« Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour » – Christiane Singer

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« C ’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous que je parle au creux de l’oreille. »

C’est ainsi que commence l’intervention de Christiane Singer lors du Forum de Toussaint 2006 de Terre du Ciel. Vous pouvez en lire l’intégralité dans le dossier d’hommage récemment mis en ligne. Il s’agit en quelque sorte de la quintessence de « Derniers fragments d’un long voyage ».

C’est la relecture de « Christiane Singer, une vie accomplie », le dernier chapitre d’ « Une vie pour se mettre au monde », de Marie de Hennezel et Bertrand Vergely, qui m’impose de revenir encore une fois, vraisemblablement pas la dernière, vers cette immense figure de la spiritualité contemporaine. En effet, le chapitre se réfère souvent à cette intervention. Je n’ai retenu ici que quelques extraits en lien avec volte & espace.

 

« … Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage. … »

 

Quoiqu’on en pense, lise et dise, l’expérimentation ne me semble pas constituer l’action la plus recherchée par la grande majorité des humains … De nombreuses protections – habitudes, éducation, traditions, procédures, modes, … – permettent à bon compte de « sortir couvert » et de ne quasiment jamais être remis sérieusement en question par une véritable expérience, lourde du poids du réel.

Seulement le prix à payer pour ces protections, pour éviter d’avoir à « se libérer du connu » (Krishnamurti) pour entrer dans une zone de « bienheureuse insécurité » (Alan Watts), est exorbitant : ne pas vivre en plénitude, se contenter d’une existence « larvaire » Corps et Âme en lieu et place de la plénitude d’une vie Corps, Âme, Esprit.

Quant à cette responsabilité permanente et totale évoquée par Christiane, quel individu pourrait en supporter la charge écrasante ? L’état actuel du monde constitue plutôt le résultat de l’irresponsabilité illimitée comme principe …

Il n’est donc guère étonnant de ne pas (encore) voir de longues files d’attente devant les ateliers de Vision du Soi selon Douglas Harding ! Un atelier n’est rien d’autre qu’expérimentation, qu’une série d’expériences d’attention, simples, concrètes, centrées sur « qui & que suis-je ? », qu’un condensé de ce que toute la Philosophie Éternelle pourrait vous proposer de découvrir au cours de toute une vie. Et la découverte de l’espace d’accueil infini et inconditionnel qui est notre véritable nature, c’est aussi la découverte de cette même totale responsabilité. La bonne nouvelle, c’est que l’individu, la petite troisième personne, l’ego, … peut désormais s’appuyer sur sa véritable nature de Grand, de Première Personne, de Soi, … pour parvenir à l’assumer.

 

« … Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout.

Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. … »

 

La souffrance a constitué le terrible et « merveilleux »¹ parcours de Christiane Singer. Mais ce n’est pas nécessairement ce que la vie réserve à chacun d’entre nous. Il est aussi possible de s’engager résolument dans la direction de la « transparence » et de parvenir dans la zone du « vraiment plus rien » par bien d’autres moyens. Un atelier de Vision du Soi peut ainsi vous permettre de faire pleinement l’expérience décrite ci-dessus. Et pas au rabais : « You will have to pay the full price » comme disait Svami Prajnanpad. Le prix élevé de la destitution de l’ego par le Soi, de la naissance d’une plénitude Corps, Âme, Esprit au sein d’une petitesse Corps et Âme, …

 

« … On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a fait Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même –, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à
l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire
t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui c’est la bonne nouvelle² que je vous apporte. »

 

La très grande admiration et sympathie que j’éprouve pour Christiane Singer, « celle qui n’a jamais cessé d’être là », ne m’empêche pas de contester ce qu’elle nous dit là. Il me semble d’ailleurs que la conviction profonde du deuxième paragraphe ci-dessus détricote la proposition du premier. Ce mystère de l’interpénétration universelle – si aisé à réaliser lors des géniales expériences du tube ou de la ronde par exemple – c’est effectivement l’expression de notre vraie nature, de notre réalité la plus centrale. Nous sommes tous, essentiellement, espace d’accueil inconditionnel et infini les uns pour les autres.

Faudrait-il choisir d’en « sortir » pour pouvoir témoigner, vivre des relations humaines plus communes ? D’une part c’est rigoureusement impossible sauf en imagination. D’autre part ce serait terriblement contre-productif, ce serait se condamner à colporter des on-dits, à ne connaître que des rapports superficiels, la misère en lieu et place du Royaume … Je ne suis jamais plus pleinement « parmi mes frères humains » que quand Je Suis eux … Quels ténébreux et puissants conditionnements nous conduisent encore à évoquer la nécessité d’un retour à la dualité … ?

 

« … Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer. Sont entrés dans cette audace d’amour. En somme il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans leur courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément.

… »

Entendons cet appel de Christiane Singer, mais n’attendons pas que des êtres aimés soient frappés autour de nous ou d’être frappé nous-même. « Entrer dans cette audace d’amour » c’est la seule chose à faire immédiatement, sans attendre, tout le reste nous sera donné par surcroît … Un atelier de Vision du Soi peut grandement nous aider à initier ou à dynamiser le processus, « …à nous contaminer les uns les autres de ferveur et de vie ». Mais comme d’habitude, n’en croyez pas un traître mot, venez essayer, vérifier !

 

Cordialement

 

¹ – « Alors nous nous demandons : Comment a-t-elle pu traverser une telle souffrance ? Elle nous le dit. Avec un fil d’Ariane qui ne l’a jamais quittée depuis l’enfance, le fil de la merveille : «Grâce à lui je sortirai vivante du plus sombre des labyrinthes.» Il y a en elle une obstination émouvante à «enchanter le monde, à éclairer les ténèbres». » (Page 170 de l’édition de poche)

² – Cette bonne nouvelle, c’est bien sûr celle que porte depuis toujours la Philosophie Éternelle, avec ses très diverses expressions :  Upanishads, évangiles de Jean et de Thomas, bouddhisme zen, soufisme, etc …

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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