Méditer … Quand ? – Karlfried Graf Dürckheim

DCIJ’ai brièvement évoqué dans l’article « Méditer »¹ ces éléments importants concernant la méditation, rapportés par Karlfried Graf Dürckheim, mais comme je viens de les relire sous une forme un peu différente dans « Dialogue sur le chemin initiatique » d’Alphonse Goettmann, je vous en propose l’intégralité.

Ce livre² présente un dialogue soutenu, exigeant, passionnant entre Alphonse Goettmann et Karlfried Graf Dürckheim.

« A. G. : Pouvez-vous peut-être préciser comment on est impliqué dans sa totalité corps-âme-esprit dans cette transformation dont le quotidien est le maître ?

K. G. D. : Il n’existe rien en dehors de ce triple élan de la grande Vie, incorporé en tout ce qui vit et existe. Le tout, en effet, c’est d’y être ouvert et de rester en contact. L’ouverture de la conscience intérieure commence par une façon d’être là en tant que corps que l’on est. Il s’agit d’une présence qui sent tout de suite quand elle a lâché le fil d’or qui nous unit avec l’Essentiel. C’est une attitude de recherche perpétuelle, comme le chien de chasse qui ne perd jamais la trace du gibier³ . L’attention est toujours dirigée vers la profondeur. Au Japon (4), un ami m’a demandé si je faisais l’exercice du Zazen … Je réponds : « Oui », il me demande : « Quand ?

  • Le matin de sept à huit heures.
  • Oh ! Alors vous n’avez encore rien compris du tout ! Si vous ne continuez pas toute la journée, cela ne vous servira à rien. »

Mais si j’avais dit : « Je suis en exercice toute la journée », il m’aurait répondu : « Cela ne vous sert à rien, si vous ne faites pas un exercice particulier le matin. »  Donc les deux vont de pair pour mettre l’homme en état d’éveil continuel. La méditation agit sur la manière d’être dans le quotidien et le quotidien agit sur la méditation, mais, dans les deux cas, c’est la même attitude. Quoi qu’il fasse : marcher, s’asseoir, peler des pommes de terre, tricoter ou apparemment la chose la plus superficielle … l’homme peut regarder en dedans et rester ouvert à la chance d’être touché par le divin (5) ; aucune situation de la vie existentielle ne doit être fermeture, on est mobilisé entièrement et continuellement. Mais seule l’attitude juste permet d’avancer et de mûrir sur ce chemin ; cela est impossible si vous êtes crispé, épaules en l’air et contractées, ventre rentré et respiration de surface, décentré … toutes choses qui expriment à l’extérieur ce que vous êtes à l’intérieur : dominé par un petit moi arrogant, angoissé et solitaire. C’est une prison dont toutes les portes sont fermées ! Tant que le petit moi n’a pas fait sauter les verrous (6) et quitté la place, aucun contact avec l’Être n’est possible … « 

Doigt dans les 2 sensJPG

Cordialement

 

¹ – Un texte qui commence à dater, mais qui ne nécessite pas de modification majeure. Au terme de presque une année d’animation d’un « petit » groupe de méditation, j’apporterai sans doute des compléments, sur la méditation en général et sur la méditation « sans tête » en particulier.

² – Je dispose de la deuxième édition parue chez Dervy-Livres en 1984, dans la collection « Béthanie – Les chemins de la profondeur ». Certes le papier a terriblement jauni, mais quel livre de qualité ! Rien à voir avec tous ces pseudo-machins qui paraissent en continu, encombrent les librairies et sont creux comme des radis de six mois. Il a été réédité par Albin Michel, collection Spiritualités Vivantes.

L’extrait figure dans le chapitre n° 7 : « Pour un nouvel art de vivre », pages 104, 105 et 106 de l’édition Dervy 1984.

« Le tout, en effet, c’est d’y être ouvert et de rester en contact. »

La Vision du Soi selon Douglas Harding peut apporter une aide inestimable sur ces deux plans de l’ouverture et du rester en contact … Mais n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez ! Dans la Vision comme dans le zen il n’y a rien en dehors de l’expérience. Et, tout bien réfléchi, comme dans tout ce qui en vaut vraiment la peine !

³ – Karl Friedrich Alfred Heinrich Ferdinand Maria Graf Eckbrecht von Dürckheim-Montmartin, né à Munich le 24 octobre 1896, a passé la majeure partie de son enfance à Steingaden, un village des préalpes de Haute-Bavière. Là il a été un chasseur et pécheur passionné.

4 – K. G. Dürckheim a effectué deux séjours au Japon. Le premier du 7 juin 1938 au 4 mars 1939. Le second du début de l’année 1940 jusqu’en mai 1947.

5 – Un peu plus haut il a été question de « grande Vie » et de « l’Essentiel », et un peu plus bas de « l’Être ». Que ce mot de « divin » ne vous empêche donc pas de goûter tout ce que Dürckheim a apporté de précieux à toute personne en recherche.

6 – Le « bouchon » de la … tête !

Cf. aussi ce texte : « Karlfried Graf Dürckheim et et l’Orient transformé » de Jacques Castermane

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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