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Pour un « CoronaReset » – Paul Jorion

Sur le blog de Paul Jorion, un texte important, essentiel ...

Merci de le lire, de le signer (si accord), de le diffuser aussi largement que vous pouvez.

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Et le jour d’après ? Pour un « CoronaReset »

« De la part d’un groupe de citoyens issu de la société civile et de la sphère culturelle, de citoyens actifs dans une volonté de changer ce monde pour que ce saut de paradigme tant espéré voie le jour, pour qu’après cette crise sanitaire mondiale, on ne nous resserve pas la même soupe (0), devenue imbuvable.

Mesdames et messieurs les dirigeants et tous ceux qui ont du pouvoir dans ce monde, chères citoyennes et chers citoyens,

Croyez-vous vraiment que nous vivrons comme avant, le jour d’après ? Croyez-vous vraiment que nous accepterons encore d’être ces serviles citoyens suiveurs¹ d’un monde où l’on nous a vendu une croissance soi-disant infinie comme modèle de société, avec le capitalisme financier comme adjudant, la consommation et les plaisirs immédiats comme corollaires ? Du pain et des jeux en somme. Vieux comme l’histoire !

Croyez-vous vraiment qu’après avoir perdu certains de nos proches ou de nos concitoyens, nous aurons encore envie de cette vie où nous passons parfois plus de temps sur les routes pour aller travailler, qu’auprès de nos enfants et nos proches ?

Croyez-vous vraiment que nous aurons encore envie de consommer cette nourriture bourrée d’additifs, de pesticides et autres molécules néfastes pour notre organisme, comme le montrent régulièrement les échantillons sanguins récoltés pour des analyses qui donnent froid dans le dos en termes de substances toxiques que nous n’aurions jamais dû ingérer ?²

Croyez-vous vraiment que nous allons encore accepter cette destruction massive de notre environnement – notre maison – et de la biodiversité, source de vie pour notre planète et pour nous ?³

Croyez-vous vraiment que nous accepterons encore ces écarts de richesse indécents, dignes des meilleurs livres de Zola, écrits à un autre siècle ? (4)

Nous sommes certains, gens de pouvoir, que vous pensez déjà à l’après : comment rebondir ou activer notre résilience, pour utiliser un vocabulaire à la mode. Et bien, c’est l’occasion rêvée pour rebondir autrement, pour faire mieux, pour nous créer un monde plus juste, où les relations humaines auront repris une place plus importante que celle des transactions financières et des dividendes à distribuer à une minorité, un monde où le travail sera mieux réparti afin que la moitié de l’humanité ne trime pas jusqu’à l’essoufflement, au détriment de sa qualité de vie, tandis que l’autre moitié vit dans la misère faute d’avoir accès à ce Graal de boulot. Un monde qui respectera toute l’humanité, animaux et écosystèmes compris. Un monde où notre être pourra se construire autrement, avec ses dimensions multiples et non plus confiné à celle, unique, de producteur de richesses économiques. (5)

Nous n’osons pas imaginer ce qui risque de se passer si nous demeurons figés sur des modèles économiques identiques, alors que les États vont dépenser des budgets colossaux pour gérer cette crise sanitaire. Quelles dettes pèseront sur nos pays, si nous conservons les mêmes mécaniques économiques ? Allez-vous annuler ces dettes ? Celles des pays africains aussi ? Ou allez-vous à nouveau prôner l’austérité pour tout rembourser, alors que la crise de 2008 a démontré que cela ne fonctionne pas et que cela accentue encore la disparité sociale et les dangereux clivages au sein de nos sociétés ?

Il s’agit d’une demande a-partisane, et a-dogmatique. Une réflexion simple et basée sur le bon sens, car pour résister, nous avons aussi besoin d’espérer. Et cet espoir ne réside pas en un retour vers l’état préexistant de nos sociétés, mais dans celui d’un saut de paradigme que tellement de philosophes, économistes, écologues, sociologues, appellent de leurs vœux depuis des années. La crise sanitaire sera difficile à gérer, mais elle devra l’être au même titre que les crises sociales et environnementales.

