à la méditation qu’il s’agit.

4 – « La méditation c’est le lieu où l’univers se réjouit d’être l’univers. » Yvan Amar, « Les nourritures silencieuses »

5 – Paul Valéry, « Cahiers »

6 – Cette citation de Patrick Viveret me semble globalement très pertinente, mais il a tout faux avec ce “développement personnel” qui est rigoureusement l’inverse de la démarche spirituelle.

7 – Vous avez deux articles plus complets – que je vous invite à lire – en liens, mais voici ces cinq points :

« L’hypothèse de travail minimale peut s’énoncer ainsi :

  • Il existe une divinité, un fondement, un Brahman, une claire lumière du vide qui est le principe non manifesté de toute manifestation.
  • Ce fondement est à la fois immanent et transcendant.
  • Il est possible à l’être humain de l’aimer, de le connaître et, potentiellement, de s’identifier à lui.
  • Accomplir cet acte de connaissance unitive de la divinité est l’objet ultime de l’existence humaine.
  • L’homme doit respecter la loi, ou dharma, suivre le Tao ou Voie, s’il veut réaliser son objet ultime. »

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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