Please, continue zazen – Taisen Deshimaru

Voici un extrait d’une biographie de Taisen Deshimaru, copié sur l’ancien site du dojo zen de Nice.

« … Parallèlement à ses activités sociales et familiales, Deshimaru continua à pratiquer zazen assidûment auprès de son maître … Kodo Sawaki … C’est seulement quand le Japon et les États-Unis entrèrent en guerre que les circonstances obligèrent le maître et le disciple à se séparer.

“Nous perdrons certainement la guerre, dit Kodo Sawaki. Peut-être est-ce la dernière fois que nous nous voyons. Quoi qu’il en soit, aime toute l’humanité sans distinction de race et de croyances (0).”

Réformé de l’armée, il dut remplir diverses fonctions administratives dans le sud-est asiatique. Plusieurs fois il échappa de justesse à la mort : un jour il devait se rendre en Indonésie, à bord d’un cargo qui faisait partie d’un convoi escorté par des destroyers. Dès que le convoi fut sorti des eaux territoriales japonaises, il fut attaqué par des sous-marins américains : c’était d’autant plus inquiétant que ce cargo transportait de la dynamite. De tous côtés les navires explosaient et lorsqu’une torpille frôlait le bateau, des membres de l’équipage paniqués plongeaient par dessus bord.

Pénétré de l’enseignement de son maître, Deshimaru s’assit sur une des caisses du chargement et fit zazen, un zazen d’une remarquable intensité¹, se souviendra-t-il par la suite. La guerre et les situations insensées auxquelles il fut confronté lui donnèrent l’occasion de mettre en pratique l’idéal du bodhisattva dans un monde de folie et de violence². »

La Terre entière est aujourd’hui un « vaisseau » infesté par le virus Covid-19. N’est-ce pas le meilleur moment pour pratiquer « un zazen d’une remarquable intensité » ? Pour être ce que nous sommes en réalité, tous : espace d’accueil illimité & inconditionnel pour tout ce qui se présente … y compris le virus Covid-19 ?

« Please, continue zazen. » Taisen Deshimaru – 1914 & 1982

En novembre 1965, Maître Kodo Sawaki, peu avant sa mort, appela Deshimaru et lui dit :

“Deshimaru, je sens que je vais bientôt mourir. Que vas-tu faire alors ? Il faut que tu prennes ma suite et que tu transmettes l’enseignement de Bodhidharma. Maintenant, je te donne l’ordination de moine. Le bouddhisme au Japon a perdu sa vigueur. Il faut que la graine du vrai zen soit transplantée dans une terre nouvelle. J’aimerais que tu apportes le véritable enseignement de Bouddha en Occident³.”

« Dans ses dernières années, de plus en plus conscient de l’impermanence, mujo, Maître Deshimaru intensifia encore ses activités (4). Il travailla inlassablement, sans s’offrir de repos. Il disait parfois :

“Ma vie sera peut-être brève, mais au moins elle n’aura pas été égoïste.”

Au début de l’année 1982, il tombe malade, ce qui ne l’empêche pas de pratiquer zazen chaque jour avec ses disciples. Au printemps, il quitte la France pour le Japon. Ses dernières paroles sont les mêmes que celles qu’il prononçait avant chaque départ :

“Please, continue zazen.”

 

Cordialement

 

0 – Comment ne pas être tenté de relier cette exhortation à « aimer toute l’humanité sans distinction de race et de croyances » à d’autres expressions :

  • d’une part à cette belle lettre de Svâmi Prajnanpad :

« Serrer chacun contre son cœur comme s’il était un membre de sa propre famille, cela seul est digne d’un homme. »

  • d’autre part à la célèbre parole de St-Augustin :

« Aime et fais ce que tu veux ».

  • et enfin à cette citation d’Albert Einstein :

« Notre tâche consiste à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion à toutes les créatures vivantes et à la totalité de la nature dans sa beauté. »

La Vision du Soi selon Douglas Harding offre à qui a l’audace de la pratiquer un accès direct à la possibilité de l’amour & agapé. Être espace d’accueil illimité & inconditionnel – ici & maintenant, partout & tout le temps – ce n’est peut-être pas la garantie immédiate de l’amour & agapé, mais c’est l’assurance – la certitude – de son fondement le plus solide. N’en croyez bien évidemment pas un traître mot, essayez, vérifiez !

