Ressusciter … – Christian Bobin

Les lecteurs de volte-espace – s’ils existent … ! – savent que j’aime lire, et relire, et relire, … Christian Bobin.

Christian Bobin

Son « Ressusciter » a déjà plus de quinze ans (2001), mais avouez que ce titre reste un beau projet : le seul projet digne d’un être véritablement humain, échapper à la logique du « monde » ! (0)

Pourtant … ça commence plutôt mal :

« Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire. »

Les lecteurs de volte-espace savent déjà que rien n’est vraiment possible hors de l’anthropologie ternaire dépoussiérée par Michel Fromaget : hors « Corps & Âme – Esprit », point de salut !¹

« Ressusciter », c’est tout simplement …

  • d’abord « mourir »² à un paradigme aussi universel que réducteur : je ne suis rien de plus  qu’un corps & âme, rien qu’un corps & mental, un « blockhaus » aux compartiments vivres et munitions bien approvisionnés, un « tombeau » composé et promis à la décomposition, … (Liste réaliste, déprimante et non limitative … !)
  • pour « renaître » ensuite à la complétude « Corps & Âme – Esprit ».

Alors oui, la « lumière », le « silence » et « l’espérance » contribuent effectivement à cette renaissance. Et ce que Bobin nomme « âme » correspond sans doute à s’y méprendre à ce que Fromaget nomme « esprit ». Mais non, non, non, mille fois non, cette « âme » n’est pas « locataire » d’une « petite chambre » !

C’est même très exactement le contraire. « Ressusciter » c’est simplement revenir à cet espace d’accueil illimité et inconditionnel, réintégrer sa véritable nature de Contenant ultime, retrouver le sens de la vraie grandeur, réaliser que Je Suis le seul Sujet, la seule Première Personne, … l’unique « Propriétaire » – pourquoi pas ? – et, bien sûr, que tout un chacun peut partager exactement la même expérience.³

Cher Christian Bobin, malgré l’immense estime que j’ai pour vous, je me permets de vous rappeler que « jouer petit ne sert pas le monde »et qu’un orfèvre des mot tel que vous – plus exactement ses nombreux lecteurs – aurait grand intérêt à (re)caler sa langue sur le ternaire « Corps & Âme – Esprit ».

Est-ce qu’il est si compliqué que cela de « ressusciter » ? Depuis l’émergence de la Vision du Soi (Vision Sans Tête) de Douglas Harding, plus vraiment. Quelques expériences suffisent.

Cependant il reste impératif :

  • de le vouloir vraiment
  • d’avoir l’audace de participer à un atelier
  • de disposer de toutes les qualifications requises
  • et surtout, d’avoir l’humilité (ou l’intelligence, c’est du pareil au même) de laisser ces fabuleuses expériences – simples, concrètes, joyeuses – remodeler la totalité de son quotidien. Un soupçon d’assiduité ne sera néanmoins pas inutile.

Après avoir fait ces expériences – se contenter de les lire ne servant rigoureusement à rien – il sera toujours temps de revenir aux livres, ceux de Christian Bobin et d’autres …, pour vérifier si « les experts ont bien pigé le truc » !

&

Petit florilège rapide et éminemment subjectif, juste quelques « bûches » apportées par Christian Bobin à ce « feu » étrange qui « brûle » certains d’entre nous  … Donc lisez & relisez (tout) Christian Bobin !

« Ils se vantent d’avoir l’esprit libre et, lorsqu’on leur parle de Dieu, deviennent aussi furieux qu’un chien tirant sur sa chaîne au passage d’un vagabond. »

« Ils prétendent vouloir la vérité et, si vous commencez à la leur dire avec douceur et bienveillance, ils vous tuent. »

« Tout ce que je sais du ciel me vient de l’étonnement que j’éprouve devant la bonté inexplicable de telle ou telle personne, à la lumière d’une parole ou d’un geste si purs qu’il m’est soudain évident que rien du monde ne peut en être la source. »

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »

« Je cherche la grande douceur, celle que personne n’a jamais vue et dont l’existence ne fait aucun doute car c’est à elle qu’on doit la beauté odorante des jacinthes, la lumière dans les yeux étonnés des bêtes et tout ce qu’il y a sur terre et dans les livres de bienfaisant. »

« Il n’y a rien de caché, tout est là sous nos yeux, la vie passée, la vie présente et la vie future, comme trois petites filles échangeant en riant des confidences sur une route de campagne. »

« La vie s’attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement. Elle est avec nous comme une mère qui donnerait son cœur à manger à ses enfants, et ses enfants ne voudraient pas goûter à cette nourriture sublime, ils ne voudraient même pas en entendre parler. »

« Nous nous faisons beaucoup de tort les uns aux autres et puis un jour nous mourons. »

