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4 - Méditation

Nuages et eau – Bernard Rérolle

Le bouddhisme, nuages et eau (0)

“Nuages et eau” (Un-sui), c’est le nom par lequel les moines bouddhistes désignent leurs jeunes novices pendant les années de formation au monastère. Temps de retraite à l’écart du monde, vie austère, rigoureuse, fervente … élan prometteur et premiers pas vers l’aventure intérieure.

Prise à la lettre, l’expression “nuages et eau” n’éveille guère d’écho dans nos consciences européennes. Mais si l’étymologie nous laisse en panne, tournons-nous du côté de la poésie¹ et nous ne tarderons pas y voir se déployer de vastes gerbes de signification entre ciel et terre. La terre du Japon est très fréquemment couverte de nuages, détrempée de pluies. La langue japonaise procède par accolement de substantifs pour produire des chocs d’images destinés à remplacer de longs raisonnements et le zen a le culte de “l’illumination subite².

Dans ce climat géographique et culturel, les nuages et l’eau évoquent la même réciprocité qu’entre la poule et l’œuf : il y a aussi engendrement réciproque entre les contraires³.

C’est tout naturellement que dans les grandes religions du monde s’est éveillé le geste sacramentel à partir de l’eau : bains rituels dans le Gange, baptêmes dans le Jourdain, lustrations et ‘‘puja”, offrandes … C’est tout naturellement que l’Esprit et l’eau ont partie liée dans la tradition judéo-chrétienne. Mais attention ! L’eau peut être aussi un élément limité. J’entendais récemment à la radio un peintre philosophe qui évoquait ses éblouissements devant le mystère de la transparence de l’eau. Placez-vous, disait-il, sur les bords d’une surface immobile, un lac par exemple. Cette surface joue comme un miroir sur lequel viennent rebondir les rayons du soleil, devenant ainsi impénétrable. Mais que survienne une “ombre”, un nuage qui passe, ou votre propre ombre, et voilà que ce miroir se rend pénétrable, il laisse transparaître les mystères qui se cachaient jusqu’alors dans ses profondeurs : les grouillements étranges de la vie aquatique, les ondoiements dans les remous … Tel est l’étonnant phénomène de la transparence, symbole de la porte de l’insondable … (4)

Beaucoup de gens ne peuvent entrer dans l’eau sans réticence : ils ressentent cette étrangeté comme une menace, d’autant plus lorsque l’eau est froide ! Il n’est pas jusqu’à l’évaporation qui ne puisse éveiller quelques échos métaphysiques ! L’eau ‘‘donne’’ les nuages en s’élevant de la terre vers le ciel. Le mystère de la transformation d’un être de pesanteur en un être plus subtil, impalpable, insaisissable de la nature du vent “dont tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va”, évoque symboliquement le mystère de la transformation de nos pesanteurs en grâce, de notre chair en souffle divin. N’est-ce pas la précisément l’axe central de toute vie spirituelle ? (5)

L’eau

Promenons-nous quelques instants dans l’univers de l’eau. L’eau est palpable, utile, efficace, désaltérante, elle évoque la propreté, la beauté, la limpidité. La fécondité. Elle vient spontanément à l’esprit comme élément primordial générateur de toute vie végétale et animale (“… et l’Esprit de Dieu couvait sur les eaux …”). L’univers de l’eau peut être tranquille et maternant, mais il peut être redoutable, violent, impétueux, dévastateur : les irrigations et les inondations, les eaux du baptême et les eaux du Déluge, l’eau du puits de la Samaritaine et l’eau du cœur ouvert du Crucifié, le torrent d’Ézéchiel à l’est du temple qui régénère les eaux croupies de la mer Morte, les fleuves d’eau vive coulant du sein du Christ pour la résurrection des pécheurs …

Les nuages

Impalpables, insaisissables, ils peuvent être bénéfiques, mais le plus souvent ils sont ressentis comme menaçants, prometteurs de mauvais temps, de nuit, de froid. … D’obstacle sur la route, de rideau masquant la vue.

