Se libérer du moi idolâtre – Marie Balmary

« L’esprit n’est au service de personne, je crois. Il vient en aide au bien commun, c’est autre chose. Comment ?

L’interdit de servir des idoles est favorable au bien commun, aussi les traditions qui le transmettent ne disparaissent-elles pas de l’histoire.

Enfin, pour le dire en raccourci, le bien commun a un ami et un ennemi à l’intérieur de tout homme. Son ennemi est le moi, une enveloppe à ouvrir, au sens où Einstein pouvait dire :

“Ce qui fait la vraie valeur d’un être humain, c’est de s’être délivré de son ego.”

Car le moi est nécessairement idolâtre – de lui-même ou d’un autre auquel il délègue sa responsabilité et sa gloire.

Les spiritualités sont en quête des conditions pour l’humain de cette sortie du moi, de cette naissance. Et le bien commun ne peut compter que sur ceux qui ont suffisamment de distance par rapport à eux-mêmes pour se préoccuper de lui. Une civilisation qui ne ferait croître que le moi perdrait son meilleur allié : l’être qui en est sorti devient conscient et sensible à lui-même et aux autres. »

Marie Balmary

Marie Balmary

Voici en quelque sorte l’introduction et la conclusion du très court article malicieusement – et fort justement – intitulé : « Le spirituel (n’est pas) au service du bien commun » de l’ouvrage collectif « Pour le bien commun », paru aux éditions Salvator en 2017.

« Ce manifeste – signé par quatorze personnalités d’inspiration chrétienne … est un vibrant plaidoyer pour le volontarisme et l’espérance en politique. »

Les treize autres contributions s’intitulent respectivement : « La science -, la justice -, l’inclusion -, la citoyenneté -, l’éthique -, la solidarité -, l’éducation -, l’écologie -, la famille -, la culture -, l’économie -, la politique -, la santé au service du bien commun ».

 

Cordialement

 

Il convient de ne pas se laisser abuser par la brièveté de certains textes de Marie Balmary. Je n’ai pas envie de truffer celui-ci de renvois à des notes de bas de page, ma fâcheuse tendance. Mais je vais respecter le déroulé du texte pour partager quelques remarques qui sont loin de l’épuiser.

Cet esprit souverain & bienveillant, ce n’est ni le mental, ni « l’esprit français ». C’est cette dimension que Michel Fromaget nous a permis de (re)découvrir avec « Corps & Âme – Esprit ». J’ai la faiblesse de croire que le monde commencerait à aller un peu mieux juste en remettant cette tripartition anthropologique sur le devant de la scène, partout & tout le temps …

« L’interdit de servir des idoles … », ne ramène pas en un lointain passé à jamais dépassé. Notre époque, « moderne » et persuadée d’être « libérée », est asservie à une foule d’idoles : l’argent, le pouvoir, la raison, le progrès, l’individu, le sexe, la technologie, la sécurité, … C’est d’ailleurs une caractéristique éminemment moderne de ne plus guère comprendre l’intérêt des interdits. Une autre est  l’effondrement du bien commun, après ceux des communs et de la « décence ordinaire » (common decency, d’Orwell et d’autres) …

« Le moi est l’ennemi du bien commun » : a-t-on idée de l’ampleur du changement de paradigme qui suit nécessairement un tel constat ? Et pourtant, est-ce que l’on commencera à faire quelque chose de vraiment utile au bien commun avant de placer ce postulat au fondement de tous les chantiers nécessaires ?

Cette « enveloppe à ouvrir » renvoie aux « matrices closes » évoquées dans « La fragilité, faiblesse ou richesse ? », un autre texte de Marie Balmary.

“Ce qui fait la vraie valeur d’un être humain, c’est de s’être délivré de son ego.” C’est – spirituellement parlant – l’évidence même … que nos (dis)sociétés ont quasi totalement refoulée. Après on s’étonne que les choses ne tournent pas très rond … Quoi de plus urgent que d’inclure la mise en œuvre de cette maxime dans la quasi totalité des programmes de formation ? La Vision du Soi selon Douglas Harding pourrait grandement aider …

« Le moi est nécessairement idolâtre – de lui-même ou d’un autre auquel il délègue sa responsabilité et sa gloire. » Je vous laisse tout le plaisir d’apprécier ce « nécessairement » et d’envisager les risques insensés qu’impliquerait cette délégation de « gloire ». Le maudit Reich hitlérien a montré jusqu’à quel degré d’abjection cette pente glissante pouvait conduire. Mais je ne suis pas certain qu’on en ait bien tiré toutes les leçons …

« Une civilisation qui ne ferait croître que le moi … », grosso modo la nôtre, n’en est justement pas une. Le Mahatma Gandhi pensait peut-être aussi à cela lorsqu’il avait répondu à un journaliste anglais qui lui demandait ce qu’il pensait de la civilisation occidentale :

« Ce serait bien. »

La civilisation (occidentale) ne semble pas encore être vraiment advenue, et bien des « développements » récents laissent même entrevoir de sérieuses régressions, en cours et en préparation … Les travaux de Marie Balmary et la Vision du Soi pourraient contribuer utilement à améliorer la situation. Ou, a minima, à éviter que le monde ne se défasse trop rapidement, trop violemment …

Un « être sorti du moi, conscient et sensible à lui-même et aux autres » : encore une utopie aujourd’hui, mais la réalité de demain si nous voulons qu’il subsiste un demain. « Le seul espoir ».

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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