Petit manuel pour apprendre la méditation zen – Éric Rommeluère

« Voilà, vous avez décidé de sauter le pas. Vous voulez faire de la méditation zen ! (0) La méditation consiste-t-elle à faire ou à ne pas faire ? Difficile à dire !¹ En tout cas, il faut bien commencer par quelque part, comme de venir dans un groupe ou dans un centre².

Mais tout d’abord, réfléchissez. La méditation zen est un bouleversement³. Avez-vous envie d’être bouleversé ? Cette toute première fois, serez-vous à la hauteur de votre hardiesse ? Évidemment, pour cette première, n’arrivez pas en retard ou en courant. Préférez un pantalon large qui ne vous serre pas à la taille. Soyez propre, mais évitez les parfums. Enlevez vos bijoux. Soyez naturel.

À l’entrée, laissez vos chaussures. Il ne s’agit pas simplement de se déchausser, mais de réapprendre la délicatesse dans les gestes les plus simples (4). Posez doucement vos chaussures, la gauche est à gauche de la droite, la droite est à droite de la gauche. Enlevez également vos chaussettes. Avec vos chaussures, laissez aussi vos idées sur le zen, vos lectures, toutes ces pages que vous tourniez encore et encore dans votre tête il y a peu, tous vos jugements sur ce qu’est le bouddhisme ou non, toutes vos attentes, même les plus belles (5). Oui, laissez-les à la porte d’entrée. Glissez-les une à une dans vos chaussures. Non qu’il faille négliger les idées, les pensées, bien au contraire, mais déposez-les simplement avec soin à la porte d’entrée. Vous les reprendrez tout à l’heure. C’est la bonne manière de commencer. L’esprit frais.

Alors vous pouvez entrer. Dans l’espace qui vous est proposé, vous verrez qu’il n’y a (presque) rien (6). Ne soyez pas désarçonné. Nous enlevons les images pour tenter de toucher la réalité nue de l’expérience. Pouvez-vous réellement vous rencontrer vous-même ? Directement, sans l’intermédiaire de quoi que ce soit. Un espace vous est offert. Une fois passé la porte d’entrée, vous vous inclinez les mains jointes dans un geste de gratitude. Vous prenez un coussin rond (7) pour vous asseoir dessus. Tâtez-le soigneusement : est-il suffisamment épais, suffisamment large ? Vous devez apprendre à jauger les coussins, trouver celui qui sera adapté à votre propre morphologie.

Et puis, vous vous asseyez face au mur. La méditation est une expérience totale. Elle met en jeu tout à la fois le corps, la respiration et le mental (8). Fondamentalement, il n’y a que trois points à retenir dans l’apprentissage de la méditation : vous devez être stable, vous devez être tonique, vous devez vous sentir à l’aise.

La stabilité est assurée par le trépied formé des jambes croisées et des fesses surélevées par le coussin. Prenez la position du lotus, du demi-lotus, ou à défaut placez simplement un pied sur le mollet opposé. Les deux genoux doivent toucher le sol avec une égale pression.

La tonicité se trouve en redressant la colonne vertébrale. Ne vous asseyez pas sur le haut mais sur le bas des fesses. À partir du trépied que forment les jambes et les fesses, redressez doucement la colonne, puis la tête, rentrez délicatement le menton et abaissez le regard devant vous sans fixer un point particulier. Si vous n’arrivez pas à croiser les jambes, vous pouvez également vous asseoir à genoux sur un coussin ou sur un banc ou même encore sur une chaise (9). La rectitude de la colonne est l’axe de la méditation. Elle donne sa force à la posture. Sentez comme votre corps est solidement ancré dans le sol et qu’en même temps, il se déploie avec souplesse dans l’espace (10). Le tonus signifie qu’il n’y a ni tension excessive, ni relâchement. Ne vous asseyez pas en tailleur. Cette position ne permet pas de maintenir longtemps la stabilité et le tonus.

Placez votre main gauche sur votre main droite, les pouces se joignant à l’horizontale. Les mains sont posées sur les pieds et contre le corps. Pensez à décoller légèrement les bras du buste.

