« Principes bouddhistes appliqués à l’économie » – Marie Viennot

Petit miracle que le Billet économique de Marie Viennot dans les Matins de France Culture du lundi 6 mars 2017 :

« Sauver le monde avec les “Buddhist Economics” » (0)

Dans le marasme écologique, social, économique, politique, … ambiant – pour ne rien dire pour l’instant de la véritable « épidémie psychique » en cours, étudiée notamment par C. G. Jung dans « Présent et avenir »¹ – il lui a suffit de quelques minutes d’une intelligente et lumineuse présentation pour aller droit à l’essentiel. Cf. ci-dessous quelques extraits du script de cette chronique.

L’économie « juste »² …

« … part de trois présupposés très différents de ceux de l’économie classique. Ci-dessous un petit film (en anglais mais facile à comprendre).

  • la nature humaine est bonne et altruiste³ (le contraire donc de l’idée selon laquelle chacun poursuit son propre bien)
  • les humains sont interconnectés entre eux (4)
  • ils sont connectés à la nature (et ils ne dominent pas la nature) (5)

 

 

Avec ce schéma de pensée en tête, les « Principes bouddhistes appliqués à l’économie » identifient deux préoccupations économiques majeures (6) :

  • la montée des inégalités, à laquelle personne n’est insensible, du fait de son altruisme et de nos interconnections
  • la destruction de la nature, qui elle non plus ne peut nous laisser indifférent

Cette approche bouddhiste de l’économie conduit à des changements systémiques et individuels. (7)

Le changement systémique est dans la façon de concevoir la richesse. Pour le moment, c’est le PIB qui domine, c’est à dire la mesure de la production. Les moyens de production, c’est à dire le travail humain, sa qualité, le bien être ou le mal être qu’il apporte, tout cela n’est pas pris en considération dans la mesure du PIB. La quantité de nature incorporée dans la production, et sa capacité à se renouveler sont également secondaires.

Actuellement, plus il y a de production mieux c’est, puisque plus il y a de PIB plus un pays est censé bien se porter. Or dans le Bouddhisme, il y a l’idée que, au contraire, …

la voie, c’est d’atteindre une satisfaction très grande avec des moyens très limités. (8)

Les « Principes bouddhistes appliqués à l’économie » considèrent donc qu’on peut atteindre un bien être très élevé, avec un minimum de consommation. (9)

  • cela donne à la richesse matérielle moins d’importance, ce qui a son intérêt quand cette richesse est si mal partagée
  • cela oblige à revoir la consommation des biens non renouvelables de la planète, ce qui induit à l’avènement d’une économie dé-carbonée, dont on sait qu’elle pourrait aider à ne pas trop réchauffer la planète. »

Un seul regret : le « Aom » introductif de Guillaume Erner laissait beaucoup à désirer, et il conviendrait qu’il s’entraîne un peu au cas où il envisagerait de développer plus avant l’intérêt – majeur – des « Principes bouddhistes appliqués à l’économie ». Mais vu l’entrain et la bonne humeur qu’il insuffle aux Matins de France Culture, il est pardonné.

 

Cordialement

 

0 – Le lien vers le site de France Culture vous permet d’écouter cette chronique et/ou d’en lire la version écrite plus étoffée.

L’idée de cet article m’est venu du fait de l’absence de E. F. Schumacher à l’oral, mais, heureusement, la référence est bien présente dans le texte ! Son maître-livre, « Small is Beautiful – Une société à la mesure de l’homme », a paru en 1973 et était disponible en français dès 1978. Le titre original : « Small is Beautiful – A Study of Economics as if People Mattered », est nettement plus explicite que sa traduction. Il est permis de se demander, 44 ans plus tard, ce que les différents « experts » ont fait d’une réflexion aussi aboutie et pertinente, et si les personnes commencent enfin à compter dans l’économie …

Volte-espace évoque E. F. Schumacher ici et .

« Buddhist Economics » … : décidément tant qu’une pensée n’est pas passée par les États-Unis – et tant qu’elle n’en est pas revenue en général « modernisée », c’est-à-dire souvent bien aseptisée – elle n’existe pas. Et pourtant …

Serge-Christophe Kolm

… il y a belle lurette que Serge-Christophe Kolm s’est penché très sérieusement sur la question : cf. notamment cet interview, « S-C. Kolm économiste bouddhiste », paru dans Le Monde Dimanche du … 23 octobre 1983 !

Article qui suivait de peu la parution, en décembre 1982 de la somme que constitue « Le Bonheur Liberté, Bouddhisme profond et Modernité », évoqué dans cet  entretien sur le site de la revue 3° Millénaire.

Et le site de cet homme inclassable … tout en anglais !

Dans notre douce France soi-disant cartésienne, quand on ne rentre pas dans une case dûment étiquetée, on n’existe tout simplement pas. Le pays se prive ainsi de la crème de ses « ressources humaines », et remet son destin entre les mains de clones formatés à l’ENA et dans d’autres usines à décerveler … La situation globale du pays donne une assez bonne idée du résultat, et le pire reste sans doute à venir.

Bref, nos « experts » – intellectuels, économistes, politiques, journalistes, … – continuent de « se tromper selon les règles » selon la belle formule de Paul Valéry.

¹ – Article à venir, et donc annoncé ! Ce testament psychologique & spirituel de Jung est à lire & relire d’urgence. S’il en était encore besoin, la situation politique pré-électorale de la France, l’affaiblissement de l’Europe, la folie Trump, le désastre au Moyen-Orient, le dérèglement climatique, … fournissent de bonnes raisons supplémentaires à cette lecture.

