SPP36 : La Science-1 est une psychothérapie de base

« De nos jours, l’une des branches de la Science-3 les plus prolifiques est la psychologie, la science du mental, et en particulier la psychiatrie et la psychothérapie, le traitement du mental malade. Ce domaine est florissant (0) … Tout se passe comme si, plus on accorde d’attention à la psyché, plus elle en redemande, et tel un enfant capricieux, elle fera n’importe quoi pour qu’on s’occupe d’elle : alors , elle présente indéfiniment de nouveaux problèmes – urgents, affreux, convaincants –  rien que pour inquiéter les profanes et occuper les psychiatres.

La Science-1 a une façon rapide de traiter cet enfant à problèmes : elle refuse de jouer ce jeu¹. Et à juste titre, car c’est la Science du Sujet immuable, et non de ce pseudo-objet aussi changeant qu’un caméléon appelé la psyché. C’est la Science de Celui-qui-fait-les-expériences, et non des expériences. En langage d’autrefois, c’est la Science de l’Esprit considéré comme distinct du mental et du corps². La Première Personne, en tant que telle, n’a ni psyché ni psychologie, elle est pure Conscience sans l’ombre de quoi que ce soit qui lui soit propre. Ici, j’abandonne tout. Tout ce que j’essayais d’agripper est déchargé sur le monde. … Tout ce fatras mental menaçant se dirige vers les objets auxquels il se rattache et va se déposer sur eux, laissant le Sujet ici débarrassé de tout cela, intrinsèquement vide, libre, détaché, calme.

Ainsi, disperser le mental c’est le guérir. C’est parce que la Science-1 est tellement non-psychologique (ou métapsychologique) qu’elle est si efficace psychologiquement. Elle guérit mon mental en me guérissant du mental³. Car, finalement, l’ennui avec mon mental c’est la conviction que j’ai d’en avoir un. Et il suffit de le renvoyer à sa place (dans l’Univers multiple ou, en termes Zen, dans le Grand Espace) pour tout remettre en ordre. Résoudre mes problèmes psychologiques c’est me débarrasser de ma psychologie – ce fouillis imaginaire de pensées et d’émotions toutes arrachées à leurs objets, ramassées ici et enfermées dans une minuscule boite en os – la plus grande collection de chauve-souris dans le plus petit des beffrois. Quand je vois Ce Que je suis réellement en tant que Première Personne, je n’ai ni tête, ni mental, ni corps, ni aucun de leurs problèmes, à quelque niveau que ce soit. Et quand je ne vois pas cela, j’ai une foule de problèmes, tous réductibles à celui de cette tumeur morbide appelée cerveau/tête/mental, cette malignité qui se développe ici même au milieu de mon univers. …

… Quand je suis consciemment la grande ouverture, quand je ne suis plus une chose parmi d’autres choses, une conscience parmi d’autre consciences, je suis Libéré, et le monde est très bien, malgré tout, parce qu’il est entièrement moi (4). Il n’y a pas de destins, de facteurs ou de forces extérieurs à la Première Personne que je suis et qui travailleraient contre moi. Mêmes les choses les plus horribles qui m’arrivent à moi en tant que troisième personne sont en réalité ma volonté profonde en tant que Première Personne. Alors je dis OUI ! à la vie, et ceci est la vraie thérapie.

En un mot, mes problèmes psychologiques se réduisent tous à un seul qui est mon problème d’Identité (5). La seule façon de les résoudre, c’est de porter mon attention sur Celui qui est ici, sur cette Première Personne qui est censée les avoir. C’est ici qu’est la seule analyse profonde, la seule véritable thérapie qui pénètre jusqu’à la Racine du mal, le seul remède durable pour ma maladie. … »

 

Cordialement

 

0 – En 1974 cette constatation est prémonitoire … Que dirait Douglas Harding presque cinquante ans plus tard … ? Aujourd’hui le « mental » a tellement envahi tout l’espace disponible que l’on ne sait plus vraiment qu’il existe en-deçà de lui, plus profonde & centrale, une dimension infiniment plus essentielle, celle de l’esprit & Esprit. Une dimension que le monde moderne s’efforce désespérément de nier :

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! »

Georges Bernanos

La France contre les robots, VI

Pléiade Essais et écrits de combat tome II, 1995, p. 1025

Et cette dimension représente pourtant la seule solution, le seul espoir devant tous les errements du mental et ses conséquences tragiquement concrètes.