Vous fermez la bouche et respirez par le nez. Le souffle est tranquille. Il n’a pas besoin d’être modifié. En redressant le buste, la cage thoracique n’est plus comprimée, et vous pouvez respirer librement, doucement, sans contrainte. Pensez seulement à ne pas faire de bruit avec votre respiration.

Et l’esprit (11) ? Il existe différentes techniques et méthodes de méditation zen. Vous les apprendrez plus tard. Ne soyez pas pressé. Pour l’instant, contentez-vous simplement de voir et d’écouter. Il n’y a plus de bruit à l’extérieur mais, en vous, qu’est-ce qui apparaît ? Le silence ou bien le bruissement de l’esprit ? Essayez simplement de développer un regard panoramique (12), accueillez tout ce qui surgit : les pensées, les sensations ou les émotions. Ne les refusez pas. Ne les poursuivez pas. En étant fixé, ancré dans cette expérience vivante du corps.

C’est tout ? Oui. Cela semble trop simple ? Après, chacun s’aperçoit rapidement combien le corps, la respiration ou le mental peuvent être sources de confusion, de difficultés en tout genre. On n’arrive pas à croiser les jambes, on a mal, on se sent tordu, la respiration est difficile, saccadée, hachée. L’esprit va dans tous les sens, divague ou encore s’endort (13). Ce n’est pas comme dans les livres ! Effectivement. Mais il faut bien partir de quelque part, de ce corps, de votre corps parfois ferme, parfois chancelant ; du mental, de votre mental parfois aiguisé, parfois embrumé. Toute l’habileté va consister à métamorphoser tous les obstacles intérieurs, que votre corps, votre respiration et votre mental deviennent le creuset de l’éveil. Bien sûr, il vous faudra une aide, pour vous orienter, pour vous guider. Un apprentissage sera nécessaire. Si vous ne vous souciez pas de l’extravagance de la méditation, en bref si vous y revenez, n’hésitez pas à demander conseil : pas de vagues recommandations mais de véritables conseils pour vous inspirer, pour pénétrer profondément cet espace intérieur. Pour toucher votre propre cœur (14).

Il vous faut au début ressentir la stabilité intérieure, la tonicité, jusqu’à ce que vous vous sentiez à l’aise. Être à l’aise possède bien sûr une dimension physique : le corps vit totalement la méditation sans obstacle ; mais être à l’aise recèle également une dimension psychologique : c’est la confiance. Soyez confiant en vous-même. Au fur et à mesure des méditations, les perturbations vont se calmer.

Vous allez vous sentir tranquille, apaisé. Mais ce n’est pas là la fin de la méditation, ce n’est au contraire que la toute première étape. La porte d’entrée. À partir de ce calme, il vous faudra ensuite aller plus loin, faire un saut dans l’inconnu (15). Il existe différentes techniques pour calmer l’esprit, mais pour faire ce saut-là, vous verrez qu’il n’existe fondamentalement aucune méthode (16).

Trois coups de cloche marquent le début de la méditation, deux la fin. Il n’y a rien entre ces deux moments, pas un bruit, personne pour vous observer, personne pour vous parler. Telle est la manière traditionnelle du zen : seulement vous avec vous-même. Et quelque part l’inconnu.

Avant de vous installer dans l’assise droite, exercez-vous à la méthode traditionnelle d’expulser l’air des poumons : vous posez les mains sur les genoux puis, trois ou quatre fois, sans bruit, vous expirer longuement la bouche entr’ouverte et vous inspirez par le nez. Ensuite, vous vous balancez de gauche et de droite, sept ou huit fois, dans des mouvements de moins en moins amples jusqu’à trouver la rectitude du corps. Vous joignez les mains et vous vous inclinez. À la fin de la méditation, avant de vous relever, procédez de même, mais en sens inverse. Vous inclinez les mains jointes, vous vous balancez de droite et de gauche dans des mouvements de plus en plus larges, puis vous expulsez l’air, la bouche entr’ouverte, tout en inspirant par le nez. Prenez le temps de ces temps de transition. Ne vous levez pas d’un coup. Vivez le corps dans la lenteur.