Et si ce ressenti nous est venu après une semaine de confinement imaginez seulement après quelques semaines !

Alors, ces semaines-là, mettez-les à profit pour nous préparer un autre monde. C’est le moment et c’est absolument nécessaire. Il y a des rendez-vous avec l’histoire où il faut le courage de prendre de grandes décisions. A bon entendeur… » (6)

Paul Jorion, anthropologue

24 mars 2020

Chacune ou chacun peut ajouter sa signature au bas du formulaire en ligne.

 

Cordialement

 

0 – Dans sa citation devenue célèbre, Margaret Mead parle aussi de « citoyens »  :

« Un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis est capable de changer le monde.

D’ailleurs rien d’autre n’y est jamais parvenu .»

Mais par pitié laissons la « soupe » en dehors de tout cela : c’est un plat absolument remarquable, quand elle n’est ni en sachet, ni en boite. Cf. les ouvrages de Claude Aubert, et plus largement ceux de Terre Vivante consacrés à l’alimentation, notamment : « Par ici la bonne soupe » de Serge de Thaey. Alors qu’une « grande simplification » est vraisemblablement en cours, la soupe a l’avenir devant elle.

¹ – L’expression « serviles citoyens suiveurs » me pose un vrai problème. Un « citoyen » ne saurait être ni « servile » – ce mot étant beaucoup trop proche de serf – ni « suiveur ».

A ce propos, et parce que l’attitude de suivisme est souvent profondément ancrée dans nos cultures et dans notre inconscient, je vous invite à lire les travaux de Marie Balmary concernant spécifiquement « Un messie à ne pas suivre ». C’est le titre du neuvième chapitre de son ouvrage « La Divine Origine – Dieu n’a pas créé l’homme ». Tout comme la soupe évoquée ci-dessus, l’œuvre de Marie Balmary constitue un « mets » roboratif qui a l’avenir devant lui !

² – Personne n’en a envie, c’est certain. Beaucoup le font néanmoins, pour gagner du temps, parce que c’est « pratique » quand on n’aime pas ou ne sait pas cuisiner. Mais le succès économique de cette « néfaste-food » prouve que peu de gens ont réellement envie de s’engager à faire tout autrement ? La puissance de l’habitude, de la publicité, des lobbies, des structures, etc … est incontestable.

« Il suffirait [pourtant] que personne n’achète pour que ça ne se vende pas. »

La célèbre sortie du regretté Coluche s’applique à toutes les « nourritures » frelatées, sans exception : journaux, livres, films, divertissements, promesses électorales, …

NB : « Manger sain pour trois fois rien » est un des livres de Claude Aubert, évoqué plus haut.

³ – J’aurais préféré le mot « nature » à celui d’ « environnement ». Ce dernier laisse croire qu’il serait possible qu’un moi séparé de tout le reste soit viable, ce qui n’est absolument pas le cas. J’aurais aussi apprécié que soit établi ici un lien direct entre le développement (même « durable »), habituellement mesuré par la croissance du PIB, et « cette destruction massive de notre environnement … et de la biodiversité ».

Il n’est pas question ici de prêter des intentions à une Mère Nature – Gaïa -, mais la constatation scientifique de l’enchaînement (implacable) des causes et des effets prouve que détruire nature & biodiversité équivaut pour nous à choisir la mort. La pandémie de Covid-19 en cours le démontre … magistralement.

Cf. l’entretien de Mediapart avec Frédéric Keck : «Les chauves-souris et les pangolins se révoltent». Son ouvrage intitulé « Les Sentinelles des pandémies – Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine », aux éditions Zones sensibles, sortira … après la pandémie.

4 – Ce qui est le plus étonnant, c’est que nous ayons pu les accepter jusqu’à aujourd’hui « ces écarts de richesse indécents », pour toutes sortes de bonnes et de mauvaises raisons.