NB : Ce qui précède ne signifie aucunement qu’il n’existe pas de problèmes mentaux & psychologiques ; ils sont malheureusement aussi réels que leurs conséquences sur le corps et nécessitent l’intervention de spécialistes compétents pour les traiter. L’objectif consiste à dire & montrer que ces problèmes périphériques du corps & mental seront mieux compris et traités à partir du Centre, dans une perspective complète Corps & Mental – Esprit. Quelques psychiatres explorent cette voie (Jacques Vigne) ou l’ont explorée (Jean-Pierre Schnetzler). Il en existe certainement quelques autres. L’approche de Douglas me semble radicalement plus simple … Vérifiez !

Rappel : la Première Personne compte toujours à partir de 0, moyen habile (upaya) de, notamment, transformer les groupes de quatre personnes en groupe de trois … De réduire à néant le concept erroné d’« environnement ». De commencer à échapper à la « contagion mimétique » (René Girard) d’un face-à-face … aussi impossible que nuisible. Essayez, vérifiez … n’en croyez pas un traître mot !

¹ – D’aucuns diront que c’est impossible … Qu’ils essayent donc de pratiquer les remarquables expériences mises au point par Douglas Harding. C’est grâce à leur simplicité & efficacité et au fait qu’elles soient sans échappatoire qu’il devient possible de stopper le jeu du mental.

Cependant, certes, il est également nécessaire que telle soit votre intention. Si vous considérez le mental – le « menteur » – comme une fin dernière, l’aboutissement suprême de l’évolution, alors même ces expériences ne pourront pas grand chose pour vous sortir de votre funeste idolâtrie … de cette « plus grande collection de chauve-souris dans le plus petit des beffrois » !

² – La Vision du Soi selon Douglas Harding s’inscrit résolument dans une conception anthropologique tripartite – Corps & Âme – Esprit – traditionnelle et ré-explicitée plus récemment par Michel Fromaget. Sa pratique constitue à mon humble avis la meilleure introduction possible à cette conception désormais globalement bien oubliée … N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

³ – A cet endroit du texte se trouve un renvoi vers les citations ci-dessous :

« Contrôler le mental, dit Ramana Maharshi, c’est découvrir que le mental n’existe pas. » Le principal enseignement Zen est la Doctrine du Non-Mental [mais le titre complet de cet ouvrage propose un oxymore des plus croustillants !], et la méthode sommaire du Zen pour pacifier le mental consiste à me mettre au défi de le produire, de mettre le doigt dessus ou de le localiser. Citons ainsi Hui-Chung :

« La Bouddhéité est atteinte quand il n’existe pas de mental pour le faire. »

Et Huang-Po :

« N’ayez simplement aucun mental d’aucune sorte : ceci est la connaissance pure. »

Parmi les psychologues eux-mêmes, il y a évidemment ceux qui réduisent le mental au comportement, et [le] Dr. Maudsley [vraisemblablement Henry Maudsley] écrivait :

« Cela pourrait être très instructif et carrément surprenant d’examiner ce que peuvent encore signifier les termes techniques de la psychologie si on leur retire leur sens physique. »

NB : le dessin de la « carte » ne figure pas dans l’édition française du texte. Mais il complète & illustre si bien les deux phrases qui le précèdent …

4 – A cet endroit du texte se trouve un renvoi vers les trois citations ci-dessous :

« Lorsqu’il devient vraiment lui-même … l’astronome est “là-dehors” avec les étoiles, et non plus une entité séparée regardant à travers un trou de serrure télescopique une autre entité séparée de lui par un abîme. »

Abraham H. Maslow

« Nos âmes vivent dans le monde environnant. »

Héraclite

« Quand Pu-liang Yi  plaça le monde et toutes les choses et toute la vie à l’extérieur de lui, il devint aussi clair que l’aurore et vit son unicité. »

Chuang-Tzu

Précision importante : « Les citations des mystiques et maîtres … ne font pas partie de la démonstration présente et … ne sont certainement pas présentées comme faisant autorité. Elles sont seulement destinées à illustrer l’ancienneté et l’universalité de la Science – 1. Le Savant – 1 vérifie les écritures par l’expérience, et non l’expérience par les écritures.« 

Cette proposition a été développée par David Lang dans son texte : « Les experts ont-ils bien pigé le truc ? »

5 – Un atelier de Vision du Soi propose essentiellement de régler ce « problème d’Identité », en se dégageant des identifications périphériques pour revenir – simplement, concrètement, joyeusement – au « Je Suis » central. Cela fonctionne quasiment à 100 % au cours de l’atelier, mais ne rêvez pas : une « discipline assidue » sera nécessaire pour demeurer dans cette Identité, pour poser le fameux « clapet anti-retour » d’Alain Bayod ! La Vision du Soi est une méthode exceptionnellement efficace, mais pas une baguette magique !

Rappel : « La Science de la Première Personne – Principes, Pratique et Potentiel »  – Éditions Dervy 1998

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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