« Je cherche la plénitude d’une vie si limpide que rien ne pourrait la troubler, pas même la vue de ce monde mort. Si je cherche une telle chose, c’est parce que je l’ai déjà entrevue dans l’enfance et plus tard dans cette vie garrottée que l’on dit “adulte”. […] ces étincelles un jour entrevues, trop nombreuses pour les écrire toutes et trop fugaces pour me suffire, m’ont donné le goût de chercher le feu qui les engendrait et ce goût ne m’est jamais passé, plutôt s’est-il accru en même temps que le froid envahissait ce monde et ses images fausses. »

« L’air du temps est irrespirable, or nous continuons à respirer. Serions-nous déjà morts ? »

« La plupart des gens sont aujourd’hui si parfaitement adaptés au monde qu’ils en deviennent inexistants. »

« Certains couples font penser à deux fous dont chacun serait persuadé d’être l’infirmier de l’autre. »

« J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait. »

« Ne croyez pas que je sois bon, sage ou même intelligent, croyez seulement à ce que j’ai vu car je l’ai réellement vu. »

 

Cordialement

 

0 – L’extrait ci-dessous de l’avant-dernier chapitre du « Très-Bas » précise les contours de ce qu’est le « monde » pour Bobin. Il est déjà bien présent sur volte-espace, mais je ne m’en lasse pas :

« Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. Le monde n’imagine pas d’autre fin que la mort, cette extase du sommeil, et il considère tout à partir de cette fin. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »

Ce que Bobin appelle le « monde » nous dépossède, et de notre vie véritable – de cette Grande Vie qui est notre droit de naissance et LA possibilité d’accomplissement qui nous est offerte – et de cet « éveil » qu’est la « mort » à une vision totalement fausse, réductrice, étriquée, … de nous-même. Ce « monde » n’est vraiment pas un cadeau !

La Vision du Soi selon Douglas Harding constitue un outil particulièrement puissant pour « renverser la thèse du monde ». N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez … !

Rappel : la Première Personne compte toujours à partir de 0, moyen habile (upaya) de, notamment, transformer les groupes de quatre personnes en groupe de trois … Et également de réduire à néant le concept erroné d’« environnement ». Essayez, vérifiez … n’en croyez pas un traître mot !

¹ – Certains estiment peut-être que j’insiste un peu trop avec mes nombreux renvois à un auteur (encore) assez peu reconnu médiatiquement. Ils ont tort. Michel Fromaget nous offre une clé de lecture globale d’une remarquable efficacité avec sa (re)définition claire du ternaire « Corps & Âme – Esprit ». Lisez & relisez cet ouvrage , qui vient d’être réédité par les éditions Almora en novembre 2017.

« Lorsque l’ouvrage de Michel Fromaget a été publié dans sa première édition en 1991 par Question De/Albin Michel, je l’ai lu non seulement avec un immense intérêt personnel mais j’ai été heureux de pouvoir en recommander souvent la lecture autour de moi. Il traite en effet de manière approfondie d’un thème essentiel car la confusion du psychique et du spirituel, autrement dit de l’âme et de l’esprit, rend incompréhensible l’essence des enseignements justement désignés comme spirituels.

Ce livre peut donc efficacement contribuer à inspirer et à guider celui qui s’est engagé sur la voie de la libération, de l’éveil, de la déification, terme chrétien des premiers siècles en usage aujourd’hui encore dans la tradition orthodoxe. »

Arnaud Desjardins

Petit bémol : lisez & relisez « Corps & Âme – Esprit » après avoir participé à un atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding ! Vous gagnerez un temps précieux sur « la voie de la libération, de l’éveil, de la déification ».

² – Désolé, ce n’est effectivement pas très « fun », mais il n’y a pas d’autre solution. Comme l’écrivait avec humour Yvan Amar :

« On veut bien être des deux fois nés, mais pas des trois fois morts… En quelque sorte, on veut bien être des deux fois quelque chose, mais pas des trois fois rien ! »

Je ne sais plus qui décrivait la méditation comme l’activité consistant à rentrer dans son cercueil de son vivant  … histoire de distinguer très précisément ce qui ne meurt pas – l’Esprit – de ce qui meurt – le corps & l’âme.

³ – Nous ne pouvons d’ailleurs partager entièrement, à 100 %, que cette seule expérience d’être espace d’accueil illimité et inconditionnel. Toutes les autres, sans la moindre exception, ne peuvent être partagées que partiellement, imparfaitement … Je sais, c’est absolument vertigineux de réaliser cela. N’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Tout ce qui est « partagé » dans la zone « je suis humain » du dessin ci-dessous ne relève que de la « communication », il ne s’agit que d’ « éléments de langage », et cela reste globalement très insatisfaisant. Le véritable partage, qu’il est possible de nommer « communion » n’a lieu qu’au Centre, qu’en tant que « Je Suis » … Essayez, vérifiez !

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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