Après la méditation assise, vient le temps de la méditation marchée. Prenez une attitude digne, toujours stable, tonique, à l’aise. Le corps est redressé, la tête également, le regard abaissé devant soi. Le poing gauche enserre le pouce gauche, la main droite enserre le poing gauche, le pouce droit appuie à la racine du pouce gauche, et les mains sont posées délicatement contre le sternum, les avant-bras à l’horizontale. Et vous marchez au rythme de la respiration : vous avancez d’abord le pied droit et, pendant toute l’expiration, vous déportez le poids du corps sur la jambe avant, la jambe arrière restant détendue mais sans que le talon décolle du sol. À l’inspiration, le pied arrière passe devant et l’on recommence le processus en portant le poids du corps sur cette jambe avant. Le pas s’harmonise avec le souffle et l’on se contente de faire un pas l’un après l’autre. (17)

Éric Rommeluère

À la fin, le responsable de la méditation récite une dédicace :

“Que ces vertus qui se répandent en tous lieux tarissent la source des souffrances et nous permettent avec tous les êtres de réaliser la voie de l’Éveil.”

Quiconque découvre l’inconnu, redécouvre l’autre (18). Plus d’une heure s’est passée. Vous sortez. Vos chaussures n’ont pas bougé de place. Aucun mauvais génie ne les a emportées. Et vous, avez-vous changé ? »

 

Cordialement

 

0 – Ce texte est disponible sur le site « Un zen occidental », ici. Site remarquable par sa qualité et sa générosité. Pensez à renvoyer l’ascenseur à son auteur en achetant un de ses livres, notamment « S’asseoir tout simplement ».

J’anime chaque semaine une « méditation dans l’esprit du zen » à St-Jean de Maurienne. Il ne s’agit pas d’imiter le zen, surtout pas, mais de prolonger cette Vision du Soi (Vision Sans Tête) qui constitue une exceptionnelle « contribution au zen en Occident », puisque tel est le sous-titre de « On having no head », traduit en français par « Vivre sans tête ».

Les commentaires ci-dessous se veulent résolument constructifs à partir du texte d’Eric Rommeluère.

Rappel : la Première Personne compte toujours à partir de 0, moyen habile (upaya) de, notamment, transformer les groupes de quatre personnes en groupe de trois … Et également de réduire à néant le concept erroné d’« environnement ». Essayez, vérifiez … n’en croyez pas un traître mot !

¹ – Je ne pense pas qu’il y ait la moindre difficulté à dire que la méditation consiste à « faire » d’abord & « ne pas faire » ensuite. A construire soigneusement une posture stable et confortable, bien équilibrée dans ses moindres détails, ou, avec un peu de pratique, à vérifier que le corps & mental a su retrouver rapidement une telle posture. Puis, tout en demeurant dans cette posture, à lâcher-prise du « faire » pour se « contenter d’être » … pour trouver le repos dans notre vraie nature d’espace d’accueil illimité et inconditionnel … pour vérifier qu’étant « Rien » au Centre je suis instantanément « Tout » en périphérie …

« La méditation c’est le lieu où l’univers se réjouit d’être l’univers. »

Yvan Amar

S’il est effectivement possible de méditer partout & tout le temps, il me semble que la juste articulation d’une pratique formelle et d’une pratique continuelle aide à découvrir ce magnifique « lieu » et à demeurer dans sa joie. Karlfried Graf Dürckheim exprime cette idée dans « Méditer … Quand ? »

² – Méditer, c’est moins venir dans « un centre » que venir s’établir au Centre – et plus exactement vérifier que nous n’en sommes jamais sortis autrement que par la plus tenace des illusions – dans le « Je Suis » du dessin ci-dessus. Et si un « groupe » peut constituer une aide par sa dynamique, sachez qu’il n’y a qu’un seul et unique « Je Suis », que cette « non-chose » non fractionnable constitue le seul « lieu » du partage et de la rencontre de l’autre …

La Vision du Soi selon Douglas Harding facilite grandement cette expérience diff… impossible à décrire ! Mais n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

³ – La méditation risque effectivement de tout mettre cul par dessus tête, le grand vent de l’esprit va souffler et vous décoiffer très fortement, vous « arracher la tête » … avec un peu de chance ! Les nombreux promoteurs actuels d’une « méditation » bien lisse, hygiénique, de bien être … n’ont ni la compétence ni l’honnêteté d’Eric Rommeluère ; aucun n’évoque le risque majeur que fait courir la méditation, si bien traduit par Yvan Amar :