A l’inverse de tout à l’heure, les nuages “donnent” l’eau en descendant du ciel vers la terre, symbolisant cet autre mystère par lequel l’esprit est appelé à devenir chair, les intuitions et les élans du cœur sont appelés à mettre au monde la réalité palpable utile (et si possible limpide et belle !) de nos inventions et de nos amours : pain, tendresse, musique, partage, poésie. …

Et rappelons-nous aussi qu’au cours de l’expérience de la transparence évoquée plus haut ce sont les nuages qui nous donnent la possibilité de laisser pénétrer notre regard dans la profondeur. De même, lorsque nous laissons pénétrer notre regard intérieur en direction des replis cachés de notre “psychè”, c’est “le passage à travers notre ombre”, comme dit C. G. Jung, qui nous permet de prendre la juste mesure de nos grouillements étranges, ondoiements et remous que la lumière crue de nos raisons et de nos langages ne parvenait pas à percer. Transformer nos opacités en réalités transparentes, sans les détruire : beau et vaste programme ! N’est-ce pas précisément, encore une fois, toute la dynamique des Béatitudes ? La dynamique subversive du Sermon sur la Montagne ? (6)

Il n’est donc pas étonnant que la nuée soit depuis longtemps une image biblique de première importance. Elle évoque la gloire de Dieu (Shekinah Yahweh), tantôt en ce qu’elle est lumineuse, tantôt en ce qu’elle est obscure. Les écrivains sacrés ont choisi cette image pour tenter d’exprimer l’inexprimable : la réalité divine à la fois très présente et agissante, et à la fois parfaitement inaccessible, ontologiquement hors de portée. La présence typique de Dieu en tant que Tout-Autre ne peut ressembler à rien de connu.

“L’Esprit de Dieu couvait sur les eaux” tente d’exprimer l’aspect créateur, bénéfique. “Une Ténèbres couvait sur l’Abîme” tente d’exprimer en écho, en doublet, l’aspect “lumineux”, mystérieux, insondable. Présence illuminant et/ou présence engendrant la crainte. Moise sur le Sinaï, Pierre, Jacques et Jean sur le Tabor, les Douze au moment de l’Ascension, tous sont enveloppés d’une nuée qui est pour eux une expérience incontournable, indiscutable, dans le temps même où Celui qu’ils regardent se trouve “dérobé à leurs yeux”. A la fois accessible et inaccessible. Ensuite de quoi la liturgie de l’Avent nous fait prier “les nuées de faire pleuvoir le Juste”, puisqu’au dire des prophètes et des évangélistes il nous faut “attendre le retour du Fils de l’Homme sur les nuées”.

Nuages et eau

L’exploration de l’insondable, l’expérimentation des limites, c’est la terce de l’aventure : variés en sont les différents territoires, variés les moyens employés. Mais parmi les “voyageurs et pèlerins sur la terre’’, les moines sont en première ligne, qu’ils soient chrétiens ou qu’ils appartiennent à d’autres religions.

Il n’est pas demandé à tout le monde de se faire moine, comme il n’est pas demandé à tout le monde de découvrir l’Amérique, mais aucun être humain digne de ce nom ne peut échapper à la nécessité de s’accomplir spirituellement d’une manière ou d’une autre, de parcourir inlassablement le chemin qui va et vient de la terre au ciel, des nuées à l’eau. Sur ce chemin, les jeunes moines s’élancent “à fond’’, ils l’explorent pour eux-mêmes et pour nous. (7)

Ils vont à la rencontre de leurs propres limites et nous invitent à prendre courage pour faire de même, principalement des limites que nous nous créons à nous-mêmes par le durcissement de notre ego. Au lieu de se recroqueviller frileusement au moment d’entrer dans l’eau, au lieu de chercher à se maintenir “maternés” dans les familles (civiles, sociales, religieuses, etc.) au sein desquelles ils fusionnent, au lieu de se bercer dans d’interminables rêves (illusions, idéologies, etc.), ils pénètrent courageusement en direction de l’au-delà du miroir, ils affrontent ces innombrables combats de la vie (souvent si minimes et pourtant si décisifs !) (8). Il y a en eux cette invincible espérance que nous pouvons entrer dans l’eau sans nous noyer, sans nous laisser empâter dans les désirs de la chair, sans nous laisser coincer par nos impasses, nos désespoirs ni nos échecs. “En avant les pauvres, les humbles, ceux qui pleurent, les persécutés pour la justice.” comme nous y invitent les Béatitudes (d’après la traduction de Chouraqui), car il y a une transmutation à opérer par nous, gens de la terre, si nous savons rester en Connexion avec le ciel. (9)

Tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour être fidèles à cet appel, tous les croyants du monde pourront y puiser réconfort. Si nous nous laissons gagner par l’impression qu’ils s’éloignent de nous pour un monde étrange, ce n’est pas bon signe pour nous car cela signifie que nous restons au bord. Nous restons étrangers aux nuages comme à l’eau. Aucune transmutation et donc aucune maturité ne peut s’accomplir en nous.

