Méditation dans l’esprit du Zen – 18/19-5

En toute fin de notre dernière séance de l’année 2018, deux formidables questions sont survenues dans la forme suivante :

« Je me demande ce que vous cherchez dans la méditation ? »

« Je me demande ce que vous trouvez dans la méditation ? »

Comme il me semble que le mélange du singulier et du pluriel & du personnel et du collectif et l’objectivation de la « méditation » risquent d’être source de confusion en la matière, je me permets de les reformuler ainsi :

« Je me demande ce que je cherche en méditant ? »

« Je me demande ce que je trouve en méditant ? »

Avant d’essayer d’y apporter quelques modestes éléments de recherche & réponse, il me semble nécessaire de dire que tout « méditant » sérieux est amené un jour ou l’autre à se poser ce genre de question. Parfois même avec beaucoup plus d’insistance. Ainsi lors d’un long séjour au Japon dans divers monastères zen, Bernard Rérolle se demandait de manière récurrente : « Mais qu’est-ce que je fais ici ? » Cette petite question était devenue en quelque sorte son « koan », son « mantra ». Et elle en valait bien des plus traditionnels !

Un peu de méthode n’étant pas inutile, appliquons donc le fameux QQOQCCP à nos deux questions : qui cherche &  trouve quoi en méditant, où, quand, comment, combien, pourquoi ? Mais en gardant les questions qui encadrent la série pour la fin.

Le couple de verbes, chercher &  trouver, ramène à la question du « faire ». La réponse habituelle, quasi réflexe, de l’être humain à tout problème, consiste à « faire … quelque chose, se bouger, se remuer, se mettre en marche … ». Un nouveau-né commence par téter, pleurer, crier, … et puis l’extension du domaine du « faire » va continuer tout au long de la vie. C’est ainsi que l’homme a transformé en profondeur la plupart des données de « l’environnement », pour le meilleur et pour le pire, et qu’il commence à se transformer de plus en plus lui-même … pour le meilleur et pour le pire également.

« Faire quoi ? » … assez difficile de se le demander, puisque la méditation propose paradoxalement un non-faire, un « faire rien », ou en tous les cas un « faire » radicalement autre : rester assis, immobile, en silence …  Ne pas bouger, ce n’est pas « faire » de l’immobilité. Ne pas parler, ce n’est pas « faire » silence. Comme la nudité qui est bien entièrement là sous les diverses couches de vêtements, ces caractéristiques sont entièrement là, sous-jacentes, et il convient juste de faire très soigneusement « rien » pour en prendre conscience et demeurer en elles.

Le « faire » ne concerne en fait que la préparation à la méditation : construire précisément une posture stable et agréable, tonique et détendue, calée sur des réglages corporels précis et contrôlés dans la durée. Puis laisser s’y déployer une respiration de plus en plus libre, consciente, lente, longue, paisible. Et garder le mental dans une ouverture vigilante, accueillant toute forme (sensation, pensée, émotion) et n’en développant aucune.

Une fois ces fondements stabilisés, méditer c’est accepter en confiance que le « moi-je » – l’ego – lâche prise, passe le relais à une dimension infiniment plus spacieuse, que nous portons en nous et qui nous porte, tous, qu’il est difficile de nommer et impossible de définir : un mystère à expérimenter !

Où ? Plusieurs réponses à cette question :

  • ici, là où je me trouve en cet instant en train de méditer & poser la question. La « télé-méditation » n’a pas encore été inventée … mais, avec le progrès qui fait rage, cela ne saurait tarder !
  • dans ce corps & mental : je n’ai en effet rien d’autre à mon entière disposition que ce « véhicule » particulier, le résultat de toute mon histoire, de ma vie, de l’évolution. Il est sans doute bien loin d’être « parfait » – aussi parfait que mon mental menteur le souhaiterait –  mais peu importe, c’est, en quelque sorte, mon support de travail, d’observation.
  • vers l’intérieur : le « faire » évoqué plus haut se dirige quasi exclusivement vers l’extérieur. Le « non-faire » de la méditation vise à rééquilibrer les deux directions majeures, comme indiqué dans le dessin ci-dessous :

Quand ? Trois, voire quatre réponses à cette question :

  • maintenant : méditer ne se conjugue qu’au présent.
  • quotidiennement : « Zazen est affaire de quotidienneté » pour l’immense Dogen Zenji. Un moment à heure fixe, de préférence le matin, histoire de bien ancrer le reste de la journée dans « la joie spacieuse »
  • et tout le reste de la journée (cf. point ci-dessus et le lien précédent), voire de la nuit : s’endormir dans les bras de … la Conscience, de « l’Immensité Intérieure », du « Grand », … fait partie des rares conseils pratiques donnés par Nisargadatta Maharaj.
  • entièrement hors de cette catégorie structurante du temps : méditer c’est (aussi) faire l’expérience de se dégager du temps et de le contenir !

Comment ?