« Le risque dans la voie de l’illumination est aux antipodes du risque habituel, qui affirme l’importance de celui qui le prend. Car ce risque fait disparaître celui qui le prend. Le risque de l’humilité. C’est un risque qui non seulement est un risque pour rien, mais qui en plus fait disparaître celui qui le prend. »

Sachez néanmoins que ce « bouleversement » n’est que temporaire, comme le précise le logion 2 de l’évangile de Thomas :

« Jésus disait : Que celui qui cherche soit toujours en quête jusqu’à ce qu’il trouve, et quand il aura trouvé il sera dans le trouble, ayant été troublé il s’émerveillera, il régnera sur le Tout. »

Bref, si vous n’êtes pas « bouleversé », c’est que la véritable méditation n’a pas commencé …

4 – Un livre de Jean-Yves Leloup porte ce beau titre « Prendre soin de l’Être ». Et à peu près toutes les traditions spirituelles s’accordent sur la nécessité préalable de prendre soin de … tout ! Comment serait-il possible de parvenir à « prendre soin de l’Être » en restant indifférent ou négligent, au mieux, à tout le reste, ou en le malmenant consciencieusement ?

Cette idée, mais surtout cette pratique à généraliser, se retrouve dans ce texte d’Arnaud Desjardins : « L’intelligence du cœur ».

5 – Le plus simple consisterait à déposer soigneusement votre « tête » juste à coté de vos chaussures … ! « Méditer », ce n’est rien de plus & rien de moins que « Vivre Sans Tête ». Comme l’a écrit John Toler : il ne peut y avoir de Zen sans l’espace vide du “sans tête.

Ce chemin est simple – si simple – mais paradoxal : ce n’est pas avec « plus de » … idées, lectures, concepts, informations, jugements, attentes, … que ça marchera, mais avec « moins de » tout cela … C’est un chemin de déblayage, de simplification. Essayez, vérifiez !

De toutes façons :

« Ce qui est simple est faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable. »

Paul Valéry

6 – Les images nous attirent irrésistiblement vers l’extérieur, et quand l’une d’elles nous déplaît, notre réflexe est d’en chercher & trouver une qui nous convient. Dans le déluge actuel d’informations, mais surtout d’images, notre corps & mental en est sursaturé, déstabilisé, au point d’en devenir parfois malade.

Le seul antidote à cette désintégration par et dans la périphérie – l’extériorité – consiste à revenir en ce Centre que nous n’avons jamais quitté que par illusion, à faire l’expérience d’être cette « réalité nue », cet espace d’accueil vide, silencieux, transparent, immuable …

Il n’est donc pas vraiment nécessaire de surcharger le lieu de la méditation formelles avec : images ou statues de Bouddha ou de qui que ce soit d’autre, calligraphies orientales, thangkas, bambous, pierres ou cascades soi-disant « zen » … Mais pas d’inquiétude excessive, puisque vous allez redécouvrir toutes les images périphériques depuis la transparence centrale, en quelque sorte transfigurées par cette transparence. Mais n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

En regardant comme l’indique le dessin ci-contre, avec un index pointé vers le Centre d’abord & l’autre index pointé vers la périphérie ensuite, un rapport enfin juste à toutes les images peut s’établir.

7 – Le wouèbe propose de nombreux tutoriels permettant de fabriquer zafu et zabuton ou banc de méditation.

8 – Si « la méditation est une expérience totale », elle concerne nécessairement les trois dimensions constitutives de l’être humain : corps & âme -esprit. Une activité qui se limite aux seules dimensions corps & mental de l’être humain peut constituer une excellent préparation à la méditation, mais n’a rien à voir avec la méditation.