L’eau est musique, la nuée est silence …

Toutes deux indispensables, l’une portant l’autre. Sans silence pas de musique (dès le départ) et sans musique, pas de silence (à la longue). (10)

Si la prière est un acte profondément humain qui demande à s’installer dans nos vies (même chez ceux qui la repoussent !) c’est à cause de la nécessité de cet incessant va-et-vient entre l’accessible et l’inaccessible, entre le concret de nos existences et l’insondable qui est en nous, entre tout ce qui demande à devenir eau (réalité palpable) et tout ce qui demande à devenir nuée (esprit).

Un cauchemar : une eau condamnée à ne plus jamais devenir nuée, une eau privée d’air et de lumière, un marécage croupissant dans l’ombre ! Il y a là une triste image de ceux qui se veulent enfermés dans le palpable, empêtrés dans la matière, un ici-bas à courte vue. Un puits qui n’est plus jamais visité devient poison. Il faut y puiser chaque jour si nous voulons que son eau reste vive. Remontant des profondeurs, notre sœur l’eau nous réjouit de ses bienfaits. (11)

Les anciens sages nous recommandent de ne pas papillonner de source en source, de mirage en mirage, mais de creuser notre puits avec patience et persévérance. Chacun de nos puits est un peu diffèrent de tous les autres, à notre image, mais ils se rejoignent tous dans la grande nappe phréatique. Si Dieu est vraiment ce que nous pouvons deviner qu’Il est, Il ne peut être que Seul et Unique, le même pour tous. Et Il est vivant, “le vivant”. Mais par notre faute, si nous n’y puisons jamais, Il peut devenir poison au fond de nos âmes.

Un autre cauchemar : une nuée condamnée à ne plus jamais redevenir eau ! Gaspillée, dispersée dans les espaces désertiques, inutilisables pour la vie … Autre triste image de ceux qui sont emportés dans les espaces interstellaires de leur hyper-mentalisation, de leurs mystiques désincarnées, de leurs idéologies déshumanisées, d’où ils ne peuvent plus rejoindre ni leur vie concrète ni leur prochain.

Dürckheim souligne souvent combien tous les malheurs de l’homme, toutes les maladies de sa “psyché” viennent de ce que les instances spirituelles de son être ne sont pas honorées. Oubliées, contredites, elles finissent par exploser en produisant désastres sur désastres, tant au plan individuel qu’au plan collectif. Les psychothérapeutes le savent, il suffit souvent de peu de chose pour aider quelqu’un à sortir du trou ou on le croyait définitivement enterré. (12)

Il suffit que cette personne réharmonise sa musique et son silence, sa nuée et son eau, un déclic suffit à enclencher ce processus : le lâcher-prise, le consentement, l’acte de foi, le mécanisme même des miracles. (13)

De même, une prière qui serait trop nuée ou trop eau, trop musique ou trop silence ne nous tiendrait pas près de Dieu. Car Lui et nous avons besoin d’harmonie.

Tout s’écoule “Panta rhei”

La nostalgie devant l’impermanence de toute chose est un thème ancien. Selon l’humeur du moment elle peut nous emmener du côté des légèretés ironiques : “Pourquoi s’en faire ? Rien n’a réellement d’importance !” Ou des “à quoi bon ?” désenchantés, désespérés même.

Dans un tout autre sens, c’est le thème du grand sermon de Bouddha : “Ne nous laissons pas engluer dans nos attachements, cela ne ferait qu’exaspérer nos souffrances : ouvrons-nous généreusement à la vérité et à la compassion.” C’est dans cette tradition que sont nés les monastères et qu’aujourd’hui des maîtres de novices y reçoivent leurs jeunes recrues avec un salut affectueux : “Nuages et eau !” qui est un sourire et la promesse des pommiers en fleurs, à la générosité de ces chercheurs de Dieu.

C’est aussi l’un des thèmes les plus chers à Jésus : “Le Royaume appartient à ceux qui sauront entrer volontairement dans la pauvreté par amour.”

La pauvreté du nuage, c’est de consentir à devenir eau.
La pauvreté de l’eau, c’est consentir à devenir nuée.
Et au passage de donner la Vie. Car la logique paradoxale de l’Amour et de Dieu, c’est de vous enrichir de ce que vous donnez ! » (14)

Bernard Rérolle

Bernard Rérolle

 

Cordialement

 

0 – Dans le billet « Tirer la couverture … au Soi », j’avais signalé l’existence de quelques textes intéressants & utiles consacrés à la méditation, anciennement regroupés dans un numéro épuisé de la revue « Question de », et désormais accessibles sur le site de la nouvelle revue.

