… vivre éternellement – Bobin & Spinoza

« J’imagine quelqu’un qui entre au paradis sans savoir que c’est le paradis. Il a des inquiétudes, des projets. Il est très occupé. Un bruit de fer, un cliquetis d’épées l’accompagne. C’est si banal, la guerre. Et puis tout d’un coup il y a une lumière de neige sur un étang, et un oiseau aux ailes d’or fracasse les murailles du monde¹. C’est quelque chose d’inespéré. Quelques secondes suffisent, n’est-ce pas, pour vivre éternellement.

“Nous sentons et nous éprouvons que nous sommes éternels”² : cette pensée de Spinoza a la douceur d’un enfant endormi à l’arrière d’une voiture. Nous avons, vous et moi, un Roi-Soleil assis sur son trône rouge dans la grande salle de notre cœur. Et parfois, quelques secondes, ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue. C’est aussi simple que ça³. »

Christian Bobin

« L’homme-joie »

Spinoza
Baruch Spinoza – 24/11/1632 – 21/02/1677

 

&

 

Cordialement

 

¹ – Pour Bobin, le « monde » est en quelque sorte clos sur lui-même, tournant en rond dans une profonde et tragique léthargie. Seuls des éclairs de beauté, au sens large & profond de ce mot, sont en mesure de le « sauver », de le sortir pour un temps de son sommeil. Ce qui rejoint la phrase célèbre de Dostoïevski : «La beauté sauvera le monde», dans « L’Idiot ». (Citation qui nécessite bien sûr d’être replacée dans un contexte … complexe !)

Voilà ce qu’il en écrit dans l’avant-dernier chapitre de « Le Très-Bas » :

« Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. Le monde n’imagine pas d’autre fin que la mort, cette extase du sommeil, et il considère tout à partir de cette fin. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »

La Vision du Soi selon Douglas Harding propose de ne pas attendre « quelque chose d’inespéré » et, en quelque sorte, d’introduire un peu de méthode – dans ce qui ne relève sinon que de la grâce – pour « renverser cette « thèse ». Aux nombreuses personnes qui considèrent que cela n’est guère possible, je dis simplement : essayez, vérifiez … ! Venez et voyez … !

² – C’est une citation de « L’Éthique », livre 5, proposition 23.

Je colle tout en bas le détail du passage, copié sur l’excellent site dédié à « Une lecture continue de l’Éthique de Spinoza », créé par Julien Gautier, professeur de philosophie.

Mais …, d’une part je ne connais pas bien l’œuvre de Spinoza, et d’autre part je suis assez mal à l’aise en dehors d’une anthropologie clairement tripartite : corps & âme – esprit. De plus, « sentir, éprouver » sont des expériences très fluctuantes, il y a des jours avec et des jours sans. Je dois donc avouer que cette « démonstration » de Spinoza, lue bien avant de la retrouver ici chez Bobin, ne m’a jamais réellement convaincu.

La Vision du Soi selon Douglas Harding si. Sans doute parce que Douglas n’était pas seulement un philosophe. J’ai vu, lors de quelques expériences, que ce que Je Suis vraiment, cet espace d’accueil illimité et inconditionnel, est éternel, hors du temps. N’en croyez pas un traître mot : essayez, vérifiez … ! Venez et voyez … !

³ – Et bien non, Christian, ce n’est pas « aussi simple que ça » ! Si je lis (et relis …) vos livres et si je me passionne pour la Vision du Soi selon Douglas Harding et son partage, c’est justement pour éviter, et disons-le tout net, pour dépasser :

  • ce « parfois »,
  • ces « quelques secondes »,
  • cette « descente du trône » : c’est plutôt un fondement, une assise, un socle « très bas » qui conviendrait ;
  • ces « quelques pas dans la rue » : ils sont notoirement insuffisants, il n’y à qu’à voir l’état du monde pour le constater.