La méditation est un « jeu » assez particulier dans lequel le corps & mental se dispose à laisser l’esprit prendre la main. Et tant que ce ne sera pas le cas, tant que cette juste hiérarchie ne sera pas rétablie, il ne sera guère possible d’être totalement « à l’aise ». Mais ceci est seulement & totalement affaire d’expérience, donc : n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Je sais bien que le bouddhisme a au moins autant de difficulté avec « l’esprit » que l’occident moderne avec le ternaire  » corps & âme -esprit », mais ce n’est pas grave, la solution n’est pas du coté des mots, des concepts, des images …

Elle se trouve même très exactement à 180° de là où l’on cherche généralement … Méditer face au mur est rassurant … !

9 – Ne renoncez surtout pas à l’immense apport de la méditation parce qu’il vous est difficile de vous asseoir sur un zafu ou un banc de méditation (shoggi), en lotus ou en demi-lotus ! Méditer assis sur un siège est bien évidemment non seulement possible, mais très recommandable pour respecter les fondamentaux de la posture évoqués dans ce texte.

Encore faut-il que l’assise du siège soit à la bonne hauteur pour que vos fesses soient posées un peu plus haut que vos genoux : n’hésitez donc pas à rajouter une épaisseur. Et que la forme du siège permette d’écarter suffisamment les jambes.

Rien ne vous empêche ensuite de travailler pour vous rapprocher d’une posture plus basse si le cœur vous en dit. Je me suis permis de compléter le texte suivant qui propose d’excellents conseils : AsanasZen

10 – La méditation, contrairement à une idée fausse assez largement partagée, est tout sauf une activité relâchée, « molle », cool … Comme le rappelle Éric Rommeluère, il n’y a pas de méditation sans « ancrage solide », sans « rectitude tonique », sans « stabilité » dans la durée, sans équilibre(s) et détente. Ça relève plus de la quadrature du cercle que d’une activité de bisounours !

Si vous avez un peu oublié ce qu’est une colonne vertébrale, le plus simple consiste encore à consulter un livre de Blandine Calais-Germain.

11 – La bonne question à ce moment du texte serait plutôt : « et le mental ? » Normalement … il bénéficie de justesse de la posture et de la libre circulation de la respiration, et plus largement du « souffle », et se calme naturellement. Mais parfois c’est exactement l’inverse qui se produit ! Que faire alors ? Accueillir tout ce que le mental déballe, sans refuser ce qui dérange et sans « embrayer » sur ce qui plaît. Rester en retrait, voir, écouter, accueillir …

« Voir » oui, puisque vous avez les yeux légèrement entrouverts. Mais voir les formes périphériques depuis le vide central, les couleurs périphériques depuis la transparence centrale, les mouvements périphériques depuis l’immobilité centrale … (Cf. dessin note 6)

« Écouter » oui, mais pareillement écouter les sons périphériques (dont ceux de votre propre corps & mental) depuis le silence central, le silence de l’esprit, le silence qu’est l’esprit.

Vide, transparence, immobilité, silence, … autant de « qualités » et/ou autant de façons de nommer notre vraie nature d’espace d’accueil, illimité et inconditionnel.

Si la proposition ci-dessus s’avère trop difficile, plutôt que gaspiller son temps dans un combat perdu d’avance mieux vaut engager un repli stratégique, et se recentrer sur le corps et la respiration (compter dix expirations, et recommencer).

12 – Cette expression « regard panoramique » n’est pas fausse, mais, n’étant pas assez simple elle est difficilement utilisable. (Cf. la citation de Paul Valéry dans la note 5.)

« Essayez simplement de développer » le double regard qui est représenté par le dessin de la note 6. Voyez la périphérie devant vous et, en même temps, retournez votre regard de très précisément 180° pour « voir » le Centre et commencer à véritablement voir la périphérie à partir de ce Centre, de cette Source, …

Être espace d’accueil – le « Je Suis » central du dessin de la note 1 – constitue la condition sine qua non pour véritablement « accueillir ». Tant que nous restons exilés dans la zone « je suis humain » de ce dessin, nous « accueillons » si et seulement si … ou nous « accueillerons » quand … c’est-à-dire que nous n’accueillons pas, nous n’éprouvons pas d’« expérience vivante » … !