Ces textes ont également été regroupés dans « Méditer et agir » (Albin Michel, collection « Espaces Libres ») et « L’art de méditer et d’agir » aux éditions du Relié.

Comme la curiosité n’est pas un « vilain défaut » si répandu que cela, il me semble que ces textes ont également toute leur place sur volte-espace, assortis de quelques commentaires en lien avec la Vision du Soi selon Douglas Harding.

¹ – « Poésie » et Japon … Une invitation directe à évoquer le travail de Christian Le Dimna :

« SIMPLEMENT VOIR – Aux confins de la poésie contemporaine et de l’expérience mystique »

Cf. le billet « Voir – Poésie et mystique » qui se termine ainsi :

« … Plus que jamais, dans notre société du spectacle dont Guy Debord dénonçait déjà l’apparition, il y a 30 ans, et qui aujourd’hui devient même « virtuelle », la poésie nous est essentielle pour nous apprendre à regarder dans la bonne direction et à voir cette source d’où à chaque instant, jaillit la création. »

Cf. aussi Qui parle à qui ? « Monsieur Monsieur »

² – Il s’agit moins d’un « culte » que d’une compréhension fine, simple & suprêmement élaborée, de la nature du phénomène appelé « satori », et plus exactement de la nature de cette épiphanie (insight, Einsicht, « moment privilégié de prise de conscience »…).

Eurêka [ηὕρηκα] ! : j’ai enfin trouvé, moins ce que je cherchais que ce que « Je Suis », ma véritable nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel. Vous conviendrez qu’il y a de quoi être heureux et enthousiaste. Même si « Découvrir le Soi, c’est commencer le Chemin ! », comme le précise Alain Bayod dans la 4° croyance de sa fameuse liste. Avant l’éveil nous ne sommes pas vraiment « vivant ». Rien d’étonnant alors à ce que nous accumulions errances & erreurs & souffrance, aussi bien à titre personnel que sur le plan collectif.

Le dessin ci-dessus de Douglas Harding est plus percutant que toute expression comme : « Intérieur & extérieur », « Dedans & dehors », « Centre & périphérie », « Ici & là-bas », … Désignez le comme vous voulez, cela n’a aucune espèce d’importance. Mais, je vous en conjure, faites ce geste ! Tout de suite. Ne ratez pas cette « entrée principale » !

³ – Cet « engendrement réciproque entre les contraires » correspond de très près à cette profonde logique du vivant qu’est le taoïsme. La Vision du Soi prolonge cette sagesse en systématisant la notion d’asymétrie créatrice.

Notre modernité déboussolée produit quant à elle des imbéciles qui croient que l’eau sort du robinet, qui veulent du « beau temps » sans nuage ni pluie … C’est-à-dire à terme un désert calciné par le soleil.

Je suis heureux de mettre la touche finale à ce billet en ce beau jour, dont la météo annoncée hier par Michel Caplain était la suivante :

Demain Vendredi 1er Mai:

Après quelques éclaircies nocturnes la journée redeviendra très nuageuse de plus en plus bas avec des précipitations de plus en plus soutenues apportant un supplément de neige en montagne dans un fort vent d’Ouest au dessus de 1700m (+ 25 cm à 2400 m).

pression 1012->1008->1012 mb

en plaine: 7/13° C, vent SSW maxi 5 nœuds

à 1500m hors-sol : 2->5° C, vent SW/9->Ouest/12 nœuds

à 3000m hors-sol : -7-> -5° C, vent WSW/16-> Ouest/32 -> (nuit) 24 nœuds

iso 0° : 1800->2300m

iso -10° : 3800->4100->(nuit) 3800m

Et qui s’est avérée, comme quasiment toujours avec lui, parfaitement exacte.

4 – J’apprécie les symboles et le langage. Mais il faut bien reconnaître que les expériences – simples, concrètes, joyeuses – de la Vision du Soi sont infiniment plus efficaces qu’eux pour, par exemple, Voir que la « transparence » est la qualité du « Je Suis » central qui me permet d’accueillir & apprécier toutes les couleurs qui se déploient en périphérie.

