Télérama dialogue … mais pas sans tabou

Le 29 septembre 2014 au Théâtre du Rond-Point à Paris, 36 personnalités de la culture seront invitées à dialoguer avec la rédaction de Télérama et avec le public …

Jusqu’à 18 H tout va bien. Ensuite les choses se gâtent, puisque l’un des invités de ce créneau horaire n’est autre que Matthieu Ricard, présenté comme suit : « essayiste et photographe » … !?

Vous connaissez cet homme d’abord sous ces étiquettes vous ?

 

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Matthieu Ricard

 

Moi non. Voilà ce que je crois savoir, dans un certain ordre :

  • moine du bouddhisme tibétain (1979)
  • interprète officiel du Dalaï-lama (1989)
  • écrivain
  • photographe
  • docteur en génétique cellulaire
  • fils de Jean-François Revel et de Yahne Le Toumelin

C’est en tous les cas dans le respect de cet ordre là que je l’ai invité pour quelques articles de ce site. En n’hésitant pas à être même parfois assez critique.

Pourquoi est-ce que Télérama escamote ainsi la dimension première et essentielle de Matthieu Ricard ? Même s’il est d’abord là pour présenter son nouveau livre « Plaidoyer pour les animaux »¹, cette dimension monastique bouddhiste demeure essentielle. Pourquoi alors que le nom de Matthieu Ricard dans la liste des invités renvoie à un article antérieur exposant clairement sa qualité première de moine bouddhiste tibétain, article se terminant par cette conclusion désabusée :

« Ce qui me rend triste, c’est de voir que le combat pacifique du Dalaï-lama n’a encore rien donné de concret. Si c’était le cas, ce serait un exemple pour tous les pays du monde, tous les peuples en lutte, en Palestine et ailleurs : regardez, on peut obtenir beaucoup par la patience et la non-violence ! D’une certaine façon, ceux qui ne soutiennent pas plus vigoureusement notre cause plaident pour le recours à la violence. »

Alors pourquoi … ?

Sans doute pour la même raison qui fait que cette dimension spirituelle, fondement et peut-être bien aussi seule justification² de la culture, est quasiment absente de ce magazine soit disant « culturel ». Télérama, comme la quasi-totalité de notre société française, a sans doute peur d’une spiritualité vivante, irréductible à la pensée unique, seul grain de sable encore en mesure de venir gripper la méga-machine de la production-consommation-pollution-consumation, qui détruit le monde sans nous rendre heureux, preuve active que le cap suivi par la société moderne est erroné, de très précisément 180 ° …

Cette « civilisation à cloisons étanches »³ se pense orgueilleusement comme une époque de lumières alors que c’est en réalité une des pires époques de ténèbres qui fut, mais gardons confiance :

 « … la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point saisie. »

Jean 1, 5

 

Cordialement

 

¹ – « Plaidoyer pour les animaux ».

La notion d’interdépendance universelle, centrale dans le bouddhisme, est (sans doute, puisque je ne l’ai pas lu)  au cœur de ce livre.

Un atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding permet de réaliser cette vérité, éminemment scientifique, simplement, concrètement, rapidement. Mais n’en croyez pas un mot, venez vérifier dans un atelier.

² – Comme je n’ai pas le temps de développer ici, je vous renvoie à un livre majeur de George Steiner : « Dans le château de Barbe-Bleue – Notes pour une redéfinition de la culture ».

NB : juste un petit bémol pour rappeler que les mots anglais et français « culture » ne se recouvrent pas exactement.

³ – Cette expression est de Marguerite Yourcenar. C’est le titre du quinzième essai de son recueil « Le Temps, ce grand sculpteur », dans lequel elle écrit notamment, à propos de la chaîne d’abattage n° 2 des abattoirs de la Villette :

« Oui, sans doute : tout acte de cruauté subi par des milliers de créatures vivantes est un crime contre l’humanité qu’il endurcit et brutalise un peu plus. »

Matthieu Ricard a peut-être lu ce texte autrefois …

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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