13 – Là encore, ce n’est pas « l’esprit » mais le mental qui « va dans tous les sens, divague ou encore s’endort ». C’est le mental qui comme « un singe en colère, Joue de si invraisemblables tours devant le Très-Haut, Qu’il fait pleurer les anges. »

Le mental n’ayant plus beaucoup de travail pour maintenir une posture corporelle à peu près stable et agréable, peut s’affoler à la perspective de reconnaître la prééminence de « l’esprit », cette « essence transparente comme le cristal », cette dimension que l’homme ignore généralement alors même que c’est « ce dont il est le plus assuré ».

Le mental – conscient & inconscient – peut se débattre pour contrer cette reconnaissance – cette renaissance – mais, le pire n’étant pas toujours sûr, il peut aussi collaborer avec intelligence & humilité. (Je ne sais plus qui a dit que ces deux qualités n’en faisait qu’une en réalité …) Après tout, si vous avez décidé de vous « asseoir tout simplement », c’est que vous avez constaté que ce mental est un mauvais maître dans sa prétention à occuper intégralement et définitivement la première place. Ce mental n’en reste pas moins un excellent serviteur.

14 – Eric Rommeluère propose un programme d’apprentissage structuré du zen sous le titre « Toucher le cœur ».

Mais rappelez-vous : ce « cœur », cet espace d’accueil illimité et inconditionnel – le « Je Suis » central du dessin de la note 1 – vous ne l’avez jamais quitté que par tenace illusion … puisque vous l’êtes déjà. Demeurer en ce « cœur », c’est ce que le dharma hindou appelle l’état naturel « sahaja state » : ce n’est en aucun cas un état sur-naturel.

15 – Les lecteurs de volte-espace – s’ils existent ! – apprécieront la délicatesse de la proposition que Jean-Claude Marol m’a offert pour représenter graphiquement la Vision du Soi : non pas « sauter » directement « dans l’inconnu », mais, serein, confiant et résolu, dérouler un filin – solidement fixé d’un seul coté … – au dessus du vide … !

Méditer c’est tout à la fois « passer sur l’autre rive » (Évangile de Marc 4, 35), « se libérer du connu » (Krishnamurti), vivre une « bienheureuse insécurité » (Alan Watts), … Si vous pensez que le but de la méditation est de vous tranquilliser et de vous apaiser, de vous rassurer et de vous consoler, permettez moi de vous dire que vous êtes dans une erreur … aussi répandue que commercialement intéressante pour ses promoteurs. Autant vous diriger vers Zenalia (!), Quiétude ou autres médicaments … !

16 – La méthode qui m’a le plus apporté et que j’ai choisi de partager, « l’entrée principale », existe depuis plus de cinquante ans. La Vision du Soi selon Douglas Harding est d’une remarquable, voire redoutable, efficacité … à  condition de la tester sincèrement et, si jamais elle vous convient, de l’intégrer à votre quotidien par une discipline assidue. Elle n’a rien de magique.

17 – « Après la méditation assise, vient le temps de la méditation marchée. » En fait il s’agit d’une phase ininterrompue de méditation, assise, en marche, assise … La méditation a lieu en-deçà du temps. Le lien ci-dessus indique une position des mains plus simple que celle proposée par Eric Rommeluère. A mon humble avis, peu importe celle que vous retiendrez après les avoir éventuellement testées toutes deux suffisamment longtemps.

Juste marcher juste, sans que les épaules se tendent. La salle défile sous vos pieds … votre Vraie Nature ne bouge pas d’un millimètre ! La méditation a lieu en-deçà de l’espace. Essayez, vérifiez !

18 – La méditation « dans l’esprit du zen » que je propose ne comprend pas de dédicace en fin de méditation. Mais l’échange qui s’ensuit, de mots et parfois de mets, s’aligne généralement sur celle qui nous est proposée ici :

 “Que ces vertus qui se répandent en tous lieux tarissent la source des souffrances et nous permettent avec tous les êtres de réaliser la voie de l’Éveil.”

Celui qui a réellement médité ne serait-ce qu’une heure dans sa vie sait d’expérience qu’il l’a fait au nom de -, avec et pour tous les autres êtres sensibles. Toute vraie relation à l’autre en périphérie passe nécessairement par « l’Autre » Central, le « Je Suis » central … ou quelque autre nom donné à cet … inconnu. La méditation est l’inverse exact de ce « développement personnel » si envahissant.

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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