Dans « Small is Beautiful – Une société à la mesure de l’homme », Ernst Friedrich Schumacher propose une réflexion sur un écart de rémunération décent. Elle se trouve dans le 19° et dernier chapitre de l’ouvrage, « Nouveaux modes de propriété », à propos d’une entreprise : la Scott Bader & Co Ltd, dont le 2° principe de fonctionnement était le suivant :

« L’éventail des rémunérations du travail à l’intérieur de l’organisation ne devra pas excéder, du moins bien au mieux payé, un rapport de 1 à 7, avant impôts, sans considération d’âge, de sexe, de fonction ou d’expérience. »

Il y a quantité de bonnes idées à prendre dans les ouvrages & réalisations d’Ernst Friedrich Schumacher, en plus de cet exemple inspirant. Toutes sont assez à contre-courant, certes, mais avons-nous encore vraiment le choix ?

5 – Ce long paragraphe, sans doute écrit un peu rapidement, montre à quel point il est justement difficile de se dégager de l’unidimensionnalité économique. Espérons que cette fichue crise sanitaire nous aide à mettre à bas le « baobab » économique :

« Or un baobab, si l’on s’y prend trop tard, on ne peut jamais plus s’en débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater. … Enfants ! Faites attention aux baobabs !  »

« Le Petit Prince » – St-Exupéry

(Citation  placée en exergue de « Small is Beautiful »)

Le mot « résilience » a déjà été capté à son profit par notre Président dans sa dernière allocution, et replacé dans une logique de « re »: retour au statu quo ante, reconstruction, relance, etc … Certes il nous a assuré que rien ne serait plus comme avant, que tout allait changer, « quoi qu’il en coûte » …

Mais il se peut que vous ayez perçu, derrière les éléments de langage, une correspondance avec le cynisme de Tancredi Falconeri déclarant à son oncle, le prince Fabrizio Corbera de Salina :

« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. »

(« Le guépard » – roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa et film de Visconti.)

La conviction portée par volte-espace (et quelques autres …) est pourtant celle d’un changement autrement radical, que Schumacher avait évoqué comme suit :

« Nous avons la raison obscurcie par une foi extraordinaire, aveugle et déraisonnable, en un ensemble d’idées fantastiques, ennemies de la vie, héritées du 19° siècle. Notre raison doit avant toute chose recouvrer une foi plus vraie que celle-là.  … L’éducation ne peut pas nous aider tant qu’elle n’accorde pas de place à la métaphysique. …

Nous souffrons d’un mal métaphysique. Le remède doit en être métaphysique. … Ce sont en effet nos convictions fondamentales qui sont en désordre et, aussi longtemps que persistera l’état d’esprit hostile à la métaphysique dont on fait preuve aujourd’hui, le désordre ira de pire en pire. … »

Cette tâche de reconstruction métaphysique, première de toutes les priorités, sachez que la Vision du Soi selon Douglas Harding nous fournit de très efficaces outils pour la mener à bien. Mais, comme d’habitude, n’en croyez pas un traître mot ! Essayez, vérifiez …

6 – Dans la continuité de la note ci-dessus, le « saut de paradigme » espéré ne devrait-il pas dépasser infiniment la seule dimension spatio-temporelle si réduite d’un « rendez-vous avec l’histoire » ?

Le temps n’est-il pas venu de renouer enfin avec notre plus profonde et intemporelle dimension d’humanité – appelez-là « spiritualité », « philosophie éternelle », ou comme il vous plaira … – pour parvenir à engager & réussir la « transformation totale du sens de la grandeur » qui est la seule alternative au désastre, « le seul espoir » ?

« La vraie grandeur est silencieuse, infiniment discrète,

elle réside dans la conquête de l’intelligence et de la sagesse de l’amour,

de la patience et de la générosité de l’amour. »

 Sylvie Germain

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

2 réponses sur « Pour un « CoronaReset » – Paul Jorion »

Bonjour Jean Marc,
ce texte est intéressant, je l’ai partagé sur mon profil facebook car je pense qu’il mérite d’être diffusé. J’aimerai reprendre la méditation à la rentrée (septembre 2020)
A bientôt et bravo pour ce blog très riche et bien fiable en ressources
merci

Bonjour Jeanne,
Merci pour le partage de « Pour un Corona reset ».
Et pour la méditation tu sais que la porte est toujours grande ouverte.
Prends bien soin de toi. Et du coup de tous les autres !
Cordialement
Jean Marc

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