« Nous sommes « en l’image », à nous de faire la ressemblance. » – Marie Balmary

BalmaryLisant

 

Rassembler sur ce site diverses interventions de Marie Balmary dispersées sur le net, et m’efforcer d’établir des liens avec le projet Volte & Espace de partage de la Vision du Soi selon Douglas Harding, me semble à la fois nécessaire et utile. Mais pour savoir pourquoi il vous faudra aller au bout de ce (trop) long article !

Dans cette conférence organisée par l’A.E.S., Académie d’Éducation et d’Études Sociales, vous trouverez à la fois le texte qu’elle a prononcé, mais aussi et surtout le très instructif échange qui s’est ensuivi.

divineorigineJusqu’à découvrir cette intervention, j’ignorais jusqu’à l’existence de l’A.E.S., organisme qui annonce s’inscrire dans la tradition de l’humanisme chrétien. Je ne peux en tous cas que tirer mon chapeau à une structure qui, pour son cycle de réflexion 2006/2007 intitulé « Homme et femme Il les créa », accueille comme première invitée l’auteur de « La divine origine – Dieu n’a pas créé l’homme » … ! Même si les conclusions de ce cycle annuel expriment bien des réticences envers ses propositions, je ne doute pas que celles-ci fassent peu à peu leur chemin dans l’esprit des auditeurs. S’ils retiennent seulement la possibilité « technique » du mode de lecture qu’elle préconise, ce serait déjà un immense progrès.

Le titre que Marie Balmary a choisi pour son intervention : « Homme et femme au commencement : revenir à la lettre biblique » précise d’entrée de jeu sa démarche : retourner aux textes, les lire avec attention, librement à plusieurs … « … en lecture, j’allais dire « fraternelle », c’est-à-dire une lecture où aucun n’est le maître de l’autre et chacun peut dire son mot sur le texte, ce qui donne une liberté de pensée qu’on ne trouve pas forcément d’une autre manière, en tout cas pour le type de recherche que nous voulons faire. »

Que dire d’autre ici que : lisez et relisez ce texte finement ciselé et l’échange avec les auditeurs, lisez et relisez les ouvrages de Marie Balmary ?

Peut-être deux choses, en complément …

  • d’une part de la phrase qui suit immédiatement celle qui figure ci-dessus : « Je voulais explorer, non pas la création du monde ou de l’homme, mais l’origine de la parole. Parole, instrument essentiel pour la psychanalyse. »
  • d’autre part de ces deux dernières questions : « Est-ce que précisément ces textes ne sont pas l’initiation à la longue marche de l’histoire qu’il nous faudra faire, pour passer du statut d’image à celui de ressemblance ? » et « Dans ces conditions, comment peut-on faire pour mettre en œuvre toutes les conséquences de ce que vous nous dites ? »

Sur la base de ce « nous sommes en l’image », un atelier de Vision du Soi propose :

  • de faire simplement et concrètement l’expérience de la ressemblance, momentanément certes mais entièrement,
  • d’échanger ensuite librement sur les significations de cette expérience,
  • et de donner enfin quelques moyens habiles pour revenir aussi souvent que possible à cette ressemblance, avec l’objectif d’y demeurer naturellement …

J’ajoute immédiatement que si cette expérience est formulée dans cet article avec un vocabulaire chrétien, que si mes préférences personnelles m’amènent à labourer prioritairement les évangiles de Thomas et de Jean, la Vision du Soi selon Douglas Harding se place résolument en deçà de tout dogme. Elle constitue une fondation solide sur laquelle chacun est libre de faire reposer la « construction » de son choix : théisme ou athéisme, dualisme ou non-dualisme, etc … Voire l’absence de toute construction …

Si lors d’un atelier la parole est également un instrument essentiel, que ce soit préalablement pour bien s’accorder sur les quelques consignes à respecter, ou postérieurement pour échanger de manière fructueuse, elle n’en demeure pas moins secondaire.

En effet, ce vécu propre de la « ressemblance » ne pourrait être aussi clair et entier qu’il l’est – mais venez donc vérifier par vous-même – seulement par l’échange de paroles, aussi précises et pertinentes soient-elles. Les diverses expériences – procédés pédagogiques à proprement parler géniaux – mises au point par Douglas – doigts qui pointent, tube, carte, groupe de 4-3, etc  … – priment sur la parole pour créer des situations d’attention à ce qui est quasiment sans échappatoire.

CarteOeil
La Carte, ou le petit et le Grand

L’essentiel se passe en-deçà du langage. Comment cet outil dualiste par nature pourrait-il  introduire efficacement à la non-dualité ? La tradition du Chan & Zen condense cela dans l’expression : « i shin den shin » (en japonais) : la transmission du Dharma directement d’esprit à esprit, dans la parfaite continuité de l’échange silencieux entre Bouddha et Mahakashyapa sur le Mont des Vautours.

La tradition occidentale gagnerait à valoriser cette transmission im-médiate d’esprit à esprit – à condition de bien se situer dans le cadre anthropologique Corps Âme Esprit et la Vision du Soi pourrait largement y contribuer …

  • en ne remettant pas le processus aux bons soins d’une « longue marche de l’histoire », c’est-à-dire indéfiniment à demain ; mais au contraire en proposant d’effectuer maintenant ce court chemin entre ce que je parais être pour les autres là-bas, à un mètre environ, et ce que Je Suis Ici pour moi-même au centre de moi-même.
  • en proposant de nombreux moyens habiles (upayas) pour vivre concrètement cette « ressemblance » au quotidien. Parce que si lire les pertinentes découvertes de Marie Balmary est instructif et passionnant, ce qui compte vraiment c’est de les vivre.

 

La tradition chrétienne me semble se résumer à ces trois paroles rapportées par Jean,  une question suivie de deux réponses, l’une conjuguée au pluriel par Jésus, l’autre au singulier par Philippe :

« Rabbi, … où demeures-tu ?

Il leur dit : « Venez et voyez. » [traduction d’André Chouraqui] « Venez et vous verrez. » [TOB] Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour là.

Jean 1, 38-39

[Ῥαββί ποῦ μένεις; Λέγει αὐτοῖς, Ἔρχεσθε καὶ ἴδετε. Ἦλθον καὶ εἶδον ποῦ μένει: καὶ παρ’ αὐτῷ ἔμειναν τὴν ἡμέραν ἐκείνην:]

Philippe lui dit : « Viens et vois » [TOB et Chouraqui …]

[Καὶ εἶπεν αὐτῷ Ναθαναήλ, Ἐκ Ναζαρὲτ δύναταί τι ἀγαθὸν εἶναι; Λέγει αὐτῷ Φίλιππος, Ἔρχου καὶ ἴδε.]

 

Ce « Venez » et ce « Viens » invitent à « se libérer du connu » (Krishnamurti) pour rejoindre une zone de « bienheureuse insécurité » (Alan Watts) … Participer à un atelier de Vision du Soi c’est pareillement entrer dans l’inconnu, se mettre en « danger » … Mais le plus grave danger consiste à rester dans le caveau de l’habitude à se condamner à ne jamais voir, à ne jamais prendre pied sur « le terrain solide du voir » (Svami Prajnanpad), à ne jamais « naître à nouveau » …

Prenez ce risque. Le jeu en vaut (largement) la chandelle !

 

Cordialement

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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