¹ – Quelques billets concernant zazen sont accessibles sur ce site, notamment :

Et plus largement tous les billets étiquetés zen et/ou méditation sont ouverts à vos commentaires. Ainsi que tous les autres … !

² – La pandémie de Covid-19 n’est pas un hasard malheureux. C’est un effet logique des causes que sont la violence et à la folie … des êtres humains, l’avidité de beaucoup et l’inconscience de presque tous. Si rien n’est fait pour changer ces données-là, d’autres crises surviendront, de plus en plus graves, rapprochées, agressives. Que faire & comment faire ? La spiritualité – ou la « philosophie éternelle » si vous préférez – offre divers « logiciels » pour transformer le prédateur corps & âme en homme achevé, éveillé, corps & âme – esprit, depuis … toujours ! Et la Vision du Soi selon Douglas Harding constitue depuis quelques dizaines d’années le meilleur « système d’exploitation » – de libération en fait – qui soit pour faire tourner le logiciel qui vous convient. Il n’y a plus qu’à … Essayez, vérifiez !

« Puissé-je libérer tous les êtres de leurs difficultés,
Puissé-je éradiquer toutes les passions,
Puissé-je maîtriser tous les dharmas,
Puissé-je conduire tous les êtres à la bouddhéité. »

Aussi démesuré & impossible que semble cet « idéal du bodhisattva », c’est pourtant la seule solution à l’impasse matérialiste dans laquelle s’est fourvoyée le monde contemporain, « le seul espoir ». Grâce à la Vision du Soi selon Douglas Harding, ce n’est d’ailleurs pas si démesuré & impossible que cela … Essayez, vérifiez !

³ – La Vision du Soi selon Douglas Harding ne met-elle pas à disposition de tous la capacité d’être cette « terre excellente » dont les graines spirituelles – celle du zen comme les autres – ont besoin pour germer et « produire un beau fruit vers le Ciel » ? (Évangile de Thomas, logion 9)

Il se pourrait bien que cette exceptionnelle « contribution au zen en Occident » s’avère des plus décisives pour l’avenir, pour toutes les sagesses & spiritualités, pour que les hommes deviennent enfin humains. Cela ne dépend que de nous …

NB : la photo provient de ce billet d’ipapy intitulé « Comme une montagne ». Sublime photo pleine d’enseignement, assurément, mais attention … « N’imitez pas les Japonais ! »

4 – Vous conviendrez sans doute que la période de confinement actuelle – Carême inattendu – s’avère des plus propices pour intégrer la notion d’impermanence, chère au bouddhisme certes, mais tout aussi présente dans la tradition chrétienne :

« Jésus disait :

Il y avait un homme riche qui avait beaucoup d’argent. Il dit : j’emploierai mon argent à semer, moissonner, planter, remplir mes greniers de fruits, si bien que je ne manquerai de rien. Voilà ce qu’il pensait dans son cœur. La nuit même, il mourut. Que celui qui a des oreilles, entende ! »

Évangile de Thomas, logion 63

Et dans toutes les traditions.

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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2 Responses to Please, continue zazen – Taisen Deshimaru