² – Le mot « juste » renvoie au  Noble Chemin octuple. Pas facile de trouver un bon équivalent au mot pali « sammā » : il contient bien sûr les notions de « justesse & justice », mais aussi celle de « mesure », et également celle de « perfection ».

Ne s’agit-il là que de notions exclusivement bouddhistes ? Bien sûr que non. L’épilogue de « Small is beautifull » précise ainsi :

« Dans toute la tradition chrétienne, il n’y a peut-être pas d’enseignement qui soit plus approprié et qui convienne mieux à la conjoncture moderne que la doctrine merveilleusement subtile et réaliste des quatre vertus cardinales : prudentia, justitia, fortitudo et temperentia.« 

E. F. Schumacher renvoie aux ouvrages de Josef Pieper pour plus de plus amples développements. Quelques-uns sont disponibles en français aux éditions Ad Solem.

La Vision du Soi selon Douglas Harding permet à tout un chacun qui le veut vraiment d’aller jusqu’à la perfection de la Vision juste, de « samyag-dṛṣṭi [sanskrit] ; sammā-diṭṭhi [pali]». Elle propose même de commencer par cette étape, ce qui facilite en général la compréhension et la pratique des sept autres « anga & membres ». Elle permet également d’avancer assez loin sur le chemin de la prudentia. Mais n’en croyez bien évidemment pas un traître mot, essayez, vérifiez !

³ – Exposé ainsi, ce n’est pas si évident lorsque l’on prend connaissance des actualités. Je dirais plutôt que « la nature humaine est bonne et altruiste » parce que la Véritable Nature qui la sous-tend est construite sur le modèle de l’amour & don de soi. L’ego, la troisième personne, le « petit » dispose de bonnes chances de devenir « bon et altruiste » à condition d’accepter de céder la première place au Soi, à la Première Personne, au « Grand ». Pourquoi dès lors ne pas essayer d’avoir cette audace.

4 – Il faudrait être un monstre non-humain pour oser envisager le contraire, et pourtant … Se poser un instant et se souvenir avec gratitude de tous ceux qui nous ont permis, tout au long de notre histoire, d’être ce que nous sommes devenus aujourd’hui suffit en général pour se remettre en phase avec cette interdépendance générale.

5 – « Connectés à la nature … » me semble insuffisant. Les preuves scientifiques de cette interdépendance s’accumulent depuis plus d’un demi-siècle, et pourtant la plupart des humains persistent dans l’erreur de se croire séparés de la nature. Tant que nous ne serons pas conscients d’être la Nature, « d’avoir pour corps l’univers entier » comme l’exprime une Upanishad, nous continuerons de détruire ce que nous considérerons toujours comme un simple « environnement ».

Ce qui est parfois qualifié d’attitude « mystique » avec un immense mépris, c’est tout simplement de cesser d’avoir plusieurs siècles de retard sur l’état de la science.

6 – « Schéma de pensée en tête … » : là encore quelle erreur de croire que quoi que ce soit puisse se régler au seul niveau de la « tête », des pensées, des concepts. Nous commencerons à changer nos comportement aberrants quand le corps dira stop : stop à la température excessive, et plus largement aux nombreuses conséquences néfastes du dérèglement climatique, stop à sa pollution généralisée par les perturbateurs neuro-endocriniens, les nano-particules, les micro-particules fines du smog quasi-quotidien, …

Juste un exemple de la déficience de la « tête » : elle qualifie de « préoccupations économiques majeures » « la montée des inégalités … et la destruction de la nature ». Ce qualificatif d’« économique » est terriblement réducteur devant l’importance et l’urgence de ces deux problèmes, aussi susceptibles l’un que l’autre de conduire droit à l’effondrement nos sociétés complexes & fragiles. « Faire toujours plus de la même chose », en l’occurrence continuer d’envisager les questions sous le seul angle économique, est sans doute le meilleur moyen de « réussir à échouer ».

Oui, vraiment, il est temps de se passer de la dictature de la « tête » pour trouver une sortie par le haut. La Vision du Soi (Vision Sans Tête) nous offre généreusement quelques outils. Il suffirait de les essayer sincèrement et sérieusement pour changer radicalement de système d’exploitation …

7 – Là encore, la « tête » nous oriente, avec son bon sens statistique habituel, sur le piste de « changements systémiques et individuels ». Ne serait-il pas plutôt nécessaire d’envisager le changement dans un ordre rigoureusement inverse ? Que chaque individu s’engage d’abord aussi loin qu’il lui est possible sur la voie du noble sentier octuple, s’il est bouddhiste, de celle précisée par Laudato Si et autres encycliques, s’il est catholique, de la sauvegarde de la création proposée par l’Orthodoxie, etc … Les différents systèmes seront ensuite contraints de s’adapter aux volontés fermes d’individus conscients des problèmes et de leurs réelles solutions. La conscience humaine est capable de mettre à bas ce système complexe & infiniment fragile.

8 – Je mets cette phrase en valeur, dans le texte de la chronique et ci-dessous, non seulement parce qu’elle est remarquable en soi, dans un contexte bouddhiste comme dans tout autre contexte, mais surtout parce qu’elle correspond parfaitement avec ce qui fait l’originalité & l’efficacité de la Vision du Soi selon Douglas Harding :

« … la voie, c’est d’atteindre une satisfaction très grande avec des moyens très limités. »

Les expériences – simples, concrètes, joyeuses, sans échappatoire – de cette méthode, que d’aucuns persistent à trouver « très limitée », vous garantissent une satisfaction … maximale. Mais n’en croyez bien évidemment pas un traître mot, essayez, vérifiez !

9 – C’est-à-dire en « relançant l’économie » !

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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