Un atelier vaut toutes les (cir)conférences …

Dans mon activité de partage de la Vision du Soi selon Douglas Harding, je suis souvent confronté à une demande de conférence préalable à un atelier

« Vous comprenez, les personnes pourront ainsi voir de quoi il s’agit vraiment avant de participer à un atelier … »

Je regrette, mais cette façon d’envisager les choses est contradictoire avec la démarche directe, subite, de la Vision du Soi. Ce n’est pas ainsi que quiconque pourra s’établir sur le terrain solide du Voir !

J’ai accepté une seule fois, consciencieusement, d’en passer par ce schéma d’organisation, et je regrette encore et d’avoir perdu mon temps, et de l’avoir fait perdre aux participants. La Vision du Soi et la vie et l’œuvre de Douglas ne sauraient être matières à conférence sans risquer de devenir quelque chose d’infiniment réducteur et de globalement inutile.

L’Évangile de Thomas nous avertit clairement du risque  :

« Beaucoup se tiennent autour du puits, mais il n’y a personne pour y descendre. »

Logion 74

« Beaucoup se tiennent devant la porte mais ce sont les monachos (solitaires et simplifiés) qui entreront dans la chambre nuptiale. »

Logion 75

 

Enso
Enso, représentation de la Vacuité

Dans la calligraphie zen ci-contre, ce qui est essentiel n’est pas le trait du pinceau mais ce vers quoi il pointe (la vacuité à l’intérieur … et à l’extérieur).

Dans la Vision du Soi, ce qui compte ce sont les expériences, c’est l’expérience de Cela, et presque pas les mots qui les environnent.

Proposer une conférence, c’est accréditer le fait que « la connaissance de la compréhension d’autrui … aussi commune que le charbon » équivaut à la compréhension de première main, « compréhension du matériau brut … qui n’est pas d’ordre conceptuel … presque aussi rare que le diamant ».*

Personne ne perd pourtant son temps à croire ou penser que lire le menu équivaut à consommer le repas, ou qu’écouter une prescription dispense de prendre le remède. « Il y a entre connaissance et compréhension autant de différence qu’entre une ordonnance qui prescrit la pénicilline et la pénicilline elle-même. »*

« L’Esprit » (ou appelez Cela comme vous voulez) constitue une véritable nourriture et un remède efficace qu’il convient de « prendre », d’ingérer et d’assimiler. C’est ce que propose un atelier de Vision du Soi par la pratique de quelques expériences d’attention bien ordonnées sur soi-même, et par l’invitation à valoriser ces expériences jusqu’à les transformer en exercice permanent. Jusqu’à faire de l’ensemble du quotidien un exercice, jusqu’à vivre « le quotidien comme exercice » pour reprendre une belle expression – et sous-titre de l’ouvrage « Pratique de la voie intérieure » – de Karlfried Graf Dürckheim.

Laisser croire ou penser que l’expérience de notre vraie nature est possible sans « descendre au fond du puits », sans franchir le seuil, est un mensonge. Laisser croire ou penser que c’est extrêmement difficile, voire dangereux sans une longue préparation préalable, est un second mensonge. Laisser croire ou penser que la gravité de la crise systémique, et l’urgence de la métamorphose (fichier pdf téléchargeable gratuitement) où elle nous place, nous permet de discutailler sans fin autour de la margelle ou devant la porte en est un troisième.

En participant à un atelier de Vision du Soi, rien n’est plus simple que d’accéder simplement à la simplicité de notre vraie nature : il suffit d’oser faire le premier pas, le seul qui coûte. Seule l’intégration ultérieure de Cela peut éventuellement s’avérer plus longue et délicate.

Notez donc bien que s’il m’arrive encore de céder à une demande de « conférence » pour satisfaire à je ne sais laquelle de vos contraintes d’organisation, de publicité, … j’animerai en réalité un atelier, rien qu’un atelier, tout un atelier. A bon entendeur … salut !

 

Cordialement

 

* : Ces citations proviennent d’un essai d’Aldous Huxley, « Connaissance et compréhension », figurant dans « Dieu et moi – Essais sur la mystique, la religion et la spiritualité » (Éditions du Seuil, Points Sagesses n° 165)

 

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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