5 – Plus que d’un « mystère de la transformation », ne convient-il pas de parler de la fin – subite, cf note n° 2 – de l’illusion d’être construit autrement que l’indique le dessin ci-dessus, la carte maîtresse de la Vision du Soi ? La « chair », c’est-à-dire plus précisément le complexe corps & mental – le corps & âme de Michel Fromaget – se trouve dans la zone « je suis humain », l’Esprit … c’est peut-être la dynamique de cette flèche () qui provient de … la Source …, du mystère …, de … ?, … et pointe le « Je Suis ». Nous sommes tous construits sur ce modèle, que nous en ayons conscience ou pas, que nous le voulions plus que tout ou que nous le refusions avec la dernière énergie.

Est-ce que « l’axe central de toute vie spirituelle » ne serait pas plutôt la « Vision » ? Comment parvenons-nous à nier aussi longtemps l’évidence d’être d’abord « Je Suis » ?

 « Le miracle n’est pas de s’éveiller, mais de ne pas s’éveiller.

Comment faites-vous pour ne pas vous éveiller ?

Vous êtes des ascètes fantastiques ! »

Yvan Amar

« Les nourritures silencieuses »

6 – Nous ne sommes pas obligés de négliger « l’ombre », qui se rappellera d’ailleurs à notre bon souvenir autant que nécessaire. Mais nous ne sommes pas obligés d’y revenir sans cesse non plus. Essayons d’abord de demeurer fermement dans la lumière [φῶς] que nous sommes. Acceptons humblement & intelligemment que le Centre, « Je Suis », éclaire, voire illumine la périphérie, « je suis humain ».

C’est un vrai risque que de se complaire dans l’inventaire des « grouillements étranges, ondoiements et remous » de la périphérie « corps & mental » et dans la vaine tentative de vouloir à tout prix les « purifier ». Essayons plutôt de faire confiance au Centre pour atténuer leur prévalence.

NB : « Dynamique des Béatitudes » est le titre d’un livre de Bernard Rérolle aux éditions Centurion.

Cf. aussi : « Voir l’alternative … »

7 – Est-ce que « l’aventure » ne serait pas plutôt l’expérimentation de notre absence de limites, quand je suis Rien & Tout, Centre & périphérie, quand je réalise que, comme le sage des Upanishads, j’ai « pour corps l’univers entier » ?

La vocation & dignité de tout être humain consiste à parvenir à l’unité. Le moine est un « archétype universel », pour reprendre le titre d’un bel ouvrage de Raimon Panikkar. Certains le sont apparemment un peu plus à temps plein. Mais … l’habit ne fait pas le moine !

« Est moine celui qui tend à l’unité en lui-même, à l’unité avec les autres, à l’unité avec la planète qui le porte, à l’unité avec le réel qui le soutient dans l’être. »

Bernard Besret

La Vision du Soi s’efforce à sa façon de faire « l’éloge du simple ». Si vous le voulez vraiment, si vous avez suffisamment d’audace, elle vous permet de vous « élancer “à fond” … » N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

8 – Parmi « ces innombrables combats de la vie (souvent si minimes et pourtant si décisifs !) » il en est un qui s’énonce ainsi :

Pour moi-même, sur l’évidence de l’instant présent, en ne faisant appel ni à la mémoire ni à l’imagination, est-ce que je vois une tête au dessus de mes épaules ? C’est une formulation nouvelle et précise de l’éternelle question : qui & que suis-je ?

Vous pouvez utilement vous aider du geste de la note n° 1 pour soutenir cette interrogation sur ce que vous êtes. Ne prenez surtout pas le constat du dessin ci-dessus pour argent comptant.

Vous risquez de découvrir un en-deçà du miroir particulièrement neuf, frais, libérateur de toutes les « matrices closes » possibles.

« C’était une attention nue, sans jugement, à une réalité qui n’avait pas cessé de me « dévisager » : mon absence totale de visage. Bref, tout cela était parfaitement simple, ordinaire et direct, au-delà du raisonnement, de la pensée, et des mots. En dehors de l’expérience elle-même ne surgissait aucune question, aucune référence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d’avoir laissé tomber un insupportable fardeau. »

Douglas E. Harding, « Vivre Sans Tête »

Le Courrier du Livre, 1° édition 1978, réédité en août 2009.

« On Having No Head », 1961

9 – Si Bernard Rérolle a écrit « En avant … », c’est qu’André Chouraqui a certainement utilisé cette traduction à un moment donné. Mais l’ultime formulation retenue pour « ashréi » est « en marche ».

« En marche !