La Vision du Soi permettrait à cet « homme-joie » de s’installer dans le quotidien de chacun, et d’y demeurer. Oui, c’est d’une exceptionnelle (r)évolution qu’il s’agit. Mais, encore une fois, n’en croyez pas un traître mot : essayez, vérifiez … ! Venez et voyez … !

&

« L’Âme humaine ne peut être entièrement détruite avec le Corps, mais il reste d’elle quelque chose qui est éternel. »

« demonstratio par 5, prop 22  |  2, prop 13  |  2, prop 8, cor
Latin | Elwes – en | Stern – de | Peri – it | Suchtelen – nl | Peña – es | Misrahi – fr

5, prop 23, demo  – Un concept, ou une idée, est nécessairement donné en Dieu, qui exprime l’essence du Corps humain (Prop. préc.), et ce concept est, par suite, quelque chose qui appartient nécessairement à l’essence de l’Âme humaine (Prop. 13, p. II). Mais nous n’attribuons à l’Âme humaine aucune durée pouvant se définir par le temps, sinon en tant qu’elle exprime l’existence actuelle du Corps, laquelle s’explique par la durée et peut se définir par le temps ; autrement dit (Coroll. Prop. 8, p. II) nous n’attribuons la durée à l’Âme elle-même que pendant la durée du corps. Comme cependant ce qui est conçu avec une éternelle nécessité en vertu de l’essence même de Dieu est (Prop. préc.) néanmoins quelque chose, ce sera nécessairement quelque chose d’éternel qui appartient à l’essence de l’Âme. C.Q.F.D.

5, prop 22 – Une idée est toutefois nécessairement donnée en Dieu qui exprime l’essence de tel ou tel Corps humain avec une sorte d’éternité.

2, prop 13 – L’objet de l’idée constituant l’Âme humaine est le Corps, c’est-à-dire un certain mode de l’étendue existant en acte et n’est rien d’autre.

2, prop 8, cor  – Il suit de là qu’aussi longtemps que des choses singulières n’existent pas, si ce n’est en tant que comprises dans les attributs de Dieu, leur être objectif, c’est-à-dire leurs idées n’existent pas, si ce n’est en tant qu’existe l’idée infinie de Dieu ; et, sitôt que des choses singulières sont dites exister non seulement en tant que comprises dans les attributs de Dieu, mais en tant qu’elles sont dites durer, leurs idées aussi envelopperont une existence par où elles sont dites durer.

scholium
Latin | Elwes – en | Stern – de | Peri – it | Suchtelen – nl | Peña – es | Misrahi – fr

5, prop 23, sc  – Comme nous l’avons dit, cette idée, qui exprime l’essence du Corps avec une sorte d’éternité, est un certain mode du penser qui appartient à l’essence de l’Âme et qui est éternel. Il est impossible cependant qu’il nous souvienne d’avoir existé avant le Corps, puisqu’il ne peut y avoir dans le Corps aucun vestige de cette existence et que l’éternité ne peut se définir par le temps ni avoir aucune relation au temps. Nous sentons néanmoins et, nous savons par expérience que nous sommes éternels. Car l’Âme ne sent pas moins ces choses qu’elle conçoit par un acte de l’entendement que celles qu’elle a dans la mémoire. Les yeux de l’Âme par lesquels elle voit et observe les choses sont les démonstrations elles-mêmes. Bien que donc il ne nous souvienne pas d’avoir existé avant le Corps, nous sentons cependant que notre Âme, en tant qu’elle enveloppe l’essence du Corps avec une sorte d’éternité, est éternelle, et que cette existence de l’Âme ne peut se définir par le temps ou s’expliquer par la durée. L’Âme donc ne peut être dite durer, et son existence ne peut se définir par un temps déterminé qu’en tant qu’elle enveloppe l’existence actuelle du Corps et, dans cette mesure seulement, elle a la puissance de déterminer temporellement l’existence des choses et de les concevoir dans la durée. »

 

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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