Une vie réussie … – Alfred de Vigny

« Une vie réussie …

est un rêve d’adolescent …

réalisé à l’âge mûr. »

Alfred de Vigny

« Cinq-Mars », chap. XX

 

&

 

 

C’est dans le premier chapitre, « Devenir philosophe », de « C’est chose tendre que la vie », le recueil d’entretiens d’André Comte-Sponville avec François L’Yvonnet, que j’ai relu cette citation célèbre (pages 27 et 28 de l’édition 2015 chez Albin Michel).

Et il m’a semblé que les deux interlocuteurs passaient bien rapidement sur une citation souvent fort superficiellement utilisée. Certes André Comte-Sponville commence par  corriger la version inexacte qui lui est proposée, mais … c’est pourtant celle-ci qu’il  développe essentiellement par la suite !

Quel pourrait être ce « rêve d’adolescent », à la fois désir très profond et désir commun à la plupart des individus ? Peut-être celui de ne pas voir se refermer sur sa vie, après une longue période d’ouverture, le rideau de fer consistant à devenir enfin « adulte », un complexe corps & mental étroitement limité et conditionné, un métier, une carrière, un pantin de Big Brother, un lit de Procuste, …

La plupart des adolescents sont encore assez conscients qu’ils n’ont pas de limites, qu’ils peuvent espérer vivre une vie dans l’Ouvert, qu’ils ne sont pas condamnés à ce « désespoir tranquille » évoqué par H. D. Thoreau. Ils restent proches de ces heures bénies de la petite enfance vécues dans une non-dualité inconsciente. Et ils constatent en même temps que le piège se referme, que tout – famille, école, société … – les pousse à devenir « grands ». Les multiples conduites à risque adoptées à cet âge constituent souvent l’expression de la réaction à cet écartèlement.

Autrefois existait un rituel d’initiation qui, dans le meilleur des cas, signifiait à l’adolescent que oui, il rentrait désormais dans ce monde des adultes caractérisé par de fortes contraintes de fermeture, mais que non, il ne devait pas renoncer pour autant à cette ouverture qui était son droit de naissance, sa dignité d’être humain. La possibilité d’une issue subsistait, clairement affirmée. Ce n’est plus la cas dans notre époque moderne, où le « progrès » fait rage, où le totalitarisme économique « empêche de naître » comme l’avait prophétiquement diagnostiqué Alexis de Tocqueville.

De quelle méthode réellement efficace disposent les adolescents d’aujourd’hui pour réussir leur vie, dans cette dissociété qui les veut « tristes et malheureux » pour continuer d’alimenter la production et la consommation & compensation ?

Peut-être de pas grand chose d’autre que la Vision du Soi selon Douglas Harding

Dès qu’ils sont suffisamment structurés pour vérifier si un véhicule arrive avant de traverser la route, et s’ils le veulent vraiment, s’ils ont l’audace d’aller jusqu’au bout – ce qui est généralement le cas à cet âge là ; c’est avec l’âge qu’on devient plus timoré – c’est possible. Mais qu’ils n’en croient surtout pas un traître mot, qu’ils essayent les expériences, qu’ils doutent et vérifient …

Ce sera toujours mieux que d’être le sujet du constat – réaliste mais désabusé, voire cruel – de C. G. Jung :

« Les hommes passent la première partie de leur vie à faire leur trou et la deuxième à essayer d’en sortir. »

Ils ne s’en porteront que mieux … et la société aussi. Qu’attendons-nous pour essayer ?

 

Cordialement

 

Le site Dernière Gerbe s’efforce de remettre un peu d’ordre dans les citations et de rapprocher la version répandue (proposée ci-dessus) de la version authentique :

«Amis, qu’est-ce qu’une grande vie, sinon une pensée de la jeunesse exécutée par l’âge mûr ? »

Cinq-Mars

Son responsable ajoute :

« On sera peut-être aussi, comme moi, frappé par le constat que la version populaire est souvent meilleure que la formule authentique : plus ramassée, plus percutante, comme si, en passant de bouche en bouche, elle s’était dépouillée de ce qui l’alourdissait pour se resserrer autour de son idée essentielle. Celà doit nous amener à ne pas nous laisser obnubiler par la maniaquerie de l’authenticité, aussi légitime et salubre soit-elle. C’est un irréfragable devoir moral et intellectuel de n’attribuer à quiconque rien d’autre que ce qu’il a exactement et littéralement dit. Mais les belles infidèles existent, et on a le droit aussi d’aimer telle ou telle formule remarquable pour elle-même, dès lors qu’on sait que celui qui en est à l’origine avait, dommage pour lui, énoncé autre chose. »

Si c’est sans doute beaucoup plus qu’une « pensée de jeunesse » dont il s’agit, nul doute qu’une « vie réussie » est effectivement une « grande vie » … la Vie enfin trouvée dans le « Grand », cet espace d’accueil illimité et inconditionnel qui est notre Vraie Nature à tous.

Il n’y a peut-être pas d’autre preuve de maturité que de vivre, enfin, la Grande Vie …

 

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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