  • avec beaucoup de douceur et de désintéressement ( l’ « asteya », la 3° grande « règle universelle » du yoga. Mais quel pratiquant & enseignant de « yoga » se soucie encore de ces vieilles lunes en cette sombre époque du Kali Yuga … ? Elles ne sont assurément guère porteuses pour les festivals de « yoga »
  • avec une grande confiance également. Le dessin ci-dessous peut permettre de voir que la démarche est double : certes le « petit je suis humain » périphérique cherche le « Grand Je Suis » central, parfois pour de bien mauvaises raisons d’ailleurs ; mais le « Grand Je Suis » central cherche également à s’incarner, se manifester, se réaliser dans le « petit je suis humain » périphérique. « La Source a soif d’être bue ». Normalement, avec un peu de patience, cela ne peut donc que réussir, surtout lorsque l’on dispose d’une aussi formidable « Entrée principale » que la Vision du Soi selon Douglas Harding !
  • Le dessin, notre « autoportrait », permet aussi de voir que « l’extérieur », le « je suis tout » … l’univers, participe également à cette dynamique d’intégration. Exercer sa sensibilité profonde – pourquoi pas en cultivant l’art du Qi – contribue peu à peu … ou d’un seul coup ! … à réaliser la belle proposition d’Yvan Amar :

« La méditation c’est le lieu où l’univers se réjouit d’être l’univers. »

Combien ?

  • la « méditation », ou plus exactement ce qui en tient lieu, est désormais à la mode, et les propositions les plus extravagantes, également en matière de tarif, fleurissent. Il me semble, après avoir passé pas mal de temps à lire l’histoire de diverses formes de recherche intérieure, de tous les temps et de toutes les traditions, qu’il importe de maintenir cette démarche dans la gratuité. Il me semble que la « participation consciente » constitue le modèle économique le plus adapté à sa transmission.
  • et que, paradoxalement, ce modèle garantit la liberté d’une immense exigence en ce qui concerne la transmission. Comme disait Svami Prajnanpad :

« You will have to pay the full price »

Ni rabais ni soldes ! Cette expérience va vous coûter les yeux de la tête … et même certainement la tête toute entière ! Rassurez-vous, « Vivre Sans Tête » est une expérience de plénitude : vous allez remplacer cette petite tête par un vaste univers. Mais n’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez.

Qui & pourquoi ? … Nous voilà au cœur du sujet. Et comme les questions initiales sont  déjà loin au-dessus, je la repose ci-dessous :

« Je me demande ce que je cherche en méditant ? »

« Je me demande ce que je trouve en méditant ? »

Quelques éléments de réponse figurent déjà dans le « Comment ? », et je vais donc aller au plus simple :

  • le « je » qui initie la recherche n’est pas très à l’aise dans son état : à l’étroit, inquiet, inconstant, menacé par l’absurde, le temps qui passe, la maladie, la mort … (Je vous laisse compléter votre propre liste). Il n’a pas besoin d’un grand nombre d’années au compteur pour prendre clairement conscience que dans la zone périphérique  « je suis humain » du dessin ci-dessus, sa situation sera toujours fluctuante, une seconde/minute/journée … au sommet, la suivante au fond ! Bref ce « je » là pressent qu’en réalité « Je est un autre », et que le sens de l’aventure humaine consiste à trouver ce grand « Je » plus réel, ce « Je Suis » central … (utilisez le nom qui vous convient pour nommer ce mystère). Et à y demeurer.
  • ce « je » là a également souvent la nostalgie de « moments étoilés » d’ouverture & communion totales, qu’il est absolument certain d’avoir connus … et dont il aimerait volontiers retrouver l’ambiance de « joie spacieuse ». Ils peuvent constituer de précieux points d’appui, à condition de ne pas vouloir à tout prix retrouver leurs circonstances exactes, à jamais dépassées.
  • Pourquoi méditer, donc ? Tout simplement pour passer du petit « moi-je », qui exclut à peu près tout, au Grand « Je Suis » qui inclut tout, dont la nature consiste à être espace d’accueil inconditionnel et illimité, « contenant ultime ». C’est un « voyage » tout à fait réel, d’à peu près un mètre, entre la périphérie et le Centre, entre cette version tronquée de vous-même – seulement corps & âme – que vous voyez là-bas dans le miroir et la version complète – « corps & âme – esprit »– que vous découvrez, simplement, en retournant la flèche de votre attention.
  • Et une fois là, au Centre, ce n’est pas la fin de tout, le retrait d’un monde qui serait « in » pour une triste ascèse « provinciale », l’ennui mortel de la béatitude, … C’est exactement le contraire : la vraie vie peut enfin commencer … et sans doute aussi l’amour au sens le plus noble du terme. Mais je n’écris pas de la réclame : essayez, vérifiez !
  • la méditation est un bon moyen de revenir « à la maison ». Mais sans doute pas le plus rapide : pour moi la Vision du Soi constitue véritablement « the short(est) way home » ! Mais le tandem Vision du Soi & Méditation, au plus loin des misérables succédanés qui inondent le marché de la souffrance humaine, constitue un outil d’une efficacité sans pareille. Comme l’a écrit Douglas :

« Cette voie [la Vision du Soi] n’est pas une solution de rechange qui rendrait inutile toute méditation sérieuse. Elle ne nous dispense pas d’un travail convaincu et continuel sur nous-même, mais au contraire elle nous y stimule puissamment. »

Dernières remarques, essentielles :

« Il ne faut rien croire de tout ceci, il faut le tester dans la vie quotidienne. Je vous ai dit ce qui se passe là où je suis. En est-il de même là où vous êtes ? »

Douglas Harding (& Jean-Marc Thiabaud)

Cet article est une simple introduction à un monde qui le dépasse infiniment. Ainsi que l’écrit Arnaud Desjardins à propos de son livre « Approches de la méditation ».

 

Cordialement

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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