1.     Et, voyant les foules, il monte sur la montagne et s’assoit là.
Ses adeptes s’approchent de lui.
2.     Il ouvre la bouche, les enseigne et dit:
3.     « En marche, les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des ciels est à eux !
4.     En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !
5.     En marche, les humbles ! Oui, ils hériteront la terre !
6.     En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés !
7.     En marche, les matriciels ! Oui, ils seront matriciés !
8.     En marche, les cœurs purs ! Oui, ils verront Elohîms !
9.     En marche, les faiseurs de paix ! Oui, ils seront criés fils d’Elohîms.
10.     En marche, les persécutés à cause de la justice !
Oui, le royaume des ciels est à eux !
11.     En marche, quand ils vous outragent et vous persécutent,
en mentant vous accusent de tout crime, à cause de moi.
12.     Jubilez, exultez ! Votre salaire est grand aux ciels !
Oui, ainsi ont-ils persécuté les inspirés, ceux d’avant vous. »

Évangile de Matthieu 5, 1-12

NB : Ce billet fait quant à lui le lien avec une actualité politique plus immédiate !

« Rester en Connexion avec le ciel »… La carte de la note n° 4 peut aider à voir clairement que la « terre » qu’est toute la zone périphérique, incluant notamment la couche « je suis humain », est de toute éternité parfaitement connectée au « Je Suis » central. La « transmutation » peut s’opérer naturellement avec :

  1. la « Vision »
  2. la « discipline assidue » qui permet de la valoriser.

10 – La note n° 4 évoque l’asymétrie Transparence centrale & couleurs périphériques. Ici il convient de porter l’attention sur Silence central & sons périphériques. C’est toujours la même logique rigoureuse : différence de nature absolue entre Centre et périphérie & non dualité parfaite entre eux. C’est le sutra du Cœur … vécu et pas seulement récité.

Calligraphie du Sutra du Cœur

C’est aussi une incomparable façon d’apprécier toujours plus profondément, intimement, et le Silence, et la musique. Une fois de plus, essayez, vérifiez !

11 – Se contenter d’une vie réduite à l’étroite zone périphérique « je suis humain » du dessin de la note n° 4, c’est « un cauchemar … un marécage croupissant dans l’ombre … une triste image de ceux qui se veulent enfermés dans le palpable, empêtrés dans la matière, un ici-bas à courte vue. » C’est un « statut d’esclave » (Swâmi Prajnânpad), indigne de notre condition d’être humain.

Faudra-t-il persévérer encore longtemps dans l’impasse d’un développement « À fond de train (Unstoppable) », directement responsable du dérèglement climatique, de la pandémie de Covid – 19 et de toutes celles qui risquent de suivre, avant de se rendre compte à quel point « notre Sœur l’Eau » est précieuse ?

« Loué sois-tu, Seigneur, pour notre Sœur l’Eau, qui  est très utile et très humble, précieuse et chaste. »

St François d’Assise

Cantique des créatures

12 – Karlfried Graf Dürckheim a joué un rôle essentiel dans l’itinéraire de Bernard Rérolle. Cf. « Karlfried Graf Dürckheim, Le geste a la parole », vidéo de Patrice Chagnard filmant le parcours de B. Rérolle à Rütte en Forêt Noire.

Et C. G. Jung a joué un grand rôle dans le parcours de K. G. Dürckheim. J’aime beaucoup sa formule choc :

« L’homme passe la première partie de sa vie à faire son trou, et la deuxième à essayer d’en sortir. »

Effectivement, l’oubli des « instances spirituelles de l’être … finit par exploser en produisant désastres sur désastres, tant au plan individuel qu’au plan collectif« . D’où mon insistance concernant « le seul espoir »

13 – Le « déclic qui suffit à enclencher ce processus », ce pourrait être la Vision de votre véritable nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel. Pourquoi donc négliger plus longtemps cette « entrée principale » ? Je n’ai personnellement pas trouvé plus efficace que la Vision pour parvenir au « lâcher-prise et au consentement ». Mais n’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez !

14 – « Consentir » à devenir eau … puis nuée … puis eau … etc … « Et au passage … donner la Vie » … entrer dans « la logique paradoxale de l’Amour «  : enthousiasmante perspective, que la Vision du Soi selon Douglas Harding peut grandement faciliter. Être espace d’accueil illimité & inconditionnel pour tout ce qui se présente, n’équivaut peut-être pas immédiatement à « entrer volontairement dans la pauvreté par amour », mais c’est assurément un très grand pas dans cette direction. Essayez, vérifiez !

 

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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