Tu n’es pas qui tu crois – Christiane Singer

Cette phrase, cette « vérité nouvelle d’une violente incandescence », cette « certitude » :

« TU N’EST PAS QUI TU CROIS »

(en majuscules dans le texte) est extraite du troisième roman de Christiane Singer, « Histoire d’âme » (Albin Michel 1988 – Livre de Poche n° 6887).

J’aime particulièrement le commencement sur lequel se clôt ce beau texte :

Judith
Judith 1 – Gustav Klimt

« Et quelle émotion j’ai ressentie à reprendre en main le livre où j’avais, à l’automne, lu l’histoire d’Hakuin¹ !

Cette fois encore je me suis regardée au miroir d’un récit.

Un homme est accoudé à sa fenêtre. Devant lui, un érable où niche un oiseau. Le vent balance une branche et au loin gargouille un ruisseau. C’est la première scène.

Dans la seconde, on voit le même homme perdre le sol sous ses pieds. La vie s’en va en lambeaux, comme une trop vieille étoffe. Devenu dès lors étranger à lui-même, il erre de par le monde … Il finit par trouver refuge dans un monastère où il passe de longues années à mâcher son koan et à traverser un à un ses enfers. Puis vient le jour où se brise le miroir des apparences, le jour du grand rire libérateur. Il rentre alors paisiblement chez lui.

La troisième et dernière scène le montre accoudé à sa fenêtre. Devant lui un érable où niche un oiseau. Le vent balance une branche et au loin gargouille un ruisseau.

 

 

Avant/Après. Rien n’est changé en apparence.

L’arbre, l’oiseau, le vent.

Rien n’est changé en réalité.

L’arbre, l’oiseau, le vent.

Et pourtant désormais tout est différent.

Ce qui était, au début, devant les yeux, les yeux² maintenant le sont aussi :

l’arbre, l’oiseau, le vent. »

Mais tout est à lire, tant ce « beau roman de la vie intérieure » regorge de fulgurances. Certes il ne  laisse pas le lecteur indemne, mais à quoi bon lire ces pseudo-livres pour tuer le temps, ces « faux bouquins achetés au poids » que chante Georges Brassens … ?

« Mais pire, pire encore est pour moi la représentation d’un retour à la « normalité ». Retrouver ce brouillard dont enfin j’ai pris conscience, cette vie larvaire³, cette vie d’eau croupie – la vie dont je m’accommodais comme tous ceux qui m’entourent – me remplit d’une horreur bien plus véhémente que cette avancée périlleuse en terre inconnue – J’ai choisi. »

 

Cordialement

 

¹ – L’article Hakuin en langue anglaise est beaucoup plus complet.

Mais Christiane Singer, encore jeune à l’époque, prenait pourtant la peine, avec la « sollicitude d’une bonne vieille grand-mère » …, de décrire brièvement l’éveil d’Hakuin :

« L’esprit occupé de son koan, il s’adosse à la grille d’un jardin. Il n’entend pas l’injonction menaçante du propriétaire : « Va-t’en ! » Ce dernier, outré, s’empare d’un balai et le frappe violemment sur la tête. Hakuin tombe au sol sans connaissance. A l’instant où il rouvre les yeux, il entre en lumière. Jusqu’aux racines les plus secrètes des vies, des choses et des actes – il voit ! Devenu miroir, il reflète la clarté du créé. Il se lève d’un bond, frappe dans ses mains et, riant de tout son cœur, il reprend en dansant le chemin du monastère.

Il a lâché prise, Hakuin. Il a – malgré lui – risqué le saut.

Et le miracle a lieu qui infirme la grande épouvante de tout ego : il n’a pas été dissous dans l’immensité – Hakuin n’a pas disparu – rien ne lui a été enlevé – toute la création s’est encore ajoutée à lui, c’est la différence. Il est Hakuin, plus l’entière création. »

² – Il me semblerait plus exact d’écrire « l’œil », l’œil unique, « l’œil émerveillé » de Samivel, mais il m’est impossible de vous le prouver autrement qu’en vous invitant à participer à un atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding.

Cela vous permettra également, comme Hakuin, de vous ajouter l’entière création. Et de comprendre pourquoi Christiane Singer dit de Liliane B., le personnage de cette « Histoire d’âme », qu’elle est aussi une « coupeuse de tête », d’où « Judith ».

Vous risquez fort de repartir de l’atelier en frappant dans vos mains, en riant de tout votre cœur et en dansant … Essayez !

³ – Cette « vie larvaire » c’est la « néoténie » évoquée par Michel Fromaget dans « Corps Âme Esprit ».

 

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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