Une autre fin du monde est possible

La synchronicité a encore frappé … ! Je relisais récemment la nouvelle préface qu’Aldous Huxley a écrite  en 1946 pour son chef d’œuvre précoce : « Le meilleur des mondes ». Et quelques heures plus tard, sur France Culture, dans la retransmission de la 1° Rencontre de Pétrarque 2016, il était question d’un génial tag attribué au mouvement « Nuit debout » :

« Une autre fin du monde est possible. »

 

TagNB

Oui … mais quelle synchronicité ?

Dans cette nouvelle préface, A. Huxley revient sur …

« … le défaut le plus sérieux du récit¹ qui est celui-ci : on n’offre au Sauvage qu’une seule alternative : une vie démente en Utopie, ou la vie d’un primitif dans un village d’indiens, vie plus humaine à certains points de vue, mais, à d’autres, à peine moins bizarre et anormale. »

Pas mal de visionnaires² l’ont vu arriver de loin, cette « vie démente en Utopie », mais une certaine forme de « progrès », celle qui correspond d’assez près à cet « élan vers le pire » dénoncé par Cioran, continue de « faire rage ». Elle connaît même un regain de vigueur avec le si mal nommé « transhumanisme« .

Évoquant la triste fin du Sauvage dans son roman, A. Huxley précise également :

« Je n’éprouve aujourd’hui nul désir de démontrer qu’il est impossible de rester sain d’esprit. Au contraire, bien que je demeure non moins tristement certain qu’autrefois que la santé de l’esprit est un phénomène assez rare, je suis convaincu qu’elle peut être atteinte, et je voudrais la voir plus répandue. Pour philo-aeternil’avoir dit dans plusieurs livres récents, et, surtout, pour avoir élaboré une anthologie de ce que les sains d’esprit ont dit sur la santé de l’esprit et sur tous les moyens par lesquels elle peut être obtenue (« La Philosophie Éternelle »), je me suis fait dire par un critique académique éminent que je suis un symptôme déplorable de la faillite d’une catégorie d’intellectuels en temps de crise. »

Et voilà donc, enfin …, où je voulais en venir avec cette « autre fin du monde possible » :

« Si je devais récrire maintenant ce livre, j’offrirais au Sauvage une troisième possibilité³. Entre les solutions utopienne et primitive de son dilemme, il y aurait la possibilité d’une existence saine d’esprit – possibilité déjà actualisée, dans une certaine mesure, chez une communauté d’exilés et de réfugiés qui auraient quitté Le Meilleur des mondes et vivraient à l’intérieur des limites d’une Réserve.

Dans cette communauté, l’économie serait décentraliste [sic], à la Henry George, la politique serait kropotkinesque [re-sic] et coopérative (4).

La science et la technologie seraient utilisées comme si, tel le Repos Dominical, elles avaient été faites pour l’homme, et non (comme il en est à présent, et comme il en sera encore davantage dans le meilleur des mondes) comme si l’homme devait être adapté et asservi à elles.

La religion serait la poursuite consciente et intelligente de la Fin Dernière de l’homme, la connaissance unitive du Tao ou Logos immanent, de la Divinité ou Brahman transcendante. (5)

Et la philosophie dominante de la vie serait une espèce d’Utilitarisme Supérieur, dans lequel le principe du Bonheur Maximum serait subordonné au principe de la Fin dernière – la première question qui se poserait et à laquelle il faudrait répondre, dans chacune des contingences de la vie, étant :

“Comment cette pensée ou cet acte contribueront-ils ou mettront-ils obstacle à la réalisation, par moi-même et par le plus grand nombre possible d’individus, à la fin dernière de l’homme ?”

[…] Ainsi modifié, Le Meilleur des mondes posséderait quelque chose de complet, artistiquement et (si l’on peut se permettre d’employer un si grand mot au sujet d’un ouvrage d’imagination) philosophiquement, qui lui fait évidemment défaut sous sa forme actuelle. »

Je ne sais évidemment pas si l’homme saisira cette ouverture – brossée à grands traits par A. Huxley – d’une « autre fin du monde possible », mais je suis certain que la Vision du Soi selon Douglas Harding constitue un moyen parmi les plus simples & efficaces pour y parvenir. N’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez … !

 

Cordialement

 

¹ – Je me permets de ne pas revenir sur le contenu de ce récit … qu’il faut non seulement avoir lu, mais lire et relire régulièrement afin de :

  • vérifier « de notre observatoire actuel, à xx ans plus bas, le long du plan incliné de l’histoire moderne, quel est le degré de plausibilité que semblent posséder ses pronostics ?
  • constater que « … l’Utopie soit plus proche de nous que quiconque ne l’eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. [1932] A cette époque je l’avais lancée à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui [1946], il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattu sur nous dans le délai d’un siècle. »  Si nous continuons d’y travailler d’arrache-pied, c’est jouable d’ici à 2032 … !

Édition de poche chez Pocket, où l’on trouve également « Retour au meilleur des mondes », « Contrepoint », « Temps futurs », …

² – « Visionnaire » : le mot est pratique, j’en conviens, mais il est possible d’évoquer simplement des personnes sensées voyant un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez. Ces braves gens ne datent pas d’hier : ainsi les rishis évoquant le Kali Yuga …

³ – Cette troisième possibilité, si mal connue & si peu sérieusement tentée, me semble bien évidemment correspondre de très près à « La Troisième Voie » proposée par Douglas Harding.

4 – N’allez surtout pas imaginer que je possède les compétences nécessaires à la compréhension des travaux de ces deux illustres penseurs ! Mais si A. Huxley s’est intéressé à eux, il existe de très fortes probabilités pour qu’ils contiennent des propositions utiles pour nous encore aujourd’hui …

5 – Cf. aussi « L’hypothèse de travail minimale ».

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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