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Objectif nul ! – Dorothée Werner

Retrouvé dans un tas de paperasses ce petit bijou d’éditorial de la revue « Elle ». Il date un peu, certes (6-12 juillet 2018), mais n’a rien perdu de sa pertinence et de son mordant. Encore une fois un grand merci Mme Werner (0).

« Peu importe que l’on suive la Coupe du monde de foot ou que l’on s’en moque¹ … 26 juin, date du match France-Danemark. Score 0-0, un match nul à tous points de vue dont la seule vertu était d’économiser l’équipe tout en maintenant sa place dans la course. A l’issue de cette rencontre d’une affligeante prudence, l’entraîneur Didier Deschamps prononçait quelques mots servant à tout justifier : “L’objectif a été atteint et c’était le plus important.” L’objectif, quel objectif ? Et la noblesse du sport, et la beauté du geste ? Et l’énergie de la gagne, le jeu et la ruse du spectacle, la joie du partage, le panache ? L’objectif a été atteint : la phrase a suscité l’indignation au-delà de la sphère des fans de foot. Comme si elle cristallisait le sentiment qui dévore l’époque. Comme si elle était le slogan de nos vies modernes, prises dans la tyrannie de l’efficacité à n’importe quel prix².

En politique, à l’école, au boulot ? En famille, en amour, en vacances ? Le temps presse, les amis, on n’a pas que la vie à vivre, il s’agit d’atteindre nos objectifs ! Même le temps libre est contaminé par ce vent mauvais de la productivité². Un repas partagé, une pensée gratuite, la grimace d’un enfant, une émotion esthétique : tout peut illico être rentabilisé sur Instagram ou Facebook³, histoire de produire de l’approbation sociale en forme de like. Nos vies méritent évidemment mieux, plus grand, plus vaste et plus fou, qu’une gestion prudente de nos objectifs-à-atteindre. Cette obsession de l’efficacité ratiboise l’enthousiasme gratuit, corrompt la générosité, saccage chaque moment, empêche chaque rencontre. Elle consume la vie, désenchante le monde, le vide de sa substance, dévore la joie, terrasse la poésie. Gaffe ! C’est un poison violent. … Petit conseil aux objectifs-à-atteindre ? Rasez les murs. » (4)

Cordialement

 

0 – Même si vous imaginez sans peine que je ne suis pas un lecteur assidu de « Elle », je confesse que je vérifie systématiquement si ce ne serait pas Dorothée Werner qui a écrit l’éditorial du numéro qui me tombe sous la main. Cette femme remarquable m’a déjà offert l’occasion de « Tu veux … ou tu vœux pas ? ». Et « Assez … – Le fléau des violences conjugales » renvoie également vers ses écrits. Une grande dame, vraiment, qu’on se le dise. Il est possible de suivre – partiellement – son actualité ici.

¹ – Il ne sera pas dit que volte-espace n’a jamais parlé de football ! Mais … lisez plutôt « Le football, une peste émotionnelle » de Jean-Marie Brohm et Marc Perelman, Gallimard Folio Actuel !

La Covid-19 aura au moins eu cet intérêt d’entamer sérieusement l’omniprésence du sport-spectacle, le gaspillage insensé de temps, d’argent, d’énergie, d’espace, … de l’industrie lourde du sport professionnel. Au fait, quand va-t-il être décidé de reporter encore les Jeux olympiques de Tokyo ? Voire de les annuler …

² – Cette « tyrannie de l’efficacité à n’importe quel prix » qui caractérise notre monde « moderne » me semble présenter une très forte affinité avec le … nazisme. Ne brandissez pas trop vite la loi de Godwin, surtout à propos d’un sujet que j’ose à peine évoquer et encore moins développer tellement il est dérangeant, effrayant, affligeant … Nos sociétés n’ont pas su, pas encore, poser les choses à plat après la seconde guerre mondiale pour se dégager entièrement de cette idéologie de merde, de pouvoir, de violence, de mensonge, d’inhumanité … absolus. Le fonctionnement de nos sociétés « modernes » puise encore quotidiennement à cette source, nauséabonde, là. De quoi être très inquiet …

La survenue de la pandémie de Covid-19 et les façons d’y répondre sont liées à ce mode de (dis)fonctionnement là. Ce virus (et ses variants) ne sont que le révélateur d’un virus autrement plus dangereux & contagieux :

« Le virus, c’est l’obscur désir qui jette les humains dans la destruction de leur humanité. »

Et « le temps libre contaminé par ce vent mauvais de la productivité » est en réalité une autre forme d’esclavage, encore plus pernicieuse que celle qui concerne le temps contraint … Bernard Charbonneau, Jacques Ellul – et sans doute quelques autres iconoclastes – avaient vu juste à ce propos dès le début.

³ – J’ai laissé les majuscules à instagram et facebook dans le corps de la citation, mais ces outils asociaux, qui relèvent directement du mode de fonctionnement dénoncé plus haut, ne les méritent pas. Il convient de se passer dès que possible de cette « gestapo » soft …

J’exagère ? Lisez donc cette analyse du fonctionnement de facebook par la Quadrature du Net. Extrait de cette « Panoplie anti-GAFA idéale », qui commence sans doute à dater un peu techniquement, mais pas éthiquement.

4 – « Nos vies méritent évidemment mieux, plus grand, plus vaste et plus fou, qu’une gestion prudente de nos objectifs-à-atteindre. … » Nos vies méritent la rencontre de la Vision du Soi selon Douglas Harding. Parce que l’éveil à sa véritable nature, à sa réalité d’espace d’accueil illimité & inconditionnel, est assurément le seul moyen de se dégager radicalement de cet aveuglement « moderne », « le seul espoir ». Avoir l’audace de « passer sur l’autre rive », celle de la zone « Je Suis » du dessin ci-dessous,

… permet de retrouver « l’enthousiasme gratuit, … la générosité », d’apprécier chaque instant, « chaque rencontre » & échange de visages. De renouer avec la vie, le monde, la joie, la poésie … Il existe bien sûr d’autres voies, mais comme il serait dommage de ne pas emprunter cette « entrée principale » ! N’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 62 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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