  1. Bruno Delorme dit :

    Un petit ajout à ces beaux textes louant le zen et la pratique zazen, cher Jean-Marc, avec votre esprit que j’apprécie.
    Car, inopinément, et à la faveur de la pandémie actuelle qui m’a incité à proposer mes services à la Croix-Rouge, j’ai rencontré un adepte du zen dirigeant une équipe locale à laquelle je me suis agrégé. Plus de 40 ans de pratique dans le zen, et un esprit plutôt ouvert et plein d’humour, voilà qui m’a été agréable à rencontrer par ces temps de peur-panique générale!
    Or, en discutant avec cet homme un peu plus âgé que moi, et qui a suivi les enseignements et les sesshins des moines zen occidentaux que j’ai connus par ailleurs, j’apprends que trois d’entre eux, tous moines éminemment confirmés et chevronnés, avec au moins un demi-siècle de pratique zen chacun, ont connu quelques déboires dans leur existence.
    Ainsi, le premier a versé dans une mégalomanie et une soif de pouvoir que j’avais décelés chez lui il y a 25 ans, et qui l’ont obligé à rompre avec l’AZI qui ne le reconnaît plus. Le second a subi un AVC et un péritonite dus à son addiction à l’alcool et surtout à la cigarette. Le troisième a connu un retour de libido sur le tard, une sorte de démon de midi, entre ses 75 et 80 ans, qui l’a poussé à son âge dans les bras d’une femme légèrement plus jeune que lui…, juste d’une cinquantaine d’années!, à laquelle il n’a su résister malgré son allure de moine impeccable, de parfait disciple de Deshimaru, et apparemment débarrassé de toute sensualité, de toute tentation de la chair et autres…
    Preuves, cher Jean-Marc, s’il en fallait, que le zen , malgré son pragmatisme qui affirme lui aussi que « le goût du pudding réside dans le fait de le manger » malgré tous ses rites, ne parvient pas à délivrer les meilleurs de ses pratiquants et de ses engagés de leurs propres problèmes intérieurs, de leurs propres addictions ou de leurs penchants mauvais.
    Qu’en conclure, honnêtement et objectivement, sinon que la pratique ne suffit pas, et qu’il y faut encore autre chose? Et que même l’amour, dont vous parlez avec beaucoup de lyrisme, ne possède pas les moyens de tout guérir…, notamment de l’amour!
    Ce qui démentirait aussitôt l’empirisme spirituel du zen et de tous les courants semblables…
    Bruno (un ancien zeniste revenu de ses illusions…)

    • Bonjour Bruno,

      Vous êtes extraordinaire, mais je sais désormais que vous avez aussi une inclination « janséniste » qui explique certaines réflexions.
      Vous tombez par hasard, ou par grâce divine, qui sait, sur un pratiquant du zen : « un esprit plutôt ouvert et plein d’humour ». Et au lieu de profiter de l’aubaine pour continuer de « faire le bien et obtenir le salut », vous m’écrivez illico pour parler de ces trois autres qui semblent avoir dérapé grave !
      Je ne sais si vous comparez le moine zen au moine occidental, ce qui n’est sans doute pas une bonne façon de faire, mais gardons ce débat pour une autre fois.
      « … tous moines éminemment confirmés et chevronnés, avec au moins un demi-siècle de pratique zen chacun » : n’ayant jamais été « zeniste » de stricte obédience, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je crois que le temps ne fait rien à l’affaire : l’éveil (ou appelez cela comme vous voulez …) n’a rien à voir avec le nombre d’heures de méditation au compteur, le fond du seau craque subitement : « Zen’ mind, beginners’s mind » me semble bien résumer l’affaire. Je trouve aussi très juste l’expression de Grégoire de Nysse, popularisée (tout est relatif …) par Bernard Besret :« … de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin ». (8° homélie sur le Cantique des Cantiques).
      L’éveil n’est qu’un point de départ d’une vie enfin normale, ce qui précédait étant beaucoup plus proche de la mort. Du coup les attestations et certificats des maîtres deviennent très secondaires. C’est pour cela que je préfère la pratique dans l’esprit du zen au zen officiel … qui n’a pas déçu que vous apparemment.
      Et la Vision du Soi me semble être une excellente manière – simple, concrète, joyeuse – de coïncider silencieusement avec le cœur du zen. (J’entends déjà hurler les zenistes !)
      La pratique ne suffit pas … Certes. Il faut aussi beaucoup de chance et, comme le disait Douglas avec humour, « avoir de nombreux problèmes ». Les deux conjugués sont peut-être une sorte de grâce divine ! Mais qu’avons-nous d’autre à notre disposition que la pratique ? « La pratique c’est l’éveil. L’éveil c’est la pratique. » Je me demande si le zen orthodoxe met suffisamment en œuvre cette forte parole de Dogen … ? Quant à la Vision du Soi, elle est encore plus radicale : « Dans notre méthode, méditer en vue de l’Illumination consiste à en jouir. » (« Objections et réponses »)
      « … guérir … de l’amour » : quelle triste idée !
      Votre utilisation de ce verbe me renvoie à la seule bonne question qui vaille au final : « Veux-tu être guéri ? » (Jean 5, 1-9). Un éveil subit après 38 ans de tergiversations …
      Décidément il faut que vous organisiez un atelier de Vision du Soi à Lille dès que ce sera possible : vous inviterez vos amis « zenistes » à découvrir cette magnifique « entrée principale ».

      Cordialement

      Jean Marc

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